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16 décembre 2009 3 16 /12 /décembre /2009 08:11

eToute la crise actuelle ne pourrait-elle pas s'expliquer par la perception fausse que l'on a aujourd'hui de la société contemporain ? Sous l'influence de Durkheim, de Ledrut ou encore de Bell, on veut nous faire croire que la société est aujourd'hui passée dans une phase post-industrielle, au sens  de croissance auto-entretenue et d'évolution vers une société plus technologique et scientifique que purement industrielle ou tertiaire. Force est cependant de constater que la société actuelle ne connaît que fort peu des caractères théoriques d'une société post-industrielle, voire même fort peu des caractères théoriques d'une société industrielle qu'elle n'est plus. La crise de confiance actuelle et le blocage dans le raisonnement de nos décideurs vient du fait qu'ils restent enfermés dans des mythes – tel celui de la croissance – et dans des modèles théoriques abstraits et inertes, alors que la société est aujourd'hui multidirectionnelle et dynamique, se transformant sans cesse, mais selon des axes différents de ceux prévus – et néanmoins enseignés dans les « grandes écoles » soit dit en passant –.

Notre société, que l'on pourrait qualifier de progrès si ce terme n'avait été galvaudé par la Gauche ou encore d'évolutive, est en fait un modèle inédit qui regroupe aussi bien des caractères de société archaïque que de société médiévale, baroque, moderne ou post-moderne. Notre société se situe aujourd'hui à un point de conjonction de son évolution que l'on pourrait comparer à la phase de transition entre le bas Moyen-âge et la Renaissance, à la recherche d'un équilibre - d'où la crise de confiance plus que de croissance et que sociale actuelle - qui la conduira vers un équilibre des relations humaines et des activités humaines dans un respect mutuel. Il ne s'agit pas là d'une utopie, même si ces équilibres sont à rapprocher des modèles idéalisés par ceux que l'on nomme Utopistes, mais du fruit d'une longue évolution lancée voici plusieurs siècles, avant même la rupture de la Réforme et de la Renaissance. Malraux disait que le XXI° siècle serait spirituel ou ne serait pas... Le XXI° siècle - qui est et qui sera - sera spirituel, la difficulté étant d'intégrer cette dimension spirituelle donc de modification des habitudes de travail et de relations sociales à un modèle de société qu'il faut prolonger et non briser..

Le problème est celui de la lutte contre les inerties et contre les privilèges auto-attribués. Il faut donc être révolutionnaire face à un conservatisme fermé et replié sur des privilèges construits non sur des réalités de progrès mais sur une mythologie de pureté et d'efficacité sociale.... C'est pourquoi la politique actuelle qui tend à rejeter le modèle de la Fabian Society d'une transformation de la société en évitant toute forme de remise en cause de l'ordre par la promotion de la bourgeoisie dans un socialisme temporisateur est bonne ; on ne brisera les archaïsmes des technocraties et des droites et des gauches inertes qu'en insistant sur le bienfait des crises, mais des crises jugulées et conduisant au consensus de la concertation et du dialogue, ce que développait d'ailleurs Jacques Rueff que tous devraient aujourd'hui relire. À noter que Jacques Rueff fut l’un des maîtres de Jacques Chirac, ce dernier lui consacrant même un article in : Revue des deux mondes, juin 1985, pp. 539-546.

 

Rapports fondamentaux dans les modes de spatialisation

Rapports actuellement prédominants

Rapports théoriques dans le cadre d'une société post-industrielle

Type de société correspondant

Forme/matière

Intégration

Séparation

Société archaïque

Société médiévale

Fini/infini

Dialectique du fini et de l'infini

Primauté de l'infini

Société médiévale

Homogène/hétérogène

Dialectique de l'homogène et de l'hétérogène

Primauté de l'homogène

Société baroque

Ouvert/clos

Espace ouvert

Espace clos

Société médiévale

Interne/externe

Dialectique de l'interne et de l'externe

Externe

Société médiévale

Organisation

Dialectique de l'organicité et de la systématicité

Systématicité

???

Mobilité/rigidité

Mobilité de dynamisme et rigidité des systèmes

Mobilité des systèmes

???

 

Principes de l'organisation sociale

Principes actuellement prédominants

Principes théoriques d'une société post-industrielle

Type de société correspondant

Principe d'action

Information et énergie naturelle

Information

???

Agent principal de l'évolution sociale

Savoir et respect des métiers

Savoir théorique

???

Mode technique dominant

Transformation et recyclage

Transformation et recyclage

Société post-industrielle

Zonage

Europe - Asie du Sud-est - États-Unis

États-Unis

???

Secteur économique dominant

Primaire (transformation)

Tertiaire (loisirs, transports)

Quaternaire (services, réseaux)

Quinaire (santé, recherche)

Tertiaire, quaternaire et quinaire

???

