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13 janvier 2010 3 13 /01 /janvier /2010 08:16

Le canevas de base de ce qui suit provient d’éléments fournis par Jean-Jacques Chevallier dans son ouvrage Les grandes œuvres politiques de Machiavel à nos jours (J.-J. Chevallier, Armand Colin, Paris, 1949, préf. A. Siegfried.).

L’État nazi est avant tout un État éthique absolu : il est anti-libéral, anti-parlementaire, anti-partis, anti-marxiste, anti-juif, anti-français, anti-égalitaire. Mais il est tout autant absolu en ce sens qu’il est hiérarchisé, corporatif et qu’il nationalise le peuple. L’État nazi est fondé sur le parti unique, qui est l’unique moteur et l’unique intermédiaire entre le chef et son peuple. Il est à la fois État-force et État-racial !

Il y a donc une grande différence, malgré ce que l’on peut lire de ci de là, entre l’État nazi et l’État fasciste mussolinien : l’État fasciste est une fin en soi. Pour Mussolini, tout est dans l’État et rien hors de l’État, ce qui fait qu’il est totalitaire. C’est finalement l’État-nation dans sa forme la plus traditionnelle, la plus aboutie et la plus totale ; a contrario, l’État nazi n’est pas une fin en soi mais seulement un instrument au service du Volkstum, de l’unité raciale fondée sur la communauté de sang. Il n’est donc qu’un appareil. En ce sens, l’État nazi est bien plus proche de l’État communiste que de l’État fasciste, et l’on peut dire que l’État nazi du Mein Kampf n’est que le miroir de l’État de L’État et la révolution de Lénine. Dans la vision nazie, la fin de l’État n’est que l’invention, le maintien et le développement d’une communauté d’êtres humains de même espèce, tant au physique qu’au moral, d’où là encore un point commun avec l’État communiste, même si ce dernier ne se fonde que sur la seule communauté d’espèce au moral.

Il faut donc en finir avec la confusion entre nazisme et totalitarisme.

La mission de l’État racial et instrument nazi est double : en interne, il a pour mission de conserver et d’améliorer la race, soit par la propagande pour l’homme-masse, soit par l’éducation « dirigée » pour l’homme-individu ; en externe, il a pour mission de conquérir l’espace nécessaire à la vie et à la domination naturelle de cette race… À propos de l'État-race, on peut lire avec intérêt : Pichot (A.), La société pure de Darwin à Hitler, Flammarion, Paris, 2000.

Souvenons-nous que, dans la propagande, la vérité n'est que secondaire. Elle n'est qu'un instrument à juger en fonction du but poursuivi. Elle s'adresse à l'homme-masse et non à l'individu et se doit donc d'être populaire, adaptée au plus simple. Sa finalité n'est donc pas la vérité mais d'être du plus bas niveau intellectuel possible afin de toucher le plus grand nombre possible de personnes. Il s'agit d'être pour ou d'être contre, rien d'autre, sans aucune voie moyenne, l'objectivité et l'impartialité étant dans le cadre de la propagande des faiblesses, seules la volonté et la force la fondant. C'est pour cela que les régimes totalitaires ou racistes sont si friands de propagande, développant même des Ministères de la propagande

On note donc une proximité évidente entre l’État nazi et l’État fichtéen, malgré des différences non négligeables. Néanmoins, Fichte, Chamberlain (La Genèse du XIX° siècle, Éd. de l'Homme libre, Paris, 1998, 2 tomes ), Rosenberg (Le Mythe du XX° siècle, Éd. Déterna, Paris, 1999, trad. Ad. Von Scholle ) et Hitler (Mon Combat, Nouvelles éditions latines, Paris, 1934, trad. J. Gaudefroy-Demombynes & A. Calmettes) auront développé l’idée d’un État race ayant pour mission d’apporter la civilisation supérieure aux autres peuples, tout en ayant vocation à les dominer… Et certains y voient un parallèle avec l'approche messianique que les américains ont trop souvent eu de la politique internationale sous l'influence d'un Heidegger à la pensée de plus en plus influente dans les cercles politiques et militaires étasuniens.

