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15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 14:35

La position de l’Église catholique quant à l’adhésion de catholiques à une association maçonnique est a priori claire : il est interdit d’y adhérer et une adhésion constitue un péché grave interdisant l’accès à la Sainte Communion. Que l’on soit d’accord ou pas, c’est comme ça ! (cf. Déclaration de la Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la Foi sur les Associations maçonniques du 26 novembre 1983 link).

Par ailleurs, on doit admettre à partir des mêmes sources que même les plus hautes autorités locales n’ont pas le droit de déroger à cette règle, y compris pour ce qui est de la collaboration avec une association maçonnique, qu’on le déplore ou non pour certaines, en particulier pour celles relevant du rite écossais. Le Vatican est clair : Malgré la diversité qui peut exister entre obédiences maçonniques, en particulier dans leur attitude déclarée envers l'Église, le Siège apostolique discerne certains principes communs entre eux qui exigent la même évaluation par toutes les autorités ecclésiastiques. "

La seule possibilité pour collaborer avec une telle association, mais non pas y adhérer, reste une dérogation accordée par le Saint-Siège, ce qui est possible, même si Benoît XVI, auteur de la déclaration de 1983, semble assez hostile à toute forme de collaboration ! Ceci n’empêche pas par contre d’être ami avec des francs-maçons, ni de chercher à les éclairer sur les contradictions entre leur engagement et la Foi catholique, ni même de participer au coup par coup à certaines actions, mais si possible dans ce dernier cas, après accord de son Ordinaire… La catéchèse n'est pas interdite ! Il ne faut jamais renoncer à aller chercher la brebis égarée, voire même (j'outre volontairement, donc ne pas déformer, mais au contraire re-former) à convertir le loup (ce que ne sont pas, très loin de là, tous les francs-maçons), le lion pouvant un jour manger à la même table que la gazelle comme nous l’apprend [Is 11, 1-9] ! L'Église ne parle pas de la fréquentation des francs-maçons, mais de la participation active à leurs travaux et d'adhésion entière et soumise à une association maçonnique. Voilà ce qui est interdit… Les relations humaines ne sont pas en cause ; ce qui est interdit, c'est l'adhésion irréfléchie et soumise à leurs thèses ou à une Loge.

On notera que la Congrégation pour la Doctrine de la Foi rappelle clairement que pour un chrétien catholique, il n'est pas possible de vivre sa relation avec Dieu, dans un double mode la divisant entre une forme supraconfessionelle humaniste et une forme intérieure chrétienne. Il ne peut pas cultiver deux types de relations avec Dieu, ni exprimer sa relation avec le Créateur à travers des formes symboliques de deux types.

Maintenant, quelques autres points de précision.

Il faut en premier se souvenir qu’il n’existe pas une Franc-Maçonnerie mais des Franc-Maçonneries : ⑴ l’une dite régulière, qui accepte toutes les religions et philosophies ;  ⑵ l’autre, dite irrégulière, fondée sur l’athéisme et l’agnosticisme ; ⑶ sans parler de multiples groupuscules qui se prétendent maçonniques, même s’ils n’ont que très peu avoir avec la Franc-Maçonnerie.

Il est bien évident que la condamnation de l’Église se rapporte totalement aux deux dernières de ces catégories, comme le font clairement comprendre les condamnations fondées sur des données spirituelles de la Franc-Maçonnerie, d’Ecclesiam (Pie VII, 1821) à Humanus genus (Léon XIII, 1884) - bizzarement plus aucun à réelle portée depuis Léon XIII, bref depuis l'adhésion à la démocratie -, les textes antérieurs pouvant être à très juste titre accusés d’être plus politiques que spirituels (je pense ici aux textes de Clément XII et de Benoît XIV)… La difficulté apparente est donc quant aux francs-maçons réguliers…
Il faut par ailleurs se souvenir que la Déclaration du 26 novembre 1983 ne remet en cause ni Nostra Aetate (en particulier son point 5, n’en déplaise à certains), ni surtout deux autres importants documents de la Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la Foi bizarrement oubliés par le livre Les enseignements originaux des Papes sur la Maçonnerie de 1717 à nos jours (Téqui, 1998), bref : ⒜ la lettre du Cardinal Seper, alors Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, aux Évêques de 1974. Cette lettre ne fait pas de référence directe au Pape comme le document de 1983, mais elle évoque directement le Saint-Siège, ce qui peut être jugé comme équivalent ; ⒝ la déclaration du 17 février 1981 de la Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la Foi, déclaration relative aux peines canoniques auxquelles s'exposent les francs-maçons, cette dernière indiquant que ne sont condamnées que les loges hostiles à l’Église ou aux pouvoirs civils légitimes. Ceci ne signifie nullement néanmoins autorisation d’adhésion et de participation pleine et totale aux travaux des Loges pour le Catholique ! Mais ceci est aussi bien plus modéré que l'on ne veut le laisser croire ! D’ailleurs, à propos du livre que je viens de citer, je m’interroge lorsqu’ils citent un texte de Jean XXIII du 4 décembre 1960 en mettant d’origine inconnue, ce qui ne peut qu’interloquer… Un message aussi important d’un Pape, surtout condamnant la démocratie et la Franc-Maçonnerie, peut-il ne pas avoir de référence, alors qu’il contredit la plupart des autres textes vaticans, y compris de Vatican II et de Jean-Paul II ?

