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17 décembre 2009 4 17 /12 /décembre /2009 10:06

Suite de Marx et la théorie de la classe dirigeante

 

Il est assez surprenant pour qui en est resté aux idées reçues de constater que l’explication de Marx ressemble en la matière assez à celle de Keynes – certes postérieure – ou encore à celle des libéraux anglais – elle antérieure –. Il y a dans tous les cas monisme, c’est-à-dire recherche d’une cause unique aux maux de la société. Il faut noter d’ailleurs que cette approche reste l’un des traits fondamentaux de la culture occidentale, et ce a contrario d’autres cultures. Il va donc y avoir chez Marx tentative d’explication unique et globale du mécanisme de l’économie, cette explication ne pouvant ici se trouver que dans son fonctionnement. Pour Marx, le vice du capitalisme réside dans le fonctionnement de l’économie ; c’est donc là qu’il faudra agir pour faire changer l’économie. Il faut échapper à l’aliénation économique qui est fondée sur la réalisation simultanée de deux éléments : l’erreur dans la conception de la société et le comportement anormal de certains individus face au marché, car, on l’oublie là encore, toute la théorie de Marx part d’une analyse du marché !

C’est à partir de 1844/1845 que Marx allait penser que tout peut se ramener à un vice de forme de l’économie ; mais, à cette époque, il ne connaît encore rien en fait de l’économie ! Il allait donc chercher, reconnaissant cette lacune, à s’informer sur ce qu’elle est, cherchant à trouver où se situerait l’erreur, menant par là même une critique non pas forcément du capitalisme mais de l’analyse classique… Il faut en effet se souvenir que la pensée classique croit en un ordre naturel des choses, cette conception ayant connu deux grandes écoles : ⑴ celle de Smith qui avait découvert la notion d’ordre, qui serait essentiellement bénéfique ; ⑵ celle de Malthus et de Ricardo qui pensaient certes eux aussi qu’un ordre naturel existe, leur vision étant a contrario fort peu optimiste.

Selon Marx, cet ordre n’est pas définitif mais constitue seulement un moment de l’évolution. Il va donc s’attacher à rechercher le début de ce moment… Cherchant une critique scientifique – même s’il affirme déjà que la science est au service de l’idéologie –, il veut montrer que dans le capital il n’y a pas un fonctionnement mais seulement une dynamique qui pousse le capitalisme vers sa mort.

Il y aurait donc bien dans le capitalisme un vice de forme, Marx estimant que tout le monde se trompe dans l’explication du système capitaliste, d’où une démarche en deux temps.

En premier lieu, cette aliénation économique est due au fait que l’économie capitaliste est une économie marchande où la monnaie joue un rôle fondamental, avec passage du troc à l’échange marchand et création de l’idée de valeur usage/échange. Le vice de forme serait donc ici l’argent puisque, pour les libéraux, la valeur dépend de l’offre et de la demande, ce qui fait que la valeur n’est que purement subjective ; ainsi, pour Smith, la valeur est la valeur d’échange. Pourtant, pour Ricardo, l’attitude est toute autre, la valeur n’étant pas subjective mais reposant sur un fondement objectif qui est la valeur du travail nécessaire pour fabriquer un bien. Il y a donc ambiguïté sur la valeur chez les libéraux, Marx cherchant alors dans cette ambiguïté la preuve de l’erreur sur le rôle de l’argent, les apparences donnant raison à Smith alors que la raison profonde donne acte à Ricardo…

L’erreur réside donc dans le rôle de l’argent et dans sa place par rapport au travail, puisque l’argent transformant l’économie devrait d’abord rendre l’échange plus aisé, ce que conteste Marx.

L’argent devrait avoir un rôle purement technique… Or, l’argent est lui-même une valeur, un pouvoir d’achat, et, très vite, il devient désiré en tant que tel, cette idée étant aujourd’hui connue sous le nom de notion keynésienne de préférence pour la monnaie. Pour Marx, ce fétichisme pour l’argent est irrationnel, et par là donc faux, le capitalisme trouvant sa limite mortelle dans le glissement de la monnaie-instrument à la monnaie-désir… Néanmoins, l’économie marchande n’est pas forcément aliénée du fait de cette erreur, une seconde condition étant nécessaire.