Structure professionnelle

Hétérogénéité avec prédominance de la technostructure

Techniciens et scientifiques

???

Technologie dominante

Information et énergie

Information

???

Projet de société

Jeu avec la nature et entre les personnes

Jeu entre les personnes

???

Méthodologie

Abstraction et expérience

Abstraction

Société médiévale

Relation au temps

Prospective et histoire

Prospective

Société baroque

Principe axial

Limitation des ressources

Valorisation des ressources

Déréglementation

Centralisation et codification

???

 

 

 

 

Structure et problèmes

Caractéristiques actuelles

Caractères théoriques de la société post-industrielle

Modéle

Institutions clés

Syndicats

Instituts de recherche

Technologies de pointe

Universités et recherche; firmes spécialisées

???

Base économique

Polyvalence et adaptation

Industries fondées sur les sciences

???

Ressource clé

Nature, humain et high-tech

Capital humain

???

Problèmes politiques

Politiques de la science et de l'éducation

Métaphysique de l'après-travail

Rapports de l'Homme au travail et aux loisirs

Politiques de la science et de l'enseignement

???

Problème structurel

Équilibrage entre les secteurs publics et privés

Équilibrage entre la société civile et la société politique

Équilibrage entre l'actif et le sans emploi

Équilibrage entre les secteurs publics et privés

???

Critère de stratification

Confiscation du pouvoir par des élites autoproclamées

Qualification par les études

Société antique

Question théorique de fond

Cohésion globale de la société

Confiance de la société en elle-même

Cohésion de la nouvelle classe

???

Réactions sociologiques

Résistance au blocage de la circulation des élites

Résistance à la réglementation

Crainte de l'ouverture au monde néanmoins espérée

Refus sélectifs de modèles sociaux

Résistance à la bureaucratisation et à la culture adverse

???

 

 

 

Lorsque Rueff écrivait que l'assurance chômage était la source même du chômage, il ne signifiait pas qu'il fallait détruire toute protection sociale ; il voulait signifier que trop de charges sociales, trop de facilités d'accès aux aides sociales entraînait des attitudes de rejet du travail - pas forcément au sens classique du terme - et des blocages dans la société au profit de minorités, que celles-ci soient patronales ou syndicales. Reste que Rueff mal compris, tout comme Ardant ou Mendès-France mal compris, cela peut-être dramatique…

En son temps, de Gaulle avait compris que les crises – ou du moins leur résolution – pouvaient  – à la condition de ne pas trop durer – être un bienfait. Ce n'est qu'un début, continuons le combat dirai-je en paraphrasant les soixante-huitards qui forment d'ailleurs le gros des troupes des manifestations intégrant une certaine dose de conservatisme, ceux qui étaient des étudiants manifestants voici presque quarante ans étant devenus des travailleurs proches de la retraite manifestants... n'ayant rien compris à la réalité planétaire de mai 1968 ! Il faut néanmoins agir vite, les grèves de ces dernières années ont déjà coûté à la France plusieurs fois l'équivalent du déficit de la Sécurité sociale.

Les tableaux qui précèdent permettent de mieux mettre en évidence les divergences entre les modèles que des technocrates, certains syndicalistes et certains politiques de droite ou de gauche passéistes cherchent à imposer, et la réalité de la société française - et européenne - actuell.

Enfin, notre société – et je dépasse ici le simple cas de la France pour évoquer la société de type occidental dans son ensemble – comporte incontestablement un caractère archaïque en ce sens que l’univers où elle se meut est fondé certes sur des réalités, mais aussi sur des mythes, des croyances et des perceptions de l’autre idéalisées. L’univers contemporain est certes un univers physique, mais il est aussi immatériel et mental, ce dernier aspect conduisant à une modélisation de type archaïque. Le monde actuel est donc bien en plein développement…

Notre société est en fait à un point de conjonction de son évolution comparable à la transition entre le bas Moyen-âge et la Renaissance, avec une recherche d'un équilibre nouveau des relations et des activités nouvelles sur la base d'un respect mutuel. Se pose donc la question des modèles théoriques, ainsi que celle de savoir quelle est la forme de la crise actuelle.

La société contemporaine n'a en fait jamais été moderne, et il n'est pas possible de l'interpréter au regard des schémas classiques. Certes, le global efface l'international et le national, tout comme la mondialisation efface le territoire; il y a là une crise sémantique et remise en cause des concepts philosophiques, géopolitiques et géostratégiques traditionnels. De ce fait, notre société, que l'on pourrait qualifier d'évolutive est en fait un modèle inédit qui regroupe aussi bien des caractères de société archaïque que de société médiévale, baroque, moderne ou post-moderne. Ainsi, l'émergence de caractères médiévaux ou baroques dans nos sociétés est un point à analyser : médiéval avec la dialectique du fini et de l'infini, de l'interne et de l'externe, l'évolution des modes de communication; baroque avec la dialectique de l'homogène et de l'hétérogène, ainsi qu'une relation au temps à fois prospective et historique.

