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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 15:28

Ce sont les Pères des IIIème et IVème siècles qui allaient remettre saint Paul au premier plan, et tout particulièrement Jean Chrysostome et saint Augustin qui en firent leur maître. Puis, après une certaine période d’oubli pendant le Moyen-âge, ce n’est qu’avec la Réforme et la Contre-réforme qu’il ressurgira avec force dans les écrits et la réflexion théologiques. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il n’apparaît quasiment pas chez les auteurs chrétiens des deux premiers siècles, ce qui n’est pas sans importance quant au sujet de la présente étude. Y a t-il relation de cause à effet entre cet effacement de Paul pendant les premiers siècles et l’évolution de l’attitude vis-à-vis de la guerre et du métier des armes ?

 

La mission de saint Paul s’étendit entre 50/51 et 57/58. Sur le sujet du rapport au pouvoir civil, l’Apôtre des Gentils, s'exprime d'une façon encore plus forte et plus générale que saint Pierre :

« L'autorité est pour toi le serviteur de Dieu pour le bien… Ce n'est pas en vain qu'elle porte le glaive, car elle est serviteur de Dieu… Il faut donc être soumis… Rendez donc à tous ce que vous devaient : à qui l'impôt, l'impôt ; à qui le tribut, le tribut ; à qui la crainte, la crainte ; à qui le respect, le respect. » (Rm 13, 1-7)

 

À la nation juive rongeant son frein, toujours  prête à la révolte et à la violence s'opposent ici les chrétiens déterminés à la soumission et à l'obéissance, résolus à tout souffrir plutôt que de prendre les armes, et donc de provoquer la guerre civile.

 

Saint Paul ne s'est pas interdit l'usage des métaphores empruntées à la vie militaire, ce qui permet de croire qu'il considère ce métier comme légitime et honorable :

« Qui jamais a porté les armes à ses propres frais ? » (1Co 9, 7)

 

Être soldat est donc ici aussi a priori licite, évidemment, que de recevoir sa solde.

 

De même, Paul prescrit aux Thessaloniciens de prendre la cuirasse de la foi et de l'amour, avec le casque de l'espérance du salut (1Th 5, 8). Il reprend cette image en s'adressant aux Éphésiens (Ep 6, 13-17), comme si cette image lui était familière et rendait au mieux sa pensée. Et, dans la première épître aux Corinthiens, de lire :

« Et si la trompette rend un son confus, qui se préparera au combat ? »[1] (1Co 14, 8)

 

 

Et voici une comparaison plus frappante encore :

« Prends ta part de souffrance en bon soldat du Christ Jésus. Personne, en s'engageant dans l'armée, ne s'embarrasse des affaires de la vie civile s'il veut donner satisfaction à celui qui l'a enrôlé. » (2Tm 2, 3-4)

 

Dans tous les cas, saint Paul, qui est pourtant très souvent direct dans ses références, ne semble pas classer le métier de soldat parmi les métiers portant atteinte à la justice, puisqu’il ne le reprend pas dans la liste de ceux qui ne pourront pas accéder au Royaume des Cieux :

« Ne savez-vous donc pas que les injustes n'hériteront pas du Royaume de Dieu ? Ne vous y trompez pas ! Ni les débauchés, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés, ni les pédérastes, ni les voleurs, ni les accapareurs, ni les ivrognes, ni les calomniateurs,  ni les filous n'hériteront du Royaume de Dieu »[2] (1Co 6, 9-10)

 

Dans tous les cas, force nous est faite de constater que le discours de saint Paul est dominé par l’idée de paix, paix surtout et avant tout spirituelle, même si cette paix spirituelle ne peut se vivre pleinement que par une paix terrestre, paix qui est à la source de la joie chrétienne :

« Au demeurant, frères, soyez dans la joie, travaillez à votre perfectionnement, encouragez-vous, soyez bien d'accord, vivez en paix, et le Dieu d'amour et de paix sera avec vous » (2Co 13, 11)

 

Saint Paul est, sur les pas de Jésus, la source de toute la spiritualité chrétienne de la paix, Dieu étant d’Amour et de paix et non plus Sabaoth, car la paix est un fruit, un don de l’Esprit saint :

« Mais voici le fruit de l'Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi ; contre de telles choses, il n'y a pas de loi. Ceux qui sont au Christ ont crucifié la chair avec ses passions et ses désirs. Si nous vivons par l'Esprit, marchons aussi sous l'impulsion de l'Esprit. Ne soyons pas vaniteux : entre nous, pas de provocations, entre nous, pas d'envie. » (Ga 5, 22-26)

 

Ainsi, il insistera toujours sur cette paix dès les appels de ses Épîtres :

« À vous grâce et paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ. » (1Co 1, 3 ; 2Co 1, 2 ; Ga 1, 3 ; Ep 1, 2 ; Ph 1, 2 ; 2Th 1, 2 ; Phm 1, 3)

 

« Grâce, miséricorde, paix de la part de Dieu le Père et du Christ Jésus notre Seigneur. » (1Tm 1, 2 ; 2Tm 1, 2 ; Tt 1, 4)



[1] À propos de la trompette appelant au combat, on peut en trouver un exemple chez Xénophon (Anabase, I, 2, 16), l’usage de celle-ci n’étant pas spécifique aux Hébreux.

[2] Rappelons en passant que pédérastie n’est pas ici synonyme d’homosexualité ; la pédérastie est ici le commerce charnel d’un homme avec un jeune garçon, ce que nous appelons aujourd’hui partiellement pédophilie ! Par ailleurs, efféminé ne semble pas devoir se concevoir comme synonyme d’homosexuel, sauf dans le cas de la sodomie…

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Published by Serge Bonnefoi - dans Nouveau Testament
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