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16 décembre 2009 3 16 /12 /décembre /2009 08:03

Dans l'esprit des populations, comme d'ailleurs dans celui de la plupart des législateurs et décideurs, la notion de risque est inséparable de celles de crise et de catastrophe. Or, rares sont ceux qui peuvent définir avec précision ce qu'est une crise ou une catastrophe. S'agit-il d'un accident ferroviaire comme à Vierzy en 1972 avec ses 108 morts ? d'un accident de transport de produits chimiques comme à Missanga au Canada en 1979 avec plus de 300.000 personnes évacuées et son nombre toujours inconnu et caché (!!!) de victimes ? d'un incendie comme à Marseille le 28 octobre 1938 et ses 75 morts, cause indirecte de la mise sous tutelle de l'État de la communae et à l'origine de l'actuel Bataillon des Marins Pompiers ? ou alors s'agit-il de cet individu pris de démence sur la voie publique ou de ce jeune qui se tue en voiture le dimanche matin au sortir d'une soirée trop arrosée ? Il est en fait permis de distinguer cinq grandes catégories de catastrophes qui toutes correspondent à des situations multiples et variées, sans que cette typologie soit exclusive ou rigide, plusieurs situations pouvant se combiner.

 

La première catégorie de catastrophes est celle des catastrophes dites naturelles dont le caractère est fréquemment, mais non toujours comme l'a démontré la catastrophe de Vaison-la-Romaine, imprévisible ou inévitable. Ce sont celles qui mettent en jeu une énergie libérée par la nature : l'eau (inondations, ...), l'air (tempêtes, ...), la terre (glissements de terrain, ...) et le feu (foudre, ...). Très souvent, la catastrophe naturelle combine deux ou plusieurs de ces éléments, ce qui la rend beaucoup plus délicate à gérer qu'on ne le présuppose trop souvent. Les dégats engendrés portent, ou sont susceptibles de porter, sur toutes constructions, édifices, structures, infrastructures, ouvrages, qui peuvent être endommagés, voire détruits. En outre, certaines situations particulièrement graves peuvent engendrer des modifications du paysage ou d'un lieu de travail non strictement bâti, comme par exemple une galerie de mine. De plus, ces destructions, en intervenant sur l'environnement humain, peuvent voir leurs conséquences amplifiées par des accidents technologiques, sociologiques ou humains; cela serait inévitablement le cas au Portugal, en particulier à Lisbonne, en cas de nouveau tremblement de terre d'amplitude élevée. En effet, l'industrie portugaise se caractérise par la présence de gros complexes industriels, généralement disséminés le long des fleuves  ou accrochés à des grosses agglomérations (Lisbonne, Porto, Estarreja), qui constituent des noeuds de pollution et de risques très importants et préoccupants (Estarreja, Avero, Rio do Ave), tant pour l'eau que pour l'air que pour la sécurité générale des populations (Le Moniteur du commerce international (MOCI), n° 1000, 25 novembre 1991, page 132). Ces catastrophes concernent tous les individus; elles peuvent engendre de très nombreuses victimes comme Tang-Chan en Chine, avec la mort d'au moins 500.000 personnes suite à un tremblement de terre. Néanmoins, la catastrophe naturelle n'est pas toujours de cette ampleur, et l'on peut aussi parler de crise naturelle à l'occasion de la chûte d'un arbre sur un chemin agricole ou d'intérêt communal lors d'une tempête. Et puis,  n'est-il pas réaliste de classer parmi les catastrophes naturelles  certaines formes d'éizooties,  de maladies contagieuses ou épidémiques ?

 

La deuxième catégorie de catastrophes est elle relativement récente. Il s'agit des catastrophes technologiques qui, du moins dans leurs formes majeures, datent de la troisième Révolution industrielle du XIXème siècle. Ces catastrophes peuvent être reliées à cinq types de risques :  le risque chimique; le risque nucléaire; le risque biotechnologique; le risque transport; le risque lié à l'urbanisme : établissements recevant du public, immeubles de grande hauteur, barrages, etc.... Le rôle du sauveteur, tout comme celui de l'industriel, est y est beaucoup plus dynamique que dans le cas de la catastrophe naturelle, les causes les plus fréquentes des accidents technologiques survenus dans le monde étant principalement les suivantes, causes pouvant toutes être maîtrisées ou du moins contrôlées : - défaut de conception  par  manque d'étude  des  risques [accident chimique  de Feyzin, 4 janvier 1966] ; - défaut d'entretien des matériels [accident chimique de Bhopal, 3 décembre 1984] ; - non respect des procédures d'exploitation et des consignes de sécurité [accident nucléaire de Tchernobyl, 26 avril 1986] ; - défaut de formation des intervenants [accident ferroviaire de Florac, 3 août 1985] ; - non respect de certains principes élémentaires d'urbanisme [accident chimique de Mexico, 19 novembre 1984].