Reste que, même dans ce sens de tolérance apparente pour les Catholiques, des dangers restent pour le Catholique, ces dangers étant principalement au nombre de sept :

⑴ La Franc-Maçonnerie n’est pas secrète ; elle est discrète. Par contre, il est indéniable qu’elle se veut détentrice d’un secret, secret de plus évolutif car inaccessible dans sa pleine compréhension. Il y a là contradiction avec la Foi catholique. Il n’y a pas, chez les catholiques, de spéculation pseudo-religieuse sur le texte des Évangiles ou sur les paroles du Christ. Il n’y a pas de message caché perceptible aux seuls initiés, mais parole du Christ, simple, claire, limpide, parlant à tous les hommes, et ce même si la forme est parfois imagée (je fais court…). La parole du Seigneur n’est pas secret, mais Révélation et Vérité, donc accessible à tout un chacun ! L’idée même de secret contredit donc la vision catholique de la Révélation ! Je ne parle même pas des dérives pseudo-kaballistiques, ésotériques, égyptiennes, etc…, qui n’ont d’ailleurs que très peu à voir avec la véritable Franc-Maçonnerie ! Contra, on peut dire qu’il n’y a plus de secret maçonnique tel qu’on pouvait le concevoir autrefois, si ce n’est l'amour fraternel, qui est et reste mystère tant de de la Révélation que de l’humanité, comme l'apprennent les plus anciens rites maçonniques…

Néanmoins, lorsqu’un chrétien utilise le mot mystère, il ne faut surtout pas penser à un mystère au sens d’Arsène Lupin… Il ne faut pas non plus entendre ce mot en son sens ancien ou sectaire de rite, de culte secret, de savoir secret, d'ésotérisme réservé à des initiés en vue de leur octroyer le salut, la connaissance, le pouvoir ou la vie sauve ; je pense ici par exemple aux mystères d’Éleusis ou encore aux mystères d’Isis. Ce mot doit s’entendre au sens chrétien de dogme révélé, inaccessible à la seule raison car lié au dessein de Dieu. On peut ici songer aux mystères joyeux, douloureux, glorieux du Rosaire, ou encore au mystère de la Trinité, au mystère de l’Eucharistie, bref à tout ce que la seule raison ne peut pas expliquer et qui demande une adhésion personnelle à Dieu. L’Évangile est lui-même mystère car, en tant que Bonne Nouvelle, il a été espéré et annoncé jusqu’à la venue de Jésus-Christ sur notre terre, car il vient de Dieu qui est d’une nature, d’une essence, d’une substance différente de la notre qui ne sommes que Ses créatures, et ce même si l’homme a été créé à l’image de Dieu . Mais ce mystère est aujourd’hui disparu car la Bonne Nouvelle s’adresse désormais à tous les hommes. Le mystère chrétien se distingue donc du mystère antique ou de celui des sectes ou des groupes ésotériques, etc..., en ce sens qu’il est offert et qu’il s’offre à tous les hommes sans aucune exception – y compris aux non-croyants – et non pas octroyé à quelques seuls (pseudo-)initiés sélectionnés, non par Dieu, mais par d’autres hommes ou par des dieux, des extra-terrestres, etc… Le secret, terme qu'utilisent d'ailleurs des francs-maçons, n'a donc rien à voir avec le mystère des Catholiques...

