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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 10:39

L'objectif de la « guerre bactériologique » est de réduire les possibilités d'action de l'homme, en provoquant la mort ou en portant atteinte à certains tissus, organes ou fonction, et, accessoirement, en tarissant ses sources de ravitaillement animal et végétal. De plus, ces armes utilisent des micro-organismes assez souvent persistants, donc contaminants à moyen ou long terme, surtout qu'ils présentent le plus souvent un caractère de transmissibilité apte à transmettre des épidémies, ce qui n'est pas le cas des armes chimiques. Cette forme de « guerre » est donc très perturbante pour l'environnement.

La guerre « bactériologique » n'est pas une invention de ce siècle. Dès l'Antiquité, certaines pratiques relevaient déjà de ce type d'action. Ainsi, du VIIème au Vème siècles avant notre ère, les archers scythes rendaient leurs flèches infectantes en en trempant la pointe dans des cadavres en décomposition ou dans du sang putréfié incubé à la température du fumier en macération, donnant ainsi la gangrène ou le tétanos aux personnes touchées par celles-ci.

Cette « technique » est encore utilisée de nos jours dans certaines îles de l'Océanie où les flèches sont empoisonnées par des vibrions septiques ou par des bacilles du tétanos, alors que les indiens Koniagos et les Toungouses sibériens trempent leurs armes dans des cadavres d'animaux en décomposition.

On se souviendra aussi du siège de Syracuse (~ 414) lors duquel le stratège syracusain Hermocrates amena les Athéniens à séjourner dans une plaine marécageuse connue pour son endémie palustre, alors qu'à l'occasion du siège d'Astacos (v. ~ 350) Clearchos, tyran d'Héraclée, fit délibérément camper dans un lieu marécageux et rempli d'eau croupie l'armée de ses concitoyens dont il voulait se débarrasser.

La tentation de contaminer l'ennemi aura d'ailleurs été une constante historique, aboutissant parfois à des épisodes dramatiques comme à l'occasion du siège de Caffa (1347) où, après trois ans de siège de la place tenue par les génois, le chef mongol Djanisberg fit catapulter par-dessus les murailles les cadavres de ses propres soldats frappés par la peste; les Génois, contaminés par les parasites répandant la maladie, finirent par s'embarquer, mais disséminèrent ainsi la peste en Sicile, en Sardaigne, à Venise, à Gênes et à Marseille, donnant naissance à la Grande Peste du Moyen-Age. Djanisberg aura réussi au delà de toute espérance, n'ayant même pas songer à contaminer d'autres que les seuls Génois assiégés. Cette « technique » a été reprise à plusieurs occasions, dont en Estonie en 1710 où, durant la guerre avec la Suède, l'armée russe recourut à la projection de cadavres de pestiférés, ou encore à La Calle en Tunisie (1785) où, pour se venger d'une épidémie de peste les touchant eux seuls, la tribu des Nadis jetèrent par dessus les murs des lambeaux de vêtements ayant servi aux pestiférés, dans l'espoir de transmettre la peste aux chrétiens; néanmoins, cette tentative sera un échec du fait de l'adoption préalable de certaines mesures de prophylaxie.

Une « amélioration » de cette technique avait par ailleurs été proposée en 1650 par le lieutenant général d'artillerie polonais Siemenowicz qui préconisa, pour bombarder l'ennemi, l'emploi de globes empoisonnés avec de la bave de chiens enragés et autres substances capables de corrompre l'atmosphère et d'occasionner des épidémies; cette idée ne fut jamais mise en application jusqu'en 1940 où l'idée fut mise en pratique par les Japonais.

 Pour la période du Bas Moyen-Age et du début de la Renaissance, on retiendra les épisodes du siège de Carolstein (1422) et de la campagne de Naples (1495). À Carolstein, Corbut fit jeter dans la ville les corps de ses soldats tués pendant l'assaut, ainsi que plus de deux milles charretées d'excréments, un grand nombre des défenseurs de la ville périssant suite à cette opération, alors que lors de la campagne de Naples les espagnols abandonnèrent aux français du vin additionné de sang prélevé chez des lépreux.

