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16 décembre 2009 3 16 /12 /décembre /2009 08:08

Dès l'origine des temps, Dieu a donné la terre à l'homme, pour qu'il la soumette, mais non pour qu'il la détruise....

« Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la ; ... » (Gn 1, 28)

 

Ce qui précède doit se lire dans l'esprit même de la Création puisque Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa (Gn 1, 27 ; 5, 2). Par ces mots, Dieu a posé le statut de l'homme; par ces mots, Dieu a posé l'équilibre entre ce statut de l'homme et celui de la Création : l'homme est à l'image de Dieu et le rapport de l'homme à Dieu est unique, propre à l'homme, couronnement de la Création. Par delà même sa Création (Gn 1, 27), Dieu a donc placé l'homme au sommet de cette même Création (Gn 1, 28). L'homme a ainsi pour mission de poursuivre la Création, mais pas n'importe comment : avec conscience et responsabilité.... Tout acte de l'homme, toute action humaine doit donc se lire à l'aune de ces mots, à l'aune de ce statut splendide et difficile. Soumission, servitude ne doivent cependant pas s'interpréter dans le sens péjoratif d'esclavage, de domination, mais plutôt dans celui de continuation de l’œuvre de Dieu, donc de préservation des espèces, de progrès dans les conditions de vie, mais aussi de sauvegarde de la beauté du monde, bref de la Création; continuateur et gardien de la Création, l'homme ne doit donc pas détruire, la destruction étant antinomique à la Création. Dieu a soumis les êtres animés à l'homme, pour qu'il les domine, non pas pour qu'il les détruise, l'Alliance noachite liant plus tard Dieu et aux hommes et aux êtres animés qui peuplent la Terre :

« Voici que j'ai établi mon alliance avec vous et avec vos descendants après vous, et avec tous les êtres animés qui sont avec vous : oiseaux, bestiaux, toutes bêtes sauvages avec vous, bref tout ce qui est sorti de l'arche, tous les animaux de la terre (Gn 9, 9-10) .... Voici le signe de l'alliance que j'institue entre moi et vous et tous les êtres vivants qui sont avec vous pour les générations à venir (Gn 9, 12) ... »

 

La préservation de la faune et des espèces est donc plus qu'un acte moral, c'est aussi un devoir spirituel du croyant car rompre les équilibres  de la Création est rupture de l'Alliance avec Dieu. L'homme n'est donc que le dépositaire de l’oeuvre l’œuvre de Dieu qu'il doit respecter en tout, tout comme Dieu nous respecte  et nous guide. Même après le péché originel, cette Alliance est maintenue, et elle nous engage toujours au présent.

 

Il est donc utile de préciser la notion si mal comprise de domination, puisque Dieu a donné la terre aux hommes pour qu'ils la dominent. Rappelons que le verbe dominer vient du latin dominari [il s'agit ici de l'infinitif de dominor, qui signifie "être maître", "dominer", "commander", "régner", aussi bien au propre qu'au figuré (source : F. Gaffiot, Dictionnaire illustré latin-français, Hachette, Paris, 1934, rééd. 1967, page 555), qui découle lui-même du mot dominus, le maître... Le sens donné ici au verbe dominer n'est pas seulement chrétien, puisque, à titre d'exemple, il faut se souvenir que Cicéron a utilisé le verbe dominari  dans son  Tusculanae discutationes : Deus dominans in nobis, "Dieu qui règne en nous" ; le sens donné est celui de la manière dont Dieu règne sur l'homme. Comme Dieu nous domine, est notre maître, l'homme est le maître de la terre qu'il domine, mais pas dans le sens d'un écrasement, d'une supériorité matérielle, mais dans un sens d'Amour, dans celui d'une supériorité ontologique. Dominer doit s'interpréter ici dans le sens de l'exercice d'une influence prépondérante et non pas dans celui d'un esclavage ou d'un asservissement; il y a cependant une légère différence entre le lien de l'homme à Dieu et celui de la nature à l'homme puisque l'homme chrétien, conscient et libre, choisit volontairement sa soumission à Dieu dont il est le serviteur dans l'Amour, alors que la nature n'a pas conscience de son lien à l'homme. C'est pour cela que l'homme doit respecter la nature car il est doté de conscience au contraire de la nature qui, certes "fille de Dieu" par la Création, n'en a pas conscience. L'homme n'est donc que le dépositaire de l'oeuvre de Dieu qu'il doit respecter en tout, tout comme Dieu nous respecte  et nous guide, car, comme l'a rappelé le Pape Jean-Paul II :

