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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 08:37

suite de Jésus et la Samaritaine (5)

III. Vers la vérité intérieure

 

 

16. Il lui dit : « Va, appelle ton mari et reviens ici. »

 

Par sa question, Jésus – qui connaît déjà la réponse comme le montrera le verset 18 - ne cherche pas à éprouver ou à confondre la samaritaine, mais simplement à aviver sa conversion. Le Christ sonde le cœur des hommes (Jn 2, 23-25), et il a trouvé un cœur réceptif chez la samaritaine. Il n'est pas innocent que Jésus parle des “cinq maris” après le don de l'eau vive : Il lui donne la vérité car elle est prédisposée, car elle lui fait confiance comme Il lui fait confiance, cette double confiance n'étant pas irraisonnée puisqu'il y a déjà eu dialogue et surtout écoute.

 

On pourrait rapprocher cette demande de Jésus de l'enseignement de l'Apôtre : Si elles veulent s'instruire sur quelque point, qu'elles interrogent leur mari à la maison (1 Co 14, 35a). Néanmoins, je ne pense pas qu'il s'agisse vraiment de cela car Jésus parle directement aux femmes, tout comme la Vierge Marie, Marie de Magdala ou encore Marthe ont recueilli sa parole (cf. S. Tunc, Des femmes aussi suivaient Jésus, Desclée de Brouwer, Paris, 1998). Jésus ne lui demande t-Il pas plutôt, comme le suggère Saint Augustin de s'adresser à celui qui est le véritable mari de l'âme, c'est-à-dire lui-même ? C'est ici un appel à la réflexion de la Samaritaine qui ne doit pas s'arrêter aux seules choses matérielles, qui doit se dépasser pour accueillir le don de Dieu. Il n'y a donc pas référence à une quelconque supériorité du mari, mais au contraire appelle direct à l'esprit de la femme pour qu'elle reconnaisse la vérité qui lui parle. La Samaritaine doit donc être présente non seulement en corps, mais aussi en esprit, avec son mari spirituel (Johan. ev. tract., XV, 18-19).

 

17-18. La femme lui répondit : « Je n’ai pas de mari. » Jésus lui dit : « Tu as bien fait de dire : « Je n’ai pas de mari », car tu as eu cinq maris et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ; en cela tu dis vrai. »

 

Ceux qui comptent pour Jésus, ce ne sont pas ceux qui passent leur temps à dire  Seigneur ! Seigneur !sans rien faire pour le rejoindre, mais bien plus ceux qui le connaissent par une voie intérieure, par la foi du coeur, car la foi n'est pas exhibition mais adhésion : Heureux les cœurs purs car ils verront Dieu (Mt 5, 8). Ceci est totalement nouveau, car les hommes sont désormais enfants de Dieu non plus par naissance au sein du peuple juif mais par volonté et acceptation, par abandon au Seigneur;  Jésus fait ainsi passer l'homme d'une vie par interdits (cf. les lois contraignantes du Lévitique) à une vie par choix libre d'une démarche d'amour. On peut ici penser à la parabole sur la femme adultère [Jn 8, 1-11] : Jésus ne juge personne, ne condamne personne (Cf. Pasteur L. Basset, « Moi, je ne juge personne », Albin Michel/Labord et Fides, Paris, 1998. À noter que le sous-titre : L'Évangile au-delà de la morale n'est pas de l'auteur mais de l'éditeur...), au contraire de l'ancienne Loi qui faisait condamner à mort un homme coupable de ramasser du bois le jour du sabbat (Nb 15, 32-36).

 

Qui sont ces cinq maris ? Le puits est présenté par les juifs comme figure de la Loi, la Loi étant le don par excellence. Or, la Samaritaine, ayant eu cinq maris, est en rupture avec la Loi qui semble ne pas en admettre plus de deux ou trois. Ces cinq maris peuvent aussi être les cinq divinités des Samaritains (2 R 17, 29-41) : après la révélation de la nouvelle loi intérieure, Jésus dévoile le péché du peuple samaritain, qui est en fait  celui des hommes. En ce sens, les cinq maris seraient illégitimes.

