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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 18:13

Trente ans après la mort de Charlemagne, l’empire carolingien devait commencer à se disloquer, car trop vaste, composé de peuples trop divers que le Christianisme ne suffisait pas à cimenter entre eux, et du fait également du mode de succession dynastique franc qui imposait non pas une succession primolinéaire, mais un partage du territoire. De plus, Louis le Pieux (814-842) n’avait pas la fermeté de son père, devant de plus lutter sans cesse contre ses fils, fils qui devaient finir par le déposer pour l’enfermer dans un couvent. Après sa mort, ses trois fils Lothaire, Charles – qui deviendra Charles le Chauve – et Louis – qui est plus connu sous le nom de Louis le Germanique - devaient continuer leurs querelles, mais cette fois les uns contre les autres. Ainsi, Charles et Louis devaient décider de s’entraider pour lutter contre les prétentions de Lothaire ; ce seront les deux serments de Strasbourg de 842. Note amusante : Charles le chauve, notre Charles II roi de France, qui possédait donc la partie occidentale et centrale de ce qui deviendra la France s’exprimait et signa en tudesque, langage qui donna … l’allemand, alors que Louis, qui avait un territoire qui devint l’Allemagne, parlait et signa en roman, langue d’où découle … le français ; on pourrait presque dire que le premier document de l’histoire de France est en allemand et que le premier de l’histoire allemande est en français. Paradoxes de l’histoire ! Fallait-il onze siècles de guerres pour le comprendre ? pour comprendre combien le destin de ces deux peuples était mêlé ? Mais dans tous les cas, chose importante, les premiers documents diplomatiques rédigés en langue « vulgaire »… Dès 843, les trois frères devaient se partager l’empire à l’occasion du traité de Verdun. Charles obtenait la partie occidentale, à peu près limitée par l’Escault, la Saône et le Rhône ; Louis la partie orientale à l’est du Rhin et au nord des Alpes ; Lothaire, qui gardait le titre d’empereur, la longue bande de terre centrale entre les possessions de ses frères, de la mer du Nord au sud de l’Italie. Des trois royaumes, celui de Lothaire était d’ailleurs le moins cohérent sur le plan ethnique, et il sera à l’origine de bien des conflits, jusqu’au XXème siècle puisque ce qui allait devenir la France et l’Allemagne n’allaient plus cesser de se disputer cette région les séparant. Imaginons la cohérence, ou plutôt l’incohérence de ce royaume réunissant, pour prendre des références actuelles, les Pays-Bas, la Wallonie, un bout de Flandre, la Rhénanie-Westphalie, le Luxembourg, la Lorraine, l’Alsace, un bout de Bourgogne, la Franche-Comté, Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d’Azur, un bout de Languedoc, la partie occidentale de la Suisse, l’actuelle Italie moins la Sicile, et un zeste de Slovénie, et encore pour n’en tracer que les grandes lignes. Peu de réelles barrières naturelles extérieures ; par contre de réels obstacles naturels et culturels internes…

 

La décadence carolingienne allait avoir pour conséquence un affaiblissement des liens entre les restes d’un empire partagé et l’Italie isolée par sa culture et par les Alpes..., alors que l’empire d’Orient, l’empire byzantin existait toujours… Pris dans leurs querelles fraternelles, menacés sur certaines frontières, les nouveaux souverains avaient bien d’autres préoccupations que la défense de Rome et des États pontificaux, et le Saint Siège se retrouvait dans une situation qui avait déjà été la sienne au temps des empereurs byzantins, à la seule exception près que les successeurs de Charlemagne cherchèrent à se faire couronner par le Pape. Ainsi, Lothaire, co-empereur avec son père, devait venir au Vatican pour recevoir la couronne du Pape Pascal Ier en 819. De même, après le Traité de Verdun de 843 qui partageait l’empire en trois, Louis le germanique se rendit aussi à Rome pour se faire couronner par Serge II.  Seul Charles le Chauve sembla dédaigner le couronnement par le Pape ; déjà la France se distinguait vis-à-vis des Papes…

 