« L'homme -homme et femme- est le seul être parmi les créatures du monde visible que Dieu Créateur «ait voulu pour lui-même» : c'est donc une personne. Être une personne signifie tendre à la réalisation de soi...; cela ne peut s'accomplir qu'«à travers un don désintéressé de soi». Le modèle d'une interprétation de la personne est Dieu même comme Trinité, comme communion de Personnes. Dire que l'homme est créé à l'image et à la ressemblance de ce Dieu, c'est dire aussi que l'homme est appelé à exister «pour» autrui, à devenir don. Cela concerne tout être humain, femmes et hommes qui le mettent en oeuvre selon les particularités propres à chacune et à chacun... » (Jean Paul II, Lettre apostolique «Mulieris dignitatem», 15 août 1988, point 7)

 

L'un des fondements de la notion actuelle de développement durable, qui tient en le fait que notre descendance nous confie la terre, doit s'interpréter ici comme une notion chrétienne, surtout lorsque ce qui précède est lu au regard de l'éternité de Dieu, de l'espérance de la Résurrection et de la mission de "croissance et multiplication" confiée par Dieu aux hommes. Il faut ici réfléchir sur la transcendance, lien de l'homme à Dieu, en la transposant à la relation de la nature à l'homme, tout en complétant l'analyse par celle de l'idée de descendance -lien du Père au Fils et celle du concept de procession. Disposer de la nature tout en la respectant est difficile, car imposant la responsabilité, mais Dieu, ayant façonné l'homme à son image, n'a pas voulu que la vie de l'homme soit forcément facile (Gn 3, 16-17), et l'homme se trouve -de par sa conscience et de par la parcelle de Dieu qui réside en lui- face à la nature dans la même situation que l'homme riche face au Royaume de Dieu, même s'il faut bien lire et comprendre les sens - et aussi les applications quotidiennes - de [Mt 19, 23-24], Dieu n'interdisant pas la richesse, ne faisant pas de discrimination entre riches et pauvres (Jc 2, 1-13), mais rappelant qu'elle peut, mal comprise, écarter, par les tentations et les facilités qu'elle induit, l'homme de sa voie qui est celle de la recherche du Salut (Jc 4, 13-17)...  Tout ceci est en fait résumé par ces mots admirables du Pape Jean XXIII :

« Il (Dieu) a créé l'univers en y déployant la munificence de sa sagesse et de sa bonté. Comme dit le Psalmiste : « Seigneur, Seigneur, que ton nom est magnifique sur la terre (Ps 8, 1), que tes oeuvres sont nombreuses ! Tu les as accomplies avec sagesse (Ps 103, 24) ». Et il a créé l'homme intelligent et libre à son image et ressemblance (voir Gn 1, 26), l'établissant maître de l'univers : « Tu l'as fait de peu inférieur aux anges; de gloire et d'honneur tu l'as couronné; tu lui a donné pouvoir sur les œuvres de tes mains, tu as mis toutes choses sous ses pieds » (Ps 8, 5-6). » (Jean XXIII, Pacem in Terris, Centurion, Paris, 1963, n. 3, pp. 35-36)...

 

Le chrétien, gérant de la Création que Dieu créateur lui a confiée, a donc pour devoir suprême de sauvegarder la faune, et tout ce qui lui sert de support, c'est-à-dire la flore et la terre elle-même, car il existe une solidarité totale entre toutes les œuvres de la Création, entre toutes les créatures, ayant toutes le même Créateur, toutes étant ordonnées dans la gloire de Dieu (CEC, n. 344). Toutes les créatures sont ainsi, en dépit de leurs diversités et inégalités, interdépendantes dans le dessein de Dieu, n'existant qu'en dépendance les unes des autres pour se compléter mutuellement au service les unes des autres (CEC, n. 340). Cette idée de solidarité, qui est une vertu éminemment chrétienne (CEC, n. 1948), est en fait celle du développement soutenable, se retrouvant tout au long du Cantique des créatures attribué à Saint François d'Assises (texte extrait de : Th. Desbonnets & D. Vorreux, Saint François d'Assise. Documents écrits et premières biographies, Éd. Franciscaines, Paris, 2ème éd. 1981, pp. 168-170], texte écrit vers 1225-1226, voici plus de sept siècles [ce texte a été écrit vers 1225-1226; il est à lire en relation avec [Ps 148, 1-5]) :

« Très haut, tout puissant et bon Seigneur, à toi louange, gloire, honneur, et toute bénédiction;

à toi seul ils conviennent, ô Très-Haut, et nul homme n'est digne de te nommer.

Loué sois-tu, mon Seigneur, avec toutes tes créatures, spécialement messire frère Soleil, par qui tu nous donnes le jour, la lumière :

il est beau, rayonnant d'une grande splendeur, et de toi, le Très-Haut, il nous offre le symbole.

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur Lune et les étoiles :

dans le ciel tu les as formées, claires, précieuses et belles.

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour frère Vent, et pour l'air et pour les nuages, pour l'azur calme et tous les temps :

grâce à eux tu maintiens en vie toutes les créatures.

