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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 11:42
Ces mots, tiré du latin thomiste "aevum" sont très difficiles à définir en quelques phrases. C'est en fait (et en gros) le caractère de ce qui a un début mais pas de fin. Pour le moment, je n’introduirai pas dans ma réponse les concepts de mouvement et de composé, car ce serait trop long, mais un article spécifique va être rédigé d’ici quelques temps.

En gros, et par référence aux intervalles mathématiques, on pourrait écrire que :
Eternité = ]-∞, +∞[
Temps = [alpha, oméga] ou [x, y] avec 0 inférieur ou égal à x
Ev(i,e)ternité = [t0, +∞[, avec t0 inférieur ou égal à alpha dans le cas général et t0 = alpha dans le temps de la Création.

Mon tableau joint en
http://www.cite-catholique.org/viewtopic.php?f=27&t=11186&p=109880#p109880)
met en évidence cette "situation".

Il faut savoir que l’âme, qui est créée par Dieu, même si elle est liée au départ à la matérialité, émerge dans l’éveternité. L’âme n’est pas soumise au temps, même si, lorsqu’elle est unie au corps, elle est liée à l’existence humaine, et donc à sa durée, formant un composé avec le corps et l’esprit, et ce même si elle est immortelle. L’âme a un début, mais pas de fin, donc un éveternité que n’a pas le corps.

Les esprits purs, les anges, ont eux aussi une durée, mais qui elle aussi n’est pas l’éternité, mêmes s’ils sont immortels. Ils ont un commencement ; ils agissent par la pensée, même si ces actes sont ou ne sont pas reliés au monde matériel. Ils sont donc eux aussi dans l’éveternité.

Bref, dans le cadre de l’évi(eternité :
- il y a toujours un début ;
- il peut (et seulement peut) y avoir une durée dans le monde matériel ;
- il n’y a pas de fin.

Je continue, même si je ne vais toujours pas entrer dans le détail, notamment des idées d’âme, de composé, mais aussi de … liberté.


Il est évident que l’idée scolastique, que le mot eviternité est bien plus fréquemment utilisé que le mot evéternité que j’utilise plus souvent. Il est vrai que le premier de ces deux mots est retenu dans leurs développements par Jean-Yves Lacoste ou encore par Marie-Joseph Nicolas, alors qu’evéternité fut le plus souvent utilisé dans des articles des années cinquante et avant. Par contre, aucune entrée spécifique dans le DTC, même si ses tables utilisent eviternité (encore que, de mémoire … il me semble que lorsque l’on lit les références données pour l’article Eternité, les rédacteurs n’évoquent que … l’aevum, jamais l’eviternité) ! En fait, il ne me semble pas que le mot soit définitivement fixé (il ne figure par exemple pas au Dictionnaire de l’Académie...), et, personnellement, je suis pour la distinction des deux mots, mais j’y reviendrai. Il est vrai aussi que peu d’articles en français y sont consacrés…

Déjà, de manière intuitive, je préfère evéternité à eviternité, et ce pour les raisons suivantes :


- evéternité me rappelle le verbe evinere, avec son idée d’accomplissement, d’issue, alors qu’eviternité me rappelle plus evitare, donc les idées d’évitement, mais aussi de mort, d’acte de tuer ;


- evéternité évoque en moi Eve, donc l’idée de Création, mais aussi de rupture d’avec le temps de Dieu ;


- le "èver hébreu est espace, au-delà, alors que le ‘ewîl est folie, absurdité ;


- evéternité rappelle mieux l’idée d’éternité.


Maintenant, eviternité se rapproche plus de l’usage courant, mais aussi de l’allemand Ewigkeit, de l’éternel divin, si bien traité au début des années soixante par le Cardinal ... Ratzinger… Mais on peut lui opposer le ever anglais… Reste que l’idée d’aevum a été bien plus analysée par les théologiens de langue allemande que par ceux d’autres langues (et de très loin), d’où, je pense, la primauté prise aujourd’hui par eviternité.


Reste une chose l’ev(e,i)ternité évoque une durée qui n’est ni le temps des hommes, ni le temps, plus exactement l’éternité propre de et à Dieu. Elle est fixation de l’essence, mais avec des opérations successives (cf. Thomas d’Aquin, Somme Théologique, Ia, q. 10, a. 5 & 6). Maintenant, Thomas d’Aquin, dans les solutions de l’article 6 ci-dessus évoqué nous apprend que même s’il y a un seul aevum (sol. 3), les choses ne naissent pas toutes à l’être en même temps, il peut aussi y avoir pluralité d’aeva (sol. 1), ce qui peut sembler a priori paradoxal, mais est aussi tout à fait compréhensible lorsque l’on lit l’intégralité des deux articles thomistes. Le mot aevum pourrait donc recouvrir non plus un mais deux sens ! d’où mon choix, tout à fait personnel, de distinguer evéternité d’eviternité, ce que je fais d’ailleurs dans mon article Temps de Dieu, temps des hommes, même si, c’est vrai, je ne définit pas, alors même que Platon, dans le Lysis, nous apprend qu’il est toujours nécessaire de définir avec précision la notion que l’on étudie (cf. les articles sur ce point d’Adolpho Levi) ; ce fut mon erreur, que je vous demande de me pardonner, ne pouvant m’en excuser selon Saint Bernard de Clairvaux. Ainsi, eviternité impliquerait selon moi l’idée d’unicité, ou plus exactement de fixité du point origine (le t0 ci-dessus), alors qu’evéternité traduirait, toujours selon moi, la conception d’une variabilité du point origine selon les êtres et/ou les étants, se rapportant ainsi à la fois aux anges et aux âmes, ce qui me semble mieux mettre en évidence la distinction thomiste entre les choses et les êtres, les deux sens thomistes… Ceci permet aussi, toujours selon moi, d’éviter l’impasse utilitariste bergsonienne de La pensée et le mouvant quant à la distinction entre la substance et l’accident née d’une mauvaise interprétation de Thomas d’Aquin. Pour une fois, le français serait-il plus riche que l’allemand philosophique ?

 

Reste une question en suspens, celle du moment de la création des anges : avant la Création matérielle décrite dans la Genèse ou le premier jour, lors de la création/séparation du Ciel et de la terre ? Mon option qui se retrouve dans mon tableau de synthèse, est la première (cf. Le "nous" de Dieu (Gn 1, 26) ), renforcée notamment par [Jb 28, 7], même si les Pères de l’Eglise furent partagés sur ce point, comme le sont certains théologiens. Sauf erreur de ma part, la seule affirmation dogmatique reste que la création des anges est antérieure à celle de l’homme (cf. quatrième Concile du Latran et premier Concile du Vatican), tout comme la chute des anges me conduit à cette déduction, même si le Symbole de Nicée nous enseigne que l’univers invisible est création de Dieu, ne nous parlant néanmoins que de sa séparabilité de l’univers visible… Mais à quel moment précis ? je n’ai pas encore trouvé de texte suffisamment précis sur ce point !

Fichiers à lire :
Temps de Dieu et temps des hommes (1)
Temps de Dieu et temps des hommes (2)


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Published by Serge Bonnefoi - dans Théologie
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