Mais, peu d’années après cette cérémonie, Rome allait connaître un désastre pire que tous ceux qu’elle avait connu jusqu’alors avec le débarquement à Ostie le 23 août 846 d’une dizaine de milliers de Sarrazins venus de Sicile via la Corse à bord de 73 navires. Ce mouvement de navires ayant été signalé deux semaines auparavant par des pêcheurs, Serge II avait envoyé sur le champ un courrier à l’empereur Lothaire pour solliciter son intervention, tout en mettant en place sur la côte tyrrhénienne des guetteurs et en installant des points d’appui sur les bouches du Tibre. Néanmoins, l’empereur n’intervenant pas dans l’instant, les communications n’étant pas alors ce qu’elles sont aujourd’hui, les Sarrazins devaient débarquer et très vite bousculer les défenses mises en place par le Pape ; de plus, il semble qu’ils bénéficièrent d’informations transmises par quelque espion, en particulier d’informations sur les défenses sur les murs d’Aurélien, puisqu’au lieu d’emprunter comme cela aurait été logique la via Ostiense sur la rive gauche du Tibre, ils remontèrent le fleuve par des pistes peu marquées sur la rive droite, aboutissant ainsi au Trastevere et à la colline vaticane. Si le cœur de Rome était ainsi épargné dans un premier temps, les Sarrazins eurent loisir de mettre à sac le Trastevere,  quartier qui avait pourtant échappé aux désastres de l’incendie de Rome en 64 et du tremblement de terre du VIIème siècle, aux dévastations d’Alaric en 410 et de Genseric en 455, et le Borgo. Ils devaient de plus, pour des raisons religieuses, s’acharner sur la basilique Saint-Pierre, souillant notamment avec acharnement la confession de Saint-Pierre, détruisant l’autel pontifical, dispersant les reliques, détruisant les livres et autres documents – ce qui nous prive aujourd’hui, avec il est vrai la mauvaise qualité des supports utilisés entre le IIIème et le VIIIème siècles et les destructions du Vème, de beaucoup de textes majeurs qui nous manquent aujourd’hui pour bien connaître les premiers siècles de l’Église, voire même les sources de notre Foi -, enlevant tous les ornements et objets précieux. Ils devaient se comporter de même à Saint-Paul-hors-les-Murs… Le souvenir de ces pillages et de ces profanations resta présent dans l’esprit des Papes à l’heure où ils prêchèrent la Croisade, la nouvelle du début de la destruction du Saint Sépulcre par le calife fatimide al-Hakim en 1009, ce que l’on tend aujourd’hui à oublier un peu trop facilement, rappelant ces souvenirs noirs, et ce même si la finalité première des Croisades était d’assurer la libre-circulation des pèlerins, atteindre Jérusalem n’étant qu’un but ultime. La peur de voir de telles exactions se renouveler fut donc un moteur non négligeable de la volonté chrétienne d’intervenir en Terre Sainte. Mais ces deux épisodes semblent aujourd’hui oubliés par la plupart des historiens des Croisades qui veulent plus y voir une agression des chrétiens contre les musulmans qu’une défense de lieux majeurs de la Chrétienté… L’argument de Bencheikh de défense de l’Islam contre les exactions chrétiennes, y compris pour 732 et 846, ne tient pas ! À décharge, il faut savoir que le calife al-Hakim fut considéré comme fou par un certain nombre de penseurs musulmans pour avoir voulu détruire la Kabbah, la jugeant contraire à l’Islam, ce qui est d’ailleurs vrai dans la lettre du Coran ! Mais revenons à 846… Lothaire ne resta pas inactif, et dès qu’il apprit la nouvelle, il envoya à marche forcée des troupes vers Rome, l’approche de ces troupes suffisant pour faire fuir les Sarrazins qui rembarquèrent en emportant tout ce qu’ils purent piller, y compris en termes de vases sacrés et de vêtements liturgiques. Tout ceci fut irrémédiablement perdu puisque cette flotte devait sombrer dans son intégralité au large de la Sicile sans avoir pu toucher un port.

 

Il est bien évident que la profanation des deux Églises les plus importantes de Rome eut un immense retentissement dans toute la Chrétienté, la tombe de Saint-Pierre elle-même n’étant pas à l’abri d’entreprises menées par des infidèles. La première action du successeur de Serge II, le Pape Léon IV, sera alors d’entourer le Vatican d’une haute muraille assurant sa protection, et donc d’installer sur la rive gauche du Tibre un dispositif de protection équivalent aux fortifications auréliennes de la rive gauche. Décidés en 848, ces travaux s’achevèrent en 852, même si dans la réalité les Papes consolidèrent tout au long du Moyen-Âge ce système de défense par la construction d’une ligne de castelets au bord de la mer Tyrrhénienne, même si ces castelets n’auraient peut être pas pu résister à une attaque en masse. Mais la population se sentit rassurée. Pour en revenir à la muraille léonine, une enceinte de douze mètres de haut renforcée par vingt-quatre tours, appuyée sur le mausolée d’Hadrien transformé en forteresse – le château Saint-Ange-, devait dès lors enserrer le Borgo que l’on appelé désormais Cité léonine. Cette muraille se prolongeait vers l’ouest jusqu’à la colline vaticane. De nombreux éléments restent de ce système de défense, en particulier le château Saint-Ange, une grande partie des murailles avec leurs tours, dont en particulier, dans les jardins du Vatican, la tour Saint-Jean, haute de quatre étages que Jean XXIII fit restaurer et que Paul VI fit aménager comme lieu de réception d’hôtes illustres.

