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15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 14:34

De grandes figures de la Foi, tels Saint François d'Assise ou encore Basile de Césarée, sont venus, parfaisant l'oeuvre de la Création, apporter leur pierre à l'édifice des Évangiles.... Dès l'origine des temps, Dieu a donné la terre à l'homme, pour qu'il la soumette, mais non pour qu'il la détruise... : Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la ; ... (Gn 1, 28).

Ce qui précède doit à mon avis se lire dans l'esprit même de la Création puisque Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa (Gn 1, 27). Par ces mots, Dieu a posé le statut de l'homme; par ces mots, Dieu a posé l'équilibre entre ce statut de l'homme et celui de la Création : l'homme est à l'image de Dieu et le rapport de l'homme à Dieu est unique, propre à l'homme, couronnement de la Création. L'homme a ainsi pour mission de poursuivre la Création, mais pas n'importe comment : avec conscience et responsabilité.... Tout acte de l'homme, toute action humaine doit donc se lire à l'aune de ces mots, à l'aune de ce statut splendide et difficile. Soumission, servitude ne doivent cependant pas s'interpréter dans le sens péjoratif d'esclavage, de domination, mais plutôt dans celui de continuation de l'oeuvre de Dieu, donc de préservation des espèces, de progrès dans les conditions de vie, mais aussi de sauvegarde de la beauté du monde, bref de la Création; continuateur et gardien de la Création, l'homme ne doit donc pas détruire, la destruction étant antinomique à la Création. Dieu a soumis les êtres animés à l'homme, pour qu'il les domine, non pas pour qu'il les détruise, l'Alliance divine liant Dieu et aux hommes et aux êtres animés qui peuples la Terre : Voici que j'ai établi mon alliance avec vous et avec vos descendants après vous, et avec tous les êtres animés qui sont avec vous : oiseaux, bestiaux, toutes bêtes sauvages avec vous, bref tout ce qui est sorti de l'arche, tous les animaux de la terre (...) Voici le signe de l'alliance que j'institue entre moi et vous et tous les êtres vivants qui sont avec vous pour les générations à venir..  (Gn 9, 9-10).

La préservation de la faune et des espèces est donc plus qu'un acte moral, c'est aussi un devoir spirituel du croyant car rompre les équilibres faunistiques est rupture de l'Alliance avec Dieu.

La notion d'Alliance, la réalité de l'Alliance – en particulier de l’alliance noachide - mettant en équilibre vis-à-vis de Dieu l'homme et tous les êtres vivants, c'est-à-dire notamment les animaux est fondamentale pour bien comprendre ce que doit être le lien de l'homme à la nature; l'Alliance doit être repensée dans un sens nouveau, et notamment dans celui d'une acceptation de l'évidence scientifique de l'évolution -comprise ici bien plus au sens chrétien de Teilhard de Chardin qu'à celui matériel de Darwin-, telle que l'a précisé le Pape Jean-Paul II devant l'Académie pontificale des Sciences (Jean-Paul II, « L'Église devant les recherches sur les origines de la vie et son évolution », in : La Documentation Catholique, n° 2148, 17 novembre 1996, pp. 951-954), d'ailleurs d'une certaine façon dans le même esprit que Pie XII. Jean-Paul II affirme ainsi qu'il n'y a plus d'opposition apparente entre l'idée d'évolution et la doctrine de la Foi, mais il faut surtout retenir du sens de son message que, comme l'a rappelé dans un article le philosophe Gustave Martinet : L’évolution apprend à le (l’être humain) saisir dans une continuité animale indéniable (G. Martelet, « Le Pape et l'évolutionnisme, entretien » in : Croire Aujourd’hui, Paris, n° 21, 15 janvier 1997, pp. 13-15).

L'homme est un être vivant, il est donc lui-même un être animé, un animal sur le plan matériel, mais la transcendance, c'est-à-dire ce lien particulier unissant par delà l'Alliance Dieu et l'homme, plus que la conscience - qui peut être considérée certes comme faible mais réelle chez l'animal classique -, fait que l'homme est un animal particulier. L'homme est animal par sa nature, mais il est aussi divin par son essence, et c'est justement cette divinité qui l'oblige non seulement à respecter l'Alliance avec Dieu et avec les autres êtres vivants mais plus encore à respecter la nature, car, tout comme Dieu aime ses enfants - puisque, comme le rappelle Saint Paul, nous ne sommes que des petits enfants devant Dieu (1Co 3, 1) -, l'homme doit aimer la nature. C'est là un acte difficile, l'imitation de Dieu étant difficile, voire inhumaine dans sa plénitude; c'est là un acte difficile car Dieu est Père, et comme Père domine l'homme, mais il est aussi Incarnation, par lors Fils, et en ce sens humain, tout comme il est Esprit, donc conscience responsable... L'homme est donc le maître de la nature, mais il en est aussi le dépositaire; mais il est aussi, de par son animalité, élément de cette même nature dont il dépend donc, dont il n'est qu'un élément parmi les autres, fondamental certes, mais qu'un élément. L'animalité terrestre de l'homme, et donc l'évolutionnisme, n'est d'ailleurs nullement en contradiction sous certains aspects - bien au contraire - avec le texte de la Genèse car, à y bien regarder, la hiérarchie temporelle des six jours de la Création n'est en rien contraire tant avec la théorie du Big Bang qu'avec le sens de l'évolution des espèces; en ce sens, je suis un créationniste théiste, distinguant la création matérielle de l'humanité du souffle de l'Esprit.