⑵ Autre difficulté, la croyance en un Dieu grand architecte de l’univers ou être suprême, même si certains parlent de sa volonté révélée. Je n’entrerai pas ici dans un vaste débat ontologique ou sur Spinoza, mais je me contenterai de dire que l’idée de grand architecte de l’univers est avant tout gnostique et non pas catholique, alors que l’idée même d’être suprême peut conduire à la négation de la Création, ou pour le moins à la confusion entre l’être et la créature ! Il y a risque réel de panthéisme ou de déisme ou de théisme spinozien…

On peut dès lors assez vite aboutir, sans même en avoir conscience, à l'idée que le mal serait un principe égal au Bien ! Or, le mal n'est que la suite de la faute des hommes récapitulée dans celle d'Adam ! Ce n'est que dans le dualisme ontologique de la gnose que le mal est un principe, ou encore dans le manichéisme ou parfois chez certains évangélistes américains ! Mais il est vrai que certains Catholiques tombent, en se voulant trop rigoristes (connaissent-ils l'erreur de Novatien ?), dans ce panneau ! La liberté du Catholique est totale, d'où l'importance de la notion de péché, son effacement privant paradoxalement l'homme de sa liberté et conduisant soit à l'agnosticisme, soit au dualisme égalitaire entre le Bien et le mal ! Paradoxalement, certaines approches maçonnes de la liberté sont en fait négation de la liberté (résidu de l'influence de la prédestination protestante ?) !

⑶ De plus, les Landmarks insistent sur la tradition maçonnique, et en particulier sur le théisme. Mais si le théisme est une doctrine admettant l’idée d’un Dieu première cause du monde, il aboutit très vite au théisme rationaliste pour qui l’être divin se confond avec la suprême racine de toute chose. Certes, mais le risque de déviance vers le déisme, c’est-à-dire cette idée que la raison ne peut connaître du divin que son existence en aucun cas ses attributs, le panthéisme, et le gnosticisme est ici évident.

Il est vrai que la plupart des Francs-Maçons, qui dès lors ne peuvent pas pêcher, l’ignorance n’étant pas cause de chute, n'est pas outillée pour saisir la subtilité de cette argumentation, ce qui est aussi démonstration que les dangers sont réels pour la masse des catholiques connaissant mal leur propre Foi ! Néanmoins, il ne me semble pas qu'il soit question de s'agenouiller devant le GADLU, de chanter sa gloire ou même de craindre sa foudre, et encore moins de l'adorer. Dès lors, la Franc-Maçonnerie authentique, avec ses références adamiques, avec la proclamation de la Volonté révélée de Dieu ou du GADLU - laquelle suppose son essence personnelle-, est à l'abri du relativisme et de glisser vers la croyance dans le Dieu des philosophes ou plus exactement en la cause première. Mais le risque est là tout bonnement parce que la plupart des Maçons réguliers n'ont pas une conscience nette de ces subtilités... D'où les conseils des plus anciens sur la nécessité de pratiquer avec ferveur sa religion, y compris lorsqu’elle n’est pas ! Finalement, seul le chrétien fort en esprit et en connaissances peut tomber dans le péché réel, justement parce qu’il dispose des outils lui permettant de faire le tri, lui permettant d’éviter le théisme ou l’agnosticisme pur.

La limite extrême à ne pas franchir pour le croyant, ce sont les sermons de Maître Eckhart relatifs à la survivance du concept de déité, ou plus exactement de Créateur comme non sujet d'adoration. Mais, dès lors que l’on en a conscience, cela n'impose pas de renoncer au Mystère de la Trinité.