On peut aussi constater un retour de l’influence des modèles néo-stoïciens latins, et en particulier de la vision du monde qu’avaient Épictète ou Cicéron, notamment dans la perception du droit et de la nature.

Je vais me répêter… Notre société se situe aujourd'hui à un point de conjonction de son évolution que l'on pourrait comparer à la phase de transition entre le bas Moyen-Âge et la Renaissance, à la recherche d'un équilibre - d'où la crise de confiance plus que de croissance et que sociale actuelle - qui la conduira vers un équilibre des relations humaines et des activités humaines dans un respect mutuel. Il ne s'agit pas là d'une utopie, même si ces équilibres sont à rapprocher des modèles idéalisés par ceux que l'on nomme Utopistes, mais du fruit d'une longue évolution lancée voici plusieurs siècles, avant même la rupture de la Réforme et de la Renaissance. Lorsque Malraux disait que le XXIème siècle serait religieux ou ne serait pas, il pensait  en fait au sens spirituel du mot religieux, la difficulté étant d'intégrer cette dimension spirituelle donc de modification des habitudes de travail et de relations sociales à un modèle de société qu'il faut prolonger et non briser. 

Il est cependant d’une certaine manière rassurant de constater que notre civilisation ne donne pas naissance à une nouvelle approche philosophique mais ne fait que reprendre des concepts anciens, puisque l’histoire nous démontre que l’émergence de chaque concept philosophique nouveau a été concomitante à une phase de décadence : Socrate et Platon avec la crise de la Cité grecque, le christianisme avec la chûte de l’Empire romain, les Lumières avec la rupture des civlisations traditionnelles occidentales, le marxisme avec la crise du modernisme… La vertu de nos sociétés contemporaines est donc, tout en progressant, de continuer à faire du neuf avec du vieux, assurant ainsi une continuité qui lui a peut être manqué dans les siècles passés. Deviendrait-on sages et raisonnables, malgré les apparences ? A-t-on réussi à (ré-)concilier la foi et la raison ? Atteint-on enfin un point d’équilibre entre la nature et l’homme ? Va t-on enfin non plus détruire mais continuer ?

Notre société est à la fois traditionnelle et moderniste, permanente et évolutive, mais pour s’en rendre compte, il faut accepter de se dépouiller partiellement d’une partie de son moi, en ce sens que les notions de pouvoir, de progrès et d’évolution ne doivent pas se juger seulement à l’aune des sociétés occidentales. C’est ceci qui, tout en permettant de proposer des solutions, permettra à la géopolitique d’être neutre, par l’exclusion de tous les oripeaux d’infériorité induits par l’évolutionnisme social, et ce même si la géopolitique permet de dégager des idées de puissances, dont de domination, voire de supériorité ; mais ces idées sont là pour aider, non plus pour contraindre, même si certains organismes, tel que le FMI, ne l’ont pas encore compris. Bien évidemment, la géopolitique permet au puissant d’asseoir sa puissance, de l’imposer, d’imposer ses vues économiques, culturelles, sociales, mais elle peut aussi lui permettre de s’assurer tout en respectant les modèles internes aux sociétés avec lesquelles il est en contact.

C’est en ce sens que la géopolitique ne doit plus servir à faire la guerre, mais à faire la paix, le tout étant de savoir de quelle manière l’imposition de la paix ne trouble pas la cohérence interne d’une société ou plus exactement n’est pas une ingérence déguisée à visée de puissance. Faire la paix, oui, mais en respectant les peuples. Tous est donc bien dans la question des valeurs… Nos valeurs occidentales, en particulier liées au respect de la vie, sont-elles transposables ? Question très difficile ! A-t-on le droit moral d’imposer à des peuples de ne pas se battre, de ne pas massacrer, alors même que ces notions seraient inséparables de leurs cultures. Les en empêcher, ne serait-ce pas les tuer d’une autre manière ? Véritable débat moral… C’est toute la question de l’ingérence humanitaire ou environnementale… Quelles solidarités ? Dans tous les cas, la philosophie, en tant qu’outil, peut aider à apporter des réponses…

En tant qu’amour de la sagesse, la philosophie ne peut être qu’une science de l’équilibre… En tant que logos, la philosophie ne peut qu’aider à relier les hommes… Et surtout, le philosophe n’est-il pas celui qui, en partant des faits et des choses, pense les causes en se distançant des faits et des choses, permettant ainsi l’émergence de réponses ?

 

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Published by Serge Bonnefoi - dans Science politique
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