Une technique assez proche de cette dernière a été utilisée aux États-Unis à Fort-Pontiac en 1710, des couvertures infectées par la variole étant transmises aux indiens d'Amérique du Nord afin de réduire leur résistance et de les décimer. Cette dernière idée fut d'ailleurs re-développée en 1870 pendant le siège de Paris, puisqu'un médecin proposa de prendre au Val de Grâce entre 7.000 et 8.000 couvertures ayant servi à des variolés et de les abandonner au-delà des murailles de Paris afin de contaminer les prussiens; fort heureusement, ce projet fut repoussé.

On citera également le cas des Vazimbas (Madagascar) qui, au XIXème siècle, auraient élevé des tiques pour rendre leurs habitations inhospitalières à leurs ennemis les Sakalaves. Forme « originale » d'auto-contamination pour éviter la conquête !

La Première Guerre mondiale ne fut pas exempte de tentatives, même si une priorité fut donnée aux gaz de combat. Ainsi, en 1916, à Bordeaux, l'éclosion de charbon parmi des troupeaux de bovins importés d'Argentine allait faire évoquer une possible contamination en amont par des saboteurs allemands, alors que, la même année, des lots de culture de bacille de la morve, accompagnés d'une note opératoire, étaient saisis à la légation allemande.

De même, le 26 mars 1917, une note du Grand Quartier Général faisait état de la découverte de tentatives de dispersion de la morve et du choléra par les allemands en plusieurs points du front; deux autres notes, en date des 6 juin 1917 et du 30 octobre 1918, portaient sur le même sujet, les plus importantes tentatives semblant avoir eu lieu en octobre 1918 après le recul des armées allemandes.

Les allemands ont néanmoins reconnu s'être livrés à certaines actions de sabotage biologique, notamment en 1915 dans différents ports américains contre des chevaux et du bétail en partance pour l'Europe, et en 1916 contre les chevaux de l'armée roumaine dont les fourrages avaient été souillés par des germes de morve.

Le Japon s'est particulièrement « illustré » en la matière, et ce bien avant les expériences et les tentatives de la secte Aum entre 1989 et 1995. Les japonais auront été en fait parmi les tous premiers à se doter d'un armement biologique à grande échelle.

Ainsi, l'armée japonaise devait installer dès 1931 en Mandchourie trois centres spécialisés en recherche sur la guerre biologique ; l'un d'eux, l'Unité 731 dirigée par le Général Shiro Ishii à Pinfang expérimentera pendant une dizaine d'années sa « production » sur des prisonniers chinois, coréens, russes et américains, faisant des milliers de victimes. Les japonais auraient ainsi produit mensuellement près de 300 kilos de bacilles de la peste et du charbon, près d'une tonne de bacilles typhiques, dysentériques et cholériques et 45 kilos de puces, soit environ 150 millions d'insectes.

De même, entre 1940 et 1944, l'aviation japonaise devait répandre la peste dans 11 villes chinoises, notamment à Nimpo en 1940, faisant alors près de 700 morts. Les techniques utilisées auraient été variables : largage de bombes métalliques à fragmentation, largage de bombes en porcelaine, dispersion de puces infectées mélangées à du riz pour attirer les rats.

Il est par contre surprenant de constater qu'Hitler ne pensa jamais véritablement à utiliser les armes chimiques - si ce n'est pour massacrer aveuglement les Juifs dans les camps de concentration - ou bactériologiques, même si des expériences de dispersion de bactéries auraient été faites par des agents allemands dans le métro de Paris en 1938; même si aucune preuve réelle n'a été apportée, force a été de constater une diffusion sur certaines lignes de Bacillus prodigiosus....

Certains États occidentaux ont été tentés d'expérimenter de telles armes. Ainsi, en 1942, la marine britannique expérimenta sur l'île de Gruinard (Écosse) divers dispositifs de dispersion aérienne de spores de Bacillus antracis, avec semble t-il quelques dommages sur des populations. Néanmoins, ce sont les États-Unis qui semblent s'être le plus penché sur ces armes, l'armée américaine étant par exemple accusée d'avoir répandu délibérément la peste au moins une cinquantaine de fois en Chine et en Corée en 1952.