⑷ Ensuite, le Volume de la Loi sacrée se réduit au seul Évangile de Jean, ce qui est bien mais insuffisant. Il y a donc très grosse divergence d’avec le catholicisme, notre livre sacré contenant l’Ancien et le Nouveau Testaments, formant un tout. Toute une série de dimensions de la Foi sont donc exclues a priori ! Contra : il semblerait pourtant qu’il y ait là une erreur, le Volume de la Loi Sacrée étant en fait la Bible, sans retrait ni altération (mais quelle édition ?), mais restant ouverte au Prologue de l'Evangile de Jean…

⑸ Il y a par ailleurs ambiguïté sur le christisme. Je m’explique. Les Francs-Maçons réguliers se veulent d’origine christique. Mais que contient ce mot ? Très rarement la divinité du Christ ! Néanmoins, l’idée même de christisme peut échapper à la compréhension pour le non croyant – qui se trouve malgré lui d’une certaine façon inévitablement en contact avec le Christ évoluteur alpha et oméga teilhardien –, ou encore pour le croyant ne ressentant pas le besoin de  mélanger les genres dans sa quête de savoir et plus encore de perfectionnement de sa réflexion, quel que soit son niveau initial.

⑹ Il y a de plus incohérence entre la tendance laïque et agnostique et l’origine christique, sauf à réduire Jésus à un super-guru qui aurait réussi ! Peut-on être agnostique et chrétien ? J’en doute fort ! Et on peut de plus aboutir au grotesque du Grand Orient de France qui continue à faire prêter serment sur l’Évangile de Jean, même les athées ! Il y a contradiction interne, du moins dans une approche spirituelle et surtout chrétienne du Christ ! C’est d’ailleurs pour contourner cet apparent non-sens, dès lors que la priorité est donnée au spirituel et non pas à la recherche approfondie des sens des choses, que certains membres du Grand Orient croyants souvent plus réels que formels rejoignent le rite écossais rectifié pour être régularisés.

⑺ Par ailleurs, l’un des principes de base de la véritable Maçonnerie est la règle de masculinité. Cette règle est contraire au Christianisme, Jésus ayant eu de nombreuses femmes autour de lui, son message s’adressant de plus à tous, hommes et femmes, pas aux seuls hommes ! Il n’y a plus ni homme, ni femme, comme nous l’enseigne Saint Paul ! Certains comparent cette attitude avec le non accès des femmes au sacerdoce chez les Catholiques, mais cela n'a rien à voir ! Ceux qui l’affirment se trompent de perspective ! La Maçonnerie régulière est interdite aux femmes, qui ne peuvent accéder au secret, alors que chez les Catholiques, que je sache, il n'y a aucune différence quant à l'enseignement de la Foi et à la recherche, quant à l'accès à la Vérité entre un homme et une femme ! Il n'y a plus ni juif, ni grec, ni homme, ni femme, ni maître, ni esclave... nous dit l'Apôtre ! Ce n'est pas la même chose avec les Maçons ! On notera par ailleurs que, s’il existe des Loges féminines, celles-ci sont considérées comme irrégulières par la plupart des francs-maçons… Contra, on peut dire aussi que la masculinité maçonnique serait odieuse si la Franc-Maçonnerie prétendait offrir le salut ; or, cette règle est avant tout historique, liée aux corportations, et plus encore justifiée par les références chevaleresques de la Franc-Maçonnerie actuelle.

Les divergences fondamentales entre Catholicisme et Franc-Maçonnerie sont donc évidentes !

On notera que l’Église qualifie l’appartenance à la Maçonnerie de péché grave interdisant l'accès à l'Eucharistie, mais pas de péché mortel (a contrario par exemple du non respect du repos dominical ou du non respect de certains jeûnes dans le Grand Catéchisme de Pie X par exemple), l’Église faisant ici appel au for intérieur de chacun. Il va peut-être vous sembler que je joue ici sur les mots, mais je rappelle qu’il y a trois conditions pour constituer le péché mortel : la matière grave (donc le péché grave), la pleine connaissance et l’entier consentement. La simple adhésion sans connaître le péché ne constitue donc pas un péché mortel ; par contre, la persévérance dans la Franc-Maçonnerie peut bien constituer un péché mortel lorsqu’elle se fait sans aucun discernement doctrinal et théologique, les deux dernières conditions étant constituées ; rappelons que le Code de droit canonique fait bien la distinction entre les interdits et les excommuniés (canon 915), étant entendu que le même Code rappelle qu’il ne peut y avoir communion eucharistique dès lors que l’on a conscience d’un péché grave (canon 916). On oublie trop souvent cette notion de conscience du péché…, si bien que le péché mortel ne peut être finalement réalisé que par un être ayant une sur-conscience du dit péché !

