Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 décembre 2009 3 16 /12 /décembre /2009 08:01

Le besoin et le désir sont deux des moteurs les plus évidents de l’homme…  Pourtant, il est nécessaire de définir la notion de besoin, tant celle-ci est liée à celle de désir, notamment du fait de l’influence actuelle de la pensée néo-marginaliste. Le besoin se définit en philosophie comme étant l'état d'un être par rapport à ce qui lui est nécessaire en vue de n'importe quelle fin, soit interne, soit externe (A. Lalande dir. , Dictionnaire…, page 111). Il est de même possible de définir comme étant un besoin économique tout sentiment d'insatisfaction qui ne peut être effacé qu'au prix d'une activité, d'un travail ou d'un échange. À titre d'exemple, il est le plus souvent nécessaire de travailler pour satisfaire le besoin d'alimentation ou encore de payer pour satisfaire au besoin d'élimination des déchets. Le besoin économique se distingue donc du besoin au sens large en ce sens qu'il implique un échange, un transfert entre une satisfaction et une donnée quantifiable, intégrable dans un circuit ou un calcul économique. La notion de besoin économique est donc assez originale et suffisamment précise pour se distinguer de la notion de besoin au sens large, ce dernier pouvant recevoir satisfaction sans que l'homme ait l'obligatoire sensation de devoir fournir un effort en ce sens. Ce sont donc les idées d'activité et de conscience, de satisfaction et d'échange, ainsi que celles de relativité dans le temps et dans l'espace, qui permettent de définir un besoin économique. Ainsi, le besoin d'air - pour reprendre cet exemple - n'est pas un besoin économique car, s'il nécessite un certain effort, ce dernier n'est pas ressenti consciemment comme tel et n'implique pas un échange au sens économique du terme ; de même, si certains systèmes de taxation ou de redevance tendent à inscrire l'air dans le circuit économique, notamment en vue d'éviter ou de réduire les pollutions et/ou les nuisances, la respiration n'est pas un besoin économique, au contraire de la dépollution de l'air.

Il faut bien distinguer le concept de besoin de celui de désir, ce dernier étant lié à la notion de tendance spontanée et consciente vers une fin connue ou imaginée, introduisant donc des notions s'opposant à celle de volonté, voire même de liberté de l'individu. Il est par contre anormal de vouloir limiter la notion de besoin aux seuls finalités nécessaires ou légitimes, puisqu'il est possible de parler -notamment en morale- de besoin de luxe, de besoin de  drogue, etc...; dans ces derniers cas, et a contrario du désir, on retrouve l'idée d'une force, d'une volonté à laquelle il n'est pas en un temps donné répréhensible de céder, soit à cause de son caractère naturel, soit à cause de son intensité, soit à cause des conséquences graves susceptibles de découler d'une négligence ou d'une ignorance de ce besoin, la réprobation portant alors non pas tant  sur le fait de satisfaire cette force, cette volonté, cette pulsion, mais sur celui d'avoir laissé le besoin se développer . On pourrait presque affirmer que le besoin est matériel par essence alors que le désir est intellectuel par nature, seul ce dernier variant en fonction de la conscience de l'homme, le besoin faisant lui appel principalement à l'inconscient et à l'homme-machine. En environnement, le besoin est donc à la fois économique et global, alors que le concept de désir est lui aussi fondamental, ce dernier n'ayant que fort peu à voir avec l'envie et la concupiscence. Contrairement à une idée trop répandue, rien n'est en fait plus subjectif et relatif qu’un besoin économique. Le besoin économique est en effet subjectif en ce sens qu'il varie selon les individus, ce qui rend très délicate l'analyse économique, notamment dans le domaine de l'environnement, les variations étant liées aux goûts et aux désirs de chacun, faisant ainsi appel, certes au conscient, mais aussi à l'inconscient, au subconscient et à la culture.

Nous devons nous interroger sur le sens de la notion de désir confrontée au divin. Ainsi, Dieu a créé l'Univers et nous a créés non pas pour répondre à tous nos désirs et à toutes nos envies, non pas pour s'abaisser vers nous dans son infini Amour, mais au contraire pour nous élever. Par cet infini Amour, Dieu veut au contraire nous élever à lui, nous laissant, par le libre-arbitre du chrétien, fructifier le trésor du ciel et ceux de la terre dans une transcendance de Dieu à l'homme, mais aussi de l'homme à la nature. Dieu nous a en fait donné une âme pour nous rendre dignes de l'approcher et non pas pour le consommer comme un vulgaire objet de désir. L'homme doit aspirer à Dieu, tendre vers Dieu ; il ne doit pas le considérer comme un recours matériel substitutif des carences de la société humaine... C'est pourquoi les actes et les actions de l'homme doivent s'inscrire dans la joie et dans l'amour et non pas dans la pénitence et dans le repentir perpétuel, notre Seigneur Jésus-Christ étant venu laver l'homme du péché originel et non le replonger dans ce même péché, même si ce dernier reste latent par l'impact qu'il a eu sur la nature de l'homme auquel il a fait perdre son immortalité terrestre; il ne faut en effet pas tomber dans l'hérésie pélagiste qui tend à nier toute actualité, tout réalité, même indirecte, au péché originel.

