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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 10:59

Au contraire de la transcendance qui établit une relation personnelle avec Dieu, l'immanence exprime l'idée de la fusion de l'être dans la conscience collective; elle réfute donc dans sa finalité toute notion d'individualité et d'individualisme, tendant donc à non pas l'exclusion mais à l'anéantissement de celui qui n'y adhère pas. L'immanence est donc par essence totalitaire. L'immanence est de plus inhumaine en ce sens qu'elle nie la perception qui est à la base même de l'humanité et de la conscience; c'est ainsi que Spinoza définissait l'immanence comme l'idée que la vérité de la chose ne réside pas dans la perception mais dans sa place dans le système de l'esprit absolu. Donc, si l'immanence ne remet pas forcément en cause Dieu, elle dénie à ce dernier son unicité en le divisant en de multiples éléments qui sont les éléments constitutifs du monde. Ainsi Dieu n'est pas le créateur du monde car il est lui-même le monde; or, pour le chrétien, Dieu est distinct de sa Création. Un autre aspect négatif de l'immanence procède du fait que, suite aux écrits de Blondel -notamment en 1893 -, elle s'oppose, certes au fidéisme -ce qui n'est pas forcément négatif-, mais surtout à la foi elle-même car donnant une priorité absolue à la raison; ainsi, il n'y a pas équilibre entre la foi et la raison mais subordination de la foi à la raison puisque, selon Blondel, si Jésus existe, c'est de la raison et d'elle seule que doit émerger la nécessité d'un oui total à la Révélation chrétienne. Négation de la Grâce, l'immanence n'est donc pas chrétienne malgré ses aspects séduisants au premier abord. Ainsi, contrairement à ce qu'affirmait Luc Ferry en 1992 (Le nouvel ordre écologique, Grasset/Le Livre de Poche, Paris, 1992, n° 13565, p. 150), ce n'est pas la transcendance qui fait de l'homme l'être de l'anti-nature par excellence, mais bien au contraire l'immanence; en effet, en plaçant Dieu en position de Père créateur et l'homme en qualité de maître de la nature, la Foi chrétienne impose à l'homme un lien fort à cette même nature, lien l'obligeant à la respecter et à la protéger tout comme un père se doit de protéger sa descendance. C'est bien au contraire l'immanence défendue par les tenants du Nouvel ge et de certaines philosophies opposées au Christianisme -mais aussi en ce sens à la laïcité - ici prise dans son sens républicain et français - si l'on y regarde de près- qui fait de l'homme l'être d'anti-nature par excellence car le fondant en cette même nature immuable dans une conscience universelle elle-même confondue au Grand Tout, représentation d'un Dieu énergie cosmique universelle ; en effet, s'il existe un Grand Tout immuable, fondu dans une énergie non évolutrice - au sens de Teilhard de Chardin -, les atteintes à la nature ne remettent pas en cause ce Grand Tout, et l'homme se trouve alors libéré de toute contraire de préservation de cette même nature, voire même de survie. Par contre, la transcendance établissant une relation personnelle de l'homme à Dieu, mais aussi des êtres animés quels qu'ils soient du fait de l'Alliance, fait en sorte que Dieu met d'une certaine façon sa Création en jeu au travers de l'homme, puisqu'il est lui-même distinct de sa Création.

Alors que l'immanence pourrait finalement conduire l'homme à négliger soit sa propre existence, soit celle de la nature du fait de l'absence de toute remise en cause de l'équilibre de l'Univers, la transcendance impose au contraire à l'homme, certes une certaine maîtrise du monde terrestre, mais surtout un respect de la Création, tout irrespect le conduisant inéluctablement à sa perte du fait de sa relation personnelle avec Dieu par l'Alliance et par la Révélation. La transcendance n'est donc pas la traduction du seulement humain, mais bien plus la réalisation d'une fusion permanente et évocatrice entre l'humain et le sacré, entre l'homme, créature de Dieu, la nature, objet de la Création, et Dieu créateur. Alors que l'immanence est par nature statique -ou du moins figée lorsqu'elle se veut dynamique-, la transcendance se veut progrès, mais progrès respectueux de la création; alors que l'immanence implique une création figée, la transcendance implique une création évolutive, l'homme ayant été créé par Dieu pour qu'il continue, pour qu'il peaufine, sa propre Création, et c'est pour cela qu'il est dit que Dieu créa l'homme à son image, l'homme étant établi dans un lien personnel à Dieu et chargé d'une double mission de préservation et d'amélioration. On pourrait presque dire que Dieu a joué son existence même en créant l'homme, même si une telle expression est à la limite du dogme; ceci doit en fait être compris comme sublimation du lien de l'homme à Dieu et non pas dans le sens d'une dépendance de Dieu envers l'homme. C'est en cela que les théories contemporaines tendant à concevoir le divin dans un sens uniquement d'immanence sont dangereuses, car permettant tous les excès, la Création et Dieu lui-même n'étant qu'énergie et cette énergie étant immuable quelle qu'en soit la forme. Admettre que la relation entre Dieu et l'homme est une relation d'immanence, c'est en fait nier l'homme lui-même, car le réduire au seul sens de point de l'histoire terrestre, alors que Dieu l'en a établi le maître; c'est nier le Christ car privant la Révélation de toute signification; c'est nier la nature elle-même, puisqu'elle se trouve ainsi réduite seulement à une forme particulière de l'énergie cosmique universelle, puisque seule cette énergie cosmique universelle compte, quelle qu'elle soit.

 

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Published by Serge Bonnefoi - dans Théologie
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