Dans tous les cas, l’Église émet, face aux nombreux risques de déviance, d’erreur, de basculer dans l’hérésie, etc…, une sévère mise en garde contre les dérives déistes, panthéistes et gnostiques auxquelles expose l’adhésion à la Franc-Maçonnerie, le pas étant facile à franchir, même inconsciemment ! Il est donc logique que la condamnation soit totale pour les irréguliers, plus modérée, même si elle reste très forte, pour les réguliers, le rôle de l’Église étant de préserver les âmes et de mettre en garde en cas de péril grave ! Il est ainsi logique que toute interprétation ne puisse venir que du Vatican ! Il est tout aussi logique que l'interdiction d'adhésion et de participation soit totale ! Enfin, il est concevable que certains grands esprits de l’Église participent, en pleine conscience, à la Franc-Maçonnerie, mais du fait même de leurs capacités de discernement et de leur devoir de catéchèse ! Mais il faudrait aussi (déjà ?) que tous les textes soient mis à la disposition des fidèles et non pas quelques uns comme dans l’ouvrage publié par Téqui. Peut-être faudrait-il d’ailleurs que le Vatican dise enfin clairement quelles sont les associations maçonniques condamnées, toutes ou quelques-unes, tant pour clarifier les choses que pour éviter des contradictions entre textes que pour éviter de laisser une incompréhension dans les esprits lorsque des fidèles constatent que certain Prélats, parfois même très haut placés dans la hiérarchie de l’Église, sont Francs-Maçons… Mais gardons bien à l’esprit que la Déclaration du 26 novembre 1983 ne fait aucune distinction (ce qui est retour en arrière de la part du Cardinal Ratzinger), justement du fait des risques induits, entre les diverses formes de franc-maçonnerie, et toutes les formes de Franc-Maçonnerie restent a priori et officiellement strictement interdites aux Catholiques. Il ne faut pas se tromper sur la portée de mon texte ; je parle seulement de difficulté apparente, et, je crois avoir bien expliqué les motivations de l’Église, rappelant toujours l’interdiction d’adhésion à toute association maçonnique faite au Catholique !

Que de risques de chuter sur la voie franc-maçonne ! En effet, je le répète, pour un chrétien catholique, il n'est pas possible de vivre sa relation avec Dieu, dans un double mode la divisant entre une forme supraconfessionelle humaniste et une forme intérieure chrétienne. Il ne peut pas cultiver deux types de relations avec Dieu, ni exprimer sa relation avec le Créateur à travers des formes symboliques de deux types ! Or, c'est là le grand risque, le seul en fait si l'on n'est pas attentif ! Le devoir de l’Église est de mettre en garde l’ensemble des Catholiques, le for intérieur de certains pouvant néanmoins leur permettre de dépasser cet interdit, de par leurs capacités de discernement ! Mais cette exception ne peut pas concerner l’ensemble du Peuple catholique, uniquement une infime minorité, d’où la condamnation générale apparente ! Qui dit risque dit aussi moyen d’évitement ! Mais, comme le disait Simone Weil, le risque est un besoin existentiel de l'âme !

Pour finir, deux questions à finalité réflexive…

La Franc-maçonnerie, la vraie, dans son essence comme dans sa posture, ne serait-elle pas en fait l’Eglise de saint Jean face à celle de Pierre et de Paul trop souvent oublieuse des idées fondamentales d’amour, d’altruisme, d’action ?

Les incompréhensions ne portent-elles pas parfois plus sur un refus des Lumières et de la liberté qu’autre chose, du fait d’une très mauvaise compréhension de saint Augustin et de la controverse pélagienne, … alors même que rien, hormis la négation de Dieu ou de la religion chez certains de ses penseurs, ne la sépare réellement du message du Christ ?

On comprend mieux dès lors comment des hauts dignitaires de l’Eglise, des théologiens de très haute tenue peuvent à la fois être Vrais Catholiques et Vrais Francs-Maçons, dès lors qu’ils font preuve de discernement…

 

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Published by Serge Bonnefoi - dans Catholicisme
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commentaires

Serge Bonnefoi 12/03/2010 09:15


Cher H.,

Je vous rappelle que je citais ce document en tête de mon article, comme étant la règle fondant la position actuelle de l'Eglise catholique. Je rajoute donc juste le lien que vous citez.

Bonne journée.


