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13 janvier 2010 3 13 /01 /janvier /2010 08:29

Texte de Monseigneur René Coste pss

paru in : Défense, n° 87, mars 2000 dans un dossier dirigé par Serge Bonnefoi.

 

Élève d’Edmund Husserl et de Martin Heidegger, le philosophe allemand Hans Jonas (1903-1993) allait poser dans Le principe responsabilité (1979) une question oubliée par la morale depuis l’irruption des Lumières dans la philosophie, celle de la responsabilité vis-à-vis de la nature. On notera que livre porte comme sous-titre : Une éthique pour la civilisation technologique (traduit de l'allemand par J. Greisch, Cerf, Paris, 1990). On pourra lire avec intérêt à son sujet : D. Müller & R. Simon, Nature et descendance. Hans Jonas et le principe responsabilité (Labor et Fides, Genève, 1993).

En effet, Avec le développement des sciences et des techniques, la société moderne a fini par mettre en danger la nature. Donc, alors que la morale traditionnelle portait sur les relations entre les hommes, il s’agit désormais de songer à la responsabilité de l’homme face à la nature ; de même, alors que la morale traditionnelle porte sur le présent, il faut désormais que la morale porte sur l’avenir, sans pour autant en oublier le présent. C’est là le grand apport de Jonas à la philosophie, et c’est en ce sens qu’il rend une dimension contemporaine à la philosophie. La grande questionner est cependant que, par nature même, le propre de l’avenir est d’être inconnu. La grande question qui se pose à la philosophie est dès lors celle du comment agir alors même que l’on ne connaît ni les conséquences futures de nos actes, ni l’état futur de nos connaissances. La réponse qu’apporte Jonas tient donc dans le « principe responsabilité » qui impose de préserver l’humanité future.

Le Principe responsabilité connaît aujourd’hui un immense retentissement. Et nous devons aujourd’hui en retenir la formulation la plus prégnante du nouvel impératif éthique qu'il a formulé, en s'inspirant du célèbre impératif kantien, mais en lui donnant une protée que le solitaire de Königsberg ne pouvait guère imaginer : Un impératif adapté au nouveau type de l'agir humain et qui s'adresse au nouveau type de sujets de l'agir s'énoncerait à peu près ainsi : "Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur la terre"; ou pour l'exprimer négativement : "Agis de façon que les effets de ton action ne soient pas destructeurs pour la possibilité future d'une telle vie"; ou simplement : "Ne compromets pas les conditions pour la survie indéfinie de l'humanité sur terre"; ou encore, formé de nouveau positivement : "Inclus dans ton choix actuel l'intégrité future de l'homme comme objet secondaire de ton vouloir".

Le « Tu » du nouvel impératif – qui rappelle délibérément celui du Décalogue - a pour but de responsabiliser chaque être humain directement – et non pas seulement à travers la responsabilité collective des institutions – et de le convaincre de penser sur le long terme… Et cela non seulement en faveur de ses propres descendants, mais aussi pour l'humanité entière ; et cela , dans ce qui lui est le plus essentiel sur un plan rationnel ; l’intégrité future de l'espèce humaine est désormais une exigence majeure de la bioéthique, en tout ce qui concerne la pratique des sciences et des techniques de la vie. En raison des risques fantastiques que la pratique de la technoscience fait désormais peser sur notre environnement terrestre, ce principe devient l'un des impératifs majeurs d'une éthique universelle. Certes, il ne peut être question d'oublier les prodigieux bienfaits de la technoscience, mais il est essentiel d'en mesurer les risques.

Le Principe Responsabilité a reçu un accueil enthousiaste de la part de ceux et de celles qui partagent la foi biblique en la gérance ou intendance (stewardship) de la création, qui a été confiée à l'humanité par le Dieu créateur (Gn 1, 27-28 ; 9, 6-11 ; etc...). L'interprétation correcte des textes sacrés ne peut en effet en aucune façon être celle d'une « domination » irresponsable de la nature, mais celle d'une gestion responsable devant le Créateur, à la lumière de sa propre action créatrice, qui a été une œuvre d'amour, qui est creatio ex amore Dei, comme l'affirme la théologie. C’est donc le service de l'ensemble de l'humanité, et de Dieu lui-même, qui veut que l'on préserve et fasse fructifier le « Jardin » que constitue la nature (Gn 2, 15). Le jardinier ne détruit pas le sol qu'il cultive ; on seulement il le préserve, mais aussi il l'améliore. C'est dans cette optique que Jean-Paul II a pu affirmer, dans son Message pour le 1er janvier 1990 : Les chrétiens, notamment, savent que leurs devoirs à l'intérieur de la création et leurs devoirs à l'égard de la nature et du Créateur font partie intégrante de leur foi. Mais le savent-ils suffisamment ?

 

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Published by Serge Bonnefoi - dans Personnages
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