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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 15:42

L'image du feu est souvent reliée à l'idée de violence. Pourtant, ce thème est fréquent dans la Bible ou encore dans les propos religieux :

 

« Si vous êtes ce que vous devez être, vous mettrez le feu au monde entier !» (Jean-Paul II à Tor Vergata le 20 août 2000).

 

Le thème du feu, que ce soit sous la forme de la lumière ou encore du feu lui-même est l'un des plus répandus dans la Bible. Ainsi, selon un relevé rapide effectué dans la Concordance de la TOB (Cerf/Société biblique française, 1993), on peut constater que le mot feu est utilisé 483 fois, et celui de flamme 58, soit un total de 541 occurrences. Si l'on y rajoute le mot lumière, qui est écrit 225 fois, on arrive à un total de 766 citations. Certes, ces 766 citations ne sont rien au regard de l'invocation de Dieu, qui revient 4.698 fois, mais elles sont très significatives si l'on songe que le mot amour ne revient que 172 fois, celui de justice/jugement 616 fois, celui de juste 435 fois et celui de Loi 627 fois. On peut donc d'ores et déjà percevoir l'importance du thème du feu dans l'ensemble de la Bible. Le thème du feu est un thème central de la Bible, tout comme il est d'ailleurs au centre de la plupart des grandes religions, tant mono- que poly-théistes.

 

Les formes et les sens sont cependant très variables (Centre : Informatique et Bible/Abbaye de Maredsous, Dictionnaire encyclopédique de la Bible, Brepols, 1987, pp. 475-476 & 483-484). Le feu peut ainsi être gloire et grandeur de Dieu (Dt 5, 24 ; He 12, 29 ; …), parole ou appel de Dieu (Gn 15, 17-18 ; Is 20, 9 ; Jr 30, 27 ; …), manifestation ou présence de Dieu (1R 18, 38 ; Ps 68, 3 ; …), ou encore manifestation de la force de l'Amour (Ct 8, 6 ; …). Il peut aussi être guide des hommes, guide du peuple de Dieu (Ex 13, 21). En ce sens, le feu est vie, gloire du seigneur. Cette vision du feu trouve son apothéose grandiose et majestueuse dans le signe de la Pentecôte (Ac 2, 3), l'Esprit Saint, personne de la Trinité. Comment ci ne pas songer au prologue de l'Évangile de Jean :

 

« Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu » (Jn 1, 1),

 

ce qui nous renvoie aux sens précédents. On peut donc d'ores et déjà présumer, à l'aune de la Pentecôte, que lorsque le feu qui embrase sans consumer (Ex 3, 2) est présent à tous les moments clés de l'Histoire sainte, et toujours pour traduire la présence de Dieu lui-même ; c'est le sens du buisson ardent (Ex 3, 2-4), annonce de la révélation de Dieu à Moïse. Il ne semble donc pas nécessaire de devoir distinguer de différences substantielles entre le feu du buisson et celui de la Pentecôte qui éclaire les Apôtres et scelle le destin de l'Église. Une note dans la Bible de Jérusalem, sous [Ex 19, 16] rappelle d'ailleurs qu' orage, vent, feu, tonnerre, nuée sont des signes traditionnels de la présence de Dieu, maître des forces de la nature, de sa majesté, de la crainte qu'il inspire.

 

Pour finir, le feu, du moins appliqué à Dieu, peut aussi être purification et châtiment (Gn 3, 24 ; Is 5, 24 ; Lc 16, 24), expression du jugement de Dieu qui purifie (Is 10, 17).

 

On retrouve le feu comme signe de l'Alliance, par exemple à l'occasion de l'alliance entre Dieu et Abraham. Néanmoins, cette alliance est plus personnelle que celles avec Adam ou Noé, car non plus établie avec l'humanité, mais avec un homme, sa lignée, sa descendance, donc avec un peuple : Israël, peuple dont le destin sera désormais lié au dessein de Dieu. Désormais, le projet messianique de Dieu ne sera relancé qu'au travers d'Abraham (Gn 15, 17-21 ; 17, 1-14) et de la notion de peuple élu. Par l'alliance avec Abraham, Dieu a établi Israël comme son peuple (Lv 26, 12), et, dès lors, Dieu aime son peuple qui le suit, le chargeant d'une lourde mission qu'il ne perçoit pas toujours : celle de préparer la venue du Christ. Israël est ainsi le destinataire de la Promesse, non pas en tant qu'ensemble d'individus, mais en tant que peuple. Israël a donc ici un sens eschatologique, mais aussi une dimension historique qu'il ne faut pas oublier. Cette vocation d'Israël se retrouvera confirmée par la Promesse faite à Moïse (Ex 3, 13-15) ; ce sera dès lors, et ce jusqu'au Christ, non plus l'histoire de l'humanité unie mais celle du peuple uni. Mais là encore, même si la Promesse universelle de Yahvé s'étend à toute la terre (Ex 19, 5), elle sera d'abord reliée à l'Alliance avec Moïse (Ex 24, 1-11 ; 34, 10-13), malgré la tentation des idoles (2R 21, 23), avec la lutte contre les faux dieux (Ex 34, 14). Ce qui prime alors, ce n'est pas l'idée d'amour universel, mais celle d'élection, cette élection apparaissant déjà dans le sacrifice d'Abraham (Gn 22, 15-18) et confirmée à de nombreuses reprises (Is 48, 15 ; Os 2, 21-22). Néanmoins, l'histoire d'Israël sera celle d'un Salut inaccompli (Jr 31, 31-34), seule la venue du Christ étendant à nouveau à tous les hommes la Promesse du Salut et de la Rédemption (Ep 3, 5-6) ; en ce sens, et ainsi que l'a écrit Irénée de Lyon dans sa Démonstration de la prédication apostolique, l'histoire sainte d'Israël devrait s'interpréter comme la prophétie du Christ Jésus.