H. 11/03/2010 19:48


J'ai lu vite fait dans un des commentaires que l'église serait revenue sur le caractère incompatible de la foi catholique avec l'appartenance maçonnique, je mets pour mémoire ce lien
(http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/documents/rc_con_cfaith_doc_19831126_declaration-masonic_fr.html) qui, je le pense, très clair sur le sujet et signé de Joseph Ratzinger,
devenu Pape depuis...

A bon entendeur,
salut.


Guillaume 13/01/2010 11:49


Bonjour,
Sur le "christisme" et ses risques, je partage votre argumentations, sans en saisir toutes subtilités, mais peu importe pour le sujet de ce fil ; en effet, la franc-maçonnerie traditionnelle n'a
pas pour vocation de créer une nouvelle religion. Selon les rites, elle se proclame soit croyante, soit chrétienne. Mais dans ces deux cas, elle ne professe aucun nouveau dogme à ses initiés ; elle
les enjoint à se conformer à leurs obligations religieuses. Autrement dit, la maçonnerie écossaise rectifiée - et suédoise-, pour ce que j'en connais, se dit chrétienne parce qu'elle demande à ses
membres d'être chrétiens. Rien de plus, et d'ailleurs, je rappelle que tout débat théologique ou religieux est strictement interdit en loge.
Pas de christisme tel que vous le décrivez en franc-maçonnerie, donc.

Au sujet de la "mise en garde" de l'Eglise ; le problème pour les catholiques entrés en franc-maçonnerie, c'est qu'ils ne sont pas seulement mis en garde, mais déclarés par la Congrégation comme en
état de péché grave et donc interdits d'accès à la sainte communion. Jugement sans appel ! Et cette condamnation vaut aujourd'hui encore pour toutes les obédiences, alors même que l'Eglise connaît
les différences d'attitude des obédiences à son égard. Car elle dialogue régulièrement avec celle(s?) d'entre elles qui lui sont (est?) favorable(s?).
Aussi, à chacun de prendre ses responsabilités, en conscience.Un cardinal récemment canonisé a bien pu dire " je bois à ma conscience, et au Pape, ensuite".
Le conseil donné à des catholiques approchés, intéressés malgré l'interdiction officielle très largement expliquée dans votre exposé, consiste d'ailleurs à lui proposer d'entrer, de voir et de se
rendre compte par lui-même de la compatibilité de sa foi avec ce qu'il va vivre en franc-maçonnerie.
Je vais vous avouer un secret : je n'en ai pas encore rencontré, en FM régulière, qui avaient fui à toutes jambes.
Bonne journée


Serge Bonnefoi 11/01/2010 17:28


Merci Guillaume.

Je pense qu’une discussion peut se poser en ces termes, même si l’Eglise met bien en garde sur les risques induits. Je vais peut être me répter parfois dans mon commentaire de votre texte ;
excusez-m’en ! Je vais ici insister sur le risque du christisme.

Ce qui est le plus redoutable, ce qui conduit le plus facilement au christisme se substituant à l’amour de Dieu, à la Trinité, c’est l’idée de Christ cosmique ! Le Christ cosmique est le Christ
personne divine totale ; c’est le Christ en tant qu’âme supérieure et foyer physique de la création, supportant réellement et sans métaphore l’univers, s’offrant comme le salut à la fois de l’âme
surnaturelle et de toute la construction physique qui conditionne les âmes. Et là, que de risques évidents de chuter, de trébucher. Et, en premier lieu, le risque de réduire le Christ à une
créature animée, alors même qu’il est Dieu un et trine. Vient ensuite le risque de faire du Christ le créateur de l’univers, alors que c’est Dieu pluriel qui en est le créateur. Troisième risque :
celui de réduire le Christ à un démiurge. Et, dernier risque, celui de confondre en une même identité éternelle l’âme et le corps, justification par là-même de la réincarnation ! Teilhard de
Chardin, qui a développé cette idée, ne sombre pas dans ces quatre hérésies, mais il est très facile de le faire dès lors que l’on ne maîtrise ni la théologie catholique, ni la pensée
teilhardienne… Et je n'évoque même pas le risque de négation de la Trinité elle-même !