 

Ils peuvent enfin, comme l'affirme Saint Augustin, être les cinq sens de la vie terrestre, la référence aux cinq sens n’étant d’ailleurs pas rare dans les paroles de Jésus. La Samaritaine doit abandonner ses sens charnels pour faire appel à son intelligence. Ce sont aussi ces cinq sens qui permettent d'accéder au message de Dieu, car ce sont eux que rejettent ceux qui ne veulent pas croire : Ainsi s'accomplit pour eux la prophétie d'Isaïe qui disait : Vous aurez beau entendre, vous ne comprendrez pas; vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas. C'est que l'esprit de ce peuple s'est épaissi : ils se sont bouché les oreilles, ils ont fermé les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n'entendent, que leur esprit ne comprenne, qu'ils ne se convertissent et que le ne les guérisse (Mt 13, 14-15). Le lien est ici évident avec l'épisode de la Samaritaine ; il faut que la Samaritaine utilise ses cinq sens, mais en les dépassant, car les sens sans le cœur ne sont rien !La sagesse doit dépasser les choses temporelles pour accéder au mari véritable qui l'élèvera vers la vie éternelle (Johan. ev. tract., XV, 21).  En ce sens, les cinq maris seraient légitimes, car c'est Dieu qui a créé l'homme tel qu'il est, avec ses cinq sens pour voir, pour entendre, pour comprendre....

 

Dans tous les cas, la Samaritaine est instable, dispersée dans ses choix et ses croyances, mais Jésus la séduit et la stabilise par la beauté du don de Dieu.

 

A titre d’anecdote, on se souviendra qu’une autre femme du Nouveau Testament – elle aussi liée à un épisode clé de la démonstration du messianisme de Jésus : le débat entre Paul et Hérode Agrippa II chez Festus (Ac 25, 13—26, 32) – a eu cinq maris… Mais ces  maris étaient très matériels ceux-là : Marcus Alexander, Hérode de Chaldis (son oncle), Polémon (roi de Cilicie), Hérode Agrippa (ici une relation incestueuse avec son propre frère !), et enfin Titus (son amant ... qui la "plaquera" à son tour pour satisfaire le peuple de Rome. A chacun son tour de souffrir lorsque l'on vit hors de toute morale !)… Cette femme, c’est Bérénice, la nièce d’Hérode Antipas, celui-là même qui fit emprisonner puis décapiter Jean Baptiste (Mc 6, 17-28), c’est-à-dire celui qui précéda et annonça le Messie ! On remarquera que, malgré sa vie, malgré son péché, malgré sa parenté, sans adhérer vraiment au discours de Paul, elle dira avec les autres : Cet homme (…) n’a rien fait qui mérite la mort ni les chaînes (Ac 26, 31)…

 

19. La femme lui dit : « Seigneur, je vois que tu es un prophète…

 

La Samaritaine en arrive à la troisième étape de son adhésion au mystère de Jésus, de son initiation à l'esprit et à la vérité. La Samaritaine a définitivement compris que Jésus est autre, mais elle ne sait toujours pas ce qu'il est vraiment. Humaine, elle continue à se référer à son histoire : si Jésus n'est pas “Seigneur”, n'est-il pas “prophète” ? Même si la Samaritaine n'a pas encore compris la personne de Jésus, elle accède déjà à la vie intérieure, à la foi intérieure par son : Je vois. Elle commence à s'abandonner en toute confiance à Jésus : elle est désormais prête à recevoir l'eau, source de la vie éternelle, et cela même si elle n'a pas tout compris. Mais nous-mêmes, pouvons-nous vraiment comprendre toutes les dimensions et tout le contenu du mystère de Jésus ? Sa foi n'est peut-être pas encore en vérité, mais elle commence à l'être en esprit; elle est déjà au cœur, intérieure, cachée, mais bien réelle. Il ne lui manque plus grand chose pour devenir un témoin de la vérité et du Verbe incarné.

 

On peut ici encore songer au sacrement de la confirmation en son sens d'affermissement de la grâce (La confirmation ) ; la Samaritaine nous rappelle ici qu'il faut désirer recevoir la grâce de l'Esprit Saint, se rendre disponible intérieurement à l'accueil du Seigneur (la foi est ici celle du cœur, pas celle de la raison, du pari ou de l’intellectualité, y compris celle de Nicodème), mais surtout avoir conscience de sa petitesse et de sa pauvreté face à Dieu ; il faut, pour saisir au maximum, nous abandonner à Dieu, dans un bonheur et une joie indicibles, ... tant est il qu'il soit possible de saisir totalement le mystère divin sur cette terre où nous ne pouvons pas contempler la Face de Dieu, juste l'entrevoir au temps de l'adoration du Saint-Sacrement ou à celui de l'Eucharistie. La Samaritaine a elle la grâce de contempler Dieu “en direct”....

 

  à suivre sur Jésus et la Samaritaine (7)

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Published by Serge Bonnefoi - dans Nouveau Testament
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