 

L'alliance avec Abraham se fît en deux temps - comme dans le cas de Noé - :

 

-          une annonce au cours de laquelle Dieu semble parler directement avec le Patriarche qui accepte de marcher désormais en confiance en, avec et derrière le Seigneur (Gn 12, 2-3) ;

 

-          puis, un établissement de l'alliance elle-même, là encore avec Dieu parlant, mais en une vision, puis une torpeur. Ici apparaît l'image du feu, image que l'on pourrait peut-être rapprocher de l'Autel des holocaustes (Gn 27, 1-8) sous certains aspects, ainsi qu'avec [Gn 24, 5-8], avec l'aspersion du sang, image que l'on retrouvera avec « le sang de l'Alliance nouvelle et éternelle » établie par Jésus-Christ. C'est l'épisode du four brûlant et du brandon de feu passant entre les animaux partagés (Gn 15, 17-18) ; on peut ici percevoir une certaine identité avec [Ex 19, 18] : ce brandon de feu, c'est Dieu lui-même qui passe entre les morceaux de chair pour sceller l'alliance-contrat avec Abraham, l'usage rappelé en [Jr 34, 19] étant alors de découper une bête en deux et de passer entre les morceaux pour montrer que l'on concluait un contrat ou une alliance. Dieu montre bien à Abraham qu'il a conclu avec lui une alliance solennelle et définitive. Le feu est ici Dieu lui-même.

 

C'est surtout lors de l'Alliance avec Moïse que l'on retrouve l'image du feu, et ce à au moins deux moments, cette Alliance pouvant se décliner en trois temps : la vocation, la révélation de l'Alliance, la conclusion de l'Alliance, le feu étant directement présent dans les deux premiers de ces temps. Par l'appel qu'il lance à Moïse, par la définition de sa vocation (Ex 3, 1-20) ; Dieu lui donne une mission : sauver son peuple,  avec le très beau :

 

« Je suis celui qui suis !» (Ex 3, 14).

 

C'est l'épisode du buisson ardent :

 

« Le buisson était embrasé mais le buisson ne se consumait pas » (Ex 3, 2).

 

Si Moïse va changer son chemin pour aller voir ce buisson mystérieux, il ne sait pas encore qu'il vient d'être ébloui par Dieu, de changer le chemin de sa vie ; désormais, ayant « vu » Dieu qui s'exprime au travers ce buisson et traduit sa magnificence par ce feu, expression solennelle de l'Esprit si on revient à la Pentecôte, il ne peut plus ignorer ni ses frères, objets de sa mission, ni surtout Dieu, ou plutôt sa révélation. Comme Dieu a envoyé les Apôtres « remplis de l'Esprit Saint » (Ac 2, 4) pour transmettre la Bonne Nouvelle de son Fils au monde (repenser ici à Ga 3, 26-28), et ce par l'entremise du feu qui est sans consumer, Dieu envoie Moïse pour guider son peuple. On pourrait presque dire que l'épisode du buisson ardent est la Pentecôte de l'Ancien testament, ces deux feux étant celui de l'Esprit Saint venu parler aux hommes par l'intermédiaire d'un des leurs. Néanmoins, une différence : ici, Dieu parle, alors qu'à la Pentecôte ce sont les Apôtres qui parlent… La Théophanie, la révélation de l'Alliance est donc un dialogue (Ex 19, 16-25), Dieu parlant par le tonnerre, mais elle est aussi feu puisque Dieu descend sur la montagne dans le feu (Ex 19, 18). C'est à la fois rappel de sa vocation à Moïse, mais surtout expression de la grandeur de Dieu.

 

Le feu est donc présent dans ces exemples pour, et uniquement pour, sceller l'Alliance. Il serait comme une solennité octroyée par Dieu aux hommes pour qu'ils puissent conceptualiser matériellement - et non pas seulement spirituellement et ce de par la nature humaine elle-même - le contrat absolu qu'est une Alliance. C'est peut-être pour cela que le feu est présent au moment de l'établissement de l'Alliance avec Abraham, à celui de la vocation de Moïse et à celui de la révélation de l'Alliance en Horeb, et non à chaque moment de Dieu. C'est peut-être pour cela que le feu est revenu à la Pentecôte pour sceller la Nouvelle Alliance. Ce feu, c'est le Verbe matérialisé, d'où son absence pendant la présence humainement terrestre du Christ, car Il était déjà incarné. Avec Jésus, Dieu se fait homme. Il n'a plus besoin de médiateur. Le Christ est le feu divin lui-même, car il est la lumière absolue :

 

« Je suis la lumière du monde. Celui qui vient avec moi ne marchera pas dans la nuit, mais il est la lumière et la vie » (Jn 8, 12).

 

Par contre, on remarquera que l'image du sang est présente, notamment lors de la mort de Jésus, mais surtout au travers de la coupe qui est la nouvelle Alliance dans le sang du Christ versé pour tous les hommes (Lc 22, 20). Ce feu, c'est la signature de Dieu au bas du contrat de l'Alliance.

 

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Published by Serge Bonnefoi - dans Théologie
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commentaires

Sahdona 01/03/2013 11:40


Il y a aussi les séraphins qui brûlent devant Dieu (Esaïe 6).


Dans votre conclusion, j'apprécie le lien que vous faites entre le feu et la Lumière (Jésus) dont parle Jean.