Cette idée de Christ total, liée à celle de Christ cosmqiue, présente donc un risque majeur, celui d’induire, par la divinisation personnelle de la création, une assimilation totale de l’homme à
Dieu, ainsi qu’une approche animiste du monde, faisant de chaque élément de l’univers non pas une création de Dieu, mais Dieu lui-même !

Rappelons ici que le panthéisme est une doctrine métaphysique niant toute idée d’un Dieu créateur ou transcendant, induisant à l’identification de Dieu et du monde. Pour sa par, le théisme est
quadruple : soit posé de Dieu comme cause finale ou cause formelle en aucun cas les deux à la fois, soit séparation absolue de Dieu et de son œuvre, soit séparation de la Création de la nature
divine, soit enfin détermination de Dieu uniquement par analogie. Enfin, le déisme, qui ne doit pas être confondu avec le théisme, est avant tout rejet de toute idée de Dieu de la révélation.

Les définitions mêmes qui précèdent mettent bien en évidence les risques induits par rapport au contenu réel du message du Christ, du message divin, et du dogme catholique ! Or, c’est à cela que
s’expose le Catholique en rejoignant sans aucune prudence la Franc-Maçonnerie spéculative ou le New Age, et ce même si la vraie Maçonnerie est fondée avant tout sur l’idée de Dieu Grand architecte
de l’univers et sur la certitude de sa volonté révélée ! Mais il y a tant de risques de confusions, d’erreurs…

L’Église catholique a d’une certaine façon apporté une réponse officielle avec la publication voici quelques années du document « Jésus-Christ, le porteur d’eau vive ». Une réflexion chrétienne sur
le Nouvel Âge des Conseils pontificaux pour la culture et pour le dialogue interreligieux. Car le défi posé par les concepts teilhardiens de Christ, qui sont au centre de la définition du
christisme, est grand car risquant de faire dériver inconsciemment vers les hérésies des concepts clés fondateurs de la mouvance New Age que sont le monisme, sous le double aspect du grand tout
énergie cosmique universelle et d’une immanence induisant la fusion de l’être dans une hypothétique « conscience universelle » et la gnose, et plus encore le Christ cosmique. C’est là que se situe
le risque christique, bien plus encore que panthéiste ou de théisme spinozien, de la Franc-maçonnerie spéculative, risque dont l’Eglise met en garde les Catholiques. Le Catholique maîtrisant le
contenu du document précité ne risque rien ; par contre, s’il ne l’a pas assimilé, il ne peut que se perdre ! C’est là que se trouvent les risques de déviance, d’erreur, de basculer dans l’hérésie,
etc…, les risques de dérives déistes, panthéistes et gnostiques auxquelles expose aussi l’adhésion à la Franc-Maçonnerie, le pas étant facile à franchir, même inconsciemment ! En effet, pour un
chrétien catholique, il n'est pas possible de vivre sa relation avec Dieu, dans un double mode la divisant entre une forme supraconfessionelle humaniste et une forme intérieure chrétienne. Il ne
peut pas cultiver deux types de relations avec Dieu, ni exprimer sa relation avec le Créateur à travers des formes symboliques de deux types. Et, paradoxalement, Teilhard de Chardin peut permettre
de franchir ce pas, mais éclairé par le document sus-cité ce piège peut être évité !

C'est pour cela que l'Eglise met en garde...

Bonne journée.


