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20 décembre 2009 7 20 /12 /décembre /2009 19:34

Né en 1369 et mort en 1415, Jean Hus (Jan Hùs) est considéré comme le père du nationalisme tchèque, ses prêches ayant pris une dimension politique contre l’empire, même si ce fut le plus souvent à son corps défendant.

Tout est parti de la condamnation de 45 articles wiclefiens par l’Université de Prague, Jean Hus se reconnaissant dans ces propositions. S’appuyant sur cette doctrine erronée, il allait s’opposer à la publication en 1412 par le Pape Jean XXIII d’une croisade contre le roi de Naples, Ladislas, publication s’accompagnant de la concession d’indulgences à ses participants. Jean Hus allait donc prêcher contre cette croisade, ainsi que contre la doctrine des indulgences. Excommunié par le Pape qui, de plus, jeta l’interdit sur tous les lieux où il séjournerait, il allait se retirer en 1412 chez des seigneurs sensibles à sa cause. C’est là qu’il devait composer son De Ecclesia, texte où l’on retrouve les erreurs de Wiclef, exception faite de ses hérésies relatives au panthéisme et de ses erreurs sur la transsubstantiation.

L’empereur Sigismond allait le pousser à se rendre au concile de Constance pour s’expliquer, lui assurant sa protection. Devant cet acte de bonne volonté, le Pape levait toutes les censures contre Jean Hus, lui demandant seulement de s’abstenir pendant son séjour à Constance de dire la messe, de prêcher ou d’assister aux offices publics. Mais Jean Hus allait obéir de manière très imparfaite, prêchant au peuple ses erreurs et hérésies, notamment celle selon lesquelles l'Église universelle serait composée de l'ensemble des seuls prédestinés vivant dans le passé, le présent et le futur, et celle affirmant qu’il existerait hors de Dieu des êtres éternels et incréés. Le Pape le somma alors de se rétracter et de respecter l’engagement pris de ne pas prêcher. Mais devant les faux fuyants, puis le refus de Jean Hus, ce dernier fut considéré comme délié des protections et garanties qui lui avaient été données puisqu’il ne respectait pas de son côté ce à quoi il s’était engagé. Il fut donc livré, comme cela était selon les normes du temps, jugé hérétique, puis livré au bras séculier. Il sera brûlé vif le 6 juillet 1415, affrontant ce supplice avec, reconnaissons-le, une très grande dignité et un très grand courage. D’ailleurs, son disciple Jérôme de Prague subira le même supplice avec la même fermeté le 30 mai 1416.

Le même 6 juillet 1415, le concile de Constance adopté lors de sa 15ème session un décret condamnant trente erreurs de Jean Hus, décret qui devait être confirmé le 22 février 1418 par le Pape Martin V dans sa bulle Inter cunctas. Parmi ces erreurs, on peut relever l’assimilation de l’Eglise universelle à la seule réunion des prédestinés, la confusion des deux natures du Christ, l’assimilation du Pape et des évêques à des têtes monstrueuses refusant d’admettre que les vrais disciples sont les seuls vrais prédestinés, et surtout la défense des 45 articles de Wiclef (cf. Denzinger, 37° éd., 1201-1230). On notera que la bulle Inter cunctas, déjà citée à plusieurs reprises, édictait un questionnaire destinés aux wyclifites et aux hussites (cf. Denzinger, 37° éd., 1427-1279), questionnaire qui devra être posé à tous ceux qui seraient soupçonnés de soutenir les thèses de Wiclef ou de Hus.

Il faut aussi dire que les prêches de Jean Hus avaient provoqué une véritable guerre civile, sur fond religieux, en Bohême, les arguments politiques se mêlant aux arguments religieux, souvent d’ailleurs accessoires chez les diverses parties en présence. De plus, ses propres partisans étaient eux-mêmes divisés entre des modérés (appelés Utraquistes ou encore Calixtins) et des Exaltés (encore appelés Orébistes ou Taboristes), ces derniers se divisant d’ailleurs eux-mêmes en une multitude de petites sectes, dont une dite des … Picards… Néanmoins, dans le cadre de la guerre civile, tant les modérés que les Exaltés allaient choisir le même chef, Ziska le Féroce. Après la mort de ce dernier, chacun de ces groupuscules allaient faire bande à part, mais restaient unis autour de deux grands thèmes : la haine de l’empire, et la haine du catholicisme. Ils allaient ainsi ravager la Bohême, massacrer systématiquement les Prêtres, les moines et les religieuses, ce qui ne pouvait laisser indifférent le Pape qui décidait d’une croisade. Mais les troupes de Sigismond qui leur furent opposées furent défaites, ce qui conduisit à l’ouverture de négociations.  Ces négociations eurent notamment pour cadre le concile de Bâle de 1433, mais ce fut un échec. C’est alors que furent signées à Prague, en novembre de la même année 1433, les Compactata, qui furent approuvées en 1436 par le Pape Eugène IV. Selon ce texte :

(a) la communion serait désormais donnée sous les deux espèces en Bohême et en Moravie ;

(b) les péchés mortels, surtout publics, seront punis en tenant compte à la fois de la Loi divine et des ordonnances du Saint Père ;

(c) la parole de Dieu serait librement promulguée par les Prêtres et par les lévites hussites autorisés à cette fin ;

(d) l’Eglise a le droit de posséder des biens en Bohême et en Moravie…

Dès lors, les Subunistes et les Utraquistes allaient avoir raison des Exaltés, tous finissant par se soumettre à cet acte finalement très favorable. Pourtant, constatant chez la plupart des fidèles une défaveur envers la communion au calice, les Utraquistes, poussés par Rokysane, allaient se répandre en invectives envers les Subinistes qui laissaient libre choix aux fidèles entre la communion au pain, la communion au calice et celle sous les deux espèces. Des troubles allaient encore éclater, avec à nouveau des attaques physiques contre l’Eglise et ses clercs. Dès lors, les Papes Pie II et Paul II allaient annuler les Compactata. Les révoltes allaient diminuer, mais le Protestantisme allait trouver un terrain tout prêt pour s’installer, ce qu’il fit en flattant les chefs hussites, notamment en appuyant leurs revendications nationales…

 

 

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Published by Serge Bonnefoi - dans Personnages
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