Saint Augustin lui-même ne soutint-il pas l’hypothèse de la double création de l’homme, homme corporel, animal, mais aussi homme spirituel, âme ? N’a t-il pas écrit, entre autres, qu’Adam eut un corps animal non seulement avant le paradis, mais encore après avoir été placé dans le paradis, bien que, selon l’homme intérieur, il fut spirituel à l’image de celui qui l’a créé (Saint Augustin, La Genèse au sens littéral, livre VI, XXVIII, 39) ? Pour ce Père de l’Église, il semblait en fait évident que puisque le premier homme fut un homme terrestre, son corps ne pouvait être qu’un corps animal  (Saint Augustin, op. cit., VI, XIX, 30), s’appuyant pour affirmer cela non seulement sur les deux récits de la Création, mais aussi sur un passage de saint Paul relatif à la Résurrection (1Co 15, 44-49). Il faut donc bien distinguer, à la suite d’Origène (cf. Origène, Homélies sur la Genèse, I, 13), l’homme intérieur, spirituel, invisible et incorporel (Gn 1, 26) de l’homme matériel, façonné à partir du limon (Gn 2, 7), Grégoire de Nysse ayant une interprétation très proche. Le point clé à retenir ne reste t-il pas que, dans sa propre nature, l’homme unit le monde spirituel et le monde matériel (Catéchisme de l’Église Catholique, point 355) ? L’oublier, ne serait-ce pas oublier l’humanité elle-même ?

En fait, le seul point de divergence entre l'évolutionnisme au sens strict et la Foi chrétienne se trouve dans la querelle entre les mécanistes et les finalistes; en effet, et là encore en accord avec le texte et la lettre de la Genèse, l'homme est la fin de l'évolution : pourquoi autrement comprendre que Dieu se reposa le septième jour, alors que toute puissance et créateur il ne devrait pas connaître la fatigue ? Dieu ne se reposa pas car il était fatigué, car Il ne se fatigue, ni se lasse (Is 40, 28), mais bien plus pour marquer l'arrêt qu'il s'est imposé dans sa Création, passant le relais à l'homme qui est de facto élevé au rang de finalité de la Création divine. Finalisme et évolutionnisme ne sont donc en rien contradictoires, tout comme l'animalité de l'homme ne contredit en rien tant la lettre de la Genèse que le dessein de Dieu qui est de tendre vers la perfection de sa Création. Ce lien de l'homme à la Terre dont il procède matériellement puisque modelé à partir de la glaise (Gn 2, 7) n'est-il d'ailleurs pas rappelé chaque Mercredi des Cendres par la formule Tu es poussière et tu retourneras en poussière, message s'adressant non pas à l'homme parcelle de Dieu, mais à l'animalité de l'homme, cette animalité imposant la mort terrestre, alors que sa divinité le conduit à la vie éternelle par l'espérance de la Résurrection.

Pour ce qui est de la forme de la création et de l'évolution, ne faudrait-il pas, avant toute interprétation, se souvenir que Dieu a créé pour l'univers les lois de la physique et de la chimie, dont découlent entre autres celles de la génétique ? Il ne pouvait donc échapper pour sa Création matérielle à ces (ses) lois. Donc, si la volonté de Dieu était bien de créer l'homme, fin de sa Création matérielle, il ne pouvait le faire directement, ni même par pré-déterminisme absolu, d'où les différentes étapes de l'évolution et de la flèche de cette même évolution. Ceci explique à la fois les six jours, les diverses étapes de l'hominisation, les divers rameaux et surgeons de l'évolution, mais aussi l'épisode d'Adam chassé du Jardin d'Éden (Gn 3, 23-24). Si Adam est chassé du Jardin d'Éden, c'est parce qu'il est devenu image de la volonté primaire de Dieu, et surtout premier épisode de l'homme conscient, successeur de Dieu pour la suite et le service de la Création (Gn 3, 22). Avec Adam, Dieu a achevé son oeuvre matérielle, la faute d'Adam marquant la transition de l'animalité matérielle à la conscience organisée et créatrice.

