Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 décembre 2009 3 16 /12 /décembre /2009 08:00

Cet événement dont nous parle saint Marc (Mc 10, 46-52) est à mettre en parallèle avec la rencontre entre Jésus et la samaritaine. Le lieu est déjà important en lui-même : Jéricho, la ville par laquelle on pénètre en Israël. Cet épisode se déroulant après la troisième annonce de la Passion et de la Résurrection (Mc 10, 32-34), ne faudrait-il pas voir là une étape décisive de la marche de Jésus vers Jérusalem, vers sa Passion et sa Révélation décisive, définitive ?

On remarquera aussi que c'est la première fois, du moins chez Marc, que Jésus marche vers Jérusalem non plus avec ses seuls disciples, mais avec une foule nombreuse. Pourtant, cette foule le comprend-elle, ne finira t-elle pas par le trahir ? A t-elle compris les "signes" ?

La rencontre avec Bartimée est un "lieu" fondamental de l'Évangile de Marc. L'aveugle est un marginal total dans la société de l'époque, quasiment assimilable au pestiféré, réduit à la mendicité. Sa marginalité est bien montrée par le fait qu'il est assis au côté du chemin. Par son arrêt, Jésus marque bien que son message s'adresse aussi aux exclus qu'il veut réhabiliter dans la société, par delà les préjugés.

Néanmoins, cet aveugle, seul dans sa cécité, comme l'est l'homme avant d'avoir vu Dieu, est en recherche : il va pousser un cri, faire une démarche personnelle. Son cri à Jésus est à la fois signe d'une grand détresse, mais aussi signe d'une incroyable confiance : il n'a pas vu mais il a confiance en Jésus ; Heureux ceux qui ont cru sans voir (Jn 20, 29). Il y a là un paradoxe car s'il est physiquement aveugle, spirituellement il voir avec exactitude qui est Jésus-Christ; il l'appelle Fils de David, c'est-à-dire qu'il lui donne la qualification du Messie attendu par le peuple élu (voir la promesse à David de 2S 7, 1-17). Son cri est un acte de Foi admirable. Et ce cri est aussi une demande : il fait le premier pas, et Jésus lui répond, à lui l'exclu, le quasi-pestiféré !

Le premier réflexe de la foule est de rejeter Bartimée. La foule a peur de l'exclu, de "l'anormal", du marginal; elle réagit comme les disciples qui rabrouaient les petits enfants (Mc 10, 13-16) Elle est comme la foule actuelle, comme la société qui tend à rejeter ce qui lui semble importun, ce qu'elle ne comprend pas, ce qui est "autre". Pourtant, malgré cette hostilité, Bartimée ne renonce pas : il insiste Aie pitié de moi ! .  Sa prière est insistante mais  non  provocatrice ; elle  est  confiance,  et c'est  pourquoi  Jésus lui répond Appelez-le ! , démontrant ainsi sa volonté de parler, d'accéder à tous. Et la foule va changer d'avis, commencer à parler de confiance (Mc 10, 49b). Elle va demander à Bartimée de venir, lui dit Lève-toi, il t'appelle . Ce lève-toi n'est pas innocent, car il est signe de notre élévation vers Dieu. Il est aussi fondamental car c'est egeirô qui est utilisé, pas anatellô ou un autre mot, egeirô qui se traduit par ressusciter, réveiller ! Il y a ici un lien, certes avec la Résurrection, donne la Bonne Nouvelle, mais aussi avec la belle-mère de Pierre (Mc 1, 31), le pardon au paralysé (Mc 2, 9), la main paralysée (Mc 3, 3), la lutte contre les faux dieux (Mc 13, 22) puisque chaque fois c'est egeirô qui est utilisé !

