Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 14:42

Ce que nous qualifions aujourd’hui d’ontologie était autrefois désigné par Aristote sous le nom de philosophie première (filosofia prwth ou qeologikh). Et cet auteur, dans sa conception des sciences, distinguait la physique, la mathématique et la métaphysique, les trois constituant selon lui la science spéculative (Métaph., V, 1, 1026a19) :

⑴ la physique, qui étudie les êtres matériels mobiles ;

⑵ la mathématique, qui étudie la quantité, fondée sur la réalité permanente mais inséparable de la matière ;

⑶ la métaphysique fondée sur l’idée qu’au-delà du mouvement et de la quantité l’intelligence saisit en chaque res ce qui fait que chaque réalité a une existence indépendante de la matière et du mouvement, bref sa substance. C’est cette substance qui aura été l’objet de la philosophie première d’Aristote.

Ce terme de philosophie première n’a plus aujourd’hui qu’une valeur historique, mais il est utile de le connaître puisqu’on le retrouve par exemple chez Descartes qui traite des preuves de Dieu et de l’âme dans ses Meditationes de prima philosophia, le mot étant ici utilisé dans le sens de science ayant pour objet la connaissance de Dieu et de l’âme par « raison naturelle ».

L’objet de l’ontologie est donc a priori l’étude de l’être en tant qu’être…

Si nous suivons maintenant le Révérend Père Lahr, il est possible de trouver dans l’étude des réalités trois “régions” différentes :

⒜ une région extérieure et toute de surface s’occupant des qualités des phénomènes sensibles ;

⒝ une région mixte relevant à la fois de l’expérience et de la raison, les deux constituant l’objet des sciences proprement dites. On se trouve ici dans le domaine des causes, non comme connaissance de l’essence même de ces causes, mais seulement en ce qu’elles rendent compte de la nature constante des phénomènes ;

⒞ la région de l’être, ces diverses propriétés et causes supposant une réalité essentielle et permanente, un principe d’activité et un sujet d’inhérence des qualités. C’est la région de l’être, de ce qui est en soi essentiellement et non accidentellement ou causalement. Il y a ainsi une science de l’être par rapport au paraître, de l’inconditionnel par rapport à ce qui est conditionné et dépendant. Nous sommes ici dans le domaine de la métaphysique…

Étymologiquement, le mot métaphysique aurait été forgé par un disciple tardif, en fait du premier siècle avant notre ère, d’Aristote connu sous le nom d’Andronicos de Rhodes, cet auteur ayant appelé certains des ouvrages d’Aristote ta meta to jusika, c’est-à-dire ce qui vient après la physique. Or, comme l’on s’avisa que ces ouvrages, qui venaient après les ouvrages de physique, s’occupaient des choses qui dépassaient l’expérience, on décida de donner ce sens au mot métaphysique. Mais c’est dans le Commentaire sur le Livre de Boèce sur la Trinité, et plus encore dans son In libr. I de Metaphysica prologus que Thomas d’Aquin allait donner la première définition véritablement moderne de la métaphysique comme la science de tout ce qui manifeste le sur-naturel, reprenant donc la vision aristotélicienne de connaissance des choses divines en même temps que celle des principes des sciences et de l’action, mais en insistant sur le caractère rationnel et non révélé de cette connaissance.

Il est possible de distinguer quatre secteurs dans le domaine de la métaphysique :

⑴ la théodicée, qui est l’étude de la cause première, bref de Dieu ;

⑵ la psychologie rationnelle, qui est l’étude des opérations psychologiques de l’âme ;

⑶ la cosmologie rationnelle, qui est l’étude des causes premières ;

⑷ l’ontologie, qui est l’étude des notions les plus générales qui conviennent à tout être par le fait seul qu’il est être. Elle est donc bien la science de l’être en tant qu’être, et, même si elle est ancienne puisque remontant à Aristote, sa dénomination est plus récente puisque définie par Klauber et répandue par Wolf, et ce seulement au XVII° siècle.

L’ontologie a en fait deux objets, soit un objet matériel qui comprend tout ce qui est être réel ou possible, tout ce à quoi il appartient d’exister d’une façon quelconque, ainsi qu’un objet formel qui est l’être, et, plus encore, la formalité ultime de tous les êtres.

Néanmoins, la valeur de la métaphysique est contestée en elle-même… Les grands contestataires de la métaphysique sont au nombre de trois : Hume, Kant et Comte… À contrario de ces trois auteurs, les philosophes chrétiens soutiennent qu’outre les sens, l’homme est doué d’intelligence, celle-ci permettant de saisir les seules choses sensibles donc seul l’intelligible, et ce dans les choses qui passent comme dans ce qui demeure, dans les relations, donc les causes et les principes, dans le contingent et le nécessaire, dans le relatif et l’absolu, mais seulement à la condition de se contrôler, l’intelligence permettant d’acquérir des certitudes légitimement fondées sur les réalités sensibles mais aussi supra-sensibles. Mais la contestation de ce dernier point reste vivace, un auteur tel que H. Spencer affirmant par exemple qu’il est impossible de connaître le supra-sensible.

Pourtant, il existe réellement un immatériel par abstraction, c’est-à-dire un immatériel qui peut être connu et conçu d’une manière immatérielle, cet immatériel n’étant pas autre chose que l’être des choses supra-sensibles saisi directement dans les choses sensibles, mais en faisant abstraction des autres. Par suite, cet être est tout à fait connaissable, étant même l’objet proportionné de l’intelligence qui ne peut rien se représenter que par l’être.

Pour les adversaires de la métaphysique, s’il s’agit d’un être qui existe en soi, indépendamment de la matière, il est inconnaissable s’il existe. Il est vrai que si l’immatériel en soi n’est pas objet d’intuition, si nous pouvons en avoir connaissance, cette connaissance ne pourrait qu’être inadéquate car des effets sensibles sont toujours jugés comme disproportionnés avec une cause immatérielle. Nous ne pouvons donc pas avoir une saisie positive de la propriété de ces êtres, et notre connaissance ne peut être qu’indirecte, sauf à mettre en cohérence la philosophie et la Révélation, Révélation par laquelle l’être parfait, bref Dieu, entrouvre sa vision à l’homme. Il est aussi vrai que par l’observation de certains effets matériels il est possible de s’élever à la connaissance de leurs causes immatérielles puisqu’il peut être légitime d’attribuer proportionnellement les qualités que l’on trouve dans les actes et dans les effets.

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Serge Bonnefoi - dans Philosophie
commenter cet article

commentaires