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27 mars 2010 6 27 /03 /mars /2010 13:29

Ce n'est pas dès 1938 que le Vatican a condamné le nazisme, mais bien avant ! J'en veux pour preuves les décrets de condamnation et d'inscription à l'Index des livres prohibés du 7 février 1934 pour Der Mythus des 20 Jahrhunderts de Rosenberg, du même jour pour le Die deutsche Nationalkirche d'Ernest Bergmann et du 17 juillet 1935 pour le An die Dunkelmaenner unserer Zeit à nouveau de Rosenberg, et ce alors que peu d'ouvrages ont été inscrits à l'Index sous Pie XI, comme en témoignent les Actae !

Par ailleurs, si le Pape Pie XI, d'autorité supérieure à la Sacrée Congrégation du Saint-Office, allait en personne condamner toutes les idées de Hitler dans son Encyclique Mit brennender Sorge du 14 mars 1937, on oublie trop souvent le Syllabus aux Universités et aux Facultés catholiques du 13 avril 1938 condamnant huit propositions racistes, fondements de la pensée nazie, ou les interventions des 15, 21 et 28 juillet de la même année de Pie XI contre l'esprit raciste. Le Syllabus de 1938 condamnait clairement les propositions fondamentales du Mein Kampf d'Hitler, du Le mythe du XX° siècle de Rosenberg, et du La science des races du peuple allemand de Hans Günther... Je ne parle même pas des conférences de 1935 de Monseigneur Faulhaber !

Par ailleurs, et à relire les articles de notamment L'Ami du Clergé, la Nouvelle Revue Théologique, Chronique sociale de France, La vie intellectuelle ou encore la Nouvelle Revue Apologétique (au moins quatre à cinq articles par an condamnant le nazisme dès 1932), on se rend contre que dès 1928 au moins l'Église et le Vatican (relire les actes des Papes de cette époque, y compris Pie XII, dans la collection publiée par la Bonne Presse annuellement par exemple à l'époque) condamnaient le nazisme, et dans des termes très durs ! Je peux préparer si besoin une sorte de digeste d'articles importants à ce sujet, dès avant la prise de pouvoir par Hitler en Allemagne, y compris avec des références tirées de la presse allemande catholique !

Souvenons nous aussi que la persécution en Pologne, dès après l'entrée de Hitler dans ce pays, a concerné les Juifs ET le clergé catholique (plus de 5.000 prêtres déportés ou fusillés à la fin du premier mois de présence nazie !)... J'ai là encore des références vaticanes ou encore diplomatiques datées de 1939 !

Une précision… Bien avant le Vicaire de Hocchhuth, on peut relever les accusations portées contre Pie XII par Camus et … Paul Claudel ! Mais passons…

Pour bien mettre en évidence les condamnations antérieures à 1938 du nazisme par l’Église, je reprendrai – par delà l’encyclique Mit brenneder Sorge, par delà les condamnations déjà rappelées par le Saint-Office, par delà le Syllabus du 13 avril 1938 déjà cité -, les extraits suivants d’interventions épiscopales :

⒜ à diverses questions relatives aux liens possibles entre le Catholicisme et le nazisme, l’Évêque de Mayence devait répondre le 27 septembre 1930 : Un catholique peut-il s’inscrire dans le parti Hitler ? Un prêtre catholique peut-il permettre que les membres de ce parti assistent comme tels à un enterrement ou à toute autre cérémonie religieuse ? Peut-on admettre aux sacrements un catholique qui se réclame de principe de ce parti ? Nous devons répondre négativement (cf. Badischer Beoachter, 5 octobre 1930) ;

L’épiscopat doit aujourd’hui, en plein accord avec le Pasteur Suprême et suivant ses instructions, s’opposer avec fermeté et avec évidence au faux nationalisme et à ses erreurs, qui depuis quelques temps sont répandus par la parole et par l’écrit dans toutes les régions de notre patrie (Déclaration du Cardinal Bertran, Archevêque de Breslau, du 31 décembre 1930) ;

Il est rigoureusement interdit au clergé catholique de collaborer sous une forme quelconque au mouvement national-socialiste (Instructions des Évêques de Bavière sur le national-socialisme, Bayerischer Kurier, 13 février 1931) ;

Il est un fait qui mérite à ce sujet toute notre attention, c’est que la plus haute autorité de l’Église, Notre Saint Père le Pape Pie XI, a condamné le mouvement d’Action Française qui, sur certains points essentiels, s’apparente évidemment aux erreurs des chefs du national-socialisme (Déclaration des Évêques de la Province de Cologne sur le mouvement national-socialiste, 5 mars 1931).

