Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 décembre 2009 3 16 /12 /décembre /2009 07:58

César aura fondé une monocratie césariste qu’Auguste allait instaurer légalement, se servant dans son entreprise des aspirations populaires confuses et variées, et aussi d’une même aspiration populaire à un sauveur, à un pacificateur mettant un terme à des guerres civiles qu’il aura pourtant contribué à faire éclater ! Ainsi, le principat d’Auguste (~63/14) n’est que la suite logique du césarisme. Certes, en théorie, le fils adoptif de César avait rétabli en ~31 la république, après la bataille d’Actium, mais il ne faut pas oublier la vaste comédie qui se déroula au Sénat en ~27. Auguste allait y affirmer que sa mission était finie et qu’il se retirait de ce fait de la vie publique ; c’est alors que les sénateurs, la plupart nommés par son oncle, lui posèrent une question : Jusqu’à quand, César, laisseras-tu la République sans chef ?  Se sacrifiant au bien public, Auguste allait accepter le pouvoir, qui était en apparence une diarchie imperator/Sénat, apparaissant comme le sauveur d’une République que le Sénat semble avoir sauvé. Mais, dans la réalité, Auguste est le digne héritier de César, même s’il se montre bien plus prudent et bien plus avisé. Il fonde un régime nouveau, le principat, Tacite disant à ce propos : Il n’a restauré qu’un fantôme de république

Si en théorie Auguste se contente de deux pouvoirs, l’imperium et la puissance tribunitienne, c’est-à-dire le droit de veto, ces deux pouvoirs lui confèrent dans la réalité tous les pouvoirs, surtout lorsque Auguste deviendra grand pontife, c’est-à-dire chef de la religion de Rome, en tant que divinité lui-même. Auguste fut néanmoins assez habile pour laisser subsister une apparence de démocratie avec le maintien des institutions républicaines, même si ces dernières étaient dépourvues de pouvoirs réels, ou alors n’ayant des pouvoirs qu’avec le consentement du prince…

À l’instar de César, Auguste aura su détourner à son profit exclusif les règles traditionnelles de la République. Ainsi, les magistratures ne sont plus collégiales mais uniques, non plus annuelles mais viagères… Il y a donc bien instauration d’un nouveau régime. Mais il ne s’agit pas d’une monarchie absolue en ce sens que la république subsiste en théorie, du moins au niveau idéologique, car Auguste n’est pas roi mais princeps. Cela a deux conséquences.

En premier lieu, la Res publica continue à appartenir au Populus romanus qui constitue ainsi une nation, peut-être la première des nations au sens moderne. C’est Cicéron disant que le peuple représente un groupe d’hommes assemblés les uns aux autres par une adhésion aux mêmes lois et par une communauté d’intérêts. La Res publica étant l’œuvre de la communauté entière, l’État appartenant à la société qui l’a créé, c’est-à-dire le peuple, elle existe toujours. Mais elle appartient désormais à un mythe, que le chef va incarner, celui de la nation personne morale.

Ensuite, le pouvoir exercé par cette Res publica est la souveraineté, c’est la majestas populi romani, ce qui signifie la supériorité théorique du peuple romain pris dans son ensemble sur tout organisme public ou privé, le peuple ne faisant que déléguer cette souveraineté aux magistrats par la célèbre Lex regia de imperio. Ainsi, dès Vespasien, chaque Senatus consulte doit être ratifié par les comices…

En théorie donc, le peuple demeure souverain, ne faisant que déléguer par la Lex de imperio sa souveraineté au princeps lors de son avènement, ce qui a pour effet d’empêcher l’hérédité puisque le peuple romain demeure souverain par le droit d’élection (on est proche ici de Marsile de Padoue), mais la confusion liée au choix des empereurs, la taille de l’empire, l’absence de corps intermédiaires, de partis, de campagnes électorales, allait conduire à une anarchie favorisant les chefs militaires….

En conclusion, on peut affirmer que César avait vu juste pour l’avenir, du moins dans le temps long. Par contre, il avait mal jugé son présent et les forces en présence, une coalition d’intérêts a priori contradictoires suffisant à provoquer sa perte. C’est fort de cette leçon qu’Auguste ne heurtera jamais personne de front, flattera tant le peuple que le Sénat, ne chercha jamais à se faire proclamer roi, bref ménageant la tradition républicaine sous tous ses aspects et dans toutes ses susceptibilités. Néanmoins, la monocratie augustéenne allait évoluer, débouchant en fin de compte sur la finalité que César lui-même lui avait assignée : la monarchie hellénistique universelle, cosmopolite, planant au-dessus des nationalités diverses groupées sous sa domination dont parlera le Professeur Bloch. Mais cette monarchie est cependant différente sur un point fondamental de la monarchie hellénistique classique en ce sens que le peuple souverain n’y est plus qu’une fiction, les citoyens étant devenus des sujets, la république étant absente par vide de contenu, puis même par référence…

À noter qu’Auguste, cinq ans avant sa mort, aura été le premier chef d’État à poser des limites à l’idée d’une expansion sans fin de l’imperium, et cela non pas sur des bases culturelles, mais sur des bases structurelles. En fait, Auguste avait tiré les leçons de la perte des trois Légions commandées par Varrus, et posé les prémisses du concept d’optimum dimensionnel en matière géopolitique.

Partager cet article

Repost 0

commentaires