 

La troisème catégorie de catastrophes est elle aussi classique, puisqu'il s'agit de la catastrophe sociologique. Néanmoins, a contrario  de la plupart des auteurs, on préférera distinguer de cette catégorie, par trop générique, une quatrième catégorie, dite catastrophe sociologique provoquée, et une cinquième catégorie, dite catastrophe sociologique individuelle. En effet, il faut tout  d'abord savoir que la catastrophe sociologique comprend tous les accidents collectifs ne s'insérant pas dans les cadres précédents, comme l'effondrement de la tribune du stade de Furiani à Bastia. Il est donc fait abstraction de situations individuelles de crise telles que l'incendie, l'empoisonnement, la tentative de suicide, la démence, l'accident de circulation à petite échelle, le mur qui s'effondre sur des passants, etc..., c'est-à-dire de toutes ces situations de faible portée collective mais concernant directement le vécu quotidien. Il apparaît également indispensable de dissocier de cette catégorie les catastrophes sociologiques provoquées, c'est-à-dire issues d'un acte volontaire, volontariste et conscient d'un ou de plusieurs individus, comme c'est par exemple le cas dans les phénomènes d'hooliganisme, les attentats terroristes, voire les guerres.... On établit, contrairement à la plupart des auteurs, une dissociation stricte entre l'accident du stade de Bradford en 1985, qui fit 54 morts suite à un incendie, et le massacre du stade du Heysel qui fit, la même année, 39 morts, un phénomène psychologique étant entrée en jeu dans le second cas. Quant à l'accident du stade de Furiani, pour en rester au seul football, ne se trouve t-il pas, dans une certaine mesure, sur une crête entre ces deux types de situatin ? De même, on peut distinguer l'explosion accidentelle d'une fusée lors d'un feu d'articies de l'attentat terroriste.

 

L'approche est donc, et doit être, différente selon l'hypothèse envisagée, même s'il y a parfois combinaison de certains éléments, voire d'éléments relevant des deux premières catégories; ainsi, par exemple, panique + hooliganisme + démence passagère + glissement de terrain + défaut de conception d'une structure peuvent se combiner.

 

On peut donc admettre que toutes les activités humaines, tout comme celles de la nature, peuvent engendrer, dans la mesure où elles concernent ou mettent en jeu des potentiels énergétiques ou humains, sinon des catastrophes au sens commun du terme, du moins des crises, à ce même sens commun. Et c'est en celà que le rôle de tous les responsables de la société humaine est important, et ce à un triple échelon : prévention; mise en oeuvr des secours; action psychologique.

 

On peut donc définir une crise comme étant toute situation dommageable survenant au niveau d'une collectivité humaine et imposant une riposte de l'entreprise, de l'institution ou de l'autorité publique pour essayer de corriger, avant ou après, plus ou moins rapidement, les effets néfastes de l'événement. La notion de crise est donc un peu plus large que la stricte notion de catastrophe puisque, s'il s'agit toujours d'un élément inopiné, même s'il est souvent prévisible, et entraînant une situation pour laquelle il y a, temporairement du moins, rupture avec le quotidien. Par contre, on ne retiendra pas l'obligation de mise en jeu de moyens inhabituels de secours et le critère de collectivité de l'événement puisque la notion de crise dépasse la conception traditionnelle de catastrophe, retenant les événements ne frappant qu'un ou plusieurs individus isolés ou non.

 

Il est remarquable de noter que le risque de crise ou de catastrophe qui inquiète le plus les populations est souvent celui qui est le mieux encadré. C'est ainsi que les industriels de la chimie, du moins les plus importants, et du nucléaire constituent parmi l'ensemble des responsables de la vie civile ceux qui, du moins en Europe occidentale, prennent le plus de mesures en faveur de la prévention et de l'encadrement de la crise, souvent même par dela les limites minimales imposées par les diverses réglementations.


Voir aussi : http://serge-bs.over-blog.com/article-le-refus-du-risque-42738584.html 

 

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Published by Serge Bonnefoi - dans Environnement
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