Et je pourrai multiplier les exemples… Et par exemple les cinq sermons du Cardinal Michel von Faulhaber des 3, 10, 17, 24 et 31 décembre 1933 (Juifs et Chrétiens devant le racisme, Sorlot, Paris, 1936), ou encore les propos de Pie XI lors de la canonisation de Konrad von Altütting en 1934, ou déjà, et encore plus avant dans le temps, le décret du Saint Office du … 21 mars 1928 ! Je passe sur le discours de Pie XI du 29 juillet 1938 devant les élèves de la Propagande pour revenir à son allocution de Noël 1937 : Pour appeler les choses par leur nom : en Allemagne, c’est la persécution religieuse (…). C’est une persécution à laquelle ne manque ni la force et la violence, ni les pressions et les menaces, ni les ruses de l’astuce et du mensonge.

Je rappellerai aussi le refus de Pie XI à toute rencontre avec Hitler (comme Pie XII qui ne le rencontra que comme Nonce à Berlin, comme c’était son devoir, jamais comme Pape), par exemple lors de sa venue à Rome le 5 mai 1938, jour où il décida de partir à Castel-Gandolfo, de fermer les musées du Vatican, d’interdire au Nonce et au clergé toute réception officielle, d’interdire tout pavoisement d’Église, tout en faisant une déclaration condamnant à nouveau le racisme allemand… Je glisse aussi sur les discours de Pie XII des 15, 21 et 28 juillet 1938 où il insistait sur l’opposition radicale entre l’esprit chrétien et l’esprit raciste, condamnait l’eugénisme et l’euthanasie des nazis, tout comme je glisse aussi sur son discours du 6 septembre 1938 sur les mêmes sujets. Je rappellera juste que c’est dès l’été 1933 que Pie XI et le Vatican ont commencé à condamner incessamment le racisme, l’eugénisme et l’euthanasie prônés par les nazis, de manière encore plus vive après la loi du 15 septembre 1935 !

On se souviendra aussi de l’encyclique Casti Connubii de Pie XI, du 31 décembre 1930, sur le mariage catholique où le Pape condamnait déjà des erreurs du nazisme sur la famille, sur le racisme, sur l’eugénisme, sur l’euthanasie ; et la lecture des textes préparatoire est encore plus parlante !

Je passe aussi les conférences des 6 et 9 mars 1939 entre le Pape Pie XII et des Évêques allemands, notamment avec le Cardinal Faulhaber…Je glisse de même, puisqu’il semble qu’on l’ait oubliée, sur la lettre de Pie XII à l’assemblée des Évêques allemands de Fulda du 6 avril 1940…On semble aussi avoir oublié le compte-rendu officiel de sa rencontre du 13 mai 1940 avec l’ambassadeur d’Italie, Dino Alferi, ou encore sa lettre du 20 février 1941 à Monseigneur Ehrenfield, ou encore celle du 30 avril 1943 à Monseigneur von Preysing… Toutes condamnaient précisément la doctrine nazie ! Et elles étaient publiques, pas cachées dans des archives ! Mais ce que Pie XII remarque aussi dans ces deux dernières lettres, c’est le peu de chance de faire changer les nazis, surtout avec l’exemple des persécutions anti-catholiques et anti-juives lancées systématiquement par les nazis après chaque protestation ! Car les nazis cherchèrent en permanence à faire tomber Pie XII dans le piège de la provocation. Or, le Pape devait gérer la guerre et chercher la paix avant tout ! C’était son devoir de Pasteur !

Le sens de l’approche qu’avait Pie XII se retrouve dans cette lettre de 1943 à je ne sais plus quel Évêque allemand (je pourrai retrouver la date exacte) : Nous laissons aux pasteurs qui travaillent sur place et sur les lieux le soin de penser dans quelle mesure le danger de représailles et les moyens de pression possibles en cas de déclarations épiscopales comme aussi peut-être d’autres circonstances dues à la durée et à la mentalité de la guerre, semble conseiller d’user de réserves, ad maiora mala vitanda.… « Ad maiora mala vitanda… »

Sa vision était une diplomatie préventive, pas de faire la guerre ! Il voulait préserver les vies ! Comment oublier les effets de la condamnation des déportations aux Pays-Bas en 1941 ou 1942 (j’ai oublié) : accélération des déportations de Juifs, de Juifs convertis au Christianisme, massacres accélérés, … ! C’est ça que voulait éviter Pie XII ! Mais cette approche était déjà antérieure… Par exemple, alors que Radio Vatican dénonçait les crimes nazis en Pologne, les Évêques de Pologne allaient dès octobre 1939 demander au Vatican de cesser ces émissions, car les émissions sont suivies de représailles terribles sur la population. D’ailleurs, et pour en rester à Radio Vatican pourquoi les sanctions à son écoute furent-elles équivalentes à celles prévues pour l’écoute de la BBC en France occupée si le Vatican était pro-nazi ?

