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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 15:40

L’auteur l’Epître de Barnabé, qui n’est d’ailleurs en rien une lettre mais bien plus un court traité de théologie, ne nous est pas connu. Tout ce que l’on peut dire sur lui, c’est qu’il n’est en aucun cas le Barnabé compagnon de saint Paul ; c’est pourquoi on parle aujourd’hui plus fréquemment du pseudo-Barnabé. Pas plus que son auteur, la date et le lieu de rédaction de ce texte ne sont connus ; tout au plus semble t’on s’accorder aujourd’hui pour une datation au cours du premier quart du IIème siècle, vraisemblablement en Palestine, lieu où les diverses traditions du judaïsme restaient très vivantes. Ce point est important en ce sens que ce texte est avant tout une tentative de réponse à la position que doivent adopter les chrétiens face à l’Ancien Testament. Ce texte n’est donc en aucun cas anti-juif comme on l’a trop souvent écrit, mais bien plus un texte cherchant à combattre certaines tendances judaïsantes au sein même du Christianisme, tendances se fondant sur une lecture littérale des écrits vétéro-testamentaires. Dans tous les cas, le pseudo-Barnabé rejette cette forme de lecture. Et pour ce faire il s’appuie sur le texte de la Septante… Notons enfin que ce texte semble s’inspirer pour partie de la Didachè à laquelle il reprend d’une manière assez proche l’idée des deux voies, alors qu’il pourrait bien avoir inspiré Justin dans la rédaction de son Dialogue avec le Juif Tryphon, tant certaines ressemblances sont troublantes, y compris dans les exemples choisis ; on citera notamment les thèmes de la circoncision, du serpent d’airain, de Jésus fils de Navé, celui selon lequel seuls les Chrétiens savent lire l’Ancien Testament, etc…

Ce texte n’a pas d’autre vocation que théologique. C’est pourquoi il apporte peu d’informations directes sur ce qui est l’objet de la présente étude. De plus, il reste emprunt de millénarisme, chose fort courante à cette époque. De ce fait, la question de la guerre n’est pas d’importance, et ce pour deux raisons : - le monde romain ne la connaît pas véritablement à cette époque ; - c’est sans importance car les temps sont proches. Le pseudo-Barnabé le montre bien en écrivant, s’inspirant du livre d’Hénoch alors même qu’il n’est pas gnostique : Le scandale de la fin s’est approché (…). Le Seigneur a réduit les temps et les jours afin que se hâtât son bien-aimé (Épître de Barnabé, IV, 3 [trad. Sœur Suzanne-Dominique op])

Il est temps de s’occuper non des choses de se monde mais de la préparation de son salut à un événement que l’on croit proche… Et lorsqu’il parle de guerre, d’ennemis, le pseudo-Barnabé pense avant tout et uniquement guerre spirituelle, œuvre du ténébreux : l’ennemi est le mal, celui qui cherche à s’infiltrer parmi les hommes et dont il faut haïr les œuvres mauvaises (Épître de Barnabé, IV, 10 [trad. Sœur Suzanne-Dominique op]). La grandeur de saint Augustin sera de savoir traiter de ces deux guerres : la guerre terrestre et la guerre spirituelle, la plus dure car menée contre un ennemi que l’on ne voit pas !

Néanmoins, un certain nombre de passage permettent de se faire une idée de ce que pourrait être la pensée du pseudo-Barnabé quant à la guerre. Et tout d’abord, l’auteur nous dit que chacun obtiendra le prix de ses œuvres (Épître de Barnabé, IV, 12 [trad. Sœur Suzanne-Dominique op]). C’est donc l’action individuelle de chaque homme qui va guider son salut et le guider vers ce même salut. Il faut donc s’attacher aux quelques préceptes des deux voies pouvant concerner la guerre.

Pour ce qui est du chemin de la lumière, que la Didachè désigne sous le nom de voie de la vie, on peut retenir : N’abandonne pas les commandements du Seigneur (Épître de Barnabé, XIX, 2 (cf. Didachè, IV, 13) [trad. Sœur Suzanne-Dominique op]) ; Ne t’attribue pas la gloire ; ne forme pas de mauvais desseins contre ton prochain (Épître de Barnabé, XIX, 3 (cf. Didachè, II, 6) [trad. Sœur Suzanne-Dominique op] ; Tu aimeras ton prochain plus que ton âme (Épître de Barnabé, XIX, 5 (cf. Didachè, II, 7) [trad. Sœur Suzanne-Dominique op]) ; Persévère dans la haine du mal (Épître de Barnabé, XIX, 11 [trad. Sœur Suzanne-Dominique op]) ; Ne fait pas schismes, mais fait la paix en réconciliant les adversaires (Épître de Barnabé, XIX, 12 (cf. Didachè, IV, 3 et 14) [trad. Sœur Suzanne-Dominique op]

Adapté à notre sujet d’étude, on pourrait dire que par ces mots le pseudo-Barnabé interdit de tuer en toutes circonstances, interdit les guerres d’agression, interdit la guerre civile, incite le chrétien à être un acteur actif de la paix, bref autant de choses qui rendent la guerre horrible au chrétien. Par ailleurs, évoquant la voie du ténébreux, l’auteur signale que l’on y rencontre le meurtre, la rapine…, ce qui confirme par opposition les passages précités. Le chrétien ne peut donc faire la guerre, mais doit par contre se dépenser sans compter pour faire œuvre de paix, y compris sur terre, cette paix dont il salue, à l’imitation de saint Paul, ses lecteurs (Épître de Barnabé, I, 1 [trad. Sœur Suzanne-Dominique op]) ! Le chrétien doit réserver sa haine au seul mal ! Par ailleurs, sa reprise de [Ps 21, 21] (« Délivre de l’épée mon âme. » [trad. Sœur Suzanne-Dominique op]), même si elle peut recouvrir de nombreuses interprétations, peut aussi être lue au sens littéral, au vu de ce qui précède…

Par ailleurs, on notera que le pseudo-Barnabé recommande l’obéissance aux “chefs” : Obéis à tes maîtres comme à l’image de Dieu (Épître de Barnabé, XIX, 7 (cf. Didachè, IV, 11) [trad. Sœur Suzanne-Dominique op]). Il ne s’agit pas là des seuls chefs des églises, mais des maîtres en général comme le démontre la suite du texte. Un précepte souvent repris après, mais ô combien mal appliqué, en particulier par certains qui cherchèrent ainsi à tout se permettre au nom de Dieu !

Pour finir, on remarquera que le pseudo-Barnabé a soif de justice, justice qui est voulue par Dieu : Le Seigneur s’est fait mon compagnon dans le chemin de la justice (Épître de Barnabé, I, 4. [trad. Sœur Suzanne-Dominique op]), la posant même comme l’une des trois maximes du Seigneur : La justice, commencement et fin du jugement (Épître de Barnabé, I, 6 [trad. Sœur Suzanne-Dominique op]).

Mais cette justice est celle de Dieu, pas celle des hommes, même si les hommes se doivent d’être justes pour atteindre Dieu. Donc, en aucun cas on ne peut trouver ici un lien quelconque avec une quelconque idée de guerre juste… Il semblerait cependant que ce dernier passage soit une reprise tardive d’une glose marginale dans les manuscrits, et ne serait donc pas de la main du pseudo-Barnabé (cf. Les écrits des Pères apostoliques, Paris, Cerf, 2001, coll. Sagesses chrétiennes, page 268, note 2).

 

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Published by Serge Bonnefoi - dans Ecrivains chrétiens
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