 

 

 

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Published by Serge Bonnefoi - dans Science politique
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Tietie007 15/07/2010 06:37



L'Etat nazi un état hyper-centralisé ? Si idéologiquement, Hitler impulse l'orthodexie nazie, fonctionnellement, l'Etat nazi est peu centralisé ...les grands féodaux que sont Goering ou Himmler,
font un peu ce qu'ils veulent dans leur coin ainsi que les Gauleiters, qui se comportent comme des vice-rois, dans les Territoires de l'Est, notamment. On est dans une sorte d'anarchie
administrative qui nuira grandement à la production d'armement, par exemple, ridicule, au début de la guerre, et qui s'envolera, avec l'arrivée de Speer à la tête de la production de guerre,
début 1942, ce qui sera bien trop tard pour changer le cour de la guerre.



Serge Bonnefoi 07/02/2010 09:41


Permettez-moi de ne pas être d'accord avec votre propos ! De plus, je ne saisis pas bien la volonté à comparer le nazisme et le communisme... Le nazisme était très centralisé au niveau décisionnel
et idéologique !

N’oublions quand même pas que c’est le nazisme qui a développé la pensée de guerre totale, née de la perte du sentiment religieux auquel se substitue la sacralisation de la Nation - bref de
l’effacement de la Cité divine devant la Cité terrestre -, de la fusion de l’individu à cette même Nation, de la mécanisation industrielle. Le nazisme aura été une vision prométhéenne dans ses
effets les plus pervers. N’oublions pas que le sommet de l’horreur a atteint pendant la seconde guerre mondiale avec l’Antéchrist Adolf Hitler. La seconde guerre mondiale, ce gigantesque holocauste
des civilisations - toutes furent atteintes -, aura été un grand combat eschatologique où le bien et le mal, par delà eux-mêmes, se sont affrontés, le bien lui-même utilisant le mal pour vaincre le
mal ! Achèvement complet de la pensée nietzschéenne : « Hélas ! Voici que nous devons embrasser le contraire de la vérité, ce n’est qu’à présent que l’erreur devient mensonge ! » C’est la 42°
Symphonie de Mozart s’opposant à la 7° Symphonie de Beethoven pendant l’agonie de Berlin, l’agonie d’un monde dominé par l’oubli de l’individu fondu dans le corps mystique de la Nation !

Hitler aura été, avec son nazisme, le sommet du danger de l'idéalisme et de la quasi-déification d'une pensée et d'une vision du monde, de la nation. L'holocauste de la pensée nazi est une
sublimation dévoyée du Wallala wagnérien, du crépuscule des Dieux, des flammes des fours crématoires, ... Ces fours crématoires, ce fut la première destruction planifiée d’hommes uniquement pour
des motifs raciaux, rien d’autres ! Uniquement parce qu’ils étaient autres ! Et ceci ne s’est pas retrouvé sous cette forme dans le communisme soviétique, malgré ses propres horreurs et dérives !
Je n’insiste pas plus sur cette destruction systématique des Juifs (mais aussi des Rom’s, d’autres…), car ce n’est pas un détail mais au contraire la philosophie même, le coeur même du nazisme
!

Rosenberg et Hitler, Heydrich et ses SS, les camps d’extermination, recherche de la pureté raciale, la guerre, l’ordre et la vérité pensés par le seul chef, l’idéalisation du Ragnarök scandinave
qui doit s’achever dans les flammes et la destruction pour assurer le retour des sur-hommes, des dieux justes et forts…

Tout était pensé, structuré, centralisé, industrialisé dans l’Etat nazi qui n’a rien d’un Etat féodal !

Lisez bien en complément mes textes :
http://serge-bs.over-blog.com/article-eglise-et-nazisme-1--42535870.html
et
http://serge-bs.over-blog.com/article-judaisme-et-christianisme-42415427.html
Vous saisirez mieux les divergences d’avec le communisme, malgré ses horreurs, et surtout d’avec l’Etat féodal de type occidental ! Comme l’écrivait A. François (" Racisme et Christianisme ", in :
Nouvelle revue apologétique, oct./nov. 1939, pp. 217-231), le nazisme était une anti-religion bien pire que le communisme soviétique !


Tietie007 07/02/2010 08:24


L'Etat nazi était un état qui était loin d'être monolithique, il s'apparentait plus à une régime néo-féodal, avec un chef et de grands féodaux contrôlant des pans entiers de la société allemande,
sans synergie entre eux et des Gauleiters qui étaient des petits roitelets dans leur Gau. Très loin de l'Etat soviétique qui était hyper-centralisé.