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15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 14:40

Le Père est au cœur de la mission et de la vie du Christ. Cela se ressent tout au long de la lecture des Évangiles synoptiques, même si c'est surtout chez Jean qu'apparaîtra l'idée de Jésus révélateur du Père : Celui qui m'a vu a vu le Père [Jn 14, 9]. Il s'agit là d'une révélation qui était ignorée jusqu'à la venue du Christ : Dieu est Père ! Tout le ministère de Jésus sera axé autour de la présence et de la réalité de son Père, et c'est pourquoi la présente conférence s'articulera autour de quatre aspects : ⒜ la proclamation du règne de Dieu ; ⒝ la référence constante au Père ; ⒞ la révélation mutuelle ; ⒟ la Prière de Jésus.

La proclamation du règne de Dieu - Avant tout, Jésus est annonce du règne de Dieu, de ce règne, de cette basileia qui se manifeste déjà par la venue du Fils. Avec le Fils, Dieu prend en main l'espoir de ce monde : c'est la Bonne Nouvelle, l'euaggelizô, l'Évangile annoncée aux pauvres. Cette idée de règne de Dieu était d'ailleurs déjà très enracinée dans l'Ancien Testament, comme par exemple avec les Psaumes du Règne, dont le Psaume 97; ces Psaumes étaient déjà théophanie de la proclamation du règne, annonce non pas du jugement mais du règne de Dieu, Jésus scellant cette proclamation dans l'homme, par l'homme et le Salut, d'où  son permanent appel à la conversion.

Chez Jésus, il y a insistance sur la paternité divine, et, comme l'a écrit Jungmann, on peut distinguer deux pôles dans la prédication de Jésus : un pôle eschatologique, c'est-à-dire par rapport à la fin de toutes choses, que l'on retrouve par exemple dans le discours sur la montagne, et un pôle théologique, celui du Père céleste. On ne peut en fait pas séparer en Dieu son action et son être. C'est ainsi qu'en Jésus-Christ Dieu annonce ce qu'il est; c'est pour cela qu'il envoie Jésus qui est tout annonce du règne. Ainsi, l'eschatologie révèle la théologie et permet de manifester Dieu pour ce qu'il est : un Père avant d'être un juge. Tout cela a choqué les publicains, mais Jésus l'a très fortement exprimé dans la parabole du fils prodigue [Lc 15] : Dieu est toujours prêt à accueillir, attend, espère en l'homme. Le royaume est en fait expression de la souveraineté de Dieu [Lc 12, 32-65], Jésus mettant en relation le règne avec la sollicitude aimante du Père; on peut ici penser au  Notre Père qui est à la fois affirmation du règne eschatologique du Père et affirmation de la puissance infinie de son Amour et de sa bonté. Il y a donc bien dans le message du Christ négation d'un ordre socio-religieux figé, qui asservit l'homme sous bien des aspects, cet ordre s'opposant à l'exercice de la miséricorde du Père. Un rapprochement doit ici se faire avec les deux demandes que l'on retrouve chez Luc au travers du Notre Père : celle de la sanctification du nom et l'annonce du règne, car du règne découle la sanctification du nom. Le Notre Père est en fait demande de la révélation par Dieu de sa transcendance par la venue du règne.

Chez Jean, hormis à l'occasion de l'entretien avec Nicodème - « À moins de naître à nouveau, nul ne peut voir le Royaume de Dieu... Nul, s'il ne naît d'eau et d'esprit ne peut entrer dans le Royaume de Dieu » [Jn 3] - et du dialogue avec Pilate, le règne de Dieu est peu présent, remplacé par contre par la proclamation de la vie éternelle. Il y a donc chez Jean sublimation de la théologie synoptique, les fils du royaume devenant enfants de Dieu.

La référence constante à la volonté, à la gloire et au royaume du Père - Cette référence se retrouve surtout chez Matthieu : Mon Père qui est dans les Cieux, Votre Père qui est dans les Cieux, revenant dans tous les signes et dans tous les gestes de la proclamation du Christ. Si Jésus est à la source de la parole, c'est par delà lui-même en son et au nom de son Père.

La volonté du Père habille tout le ministère de Jésus-Christ, étant sa sanctification dans le dessein d'Amour de Dieu pour le bénéfice des hommes. C'est là que réside l'obéissance et l'intention profonde de la Loi qui doit être de pardonner (cf. le sermon sur la montagne). La volonté du Père est la détermination qui conduit au royaume des Cieux : il faut donc faire plus qu'être enthousiaste, il faut agir, témoigner et pardonner. C'est en réponse aux critiques faites au Christ quant à la Loi [Mt 15, 13] que Jésus appelle à distinguer ce qui relève de son Père de ce qui vient des hommes, masquant Dieu et sa volonté -image de la vigne-. C'est sur la base de cette volonté du Père que Jésus reconnaît sa vraie famille : «Qui est ma mère ? Qui sont mes frères ? Quiconque fait la volonté du Père»; Jésus appelle les hommes à la communion au dessein même du Père. Ceci permet de déterminer la figure de l'Église dans la responsabilité de ses "puissants" par rapport aux plus faibles (réf. aux Anges de la Face qui, les plus petits, ont toujours accès au Père); la famille du Christ, sa communauté, c'est on Église ouverture vers le royaume des Cieux à l'imitation même des Cieux (cf. le thème biblique de la construction du temple sur le modèle montré à Moïse). Être en Église, c'est se conformer à la puissance du Père [Mt 18]. L'Église est ainsi le lieu de la présence de Jésus-Christ, lieu de réconciliation, mais aussi lieu de formation de ses frères; elle est ouverture par et sur le Père et mise en accord de la Loi avec Dieu au milieu de nous. Jésus est le premier obéissant (cf. Gethsémani), et les hommes doivent ici l'imiter.