L'évolution est en fait peut-être un nouvel élément de démonstration de l'existence de Dieu, car elle s'inscrit dans la logique du dessein de Dieu; en effet, si Dieu avait choisi deux voies différentes, l'une pour le non humain, une autre pour l'homme, donc pour une même Création, il n'aurait pas été Dieu car il aurait alors créé des lois qu'il n'aurait pas respectées, ce qui est absurde. De plus, vue la multitude des êtres animés, qui sont liés par l'Alliance à Dieu, celui-ci aurait prévu une voie pour chaque objet de sa Création, ce qui aurait induit l'absence de toute loi de l'univers; or, Dieu, par sa position de Créateur, de Père de l'univers, étant Verbe, était donc logos, donc loi. Sans évolution, sans loi de l'univers, il ne peut y avoir Dieu. L'évolution est donc intimement liée à Dieu, car soumise à ses lois. La nature de l'homme est donc double : animale car matérielle, mais surtout divine car spirituelle, et c'est cette ambivalence qui le conduit certes à dominer la Terre, mais qui l'oblige aussi à l'aimer, à la servir, car il est lié à cette même terre dont il est issu, terre qu'il peut dominer comme achèvement de la Création divine primaire, mais qu'il ne peut ignorer car il est en à la fois fils et partie, qu'il doit aimer car divin, qu'il doit respecter car à la fois divin au sens transcendant et animal sur un plan biologique.....

Un dernier mot… Si l'on peut éventuellement tirer du darwinisme ou de sa postérité une quelconque idée d'existence d'un être supérieur ou de quelque chose d'approchant, cela n'a rien à voir avec Dieu ! Si l'on peut en tirer l'idée de l'existence d'une intelligence ordonnatrice supérieure à l'homme, cela n'a rien à voir avec Dieu ! C'est du panthéisme, c'est tout ce que vous voulez, mais ce n'est pas Notre Dieu !

Par contre, c'est une idée chère à certains des tenants du New Age. Mais il faut éviter de laisser croire que le New Age, basé sur la triple erreur d'un Dieu énergie universelle, de l'immanence intégrale et aussi parfois de la réincarnation, est l'avenir de l'homme, est chrétien, alors qu'il n'est dans les faits que remise en cause de la civilisation chrétienne, qu'artefact des idéologies de l'oligarchie - dont certaines étaient très chères à Darwin - et de la technostructure - là on est plus proche de Spencer, ou du moins de son école -, ainsi que tendance, le plus souvent inconsciente mais réelle, non pas à la préservation de l'univers dans son sens de fruit de la Création, mais à la dictature de la science omniprésente, donc en totale contradiction - malgré ses origines - avec une quelconque liberté de l'individu, tant au sens chrétien qu'au sens social du terme.

 

 

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Published by Serge Bonnefoi - dans Théologie
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commentaires

renégrenoble 27/06/2013 09:15


Comme vous le mentionnez,  le débat n'est pas entre Evolution et christianisme  mais entre finalisme et mécanisme.


Comme Jean Paul  II l'a souligné, l'Evolution est un fait, ce qui pose problème, ce sont les philosophies matérialistes qui prétendent expliquer ce fait.


Ces philosophies sont respectables mais fortement discutables, dans tous les cas, elles n'appartiennent pas au domaine scientifique.


C'est malheureusement la confusion la plus courante aujourd'hui  et que l'on retrouve un peu partout y compris chez des gens faisant autorité , "la science " aurait démontré que nous sommes
nés du hasard. 


Il est en fait assez simple de voir comment la science ne dit rien de tel  est que la démarche et les faits  scientifiques de l'Evolution  sont  tout à fait compatibles avec
une métaphysique de la Création. Car c'est bien de Création et d'Evolution dont nous sommes en droit de parler.


Cf http://renegrenoble.unblog.fr/le-cas-epineux-de-levolution-intro-et-resume/


dans le site science et foi et autres broutilles

Xavi 17/12/2009 09:44


Bravo Serge pour l’excellent texte de votre blog intitulé Evolution et Christianisme.

Vous présentez votre synthèse avec tant d’enthousiasme et de conviction que vous arrivez, à certains moments, à la conviction que Dieu ne pouvait faire autrement et même qu’il n’aurait pas été Dieu
s’il n’avait pas respecté les lois dont vous montrez la valeur.

En réalité, il aurait pu et il peut déroger aux lois dont il fixe lui-même les limites, mais le projet aurait été différent et vous admirez avec justesse ce qu’il a fait.

