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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 08:35

suite de Jésus et la Samaritaine (7)

V. La Révélation : « JE LE SUIS »

 

25-26. La femme lui dit : « Je sais que le Messie doit venir, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, il nous expliquera tout. » Jésus lui dit : « Je le suis, moi qui te parle. »

 

On est ici à un moment décisif qui marque l'avant-dernière étape de la Samaritaine vers l'adhésion au mystère du Christ, après avoir professé qu'elle croyait fermement en la venue du Messie. Jésus se révèle définitivement à la samaritaine : il est le Messie, comme elle commençait à s'en douter au verset précédent. C'est la Révélation ! La samaritaine vit peut-être en cet instant le premier sacrement de l'initiation chrétienne, celui du baptême, car elle a reçu l'eau vive, source de la vie éternelle.  Dans le cadre de la Révélation, Dieu, seul et unique, un et trine, a quelque chose à dire aux hommes. Pour ce faire, il s'est révélé à eux en s'incarnant en Jésus-Christ. Dieu se montrant aux hommes - et s'adressant directement à eux -, la Révélation est donc, dans sa manifestation humaine, vérité vivante et absolue, car divine non pas en essence, mais en principe même. La Révélation est pour le chrétien une vérité absolue, mais surtout et avant tout une vérité vivante.

 

Jésus se révèle en des termes qui sont proches du témoignage de Jean Baptiste : Et voici quel fut le témoignage de Jean, quand les Juifs lui envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites pour lui demander :  « Qui es-tu ? » Il confessa, il ne nia pas, il confessa : « Je ne suis pas le Christ. » -  « Qu’es-tu donc ? lui demandèrent-ils. Es-tu Elie ? » Il dit : « Je ne le suis pas. » - ‘ »Es-tu le prophète ? »  Il répondit : « Non. » (Jn 1, 19-21). Comme le disait Jean Baptiste, Il est, Il arrive : Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. C’est de lui que j’ai dit : Derrière moi vient un homme qui est passé devant moi parce que avant moi il était (Jn 1, 29b-30).

 

Dieu lui même s'était révélé à Moïse dans des termes très proches : quoi de plus beau que le  Je suis celui qui suis d’[Ex 3, 14]. Dieu, qu'il soit Père, Fils ou Esprit conserve le même langage pour parler aux hommes, pour se révéler.

 

Le  Je le suis de Jésus est le même que celui de [Mt 18, 20] : Que deux ou trois, en effet, soient réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux. Jésus s'est révélé, il est au milieu de nous, la gloire de Dieu est présente, l'Église et le culte ont désormais leur(s) fondement(s) en esprit et en vérité.

 

Plus que se comprendre, plus que se lire, plus que se commenter, ce passage doit se méditer ! par exemple en le confrontant avec [Jn 1, 49]…

 

 


VI. Avec les disciples : le sens de la mission

 

 

27. Là-dessus arrivèrent ses disciples, et ils s'étonnaient qu'il parlât à une femme. Pourtant pas un ne dit : « Que cherches-tu ? »  ou « De quoi lui parles-tu ? »

 

...ils s'étonnaient qu'il parlât à une femme.

 

Les disciples sont choqués, frappés d'incompréhension face à l'étranger qu'ils craignent car le supposant impur, face à la femme qui ne jouit pas, malgré [Gn 1, 27-28] d'un statut égal à celui de l'homme ; ils ne sentent pas encore vraiment impliqués dans l'oeuvre de Jésus, ce qui sera fait avec l'énoncé de la volonté du Père et leur institution comme moissonneurs (voir les versets 34 à 38).

 

Pourtant pas un ne dit :  «Que cherches tu ?» ou «De quoi lui parles tu ?»

 

Les disciples n'ont pas encore compris le message de Jésus; ils n'ont pas encore compris que Jésus a apporté quelque chose de neuf : la Bonne Nouvelle offerte à toute l'humanité et non plus au seul peuple élu. Néanmoins, nul n'ose lui poser directement la question car ils ressentent sans le comprendre, par intuition, que quelque chose de fondamental est en train de se passer, de se révéler à eux.

 

28-29. La femme alors laissa là sa cruche, courut à la ville et dit aux gens : « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? »

 

Jésus s'est révélé à la Samaritaine ; tout comme Marie avant elle, la samaritaine est celle qui a vu et qui a cru : elle a reçu l'eau vive demandée au verset 15. Elle peut donc abandonner sa cruche, un bien important, au puits puisqu'elle n'en aura plus besoin. Elle a assouvi sa soif , le Christ ayant ouvert en elle la source de la vie, lui donnant une autonomie et un sens. Elle n'a plus qu'une envie, faire partager sa joie aux siens. Elle est devenue un témoin vivant du don de Dieu...

 

30. Ils sortirent de la ville et ils se dirigeaient vers lui.

 

Les champs qui mûrissent dans la plaine autour du puits de Jacob sont le symbole de la moisson spirituelle dont les Samaritains qui marchent vers Jésus sont les prémices. Le lien est ici évident avec les versets 35 à 38 sur la moisson.