La seconde condition tient en le fait que l’une des caractéristiques de l’économie capitaliste est que certains individus vont seuls disposer des moyens de production. Selon Marx, au début, il y a échange des biens pour satisfaire des besoins réciproques : M « M’. Or, ce troc est très complexe puisqu’il est difficile de trouver une satisfaction égale et instantanée chez les deux parties. Le troc a donc été brisé par le rôle inévitable de l’argent entre les deux opérateurs, d’où la création de l’acte de vente : M à A à M’. L’argent n’est donc plus forcément un instrument utile, mais il est désiré pour lui-même, en particulier par les capitalistes – qui n’ont pas besoin d’être gros et qui ne sont pas tous les gros – qui trouvent qu’il y a intérêt à miser une certaine quantité d’argent pour acquérir plus en fabriquant certains biens. On en arrive au schéma : A à M à A’. L’échange devient dès lors inégal, la différence entre A et A’ étant la plus-value – le gain ou le profit -, voire dans certains cas particuliers la moins-value ; cela a pour conséquence une déconnexion entre le besoin et les marchandises.

Marx admet par ailleurs que le travail est une activité normale de l’homme puisqu’il est une réalisation humaine. Mais certains individus sont soumis à d’autres dans le cycle A à M à A’, le travail n’ayant ici aucune importance. Le travailleur n’a donc aucune implication personnelle dans son travail et tout le système économique s’en trouve vicié ; ceci n’est d’ailleurs pas faux puisque l’on a constaté dans les pays à économie dirigée que les paysans les plus productifs étaient les propriétaires de leurs terres et non pas ceux des fermes collectives… Amusant paradoxe d’une théorie économique mal comprise… Revenons en à notre propos… A et A’ sont différents. Il se pose donc un problème et la force de travail se trouve être le seul bien non payé à sa juste valeur, son évaluation étant impossible ; ce principe d’impossibilité est à mon avis la grande erreur de Marx !

La valeur ajoutée étant ce qui est apporté par l’acte de production, la juste rémunération du travail doit être la part de cette valeur ajoutée apportée par le travailleur ; or la rémunération n’est pas en rapport avec cette part. Il faudra donc, pour Marx, que la force de travail soit libre, cette force étant le seul moyen que possède le prolétaire pour vivre puisqu’il n’est pas un esclave, ce dernier n’étant pas rémunéré, même s’il est logé et entretenu, donc protégé d’une certaine manière ! Libre de son travail et de tout bien, le travailleur se trouve donc livré au capitaliste qui peut exploiter à sa guise cette force de travail afin de créer de l’argent. C’est la notion d’exploitation de l’homme par l’homme. Marx définit alors le taux d’exploitation qui est le rapport entre la plus-value et le capital circulant : e = P/V.

Cette vision statique va, selon Marx, entraîner la mort du capitalisme, ce dernier allant inconsciemment vouloir accentuer le taux d’exploitation – ou taux de plus-value –, et, par là même, chercher à augmenter la productivité du travailleur, parfois même par le biais de lois sociales qui sont des moyens détournés de faire accepter la mécanisation et la transformation de l’organisation du travail, voire même le chômage ; c’est la notion de plus-value(s) relative(s). Les capitalistes cherchent donc à accroître le capital en parallèle avec la force de travail… Le capitalisme est donc une dynamique aveugle qui tue sa propre raison d’être, du moins selon Marx…

On notera que Marx ne décrit pas la société socialiste… Il analyse la société capitaliste ! Il décrit un processus historique : ⑴ capitalisme, qui induit en réaction l’importance de la conscience de classe, l’action politique par tous les moyens et l’action syndicale dure et violente ; ⑵ dictature du prolétariat, avec suppression des classes ; ⑶ société socialiste, où chacun a selon son travail, cette idée ayant d’ailleurs été celle de … Jean Calvin, apôtre du capital s’il en fut, même si ce fut de manière non directe ; ⑷ société communiste, où chacun a selon ses besoins, l’économie étant forcément d’abondance, … ce que démontre par exemple très bien le système nord-coréen, n’est-ce pas ?

Il décrit un processus prévoyant le renversement du capitalisme, mais uniquement lorsque celui-ci sera totalement développé, y compris sur le plan technique, ce que l’on oublie là encore trop souvent, et surtout chez les … marxistes… Il décrit en fait une théorie de la succession des modes de production :

 

 

1

Communisme primitif

 

2

Mode de production antique à esclavagisme

 

3

Mode de production féodal à servage

 

4

Capitalisme à prolétariat

 

5

Mode de production socialiste

 

6

(retour au) mode de production communiste

 

A suivre sur Peut-on être communiste et chrétien ?

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Published by Serge Bonnefoi - dans Marxisme
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