 

Néanmoins, cette simple solution défensive n’était pas suffisante, et l’idée se développa que si la tombe de Pierre avait pu être si facilement profanée c’était parce que le pouvoir temporel du Pape n’était qu’illusoire. Il est vrai que si le Pape avait disposé réellement de troupes, il lui aurait bien plus facile d’assurer la défense de Rome. Et il est vrai que l’autorité du Pape était de façade et de plus uniquement sur le territoire d’une ville ayant perdu sa splendeur antique, tant du fait des invasions que des divisions internes que d’un tremblement de terre. Ainsi, la Rome de Serge II ne comptait pas plus de 180.000 habitants, alors que celle du IIème siècle comptait au minimum 1, 2 millions d’habitants, et cette décadence allait continuer jusqu’à la fin de la Renaissance… Le fait déclencheur avait été le transfert de la cour impériale à Trèves et à Milan, puis à Constantinople, et les invasions barbares, favorisées par cet exode qui s’accompagnait d’un départ des troupes vers l’Orient, ne firent qu’amplifier le phénomène. Et puisqu’il n’y avait plus d’armée impériale pré-positionnées de manière permanente, il aurait été nécessaire de disposer d’une armée pontificale ne dépendant que du Pape, ce qui explique aussi pourquoi c’est à cette période qu’évolua la position de l’Église face à l’armée, mais sans que le Pape ne se veuille, de par son état clérical, chef militaire ; c’était pourtant une question de survie face aux invasions, que celles-ci soient nordiques, orientales ou musulmanes, et les Papes le reconnaissaient ! Mais, en l’absence d’une telle armée, ce furent quelques grandes familles romaines qui prirent en main la défense de Rome, se construisant des maisons forteresses avec les pierres et les marbres des monuments anciens, et, bien naturellement, ces familles, bénéficiant du monopole de la force, cherchèrent à s’accaparer le pouvoir spirituel, avec tous les avantages qu’il offrait. Donc, et a contrario d’une idée répandue par les ennemis de l’Église, ce n’est pas la Papauté qui chercha à s’emparer du pouvoir temporel mais bien les puissances temporelles qui cherchèrent à contrôler et à s’approprier le pouvoir spirituel ! Le processus est donc inverse à celui trop souvent décrit ! À côté de ces grandes familles et de leurs troupes, qui souvent se payaient sur le vif, il n’y avait pas de structure temporelle apte à les contrer, puisque l’on ne trouvait à Rome qu’un peuple misérable vivant plus de la charité de l’Église que de son travail et souvent pillé par les grandes familles, qu’une population juive, assez bien admise par les Papes, assurant les fonctions commerciales et artisanales, une population ecclésiastique de plus en plus nombreuses, et enfin de plus en plus d’étudiants. Il n’y avait donc aucune cohésion sociale au sein de la population romaine, et ceci favorisait le jeu des grandes familles. Finalement, la conjonction de l’effondrement de l’empire carolingien et de la menace de l’Islam allaient favoriser la mainmise de quelques aristocrates sur l’Église, et lorsque l’Église réagira afin de redevenir non plus un enjeu de pouvoir mais un lieu spirituel, elle ne put faire autrement que de chercher à s’approprier les instruments de la puissance temporelle, non pas par ambition, mais pour la survie même de l’Église !

