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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 15:42

La logique de développement soutenable, ce lien entre environnement et développement est par nature même un principe chrétien comme l'a d'ailleurs rappelé le Pape Jean-Paul II, en particulier dans sa lettre encyclique Centesimus Annus. Il est en effet faux d'affirmer comme trop de personnes à la suite de la critique de Lynn White jr que la sauvegarde de l'environnement passe par un rejet de la version occidentale du Christianisme et que le christianisme, en contraste absolu vis-à-vis des anciens paradigmes et des religions asiatiques, non seulement a instauré un dualisme entre la nature et l'homme, tout en insistant sur le fait que ce serait la volonté de Dieu que l’homme exploite la nature à ses propres fins[1]  ; non seulement de telles assertions sont mensongères, mais elles traduisent de plus une réelle incompréhension et une méconnaissance certaine du message du Christ.

 

Le Christianisme n'a en effet jamais élevé en dogme la supériorité absolue de l'homme sur la nature, ce qui est contraire aux idées même d'Alliance et d'Amour du prochain, et ce même si l'homme a été créé à l'image de Dieu et même s'il a reçu pour mission de soumettre la Terre. D'ailleurs, Lynn White lui-même était obligé de faire référence à Saint François d'Assise, et d'admettre[2] que l'idée développée par ce Saint fondamental du catholicisme est porteuse d'avenir par la vision proposée de la relation entre l'homme et la nature. C'est ce que rappelait le Père Bernard Przewozny, directeur du Centre franciscain    d'étude  de  l'environnement  de  Rome,  lorsqu'il  écrivait  en     1990 :

 

Comme de nombreux auteurs l'ont démontré, la recherche d'un modèle alternatif du rapport de l'homme à son environnement est inspirée par une démarche peu honnête. Dans le cas de White,Toynbee, et d'autres, ce modèle est basé sur l'animisme primitif. Cette démarche est peu honnête car elle attribue la responsabilité du désastre écologique non seulement  à la Tradition judéo-chrétienne,  mais  au monothéisme[3].

 

Jean-Paul II lui-même n'a t-il pas écrit :

 

L'homme saisi par le désir d'avoir et de jouir plus que par celui d'être et de croître, consomme d'une manière excessive et désordonnée les ressources de la terre et de sa vie même. À l'origine de la destruction insensée du milieu naturel, il y a une erreur anthropologique... L'homme, qui découvre sa capacité de transformer et en un sens de créer le monde par son travail, oublie que cela s'accomplit toujours à partir du premier don originel des choses fait par Dieu. Il croit pouvoir disposer arbitrairement de la terre... Au lieu de son rôle de collaborateur de Dieu dans l'œuvre de la création, l'homme se substitue à Dieu et, ainsi, finit par provoquer la révolte de la nature, plus tyrannisée que gouvernée par lui.... En dehors de la destruction irrationnelle du milieu naturel, il faut rappeler ici la destruction encore plus grave du milieu humain... Non seulement la terre a été donnée par Dieu à l'homme qui doit en faire usage dans le respect de l'intention primitive, bonne, dans laquelle elle a été donnée, mais l'homme, lui aussi, est donné par Dieu à lui-même et il doit donc respecter la structure naturelle et morale dont il a été doté[4] ?

 

Ce n'est donc pas la soumission des hommes à Dieu qui est la cause de la dégradation de l'environnement, mais justement l'oubli par ces mêmes hommes de Dieu, donc l'oubli par les hommes modernes du sens de la transcendance de Dieu par rapport à l'homme, mais aussi de l'homme par rapport au reste de la Création divine[5]. C'est l'idée que voulait faire passer Jean-Paul II dans son Message pour la Paix du 1er janvier 1990 lorsqu'il parlait de la nécessité d'un univers en harmonie, d'un vrai cosmos pourvu d'une intégrité propre et d'un équilibre interne dynamique[6]. Ces mots de Jean-Paul II sont en fait la clé de lecture de tout ce document, ils en sont le thème central, car imposant une réflexion vraie sur la liberté, sur l'éthique et surtout sur le rôle de l'homme dans la Création.

 

La doctrine théologique de la transcendance se trouve en fait au centre de toute la conception chrétienne de l'environnement, puisqu'au cœur de la question de la Création; en effet, Dieu n'est pas dans le monde comme un principe vital animant tous les êtres vivants, mais comme créateur et maître de l'univers. De plus, la transcendance, relation personnelle avec Dieu, traduit le mouvement par lequel la conscience vise l'objet qui, tout en étant en corrélation avec ses actes, lui est radicalement extérieur, ce qu'est Dieu, d'où les principes de grâce et de révélation.

 

D'autres que Lynn White jr ont attaqué le christianisme et l'ont accusé de tous les maux. Ainsi, le cardinal Ratzinger a t-il déploré que le Club de Rome ait développé une « critique du christianisme qui serait la racine de cette civilisation du pillage[7], alors que Drewermann a repris ces accusations en affirmant :

 

Pour le dire en termes très tranchants : la religion désertique de l'Ancien Testament, élevée par le christianisme au rang de message d'une Église universelle, pourrait en effet désertifier le monde entier[8]... 

 

Mais là encore, ils relèvent plus une ignorance totale ou malveillante du message chrétien que d'une lecture critique, raisonnée et sensée du même message.

 

A suivre…

 



[1] White (L.), « The historical roots of our ecological crisis », in : Science, n° 3767, 10 mars 1967, pp. 1203-1207, publication de la communication faite le 26 décembre 1966 à l'American Association for the Advancement of Science.

[2] même si ses commentaires sont faux…

[3] Przewozny (B. J.), « La dimensione culturale ed etica della crisi ambientale », in : Volto della Terra, volto di Dio, Quaderni di Città di Vita, Firenze, 1990, page 29.

[4] Centesimus Annus, Cerf, Paris, 1991, pp. 76-78.

[5] Luyckx (M.), Les religions face à la science et la technologie. Églises et éthiques après Prométhée, Commission des Communautés européennes, Bruxelles, novembre 1991.

[6] La Documentation Catholique, n° 1997, 7 janvier 1990, page 10.

[7] Ratzinger (J.), Au commencement Dieu créa le ciel et la terre, Fayard, Paris, 1986, page 43.

[8]in :  Le progrès meurtrier, Stock, Paris, 1993, page 136.

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Published by Serge Bonnefoi - dans Catholicisme
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