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23 janvier 2010 6 23 /01 /janvier /2010 10:33

(suite de A propos de la crise viti-vinicole de 1907 (1) )

Section 2. La superficie des terres

 

Nous allons maintenant présenter rapidement la situation des superficies consacrées à la vigne sur la période principale des crises, bref sur l’année 1907.

 

La superficie de chacun des quatre départements est la suivante, ces quatre départements recouvrant une superficie totale d’environ 22.420 km2 :

 

Aude

Gard

Hérault

Pyrénées Orientales

6.232 km2

5.848 km2

6.224 km2

4.116 km2

 

Pour ce qui est de la part de la superficie consacrée au travail de la vigne, nous avons les chiffres suivants pour 1907 (source : P. Degrully, Essai historique et économique sur la production et le marché des vins en France, Thèse de sciences politiques et économiques, Montpellier, 1910, page 287) :

 

Aude

Gard

Hérault

Pyrénées Orientales

120.415 ha

71.664 ha

178.657 ha

60.535 ha

19,32 %

12,25 %

28,70 %

14,71 %

 

La surface totale consacrée à la viticulture est donc de 431.271 hectares. L’Hérault est le département où cette surface est la plus importante, alors que les Pyrénées Orientales consacrent moins de terres à la viticulture. Et si l’on pondère cette analyse en analysant le pourcentage de surface consacrée à la viticulture par rapport à la surface totale, on s’aperçoit que c’est environ 19,23 % des terres qui sont consacrées à la culture de la vigne, ce qui est énorme, d’autant plus que l’on n’a pas fait déduction ici des terres non cultivables, des zones urbaines, des forêts, etc… On remarque aussi que c’est l’Hérault qui est le plus recouvert de vignes puisque plus du quart de sa surface y était consacré ! Pour ce qui est du cas des Pyrénées Orientales, il est difficile de se prononcer, mais il est évident que, du fait qu’il s’agisse du seul département réellement montagneux de la zone, la différence est bien moindre qu’en apparence avec les trois autres départements.

 

La superficie totale du vignoble français était en 1907 de 1.649.157 hectares, ce qui fait que la part du vignoble languedocien était de 26,15 %, soit plus du quart du vignoble national pour environ 5 % du territoire national, ce qui démontre la prépondérance du Languedoc méditerranéen dans le vignoble français de 1907.

 

Section 3. La production et le rendement

 

Pour les quatre départements étudiés, l’année 1907 allait être une année de très forte production, voire de production record (exception faite du cas de l’Hérault). Ces productions sont les suivantes (source : P. Degrully, op. cit ., p. 289), la production totale étant de 30.547.871 hectolitres :

 

Aude

Gard

Hérault

Pyrénées Orientales

8.383.584 hl

4.248.077 hl

13.395.227 hl

4.520.983 hl

 

Pour la même année 1907, la production nationale française était de 66.070.273 hectolitres, la part du vignoble languedocien étant donc de 46,23 %, soit près de la moitié de la production nationale pour seulement un quart du vignoble. Cela laisse donc présager d’un rendement à l’hectare important, et en tout cas très largement supérieur au rendement moyen du vignoble français pris dans son ensemble.

 

Le rendement est le rapport entre la production en hectolitres et la surface cultivée en hectares. Le rendement national moyen était de 40,06 hectolitres par hectare pour 1907, ce qui était presque un record, alors qu’il était pour les quatre départements étudiés le suivant :

 

Aude

Gard

Hérault

Pyrénées Orientales

69,62 hl/ha

59,28 hl/ha

74,98 hl/ha

74,98 hl/ha

 

La moyenne pour le Languedoc méditerranéen était donc, pour 1907, de 70,83 hectolitres par hectare, soit 30,77 hectolitres par hectare de plus que la moyenne française, soit un pourcentage supplémentaire de 76,81 % !

 

Section 4. Une prépondérance assez nouvelle

 

Les chiffres exposés jusqu’alors montrent bien la prépondérance du Languedoc méditerranéen sur le vignoble français en 1907, année à la fois de production record et de crise sociale, ce qui n’est pas paradoxal en l’absence à l’époque de toute mesure de compensation.

 

Notons que le Languedoc méditerranéen est depuis longtemps une terre à vigne comme le met en évidence le fait qu’un tiers de la consommation de Rome provenait de la Narbonnaise et de Lyon. Néanmoins, ce n’est qu’à partir du milieu du XIX° siècle que la viticulture allait véritablement devenir la production prépondérante dans le Midi, le chemin de fer permettant de fournir à meilleur prix des céréales et d’autres matières premières dont la production sur les terres méridionales avait toujours beaucoup coûté. Cette situation nouvelle avait aussi provoqué la disparition de la majeure partie de l’industrie textile languedocienne, créant ainsi du chômage et donc une certaine tension sociale entre le viticulteur en expansion et l’ouvrier pauvre (cf. G. Bechtel, 1907, la grande révolte du Midi, Robert Laffont, Paris, 1976, pp. 12-14).