 

Ils marchent, car toute l'alliance est mouvement vers Dieu. On remarquera que toutes les alliances conclues entre Dieu et les hommes ont en commun la marche, l'envoi, le mouvement, mais aussi don d'une responsabilité parfois difficile à assumer [Nb 11, 10-15] : Noé dans son arche, Abraham vers Canaan, Moïse vers la Terre promise, les apôtres vers le monde entier, ce qui signifie que quand Dieu s'adresse à nous, ce n'est pas toujours facile : il faut “se bouger”, Dieu nous soutenant alors : Mais ceux qui espèrent en Yahvé renouvellent leur force, ils déploient leurs ailes comme des aigles, ils courent sans s’épuiser, ils marchent sans se fatiguer (Is 40, 31).

 

L'homme chrétien, l'homme respectueux de Dieu est donc l'homme qui marche, l'homme qui agit. Il doit tendre vers Dieu, même s'il ne peut l'égaler car l'homme n'est pas Dieu mais créature, ce qui lui impose la précaution, la responsabilité et le respect de la création, bref l'amour du prochain; ceci est devenu un impératif encore plus fort à l'heure du génie génétique, le risque pour l'homme étant de se croire l'égal de Dieu, ce qu'il n'est pas et ne pourra jamais être (Is 40, 25), prenant alors le risque non plus de sauvegarder la création mais de la détruire, soit directement, soit en la pervertissant. Le modèle de perfection de la Vierge Marie est là pour nous aider à trouver les pas de Dieu, à trouver le sens de nos vies, car elle est créature immaculée, donc humaine et ainsi immédiatement accessible à la raison. La Vierge Marie est là pour nous guider, non comme substitut au Père, mais comme intercession suprême et glorieuse. Donc, osons, mais en dignes enfants de Dieu, libres mais surtout responsables.

 

On peut ici se souvenir de l'épisode du buisson ardent : Le buisson était embrasé mais le buisson ne se consumait pas (Ex 3, 2). Si Moïse va changer son chemin pour aller voir ce buisson “mystérieux”, il ne sait pas encore qu'il vient, ébloui par Dieu, de changer le chemin de sa vie; désormais, ayant vu Dieu qui s'exprime au travers de ce buisson et traduit sa magnificence par ce feu, expression solennelle de l'Esprit si l'on médite sur Pentecôte, il ne peut plus ignorer ni ses frères, objets de sa mission, ni surtout Dieu, ou plutôt sa révélation. Il en sera de même pour les samaritains, l'aboutissement de leur démarche étant la proclamation du verset 42.

 

31-33. Entre-temps, les disciples le priaient, en disant : « Rabbi, mange. » Mais il leur dit : « J’ai à manger un aliment que vous ne connaissez pas. » Les disciples se disaient entre eux : « Quelqu’un lui aurait-il amené à manger ? »

 

Ce malentendu sur la nourriture que font les disciples peut être rapproché du malentendu sur l'eau des versets 7 à 11. Les disciples ne sont que des hommes, et eux aussi ont besoin de cheminer pour trouver Dieu. N'ayons donc pas honte de nos faiblesses humaines : mêmes les Apôtres n'ont pas toujours compris le Christ, et ce jusqu'au jour de la Pentecôte.

 

Souvenons-nous des disciples rejetant les “petits enfants” (Mc 10, 13-16) ou encore de la foule suivant Jésus, dont font partie les disciples, rejetant Bartimée, l'aveugle de Jéricho, malgré son cri d'incroyable confiance (Mc 10, 46-52). Ne sommes-nous pas nous-mêmes cette foule en rejetant certains de nos frères, en refusant de les écouter ?

 

34. Jésus leur dit : « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et de mener son œuvre à bonne fin. »

 

Jésus annonce aux disciples que l'heure est venue : celle de la moisson nouvelle, celle de la réalisation de la volonté du Père. Sa nourriture, c'est la Bonne Nouvelle qu'Il offre au monde, à toutes les nations.

 

35-38. Ne dites-vous pas : Encore quatre mois et vient la moisson ?  Eh bien !  je vous le dis : Levez les yeux et regardez les champs, ils sont blancs pour la moisson. Déjà le moissonneur reçoit son salaire et récolte du fruit pour la vie éternelle, en sorte que le semeur se réjouit avec le moissonneur. Car ici se vérifie le dicton : autre est le semeur, autre le moissonneur;  je vous ai envoyés moissonner là où vous ne vous êtes pas fatigués ; d'autres se sont fatigués et vous, vous héritez de leurs fatigues.»

 

Les semeurs, ce sont les Prophètes qui ont ensemencé la terre de la parole de Dieu, les moissonneurs, ce sont les Apôtres, mais tous doivent se réjouir ensemble car ils ont participé à l'œuvre de Dieu.... Le Christ accomplit une histoire pour en ouvrir une autre : celle de la Bonne Nouvelle offerte en don gratuit à tous les hommes, mais la moisson a été préparée de longue date. Par l'appel qu'Il lança à Moïse, par la définition de sa vocation (Ex 3, 1-20), Dieu lui donna une mission, sauver son Peuple. Comme le Seigneur a envoyé Moïse pour guider son Peuple, pour semer, Jésus a envoyé ses apôtres  remplis de l’Esprit Saint (Ac 2, 4) pour transmettre la Bonne Nouvelle au monde, pour semer et surtout pour moissonner....