Cinq autres exemples peuvent être retenus pour cet État : ⑴ en 1952, des expériences de dispersion aérienne de bactéries du genre Serratia ont été menées à Fort Mc Mellan ; ⑵ des particules simulant le virus de la variole ont été volontairement dispersées par le laboratoire de l'US Army de Fort-Detrick en divers points de l'aéroport de Washington, ainsi que dans des terminus des autocars Greyhound. Une étude minutieuse, publiée en 1965, montra que les deux tiers au moins des États américains avaient été atteints par les milliers de passagers contaminés, démontrant ainsi la vulnérabilité des États-Unis à une agression variolique réelle ; ⑶ une expérience de dispersion de Bacillus subtilis aurait été menée les 6 et 10 juin 1966 dans le métro de New York ; ⑷ en 1971, les autorités cubaines accusaient la CIA d'avoir introduit volontairement sur l'île divers agents pathogènes, dont les virus de la dengue et de la peste porcine ; ⑸ en 1976, à Dugway, une expérience de dispersion de virus entraîna la mort imprévue de moutons et de chevaux.

De nombreux autres exemples pourraient malheureusement être cités, mais la réalité de ces contaminations est parfois difficile à prouver du fait de la nature même des agents pathogènes : « Israël » en Égypte avec du choléra en 1947, Royaume-Uni à Oman en 1957, États-Unis contre les Muongs du Laos en 1974, 1976 et 1977, contre les chinois à la frontière sino-vietnamienne en 1978 et contre le Cambodge en 1981.

Il ne faut enfin pas oublier que les Etats-Unis ont vendu au début des années 80 des souches d'anthrax à … l'Irak. Et les services de l'ONU chargés du contrôle du désarmement de ce pays n'ont toujours pas retrouver la trace de certaines de ces souches.

Les soviétiques ne furent pas en reste. Il auraient ainsi produit jusqu'à 30.000 tonnes d'armes biologiques certaines années jusqu'en 1992, année du démantèlement « officiel » de leur arsenal en la matière. Aucune certitude n'existe sur la réalité absolue de ce démantèlement, et ce d'autant plus que des souches ont été conservées à des fins « défensives » ou « médicales », des bruits courants de manière insistante sur la facilité de circulation de certaines d'entre elles.

De plus, si beaucoup des chercheurs impliqués dans la conception et la fabrication de ces armements travaillent aujourd'hui dans des laboratoires occidentaux ou restent au service de l'État russe, force est faite de constater que la trace de certains a été perdue. Or, certains ayant reçu des offres alléchantes de certains États classés comme terroristes, il est possible de craindre le pire et de supposer une fuite très préjudiciable aux démocraties de "matière grise".

On n'en retiendra pour mémoire que l'explosion le 4 avril 1979 d'un bâtiment militaire de la zone interdite de Sverdlosk (Oural), explosion entraînant une épidémie de charbon.

Il ne faut de plus pas oublier que le Département d'État américain a accusé les forces soviétiques d'avoir procédé en Afghanistan à des attaques chimiques et biologiques, principalement en décembre 1979 et décembre 1980. Des attaques de ce type auraient même précédé l'offensive soviétique en août et septembre 1979. Des agents de la famille des trichotécènes auraient été utilisés, tuant au moins 3.000 personnes. Des armes biologiques auraient-elles été laissées en Afghanistan au moment du départ des troupes soviétiques ?

Cette rétrospective historique ne donne qu'une très vague idée sur les systèmes d'armes et les agents biologiques qui ont ou auraient pu être utilisés lors des conflits cités. On retiendra surtout que, outre l'emploi des mycotoxines, des maladies telles que la morve, le typhus, la peste, le choléra et le charbon ont été vraisemblablement utilisées.

Il existe le plus souvent des possibilités prophylactiques et thérapeutiques permettant de limiter la portée de telles armes, mais l'utilisation de souches génétiquement modifiées limite ces moyens.

On a souvent invoqué l'épidémicité comme un facteur gênant en raison des risques en retour encourus en l'absence de vaccination, en particulier par les troupes utilisatrices. Ceci est vrai pour des troupes régulières. Mais peut-on en dire autant en cas de terrorisme, lorsque les utilisateurs n'ont pas peur de la mort ?

Il ne faut certes pas céder à la panique. Il faut néanmoins être plus que vigilants ! Et surtout ne pas oublier la dimension psychologique d'un tel risque ! Une enveloppe remplie de talc ou de charbon de bois pilé peut faire plus de dégâts qu'une attaque réelle, par la psychose engendrée, une attaque réelle pouvant a contrario renforcer la cohésion de la nation cible !

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Published by Serge Bonnefoi - dans Varia
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