Guillaume 11/01/2010 15:49


Bonjour,
Quelques réflexions personnelles qui n'engagent que moi, et ne valent que pour ce que je connais, la franc-maçonnerie régulière, authentique selon certains commentateurs.
Cette synthèse sur ce sujet polémique répond en partie au problème de conscience qui touche de nombreux catholiques entrés en franc-maçonnerie : Le Vatican est revenu en 1983 sur la lettre du code
de droit canonique, qui ne punissait que le fait d'être membre d'une association conspirant contre l'Eglise, en visant expressément la FM, sous toutes ses formes.
Or, des milliers de FM catholiques, notamment en FM régulière, ont bravé ou bravent cette déclaration, car, en conscience, ils savent ne pas conspirer contre l'Eglise - au contraire ! ai-je envie
de dire.
Le fait est que, dans leur immense majorité, ces catholiques franc-maçons ne comprennent pas les raisons de cette interdiction sinon, ils fuiraient en toute logique les loges ! On attend un texte
de fond du Magistère qui viendrait les éclairer sur cette question. Et d'ailleurs, pourquoi, parmi les milliers de prêtres qui fréquentaient assidument les loges sous l'Ancien Régime, PAS UN n'ait
pris le temps de prendre sa plume pour, de manière publique, exposer les raisons de cette prétendue incompatibilité ? Si ces raisons avaient été si claires, ils auraient du fuir en masse. Or,
notamment dans le nord-ouest de la France, de nombreuses loges ont a contrario été crées par des hommes d'Eglise comme institutions de bienfaisance, en complément des confréries de charitons
-lesquels avaient souvent la double appartenance. On a pu parler des "loges bénédictines" de la vallée de la Seine...région dans laquelle les ecclésiastiques représentaient 10% des frères en loge à
la fin du XVIIIème siècle !
On dira qu'être catholique romain, c'est obéir, et qu'aujourd'hui comme hier, le catholique romain doit obéir, c'est-à-dire fermer sa gueule ou s'en aller ! Et pourtant certains désobéissent, mais
demeurent.
Les raisons de cette situation peuvent résider dans le sens donné à certaines expressions utilisées en maçonnerie, lequel peut en effet contrevenir parfaitement aux principes de la foi
catholique.
- prenons le fameux secret. Il n'a rien de spirituel. Il est lié à l'histoire des bâtisseurs réunis en corporations, lesquels se reconnaissaient par des signes et attouchements, conservés
aujourd'hui ; Ramsay, dans son discours, expliquait ces procédés par les croisades, pendant lesquelles les confréries de bâtisseurs, très actives, devaient se protéger des infiltrations ennemies.
Vraie ou fausse, cette légende a l'avantage d'éclairer le sens donné à cette notion par un des fondateurs de la maçonnerie moderne...le seul secret inviolable est celui de l'appartenance d'un
frère. L'histoire récente confirme hélas la pertinence de cette précaution ; tous les états totalitaires modernes ont pourchassé les franc-maçons.
Quant aux fracassantes vérités en réunion, je les cherche encore. Allez dans une bonne librairie, vous trouverez tout le détail de tous les rites maçonniques, jusqu'au 33e degré. Il y a un mystère
dans la FM, et il se trouve dans nos coeurs, comme le dit très bien votre article.
- prenons le Grand Architecte de l'Univers. Il est une appellation générique pour nommer Celui que nul n'a jamais vu, dont on ne peut voir la face. Cette appellation ne donne lieu à aucune
tentative de définition théologique, distincte de celle qu'en font les grandes religions révélées. La FM authentique, aujourd'hui, permet à des croyants chrétiens - dans leur grande majorité - mais
aussi musulmans, juifs, mazdéens, etc.. de coexister aimablement et de travailler au perfectionnement de l'Humanité à la gloire de Dieu. Mais le croyant en fM ne renie rien ; il travaille
simplement à percevoir ce qui, dans la foi de son frère, l'en rapproche, pas ce qui l'en éloigne.
D'ailleurs , le respect des saintes écritures est explicitement rappelé en loge régulière de pays chrétien , il va de soi que le Volume de la Loi Sacrée de ces loges est la Bible, et non un
évangile sélectionné - en vertu de quelle autorité ?.
- sur le "christisme" ; il s'agit d'une coquetterie de langue, très récente. Le rite écossais rectifié est un rite chrétien, selon lequel l'initié prend le serment de se conformer à la "sainte
religion chrétienne". Il suffit de rappeler que l'un de ses fondateurs est Joseph de Maistre, défenseur de la Papauté - et de la franc-maçonnerie- pour se convaincre qu'il ne s'agit pas de
réinventer une religion.
Pour conclure ces quelques réflexions, il faut prendre conscience que peu de catholiques pratiquants se doutent du nombre de franc-maçons qui fréquentent les églises le dimanche, conformément
d'ailleurs à une tradition maçonnique bien établie. Un maçon ayant déjà quelques années en loge, comme votre serviteur, ne finit pas d'en être surpris.
Le plus frappant est de constater que, bien loin d'éloigner les frères des églises, la franc-maçonnerie traditionnelle les y ramène souvent, voire les pousse à franchir leur portail.
Quoi de plus logique, au fond, de la part d'une institution dont la filiation provient des bâtisseurs de cathédrales ?
Bien à vous,