Comment, enfin, peut-on oublier ces mots de Pie XII, prononcés le 25 juin 1941, les plus significatifs, où il parle des indicibles souffrances et persécutions que la sollicitude même pour ceux qui souffrent ne permet pas de révéler dans toutes leurs douloureux et horribles détails (ABP III, 125), et ce afin d’éviter de nouvelles persécutions ?

On oublie aussi les violations des frontières vaticanes… Par exemple le 22 décembre 1943 ou encore dans la nuit des 3 au 4 février 1944 où les nazis violèrent le Monastère Saint-Paul-hors-les-Murs, y arrêtant 64 personnes réfugiées, dont neuf juifs ! Car Pie XII a toujours apporté son appui, par la prière, par la parole discrète, par l’argent à ceux, religieux ou laïcs qui aidaient les personne recherchées par la Gestapo, qui aidaient les Juifs persécutés !

Comment expliquer, si le Vatican était pro-nazi, cette instruction de la Gestapo du 19 avril 1940 réclamant la fouille de la valise diplomatique du Vatican, la déportation des Prélats suivant les instructions pontificales contenues dans cette valise ? Des Évêques ont été déportés pour cela, par exemple Monseigneur Neuhäuser à Dachau ! D’ailleurs, Hitler avait même envisagé de déporter le Pape en Allemagne en janvier 1944, y renonçant par peur de voir définitivement basculer l’Italie ! On l’oublie ! Comment oublier les milliers d’interventions en faveur des déportés, que l’on retrouve dans les archives du Reich, du Nonce Monseigneur Orsenigo – bien moins faible et insignifiant qu’on ne le prétend aujourd’hui - ou encore de Monseigneur Wienken, et ce dès fin 1941, et ce y compris en faveur des Juifs déportés ! Dès le 10 juin 1942 Hitler en personne devait refuser toute protestation ou intervention ne concernant pas le territoire du Reich et dès fin 1943 toutes les autres !

On nous dit enfin que Pie XII n’a pas condamné le nazisme avec force, comme Pie XI. Mais pourquoi en aurait-il fait plus, beaucoup des condamnations portées par son prédécesseur relevant de l’infaillibilité pontificale, donc l’engageant de facto, Pie XI s’étant exprimé parfois contre le nazisme à la fois comme docteur et pasteur suprême de L’Église, sur une doctrine relevant de la Foi et de la morale, et avec proclamation d’irréfutabilité ! Pie XII n’a rien remis en cause !

Et tout ce qui précède était d’accès public immédiatement, est fondé sur des documents publics d’époques. Il n’était pas besoin d’attendre des scoops de l’ouverture des archives, archives d’ailleurs déjà ouvertes à Monseigneur Roche au début des années soixante-dix pour son livre sur Pie XII…

À consulter notamment, outre les journaux de l’époque, dont L’Osservatore Romano (et non pas cette agence de presse indépendante prétendant parler au nom de Pie XII, et huit fois condamnées par le Vatican à l’époque !) : ⒜ Blet (P.), Pie XII et la seconde guerre mondiale d’après les archives du Vatican, Perrin, 1997 (le Père Blet fut l’un des quatre archivistes des actes de Pie XII) ; ⒝ Chelini (J.), L’Église sous Pie XII. Tome 1 : la tourmente 1939/1945, Fayard, 1983 ; ⒞ Les documents de la vie intellectuelle, tome VI, n° 3, 20 mars 1931, pp. 414-450 ; ⒟ Duclos (P.), Le Vatican et la seconde guerre mondiale. Action doctrinale et diplomatique en faveur de la paix, Pédone, 1955 ; ⒠ François (A.), " Racisme et Christianisme ", in : Nouvelle revue apologétique, oct./nov. 1939, pp. 217-231 ; ⒡ Roche (Mgr G.), Pie XII devant l’histoire, Robert Laffont, 1972 (Monseigneur Georges Roche eut à cette occasion droit d’accès aux archives secrètes du Vatican) ; ⒢ Valdor (L.), Le chrétien devant le racisme, Alsatia, Paris, 1938 (avec une splendide croix gammée sur la couverture au cas où certains n’auraient pas compris ce qui était condamné)

 

 

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Published by Serge Bonnefoi - dans Histoire
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