Être chrétien, c'est donc avoir conscience que Dieu, dans son infini Amour, a effacé ce péché originel, tout en nous laissant libres par nos actes et par nos actions de retomber dans le péché si nous ne suivons pas ses préceptes... N'est-il pas affirmé par ce que l’on appelle la sagesse populaire que  le Diable est son maître - le diable étant ici une image philosophique du mal, ne devant donc pas être ici confondu avec l'Ange déchu -, cette affirmation devant s'interpréter non pas ex abrupto mais à la lumière de la citation suivante de Saint Thomas d'Aquin : Aucun être n’est dit mauvais par participation ; il est dit mauvais au contraire par manque de participation. Il n’y a donc pas lieu de ramener le mal à quelque chose qui serait le mal par essence (Thomas d’Aquin, Somme théologique, I, Q. 49, art. 3, sol. 4), citation qui met bien en lumière le péché par omission du Confiteor ? Par delà, la seule citation qui précède doit conduire à s'interroger au regard de la dégradation de l'environnement et de la problématique du développement, ces deux fléaux modernes étant en effet souvent plus le fait d'une démission, d'une non participation -quelle qu'en soit la nature- que d'un engagement au service de l'humanité ; cela permet de comprendre la grande variété - pour ne s'en tenir qu'à cet exemple - des attitudes des grandes entreprises chimiques, certaines négligeant l'environnement et le développement - comme ce fut le cas de l'Union Carbide  à Bhopal en 1984 - alors que d'autres ont une véritable politique de l'environnement et du développement humain.... 

Pour en revenir au sujet, la grandeur de l'homme chrétien est, à la suite du Christ, de pouvoir faire de ses échecs, de ses erreurs, de son péché, des tremplins pour aller plus haut en prenant sur lui de ne plus recommencer, les faiblesses humaines n'étant pas des boulets à traîner mais des épreuves à surmonter dans notre quête de Dieu. C'est d'ailleurs là le vrai sens de la confession qui a été créée pour aider l'homme à surmonter ses faiblesses et à tendre vers Dieu et non pas pour servir de machine à laver le péché jusqu'au prochain lavage.... Nous ne pouvons donc pas critiquer Dieu de n'avoir pu empêcher telle ou telle horreur, telle ou telle pollution, de ne pas être intervenu, de ne pas nous avoir aidé... Dieu n'a pas à le faire puisqu'il nous a donné une parcelle de lui-même, notre Âme... Dieu n'a pas à le faire, et la question n'est pas de prier pour prier, par routine, par habitude, par recours à je ne sais quelle « magie du christianisme » réduit alors à l’animisme primitif, mais de savoir si nous entendons vraiment ce que le vermisseau que nous sommes à l'étalon du Seigneur – ce n'est pas ici de l'abaissement, mais la prise de conscience de la distance à Dieu – est dans sa nature réelle... Dieu n'a pas à le faire car c'est à nous de savoir si nous faisons bien l'oeuvre pour lequel Dieu nous a créés, si nous faisons bien ce pour quoi Dieu nous a donné la terre, ce pourquoi nous respirons, ce pourquoi aussi nous vivons Dieu... Nul ne peut répondre à cela à notre place car nous sommes tous, en tant que chrétiens et en tant qu'hommes, responsables de nos actes, ce qui fait à la fois notre grandeur, mais aussi notre faiblesse humaine.

La notion de besoin économique, tout comme l'économie elle-même, est par nature subjective et individuelle, malgré les tentatives de la macro-économie, d'où les échecs de cette même macro-économie et des globalisations qui ignorent par essence la nature humaine intime et élémentaire, car oubliant qu'une société n'est que la somme de consciences distinctes qu'il est impossible d'uniformiser. Comment expliquer autrement les difficultés liées à l'application du principe du pollueur-payeur ou au calcul des avantages et des charges d'une action environnementale, difficultés qui imposent la prise en compte de normes définies par le pouvoir décisionnel qui estime ce qui doit être payé, ce qui doit être pris en compte ? Enfin, tout comme il est subjectif,  le besoin économique est relatif, puisque susceptible d'évoluer dans le temps et dans l'espace. La double nature subjective et relative du besoin économique, outre qu'elle renvoie donc dos-à-dos les économistes systématistes et démontre l'inutilité de tout calcul économique strictement mathématique, met en évidence l'influence, l'intensité et l'ampleur de la dimension psychologique dans les choix environnementaux; elle doit aussi interpeller les théoriciens et les politiques de l'environnement en leur posant une simple question : comment établir des projets mondiaux, comment mettre en place un droit de l'environnement, alors même que les notions de besoin et d'environnement sont variables d'un État à l'autre, d'une région à l'autre, alors même que les moyens alloués à l'environnement sont disjoints des besoins environnementaux - lorsque ces derniers ont pu être établis avec un consensus minimal - ? Il faut donc dépasser les notions de besoin et de désir en les relisant au travers de principes nouveaux, en particulier des principes de précaution et de prévention, mais aussi des valeurs en leur sens le plus large…

Une dernière remarque pour finir. Aujourd’hui, ce n’est plus le besoin qui guide l’offre, mais l’offre qui provoque le désir, que la publicité transforme en besoin…

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Serge Bonnefoi - dans Varia
commenter cet article

commentaires