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13 janvier 2010 3 13 /01 /janvier /2010 08:27

Si l’on parle maintenant par données chiffrées, il est possible d’établir le tableau suivant – avec une Union européenne à 15 et la Chine associée à Hong-Kong - :

 

Chiffres 2000

USA

UE

Chine

Inde

Japon

Nigéria

Brésil

Russie

Population (en millions d’habitants)

285,9

302,3

1029,2

1025,1

127,3

116,9

172,6

144,7

RNB total (en milliards de $)

9601,5

8457,2

1155,8

454,8

4519,1

32,7

610,1

241,0

Dépenses militaires (en milliions de $)

294695

152835

41167

14472

44417

2340

16545

58810

Effectifs militaires (en milliers d’hommes)

1365,8

1598,7

2810,0

1303,0

236,7

76,5

287,6

1520,0

 

Rapporté en termes pondérés, cela donne en partant d‘une base 100 pour l’État le « mieux placé » :

 

 

USA

UE

Chine

Inde

Japon

Nigéria

Brésil

Russie

Population (en millions d’habitants)

27,8

29,4

100

99,6

12,4

11,4

16,8

14,1

RNB total (en milliards de $)

100

88,1

12,0

 4,7

47,1

0,3

6,4

2,5

Dépenses militaires (en millions de $)

100

51,9

14,0

4,9

15,1

0,8

5,9

20,0

Rapport dépenses militaires/RNB

3,07 %

1,81 %

3,56 %

3,18 %

0,98 %

7,16 %

2,88 %

24,40 %

Rapport pondéré  dépenses militaires/RNB

1

0,59

1,17

1,04

0,32

2,67

0,92

8

Effectifs militaires (en milliers d’hommes)

48,6

56,9

100

46,4

8,4

2,7

10,2

54,1

Rapport effectifs militaires/population

0,477 %

0,529 %

0,273 %

0,127 %

0,186 %

0,065 %

0,1667 %

1,050 %

 

On remarque immédiatement que rares sont ceux qui peuvent prétendre atteindre un jour au rang de super-puissance, seuls les Etats-Unis ayant atteint ce degré. Leur seul concurrent direct reste l’Union européenne, et elle le sera d’autant plus à 25, alors que l’intégration de la Turquie pourrait lui être handicapante du fait du partage de cet État avec le bloc musulman, alors qu’il pourrait faire le point d’appui d’un superbe pôle d’équilibre avec l’Irak, la Roumanie, la Bulgarie et quelques autres puissances moyen-orientales au fur et à mesure de leur démocratisation…. Néanmoins, les handicaps de l’Union européenne sont avant tout politiques, notamment en ce qui concerne la maîtrise de sa défense et d’une politique étrangère commune.

Si l’on affine, on s’aperçoit que ce sont en fait les Etats-Unis associés à l’Union européenne qui sont une super-puissance et non pas les Etats-Unis seuls. En effet, l’Europe leur offre un marché solvable, ainsi que des raisons de leur intervention extérieure – bien que les attentats du 11 septembre 2001 aient quelque peu modifié la donne - et … un territoire ; c’est là tout le sens de la nouvelle politique Atlantique  - OTAN pour simplifier -. La seule « faiblesse » des Etats-Unis tient en sa balance des paiements qui est négative de 444,69 milliards de dollars, … mais cela ne représente que 4,63 % de leur revenu national brut, et comme ils contrôlent de plus beaucoup des échanges mondiaux de par l’utilisation du dollar…

Néanmoins, l’Union européenne a la potentialité, si elle le veut et daigne régler ses divergences internes, de devenir la contre-super-puissance aux Etats-Unis. Mais la question est de savoir si cela est souhaitable, et si il ne vaut pas mieux un équilibre total entre les Etats-Unis et l’Union européenne fondée sur un partenariat d’égal à égal, notamment du fait du risque de voir émerger l’Islam comme super-puissance ! Il faudra donc être très attentif à toute tentation du monde islamique de se constituer en entité politique et surtout monétaire. Néanmoins, il lui reste bien du chemin à parcourir en matière d’intérêts communs, d’unité politique et de cohésion militaire… Et de multiples guerres qui fleurissent dans le monde, y compris dans l’ex-Yougoslavie, sont peut-être voulues ou maintenues afin justement d’éviter cette mise en cohésion de l’Islam.

Enfin, si le Japon a lui aussi les moyens d’être une super-puissance, il a face à lui la Chine - et la plupart des autres États d’Asie - qui fera tout pour l’empêcher d’accéder aux moyens militaires, sans compter le traumatisme d’Hiroshima et de Nagazaki, ainsi que le souvenir de la politique expansionniste japonaise de la première moitié du XXème siècle. Néanmoins, il serait stupide que le Japon est une grande puissance industrielle non pas depuis sa défaite de 1945 mais depuis la seconde moitié du XIXème siècle, soit quasiment depuis le même moment que l’Europe… À l’avoir oublié, la Russie, restée elle en dehors de ce courant au début du XXème siècle en a fait la cruelle expérience en 1905 à Port-Arthur et à Tshoushima. Par ailleurs, il se pourrait bien un de ces jours que l’agressivité économique du Japon finisse par énerver l’Occident, et que l’Union européenne s’unissant avec les Etats-Unis leur claquent la porte au nez ; le boomerang japonais reviendrait alors en pleine figure du Japon et ce serait l’écroulement de tout son système économique, malgré l’informatisation et la modélisation, voire du fait même car il a perdu de la flexibilité en cas d’imprévu.