L'aveugle va jeter son manteau, son seul bien (voir aussi Ex 22, 25-26), se dépouiller pour se présenter "nu" de tout condition devant le Seigneur, car il a confiance, car il crois sans avoir vu ! Par ce geste, il rejette sa condition d'exclu puisque le vêtement symbolise la condition dans la société de l'époque (mais y a t-il eu vraiment changement dans la société actuelle ?), mais il rejette aussi tous ses biens, ce qui l'oppose au jeune homme riche. Il quitte tout pour se mettre à la suite de Jésus, il bondit ! Ce bond dans sa nuit est celui de la nuit à la Lumière (Jn 12, 46), bond vers la Foi, accès à la grâce salvatrice, élan irrésistible permettant de franchir le fossé de l'exclusion pour rejoindre non le conformisme mais la Foi, la société dans sa diversité ! Il sait déjà !

Jésus va alors lui poser une question, non pour le confondre (là je ne suis pas d'accord avec Saint Thomas d'Aquin) mais pour qu'il parle, pour qu'il accomplisse sa démarche. Jésus nous montre ici son respect de la liberté de l'homme. Jésus sait bien évidemment ce que veut Bartimée, mais il le respecte, il l'attend, attend sa question (cf. les questions de la samaritaine). L'homme doit aller au devant de Dieu, non pas seulement attendre; l'homme doit répondre à l'appel de Dieu. La question de Jésus introduit aussi Bartimée dans son intimité : Que veux-tu ?"

Bartimée va lui dire Rabbouni, soit bien plus que le Rabbi des Apôtres; il lui dit Mon Maître, à la fois en vénération, en familiarité, mais aussi en intimité et en communion : Mon, car il sait que Dieu s'adresse directement à chacun de nous, aime le plus infime d'entre nous ! Il veut voir, certes physiquement, mais aussi spirituellement; il veut voir Dieu, non pas seulement jésus vrai Homme, mais aussi Jésus vrai Dieu ! Jésus nous parle souvent de la Foi qui sauve, et on en a ici un exemple. Cette Foi qui sauve est un don de Dieu qui dépasse la seule guérison matérielle car elle est grâce et salut de l'homme total, physique, mais surtout spirituel. Bartimée va alors se mettre à la suite de Jésus, devenir un disciple parmi les autres….

On remarquera que tout est inversé à la fin de l'épisode : ⒜ Bartimée était assis : il est désormais debout ; ⒝ Bartimée était à côté de la route : il est désormais en marche sur la route ; ⒞ Bartimée était aveugle : désormais il voit ; ⒟ Bartimée était mendiant : désormais c'est lui qui va donner, donner la Bonne Nouvelle qu'il porte en lui !

Par cet épisode, l'Évangéliste nous montre que Jésus veut aller plus loin, veut amener l'homme vers une Lumière plus grande que celle de la vue, vers celle de la Foi, celle qui fait le vrai disciple. Par cet épisode, Jésus nous invite tous à le suivre, à ouvrir nos yeux pour accueillir le Messie triomphant et pour donner à notre tour, gratuitement, en serviteurs l'un de l'autre, la Foi ! Il y a comme effusion de l'Esprit-Saint : Jésus nous veut "tout", "tous" !

Ce miracle n'est pas que matériel, car il est lié à la Bonne Nouvelle, signe de sa présence (Mt 11, 2-6). Il est signe de la communication de la grâce salvatrice du christ aux nations, aux hommes (et là je suis d'accord avec Saint Thomas d'Aquin) et l'on peut penser ici à Jn 4, 1-42, à la samaritaine, car le message est identique ! Jésus veut nous libérer, spirituellement mais aussi socialement ! Jésus veut que tous soient établis ou rétablis dans la communion avec Dieu, mais il veut aussi que les exclus soient réhabilités dans la société, dans ce monde qui est élan vers Dieu ! Bref, Jésus veut sauver tous les hommes en les réhabilitant dans le monde, amis aussi en les intégrant dans la communauté de l'Amour ! Jésus convertit l'exclu, mais il convertit aussi le non-exclu qui est lui même souvent aveugle, non physiquement mais spirituellement ! Quelle leçon, car, nous les témoins, les voyants, les "normaux", avons-nous compris ? Ne sommes-nous pas des Bartimée, mais n'osant pas ou ne voulant pas aborder le Seigneur ? Bartimée, c'est pourtant nous tous….

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Serge Bonnefoi - dans Nouveau Testament
commenter cet article

commentaires