 

L’aristocratie romaine relevait donc la tête après la mort de Charlemagne qui avait cherché à la maîtriser. Et, dès la mort de Grégoire IV en janvier 884 elle commença à se mêler des affaires de l’Église, contestant l’élection de Serge II, poussant en avant un antipape qui leur était allié, Jean VIII, l’installant au palais du Latran, obligeant ainsi le Pape légitime Serge II à se replier sur le Vatican qui était alors une zone marécageuse et exposée aux épidémies… Même si les choses réussirent à se régler assez vite, de telles interventions de l’aristocratie romaine dans la vie de l’Église allaient se multiplier. Par exemple, l’élection du successeur de Léon IV allait donner lieu à de nombreux incidents causés au non de Dieu non par l’Église mais par des familles cherchant à s’approprier l’Église. Ainsi, le chef de la famille des Crescentii avait recruté des brigands des montagnes des Abruzzes, et faisait régner la terreur parmi la population, menaçant en permanence l’Église. Fort de sa puissance, il poussait en avant son candidat, un dénommé Anastase, ecclésiastique écarté de sa charge par Léon IV ; mais ce fut un autre qui fut élu, Benoît III. Furieux, Crescentius allait envahir le palais du Latran avec ses hommes de main, brutaliser le Pape et introniser Anastase comme Pape. Mais, pour une fois, le peuple de Rome allait réagir, et Crescentius fut obligé de restaurer le Pape légitime sur le trône de Pierre. Mais on n’avait pas fini d’entendre parler de ces Crescentii !

 

Benoît III avait conscience de ces réalités et des menaces pesant sur l’Église, et c’est pourquoi il chercha à s’assurer des soutiens extérieurs, notamment en renouant avec l’empereur de Byzance, Michel, qui lui envoya une ambassade, avec Ethelwulf, roi des anglo-saxons qui lui présenta son quatrième fils qui deviendra saint Alfred le grand, et avec l’empereur germanique Louis II, fils de Lothaire Ier. Là encore, la recherche d’alliances diplomatiques et militaires par Rome n’était pas né de la volonté pontificale, mais de la nécessité d’assurer l’indépendance du siège de Pierre face aux revendications politiques des nobles de Rome et de ses environs ! On a là encore trop souvent tendance à l’oublier, et à accuser gratuitement les Papes alors qu’ils ne cherchaient qu’à faire survivre, qu’à faire perdurer l’Église, à lui éviter d’éclater en autant de chapelles qu’il y avait de familles, à lui éviter de ne devenir qu’un instrument de pouvoir temporel au service d’intérêts privés ! D’ailleurs, l’un des motivations des croisades aura aussi été de chercher à se débarrasser de quelques unes de ces familles turbulentes et plus encore de leurs sbires… De telles contacts diplomatiques ne furent pas inutiles puisque par exemple Louis II se trouvait à Rome lors de la mort inattendue de Benoît III le 17 avril 858. Cette seule présence permit pour une fois le déroulement d’une élection régulière, et ce fut un diacre romain, Nicolas, qui fut choisi. Pour bien marquer le fait qu’il ne fallait pas trop jouer avec le feu, Louis II devait décider de conduire lui-même la bride du cheval du nouveau Pape, marquant par là même que celui-ci se trouvait sous sa protection. Mais cet acte de déférence allait être reproché tant à l’empereur qu’au Pape, ainsi qu’à leurs successeurs, alors que bien plus tard les empereurs l’invoquèrent pour revendiquer leur domination politique sur les États pontificaux. Pourtant, Nicolas Ier ne devait pas sacrifier son indépendance spirituelle à cette protection militaire, comme nous le verrons plus tard.

 