La gloire du Père est aussi fondamentale. Jésus-Christ inaugure le royaume de Dieu, mais il insiste sur le fait que ceci n'est jamais exclusivement réservé à lui seul. Le royaume est ouvert aux disciples qui seront jugés par lui (idée de passif divin du jugement) devant son Père [Mt 10, 30-32] quand il viendra dans sa gloire : les élus seront les bénis de son Père [Mt 25, 34]. Le Père est ainsi la référence ultime dans la gloire du fils de l'homme, étant le seul responsable du royaume. Jésus ne se dérobe pas mais refuse d'empiéter sur son Père [Mt 26, 29].

L'idée du Vous – Moi – mon Père, la référence à la table du Seigneur se retrouve chez Luc [Lc 22, 22-30], le royaume de Dieu devant être celui de Jésus-Christ. Le témoignage de Jésus a donc une dimension théocentrique  sur laquelle insiste Jean : «ma nourriture est la volonté de mon Père» [Jn 6, 38-40; 19-30] : Jésus est sur terre pour réaliser les œuvres de son Père, c'est-à-dire la vie, la lumière, la résurrection, le don de sa vie [Jn 10, 18]; Jésus n'est pas autonome, son commandement étant la vie éternelle [Jn 12, 49-50], d'où son obéissance non pas servile mais Amour [Jn 2, 17; 5, 17].

La centralité du Père et l’initiative du Père dans sa Révélation - On peut ici penser à [Mt 16, 17], [Mt 11, 25-27] et à [Lc 10, 21-22]. Souvenons-nous de la profession de Foi de Pierre, puis à la réponse du Christ qui invoque "mon Père qui est aux Cieux", sa réponse se faisant à l'initiative du Père. Pensons de même à l'invective envers ceux qui n'ont pas reçu l'appel du Père, à ceux qui constituent ainsi une génération anti-tout sauf anti-soi-même. Il y a en fait révélation mutuelle du Père et du Fils, seul l'un connaissant l'autre. De même, la soumission des démons par les envoyés du Fils est un signe de la grande vision eschatologique, signe de la révélation par Dieu aux disciples eux-mêmes, mais aussi révélation d'eux-mêmes à eux-mêmes.  Chez Luc, on peut penser à l'entrée en prière de Jésus-Christ ou encore à l'envoi des 72 autres disciples [Lc 10, 1] : Jésus est toujours présent, l'envoi n'éloignant pas de lui. Jésus-Christ, toujours présent, transforme ceux qui mènent une action en son nom dans la bienveillance du Père : ceux qu'il envoie sont des pauvres.

Dieu est à la fois force de création et volonté de Rédemption. Il y a ainsi grâce de la Rédemption depuis l'origine, cette grâce venant et du Père et du Fils. La Révélation est importante et démontre le lien mutuel indissoluble entre le Père et le Fils : ni le Père sans le Fils, ni le Fils sans le Père; si Dieu le Père est relation d'Amour, il est aussi connaissance du Fils, ce qui pose la question de la christologie autour de la différence de niveau de Jésus-Christ face aux disciples par rapport au Père. Les disciples sont cependant invités à entrer dans cette connaissance mutuelle du Père et du Fils par l'humilité même du Fils par rapport au Père.

La même perspective se retrouve chez Jean, Jésus étant transparent à l'action du Père [Jn 14, 15], Jean insistant de plus toujours sur la grâce de l'illumination qui conduit au Père par Jésus, nul n'atteignant Dieu si le Père ne l'attire : l'initiative de la Révélation du Salut revient donc au Père.

La prière de Jésus - Dieu n'est pas un juge car il connaît le cœur de l'homme. Luc le dit, Jésus, Vrai Dieu mais aussi Vrai homme, priait son Père, cette prière étant toujours courte, sauf en [Jn 17]. La prière du Christ est multiple : elle est prière de louange, mais aussi d'obéissance et parfois de détresse. Par exemple, en [Mc 14, 36], il demande au Père d'éloigner cette coupe de ses lèvres....

Jésus-Christ insiste sur le Abba, le papa des araméens, comme le montre Marc lors de la prière à Gethsémani ou encore Paul dans l'Épître aux Galates à propos de la prière de Jésus-Christ dans le corps des croyants. Ce terme est très fort car la prière du Fils est trinitaire. Il utilise aussi le Pâter grec. Jésus prie toujours en commençant par invoquer son Père, et ainsi, selon Luc, la prière de Jésus-Christ est le lieu par excellence de la Révélation [Lc 3, 21], du rappel de sa position de Fils, comme lors de la Transfiguration. Jésus doit ainsi être chez son Père [Lc 2, 49].

Dans sa prière au Père, Jésus peut aussi déplorer l'échec de sa missionl, mais tout est possible au Père. Tout Fils qu'il était, il était sous la toute puissance de son Père. Dans [Jn 12, 27], Jésus en appelle encore au Père : Père sauve moi de cette heure : il y a alors gloire du Père et victoire sur le trouble humain de la Passion. Chez Jean (notamment [Jn 17]), il y a en fait glorification mutuelle, Père toute miséricorde, Père juste, Père de transcendance...

Conclusion - Jésus vient du Père et lui revient, mais avec les hommes qu'il a sauvé [Jn 20, 17] : il y a donc simultanéité du Père et du Fils et non pas succession. Jésus-Christ est Emmanuel et il baptise au Nom du Père, du Fils et de l'Esprit Saint après Pâques. On peut ici penser à Ruth et à Noémie : il n'y a pas distance mais communion. Par la Résurrection, l'humanité est devenue la multitude des premiers nés de Jésus.

 

 

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Published by Serge Bonnefoi - dans Nouveau Testament
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