La Chine est quant à elle - surtout depuis le retour de Hong-Kong et son admission à l’OMC alors même qu’elle reste communiste dans son pouvoir et non respectueuse de certains principes humains et environnementaux élémentaires, ce qui est aberrant - une super-puissance potentielle, mais il lui reste à surmonter l’obstacle de sa cohésion interne, celui de sa monnaie, celui de sa démographie, et celui du … Japon… Néanmoins, la Chine semble toujours rester attachée à son vieil adage: « Il est préférable de tout ignorer des problèmes d’autrui pour n’accroître aucun des siens. » Cinquante années de communisme, de plus « à la chinoise », n’ont pas détruit plus de 4.000 ans de culture et de civilisation… Il ne faut cependant pas croire que la non-réactivité de la Chine à certaines interventions occidentales soit un signe de faiblesse ; en effet, dans un premier temps, le chinois a tendance à accepter et à se soumettre, laissant le temps agir pour éliminer l’« ennui », mais ensuite il se révolte toujours, d’abord en silence, puis de manière très violente… Il faut garder tout ceci à l’esprit… Quand à une éventuelle alliance avec le Japon, ou encore le mythe d’une main-mise japonaise sur la Chine, elle ne semble pas réaliste à l’aune de l’histoire car les chinois sont trop subtils et trop perspicaces pour se laisser rouler par le Japon. Ils s’y allient volontairement pour bénéficier de sa technologie, mais ils le jetteront quand ils le voudront. Prenons garde de ne pas devenir à notre tour des roll-mops en y investissant à tort et à travers ou encore en leur donnant trop sans réelles contreparties, en leur donnant des Jeux Olympiques sans retour sur les droits de l’homme par exemple… Néanmoins, il ne faut pas s’obséder sur la croissance de la Chine ; certes le taux de croissance annuel de la Chine est plus de cinq fois supérieur au notre, mais il faut aussi savoir que ce pays, avec une population plus de vingt fois supérieure à celle de la France, avec plus de 20 millions de prisonniers politiques servant d’ouvriers-esclaves, n’en est encore qu’à la seule puissance industrielle de la France, ce qui signifie, en valeur corrigée, que son taux de croissance est en fait près de quatre fois inférieur au notre ! Ne l’oublions pas !

Pour sa part, le Brésil souffre de trop graves problèmes endogènes pour devenir à court ou moyen terme une réelle puissance. En effet, qu’est le Brésil ? 170 millions d’habitants, la 11ème puissance économique mondiale, des richesses naturelles et minérales incroyables … et 54 millions de pauvres ! Mais il est vrai qu’ils ont du football pour se consoler et des footeux pour les diriger, y compris pour résoudre la crise…  Quand à Lulla, faut-il y croire ? La politique de Lulla est la production plus que la propreté pour reprendre l’un de ses slogans. Les capitalistes brésiliens et autres exploiteurs du pays sont-ils réellement contre ? Il est vrai que Manaus et le Brésil seraient tout autre chose de par ses atouts si quelques compagnies britanniques n’avaient pas volé des caoutchoucs pour les replanter à Bornéo. Comment ne pas penser ici à la Convention de Rio sur la biodiversité ?

Reste la Russie qui a tout pour redevenir une super-puissance, mais elle a tant de problèmes internes qu’il lui faudra bien cinquante ans pour pouvoir à nouveau entrevoir de redevenir la super-puissance qu’elle était. Là encore, le jeu de l’OTAN, et en particulier le Partenariat pour la Paix, est d’importance, car il pourrait finir par intégrer la Russie au jeu américano-européen, et donc la fondre dans une super-super-puissance… Elle est de plus handicapée par une politique militaire incompatible avec ses ressources : près du quart du revenu national consacré à la défense ! Il faut y prendre garde, car un tel déséquilibre est potentiellement très dangereux… Mais dans tous les cas, on peut se poser la question des savoir si, hormis des impératifs de sécurité à court terme pour les États donneurs, si la Russie a réellement besoin d’une aide financière internationale, une part non négligeable de ses dépenses militaires pouvant être consacrées à autre chose, même si se pose toujours la question épineuse du démantèlement du complexe militaro-industriel de l’ex-URSS qui continue peu ou prou à structurer l’industrie russe, qui reste le deuxième producteur et marchand d’armes du monde, la vente d’armes lui rapportant chaque année environ 17 milliards de dollars US.

 

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Published by Serge Bonnefoi - dans Géopolitique
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