Nicolas allait surprendre ses électeurs qui ne pensaient pas élire un Pape énergique, et ce afin d’éviter les tensions politiques éventuelles. Pourtant, Nicolas Ier saura faire preuve d’autorité et d’audace. La première de ses préoccupations sera ainsi d’assurer l’indépendance pleine et entière du Saint-Siège, ainsi que l’autorité suprême du pape en matière de foi et de discipline ecclésiastique. Et même si son pontificat fut relativement court, de 858 à 867, il fut très fécond, présageant d’une certaine manière l’action de Grégoire VII, et, comme Grégoire VII, il saura se montrer ferme face à l’empereur. On pense ici à l’épisode du divorce de Lothaire II, fils de l’empereur Lothaire Ier et roi de Lotharingie. Ce dernier avait répudié sa femme pour épouser sa maîtresse. Révolté, le Pape devait le sommer sous peine d’excommunication de reprendre son épouse légitime et de renvoyer sa concubine. Un premier exemple de la fermeté des Papes face aux souverains, notamment en matière de mœurs, l’Église préférant plus tard perdre l’Angleterre plutôt que de céder face à un roi sur des principes fondamentaux, menacer plusieurs fois la France, etc… Le Pape préféra être emprisonné par Napoléon que de lui céder ! Dès l’origine, l’Église post-carolingienne se montra ferme face aux grands, et, malgré les apparences, elle n’a jamais quitté cette ligne ! Même des rois tels que Louis XIV, qui se laissa proclamer, ne l’oublions pas, « Vice-Dieu », rien que ça, allait finir par courber la tête devant l’Église ! Même l’empereur Henri IV du aller à Canossa en 1077 ! L’Église faible et « complice » face aux puissants ? Un mythe des XVIIIème et XIXème siècles, entretenu ensuite conjointement tant par les nazis que par les soviétiques et leurs satellites, même s’il faut bien admettre que certains Papes du bas Moyen-Âge ou de la Renaissance firent preuve d’une faiblesse certaine, mais sans permettre pour autant de généraliser à l’ensemble de la Papauté ce qui fut le manque de vertu de force de certains ! Et ceux qui refusèrent trouvèrent très pratique de rejoindre le luthéranisme, lorsque ce dernier émergeât, pas toujours par conviction religieuse mais plus par intérêt, d’autant plus que Luther proposait dans sa lettre à la noblesse allemande non pas de corriger les mœurs de l’Église mais de remplacer le Pape par l’empereur romain germanique comme souverain pontife à la tête de toute l’Église. Encore un fait oublié de nos jours !

 

Revenons à cette affaire de divorce… Lothaire II devait accepter du bout des lèvres d’obéir au pape, mais il se montra si odieux avec son épouse que celle-ci dut d’enfuire et réclamer la séparation, s’accusant d’avoir violé la foi conjugale pour obtenir plus facilement une décision judiciaire favorable. Le roi devait tirer argument de cet aveu pour obtenir des évêques de Trèves et de Cologne une déclaration de nullité du mariage. Mais la réaction du pape fut immédiate :  il déposa et excommunia ces deux évêques, parmi les plus prestigieux de la Chrétienté d’alors ! Cologne, évêché créé selon la tradition par saint Materne, un disciple de saint Pierre dont il aurait reçu mission, donc au premier siècle ! Trèves, dont le premier évêque aurait été saint Euchaire, compagnon de Materne, autre envoyé de saint Pierre ! Trèves, l’ancienne capitale impériale, le siège du vicariat du Diocèse des Gaules, la ville dont l’évêque avait le droit de présider les synodes impériaux ! Lothaire décidait alors d’en appeler à son frère, l’empereur Louis II, qui décida de se rendre à Rome à la tête d’une force armée pour contraindre le Pape à revoir sa position. Néanmoins, Nicolas Ier devait se montrer intraitable et Louis II préféra capituler, s’engageant à ramener son frère à la raison. Lothaire repris chez lui son épouse, mais ne chercha qu’à l’humilier quotidiennement, la battant tout aussi régulièrement, tant et si bien que celle-ci demanda au Pape l’autorisation de prendre le voile dans un monastère. Nicolas se décida alors de citer Lothaire à son tribunal, mais le Pape devait mourir avant qu’il ne se présente. Néanmoins, Lothaire allait le suivre de quelques mois dans la tombe, ce qui fait que l’affaire se conclut d’elle-même, les deux femmes prenant le voile… Cette affaire est assez caractéristique de l’autorité dont fit montre Nicolas Ier face aux puissants.

 

Néanmoins, bien d’autres actes de ce Pape démontrent de sa vertu de force. Il s’employa ainsi à remettre de l’ordre dans l’Église franque, prohibant les investitures laïques, interdisant aux évêques d’accepter des missions d’ordre temporel, rappelant aux communautés monastiques qu’il leur appartient à elles seules d’élire les abbés de leurs monastères selon la règle de saint Benoît, et non de céder aux pressions des nobles, précisant la discipline des sacrements, rappelant l’indissolubilité du mariage chrétien. L’évêque de Reims, Hincmar, très dévouée aux puissances politiques de son temps, devait émettre des doutes sur le bien fondé des admonestations pontificales et sur leur portée. Nicolas devait lui répondre que les évêques étant les successeurs des Apôtres, ils sont de facto subordonnés au Pape puisque celui-ci est le successeur de Pierre, Pierre auquel le Christ lui-même confia la conduite de son troupeau. Était ainsi rappelée avec force la règle de la primauté du Pape.

 

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Published by Serge Bonnefoi - dans Histoire
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