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour  frère Feu, par qui tu éclaires la nuit :

il est beau et joyeux, indomptable et fort.

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mère la Terre, qui nous porte et nous nourrit, qui produit la diversité des fruits, avec les fleurs diaprées et les herbes.

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux qui pardonnent par amour pour toi; qui supportent épreuves et maladies :

heureux, s'ils conservent la paix, car par toi, le Très-Haut, ils seront couronnés.

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre sœur la Mort corporelle, à qui nul homme vivant ne peut échapper.

Malheur à ceux qui meurent en péché mortel;

heureux ceux qu'elle surprendra faisant ta volonté, car la seconde mort ne pourra leur nuire.

Louez et bénissez mon Seigneur, rendez-lui grâce et servez-le en toute humilité ! »

 

Le lien entre la nécessaire préservation de la terre et les excès de l'action humaine n'est donc pas né des seules revendications "vertes" du début des années soixante-dix -même si leur influence a été fondamentale dans notre temps car ayant poussé les hommes à se réveiller, à rouvrir les yeux-, les Saints les ayant devancé, l'Église elle-même les ayant devancé avec la Constitution pastorale Gaudium et Spes du 7 décembre 1965 sur l'Église dans le monde de ce temps, Dieu lui-même les ayant devancé "au soir" du déluge, et le passage précédemment cité de la Genèse [Gn 9, 9-10] est en lui-même la définition la plus simple mais aussi la plus complète du principe de développement soutenable qui est par essence même l'un des premiers principes chrétiens, car lié à l'Alliance avec Dieu; comme l'Amour est le devoir du chrétien, l'Alliance est la nature du croyant, nature qu'il ne peut contrarier au risque de briser le fragile équilibre du monde, mais aussi de déplaire à Dieu, car l'opération de la nature présuppose toujours des principes créés, et c'est ainsi que les produits de la nature sont appelés des créatures (Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, Q. 45, art. 8, Sol. 4) ; le chrétien doit au contraire se réjouir de la Création, la respecter, car Dieu aime toutes ses créatures (Ps 145, 9) et prend soin de chacune. Ceci est d'ailleurs rappelé en permanence au chrétien, hier, aujourd'hui et demain :

« Bénis le Seigneur, mon âme. Seigneur, mon Dieu, tu es si grand... À jamais soit la gloire de Dieu, que Dieu se réjouisse en ses œuvres... » (Ps 104, 1.31)

« Que la terre bénisse le Seigneur : qu'elle le chante et l'exalte éternellement ! » (Dn 3, 74)

« ...Loué sois-tu, mon Seigneur, avec toutes tes créatures... Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mère la Terre, qui nous porte et nous nourrit... » (Saint François d'Assise, Cantique des créatures, 3.9)

« Mon Dieu, combien je dois aimer toutes les créatures, animées et inanimées, puisque toutes sont sorties de vos mains... L’œuvre de votre volonté... de quel amour, de quel respect il faut l'entourer ! de quels yeux émus il faut la regarder ! de quelles mains respectueuses, tremblantes, il faut la toucher !... » (Frère Charles de Jésus, Oeuvres spirituelles, Le Seuil, Paris, nvlle. éd. 1992, p. 55)

 

Dieu a donc confié la terre aux hommes non pas pour qu'ils la détruisent mais pour qu'ils l'embellissent (cf. Jn 15, 8)... Le devoir du chrétien est donc certes d'utiliser la terre et ses richesses, mais aussi de la préserver, de l'embellir, de la faire fructifier, afin de parachever l'œuvre divine de la Création, l'homme n'ayant en rien le droit de détruire l’œuvre de Dieu, tous ceux qui s'y sont essayé, les derniers fils des antéchrists (sur la définition des antéchrists, lire : 1 Jn 2, 18-23) Hitler et Staline, ayant lamentablement échoué. Vatican II a d'ailleurs bien précisé que c'est le propre de la personne humaine de n'accéder vraiment et pleinement à l'humanité que par la culture, c'est-à-dire en cultivant les biens et les valeurs de la nature. Toutes les fois qu'il est question de vie humaine, nature et culture sont aussi étroitement liées que possible (Concile Vatican II, Gaudium et Spes, n. 53, § 1, Centurion, Paris, 1967, page 284). Culture, nature, vie humaine sont donc intimement liés. Et pourtant....

« Le cosmos a été créé et confié par Dieu à l'être humain, qui occupe une place centrale dans le monde, afin qu'il le gouverne avec sagesse et responsabilité, en respectant l'ordre que Dieu a établi dans sa création. » (A. Sodano Cardinal, « Écologie et développement dans la vision chrétienne », Intervention à la Conférence de Rio-de-Janeiro, in : La documentation Catholique, 2 & 16 août 1992, n° 2055, pp. 728-729).

 

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Published by Serge Bonnefoi - dans Théologie
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