 

Repensons ici à [Ga 3, 26-28] : Car vous êtes tous fils de Dieu, par la foi, dans le Christ Jésus. Vous tous en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ : il n'y a ni Juif ni Grec, il n'y a ni esclave ni homme libre, il n'y a ni homme ni femme : car tous vous ne faites qu'un dans le Christ Jésus.

 


VII. Les premières moissons : la conversion des samaritains de sychar

 

 

39. Un bon nombre de Samaritains de cette ville crurent en lui à cause de la parole de la femme, qui attestait : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait. »

 

On peut ici penser au doute de l'Apôtre Thomas : Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru (Jn 20, 29b).

 

On remarquera qu'alors que les Juifs ne croyaient en Jésus qu'au travers de ses miracles et des signes qu'il donnait (Comme il était à Jérusalem durant la fête de la Pâque, beaucoup crurent en son nom, à la vue des signes qu'il faisait. Mais Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu'il les connaissait tous et qu'il n'avait pas besoin d'un témoignage sur l'homme; car lui-même connaissait ce qu'il y avait dans l'homme [Jn 2, 23-25]), les Samaritains n'ont pas besoin de le voir pour le croire : ils croient en  Jésus non pas à cause de ses gestes, mais à cause de sa parole, à cause du seul témoignage premier de la Samaritaine.

 

40-41. Quand donc ils furent arrivés près de lui, les Samaritains le prièrent de demeurer chez eux. Il y demeura deux jours et ils furent bien plus nombreux à croire, à cause de sa parole,

 

Un parallèle peut être fait avec : C’est au sujet de ce puits que Yahvé avait dit à Moïse : « Rassemble le peuple et je leur donnerai de l’eau (Nb 21, 16b). Rassembler le peuple, c'est ce que fait Jésus, et ce qu'il ne cessera de faire jusqu'à l'accomplissement. Rassembler le peuple pour lui donner l'eau vive, c'est ce qu'il ne cesse de faire, même aujourd'hui, et nous nous devons de l'assister par notre témoignage, par notre confirmation....

 

On remarquera que la barrière entre Juifs et Samaritains est tombée : Jésus réside chez des Samaritains qui l'ont invité, l'accueillent fraternellement. Les samaritains ont compris le message d'amour..., et comment ne pas penser ici à ce passage de l'Évangile de Matthieu : Venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde. Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli (Mt 25, 34-35) ? Un dialogue s'est instauré entre les nations..., et la vraie grâce, c'est de vivre sa libération, de prier pour et avec les autres.

 

Nous avons à Marseille un lieu qui symbolise cette grâce : Notre-Dame de la Garde, l'un des principaux sanctuaires dédié à Marie et où l'on va souvent non pas pour prier pour soi-même mais pour demander quelque chose pour un autre ! C'est là un miracle permanent, d'autant plus que tous vont y prier, y compris des athées, y compris des musulmans ! La lumière de la Vierge de la Garde sur notre ville est un témoignage de la grâce divine; à nous de ne jamais laisser s'éteindre cette lumière !

 

 

 

VIII. La vraie foi et le vrai culte : Jésus, sauveur du monde

 

 

42. ...et ils disaient à la femme : « Ce n’est plus sur tes dires que nous croyons ; nous l’avons-nous-mêmes entendu et nous savons que c’est vraiment lui le sauveur du monde. »

 

La Révélation est accomplie, l'adhésion au mystère de Jésus -hormis sa Résurrection, mais le temps n'est pas encore venu- est achevée : tous comprennent que Jésus est plus qu'un “Seigneur”, plus qu'un “prophète”, plus même qu'un “Messie” sacerdotal ou royal : il est  bien plus que tout cela, même s'il est “Seigneur”. Il est le Messie, le Sauveur du monde, celui par qui le dessein du Père s'accomplit pour l'éternité, pour notre Salut et pour celui du monde ! 

 

On remarquera que les habitants de la ville ne s'adressent pas à Jésus; ils n'ont plus “besoin” de lui pour rendre témoignage car ils ont reçu l'eau vive; c'est par contre au premier témoin, à la samaritaine qu'ils rendent témoignage, à celle qui n'était rien et qui est désormais tout !

 

Que sont-ils devenus ? Nul ne le sait.... Néanmoins, c'est à Samarie que Philippe annonça avec un grand succès la parole de la Bonne Nouvelle (Ac 8, 4-25) : Les foules unanimes s’attachaient à ses enseignements, car tous entendaient parler des signes qu’il opérait, ou les voyaient (Ac 8, 6).


suite et fin sur Jésus et la Samaritaine (9)  

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Published by Serge Bonnefoi - dans Nouveau Testament
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