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15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 14:25

Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. Voici la phrase stupéfiante que Jésus proclame à la foule lors du sermon sur la Montagne (cf. Mc 5, 44 ; Lc 6, 27). Or, le métier des armes a ses contraintes, dont celle de tuer en tant que besoin son ennemi. Il est remarquable que ce propos soit suivi  immédiatement dans le texte de Luc par la guérison de l'esclave du centurion de Capharnaüm. Ce principe de l'amour de l'ennemi n'est pas que terrestre ; il est avant tout spirituel, et il n'interdit en rien la guerre, dès lors que cette dernière est moralement justifiable, autrement dit seulement défensive..

Le texte des Béatitudes, qui est partie du sermon sur la Montagne, est fondamental dans la pensée chrétienne de la paix et de la guerre ; il en est même la clé, et il ne faut pas avoir une lecture littérale de ce texte, mais au contraire le méditer, chercher à le comprendre. Et, dans le cas de l'amour des ennemis, ce que Jésus demande, c'est d'éviter la haine, cette haine qui est tout le contraire de la charité, cette haine  qui est le péché  par lequel on  souhaite délibérément à son ennemi un tort grave ; c'est là le sens de [Mt 5, 44-45] : Et moi, je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent afin d'être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes. 

Avec un raisonnement évitant de rappeler la distinction que fait Jésus entre les deux Royaumes et fondé sur une lecture littérale privée de toute perspective christique, on pourrait déduire que les Béatitudes  - texte central de toute la doctrine sociale chrétienne - excluent les tribunaux, les prisons, la propriété, la défense, les impôts, toute hiérarchie au profit d'une égalité a priori inhumaine et d'un ordre absolu lui aussi inhumain. Or, le discours des Béatitudes concerne avant une rénovation morale intérieure de l'homme visant au Royaume d'En Haut, et en adéquation avec les exigences de la société humaine.

Notons également que Jésus a recours à l'image de la guerre, sans la juger, mais sans aussi la remettre en cause. C'est lorsqu'il invite les foules qui le suivent à renoncer à tous leurs biens pour devenir ses disciples. Il leur demande d'abord de ne pas haïr (Lc 14, 26), puis il dit : Quel est le roi qui, partant faire la guerre à un autre roi, ne commencera pas par s'asseoir pour examiner s'il est capable, avec dix mille hommes, de se porter à la rencontre de celui qui marche contre lui avec vingt mille ? (Lc 14, 31). Ici, Jésus ne réfute pas la guerre, semblant même la trouver de facto comme élément de la loi naturelle de l'homme ; mais, par contre, il ne l'envisage que comme défensive, en aucun cas comme offensive !

La doctrine  du Christ n'est donc pas une doctrine comportant une interdiction universelle et absolue de tout recours à la guerre ; elle admet la guerre défensive, idée que recouvre actuellement le concept de juste défense qui tend à se substituer aujourd'hui à celui de guerre juste, à la fois par volonté d'effacer le mot guerre, plus pour rejeter les dérives de l'usage du concept de guerre juste

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Published by Serge Bonnefoi - dans Nouveau Testament
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