Puisque vous avez peur de la longueur, je vais essayer de vous résumer ici, par quelques extraits :

Serge BS a écrit:

"D’abord, vous n’avez pas peur : l'Alliance doit être repensée dans un sens nouveau, et notamment dans celui d'une acceptation de l'évidence scientifique de l'évolution…

L'animalité terrestre de l'homme, et donc l'évolutionnisme, n'est d'ailleurs nullement en contradiction sous certains aspects - bien au contraire - avec le texte de la Genèse car, à y bien
regarder, la hiérarchie temporelle des six jours de la Création n'est en rien contraire tant avec la théorie du Big Bang qu'avec le sens de l'évolution des espèces; en ce sens, je suis un
créationniste théiste, distinguant la création matérielle de l'humanité du souffle de l'Esprit…

L'homme est un être vivant, il est donc lui-même un être animé, un animal sur le plan matériel, mais la transcendance, c'est-à-dire ce lien particulier unissant par delà l'Alliance Dieu et l'homme,
plus que la conscience - qui peut être considérée certes comme faible mais réelle chez l'animal classique -, fait que l'homme est un animal particulier. L'homme est animal par sa nature, mais il
est aussi divin par son essence…

l'animalité de l'homme ne contredit en rien tant la lettre de la Genèse que le dessein de Dieu qui est de tendre vers la perfection de sa Création. Ce lien de l'homme à la Terre dont il procède
matériellement puisque modelé à partir de la glaise (Gn 2, 7) n'est-il d'ailleurs pas rappelé chaque Mercredi des Cendres par la formule Tu es poussière et tu retourneras en poussière, message
s'adressant non pas à l'homme parcelle de Dieu, mais à l'animalité de l'homme, cette animalité imposant la mort terrestre, alors que sa divinité le conduit à la vie éternelle par l'espérance de la
Résurrection…

si la volonté de Dieu était bien de créer l'homme, fin de sa Création matérielle, il ne pouvait le faire directement, ni même par pré-déterminisme absolu, d'où les différentes étapes de l'évolution
et de la flèche de cette même évolution. Ceci explique à la fois les six jours, les diverses étapes de l'hominisation, les divers rameaux et surgeons de l'évolution, mais aussi l'épisode d'Adam
chassé du Jardin d'Éden (Gn 3, 23-24). Si Adam est chassé du Jardin d'Éden, c'est parce qu'il est devenu image de la volonté primaire de Dieu, et surtout premier épisode de l'homme conscient,
successeur de Dieu pour la suite et le service de la Création (Gn 3, 22). Avec Adam, Dieu a achevé son oeuvre matérielle, la faute d'Adam marquant la transition de l'animalité matérielle à la
conscience organisée et créatrice…

La nature de l'homme est donc double : animale car matérielle, mais surtout divine car spirituelle, et c'est cette ambivalence qui le conduit certes à dominer la Terre, mais qui l'oblige aussi à
l'aimer, à la servir, car il est lié à cette même terre dont il est issu, terre qu'il peut dominer comme achèvement de la Création divine primaire, mais qu'il ne peut ignorer car il en est à la
fois fils et partie, qu'il doit aimer car divin, qu'il doit respecter car à la fois divin au sens transcendant et animal sur un plan biologique...

Si l'on peut éventuellement tirer du darwinisme ou de sa postérité une quelconque idée d'existence d'un être supérieur ou de quelque chose d'approchant, cela n'a rien à voir avec Dieu ! Si l'on
peut en tirer l'idée de l'existence d'une intelligence ordonnatrice supérieure à l'homme, cela n'a rien à voir avec Dieu ! C'est du panthéisme, c'est tout ce que vous voulez, mais ce n'est pas
Notre Dieu ! …

Par contre, c'est une idée chère à certains des tenants du New Age. Mais il faut éviter de laisser croire que le New Age, basé sur la triple erreur d'un Dieu énergie universelle, de l'immanence
intégrale et aussi parfois de la réincarnation, est l'avenir de l'homme, est chrétien, alors qu'il n'est dans les faits que remise en cause de la civilisation chrétienne, qu'artefact des idéologies
de l'oligarchie - dont certaines étaient très chères à Darwin - et de la technostructure - là on est plus proche de Spencer, ou du moins de son école -, ainsi que tendance, le plus souvent
inconsciente mais réelle, non pas à la préservation de l'univers dans son sens de fruit de la Création, mais à la dictature de la science omniprésente, donc en totale contradiction - malgré ses
origines - avec une quelconque liberté de l'individu, tant au sens chrétien qu'au sens social du terme."

Excellent !