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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 10:56

Parmi les épisodes choquants de l’Ancien Testament, on peut donc retenir comme significatifs les passages où Dieu soumet l’Égypte à dix plaies, détruisant son armé, bref causant directement la mort d’hommes, ce qui semble surprenant. Et l’on doit se poser la question " Dieu aimait-il les Égyptiens ? " ; bien plus qu’une boutade à l’heure où certains n’ont de la Bible qu’une lecture littérale, matérialiste…

La question " Dieu aimait-il les Égyptiens ? ", fait référence aux dix plaies d'Égypte (Ex 7, 8 -11, 10) et à la traversée de la Mer rouge (Ex 14) … Cette question souvent posée est en fait mal posée car ne laissant aucune place à la perspective du Salut tout en laissant de côté la question de d'Alliance. Dans cette dernière perspective, il est en effet possible de distinguer une Alliance de l'Ancien Testament, celle de la vocation d'Abraham selon laquelle Dieu aime son Peuple (Gn 12, 1-3) , de celle du Nouveau Testament, selon laquelle Dieu aime tous les hommes, l'unité de l'humanité étant restaurée par l'Esprit dans le Christ Sauveur (Ac 2, 5-12 ; 7, 9-10).

L'Ancien Testament l'affirme : par delà même sa Création (Gn 1, 27), Dieu a placé l'homme au sommet de cette même Création (Gn 1, 28) . Après l'épisode du déluge où Dieu montra sa déception de l'homme, une Alliance nouvelle -donc une espérance en l'homme- fut établie entre Dieu et les hommes par l'entremise de Noé (Gn 9, 7-17) , redonnant aux hommes la conscience de l'unité de leur destin cosmique; or Noé lui-même devait briser cette conscience de l'unité en maudissant Canaan (Gn 9, 25). Ce fut une nouvelle rupture de l'Alliance, rupture qui devait être consommé avec l'épisode de la tour de Babel, épisode où l'homme cherchant à égaler Dieu se perd et se disperse (Gn 11, 5-9), perd même pour une partie Dieu lui-même. L'humanité a dès lors, de sa propre liberté, de sa propre faute, choisi de briser son unité, et ce en dehors même du dessein premier de Dieu (Gn 11, 4).

Désormais, le projet messianique de Dieu ne sera relancé qu'au travers d'Abraham (Gn 15, 17-21 ; 17, 1-14) et de la notion de Peuple élu. Par l'Alliance avec Abraham, Dieu a établi Israël comme son Peuple (Lv 26, 12) , et, dès lors, Dieu aime son Peuple qui le suit, le chargeant d'une lourde mission qu'il ne perçoit pas toujours : celle de préparer la venue du Christ. Cette vocation d'Israël se retrouva confirmée par la Promesse faite à Moïse (Ex 3, 13-15) ; ce sera dès lors, et ce jusqu'au Christ, non plus l'histoire de l'humanité unie mais celle du peuple uni. Mais, là encore, même si la promesse universelle de YHWH s'étend à toute la terre (Ex 19, 5) , elle sera d'abord reliée à l'Alliance avec Moïse (Ex 24, 1-11 ; 34, 10-13), malgré la tentation des idoles (2R 21-23), avec la lutte contre les faux dieux (Ex 34, 14) . Ce qui prime alors, ce n'est non pas l'idée d'Amour universel, mais celle d'élection, élection apparaissant déjà dans le sacrifice d'Abraham (Gn 22, 15-18) et confirmée à de nombreuses reprises (Is 48, 15 ; Os 2, 21-22). Néanmoins, l'histoire d'Israël sera celle d'un Salut inaccompli (Jr 31, 31-34), seule la venue du Christ étendant à nouveau à tous les hommes la Promesse du Salut et de la Rédemption (Ep 3, 5-6) .

Il ne faut enfin pas oublier que les Égyptiens n'aiment pas Dieu, que les Égyptiens portent eux-mêmes la responsabilité de leur déroute car ils ont rejeté le Peuple élu, aimé, de Dieu (Ex 5, 9) et YHWH lui-même (Ex 6, 11-13) . Dieu a donc puni les méchants pour sauver son Peuple élu, peuple dont la vocation est et sera dès lors de préparer le chemin du Seigneur. La question de savoir si Dieu aimait ou non les Égyptiens ne se pose donc pas puisque la punition divine est là pour démontrer non pas un non-amour mais bien au contraire un immense Amour, celui de Dieu pour ceux qui le craignent, sa colère étant réservée à ceux qui le défient (Ps 20, 9-13). En fait, dans l'Ancien Testament -du moins après la chute d'Adam-, l'Amour entre Dieu et les hommes doit être réciproque (Is 43, 1-7; 43, 10), alors qu'après le Christ cet Amour de Dieu est à nouveau universel (Ga 3, 26 ; 3, 28) , les hommes ayant dès lors l'obligation absolue et éternelle de relayer cet immense Amour (Jn 13, 34-35 ; 15, 12) , dans le prolongement du Tu aimeras ton prochain comme toi-même de [Lv 19, 18].

La réponse aurait bien naturellement été toute autre si cet épisode s'était déroulé après la venue du Christ; il aurait alors été choquant du fait de l'universalité retrouvée du message divin par le Christ en l'Esprit, alors qu'il n'est ici que témoignage de l'Amour de Dieu pour ceux qui le suivent et entre les mains desquels il a placé son dessein. Il faut donc bien distinguer Ancien Testament et Nouveau Testament, ce qui permet d'ailleurs de mieux contempler le message du Christ (Mt, 5, 17 ; 13, 7) .

" Dieu aimait-il les Égyptiens ? ", n’y voir qu’un épisode matériel, est donc hors de la perspective divine. Une telle question se poserait dans une perspective néo-testamentaire, mais concernant une période historiquement antérieure elle est donc erreur. La vraie question n'est-elle pas en fait " Que Dieu n'a t-il pas fait pour aimer ceux qui l'aiment ? ", car Dieu ne rompt jamais sa promesse… "

Gardons enfin à l’esprit que l'intention du texte vétéro-testamentaire est souvent symbolique. Elle est de signifier qu'il y existe des ennemis absolus, irréductibles avec lesquels il ne faut pas transiger. Entendu au sens strict de personnes physiques, la morale chrétienne se distance ici de la morale juive, car, dans le Christianisme, il n'y a pas d'ennemi absolu, il n'y a personne qui soit impardonnable a priori ! Mais entendu de comportements moraux - comme le suggère le Deutéronome -, la leçon garde toute sa valeur.

 

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Published by Serge Bonnefoi - dans Ancien Testament
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