 

Chapitre 2. Une récolte à croissance irrégulière

 

Plutôt que d’étudier la production et les superficies lors des seules crises viti-vinicoles, il semble plus intéressant de les analyser sur de longues périodes. En effet, les crises sont souvent liées à des accidents de la production, c’est-à-dire à des anomalies. Donc, analyser uniquement les périodes de crise serait artificiel et ne donnerait qu’une image fausse de la réalité.

On étudiera donc l’évolution et les avatars de la production et des superficies entre 1850 et 1909, c’est-à-dire entre la dernière période de grande prospérité et le rétablissement qui suivit la crise de 1907. On a en fait entre ces deux dates une croissance très irrégulière, car, à l’évolution des techniques et des plants s’étaient opposées deux crises nées de maladies de la vigne, celle de l’oïdium et celle du phylloxéra.

 

Le cadre géographique de cette étude a été fixé comme dit précédemment. Avant d’étudier la question viti-vinicole pour les quatre départements du Languedoc méditerranéen, avant d’en analyser les accidents et les crises, il semble nécessaire de rappeler ce que furent sur une longue période les données économiques de la production viticole : superficie des terres viticoles, production vinicole globale, rendement des terres, etc…, c’est-à-dire toutes les données permettant de montrer du mieux possible l’enchaînement des faits entre eux, faits aboutissant aux crises toujours présentes dans les esprits de l’oïdium (1852/1856), du phylloxéra (1876/1887 et de la surproduction (1900/1907).

 

Par ailleurs, cette approche économique de la question viti-vinicole permettra aussi de voir si ces divisions temporelles sont réelles, et plus encore de savoir s’il n’y a pas eu à cette époque d’autres crises moins visibles mais tout autant existantes.

 

L’objet du présent chapitre va donc être l’énonciation et la recherche des données économiques fondamentales de la viticulture languedocienne de 1850 à 1910, mais aussi l’occasion de définir les cadres de l’analyse politique et sociale qui suivra, et ce en cherchant à isoler les crises économiques et leurs facteurs socio-économiques. Cette étude va donc être strictement quantitative sans que l’on cherche véritablement à porter un jugement de valeur, sauf sur sa fin pour mieux cadrer les diverses crises mises en évidence.

 

Section 1. Les superficies

 

Les productions agricoles sont bien évidemment toujours étroitement liées aux surfaces. De ce fait, l’analyse de ces dernières est primordiale. De plus, l’analyse des superficies consacrées à la culture de la vigne sur une longue durée va permettre de déterminer avec une certaine exactitude la place que tenait la vigne dans l’agriculture du Languedoc méditerranéen, et plus encore dans les mentalités des populations. De même, la variation plus ou moins importante des surfaces va permettre d’ébaucher une analyse des sentiments des paysans-viticulteurs et des citadins vis-à-vis des productions vinicoles et de leur intérêt. Ainsi, une forte augmentation de surface pourra t-elle éventuellement traduire une volonté de la part des producteurs d’obtenir des profits supérieurs, une confiance en la production vinicole, une possibilité offerte aux ouvriers agricoles d’accéder à une certaine autonomie. Enfin, une chute brutale traduirait soit l’existence d’une épidémie grave dans le vignoble languedocien, soit l’évolution d’une défiance dans les mentalités envers ce type de production.

 

On a vu précédemment que la superficie totale des départements du Languedoc méditerranéen était de 2.242.030 hectares. Toute analyse de la part de la viticulture dans l’agriculture du Languedoc méditerranéen devra donc être ramenée à cette superficie totale.

 

La superficie totale des terres viticoles cultivées varie de 1850 à 1909 entre deux extrêmes :

-       258.375 hectares en 1887, soit 11,52 % du total des terres concernées ;

-       467.944 hectares en 1903, soit 20,87 % du total des mêmes terres.

On remarque donc qu’au moins 13 % des terres est en permanence consacré à la culture de la vigne… Comme l’ensemble des superficies agricoles cultivées de cette région ne dépassera jamais à cette époque le million d’hectares, les chiffres énoncés ci-dessus permettent d’affirmer sans aucun contestation possible la primauté de la viticulture dans l’agriculture languedocienne : entre 30 et 50 % des terres cultivées ! On pourrait presque parler de monoculture viticole… De plus, sur les 50 % de terres non viticoles, plus de la moitié n’était pas directement exploitée ! Ce dernier fait renforce encore plus l’allégation de monoculture viticole. Cela montre aussi combien toute variation dans les critères économiques de la vigne et de sa culture pouvait influer toute l’économie du Languedoc méditerranéen.

 

Abordons maintenant une analyse plus pointue des superficies en analysant les données fournies par le tableau suivant qui présente la superficie des vignes en production (et seulement d’elles) entre 1850 et 1909 (les chiffres en italiques ne sont que des estimations) :

(à suivre
A propos de la crise-viti-vinicole de 1907 (3) )

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Published by Serge Bonnefoi - dans Histoire
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