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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 17:21


Notons, juste en passant, mais ceci démontre à lui seul la dimension spirituelle de la nation, … et son impossible définition, qu’en tenant compte d’une approche par les treize difficultés énoncées ci-dessus, et en ne retenant que deux éléments définiteurs tant pour l’identité que pour la nation, on arrive, dès que l’on hiérarchise les idées et oppositions, à un nombre de combinaisons possibles, donc de conceptions possibles avoisinant les … 64,5 x 1036 ! Il est donc humainement impossible de donner une définition unique à l’identité nationale, et ce encore plus dans le cadre d’un débat ouvert ! Il fallait donc préparer clairement le terrain du débat, ce qui ne fut jamais fait ! Par ailleurs, pour en revenir au mot spirituel utilisé plus haut, gardons à l’esprit que selon certains scientifiques la dimension maximale de l’Univers serait de l’ordre de 1027, ce qui tendrait à prouver, ne serait-ce que par intuition, que la nation dépasse très largement la réalité matérielle, cette nature spirituelle expliquant peut-être pourquoi, de par sa transcendance induite, les constitutionalistes l’ont peu à peu posée comme substitut à Dieu pour fonder le droit naturel, et ce bien plus que la Raison. Notons que selon le Père Garrigues, la nation est le moyen secondaire et indirect du gouvernement de Dieu sur le monde ; servant à gérer le provisoire, elle n’est donc pas destinée à la vie éternelle (Olivier Chaline, « Les nations et le salut du monde », in : Communio, n° XIX, 2, n° 112, mars-avril 1994, page 6). Par contre, elle se situe bien dans une métaphysique, ne serait-ce que dans celle des deux Cités augustiniennes ! D’ailleurs, Camille Desmoulins ne disait-il pas que la volonté d’une nation est la foi. C’est à elle seule qu’il sied de dire : car tel est notre plaisir (Camille Desmoulins, La France libre) ? La volonté de la nation serait une foi en elle-même… 

 

L’approche de l’idée de nation, de celle d’identité, et enfin celle d’identité nationale ne serait-elle donc qu’ontologique c’est-à-dire une analyse dans le cadre de l’être en tant qu’être. Nous sommes dès lors en pleine métaphysique, bref, dans la région de l’être, ces diverses propriétés et causes supposant une réalité essentielle et permanente, un principe d’activité et un sujet d’inhérence des qualités. C’est la région de l’être, de ce qui est en soi essentiellement et non accidentellement ou causalement. Il y aurait ainsi une science de l’être-nation par rapport au paraître-nation, de l’inconditionnel-nation par rapport à ce qui est conditionné et dépendant de et dans la nation. Et ce d’autant plus que la Constitution pose la nation à la fois comme être, comme étant, et comme être absolu, d’autant plus que la nation a peu à peu abouti à la négation de Dieu, ou plus exactement à sa négation comme référence. Dans le cadre d’une approche née des Lumières qui théoriquement le transcende, l’homme est grandi par la négation de toute référence autre que la référence à lui-même, ce qui a imposé l’introduction d’un substitut à Dieu, à l’Etre Suprême, à l’humanité-monde, bref, l’idée de nation !

 

D’ailleurs, même les législateurs de 1789 se sont sentis obligés de faire la Déclaration du 26 août en présence et sous les auspices de l’Etre Suprême, entité transcendante ! Mais les fondateurs des Nations unies ont pour leur part fait appel à un idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations, l’objet se substituant ici à l’être… Ces deux formules sont claires… Le législateur de 1789 restait dans le cadre d’une idéologie européenne, même des Lumières, dans son option religieuse, ce qui impliquait et engendrait l’obligatoire référence à un Etre Suprême, à un Etre absolu posé au firmament de l’histoire humaine, la déclaration française des Droits de l’Homme et du Citoyen se voulant universelle, au contraire de leurs équivalentes étasuniennes… Comme l’écrivait en 1970 Jacques Godechot, il y a une grosse différence entre les textes américains et le texte français [des déclarations des Droits de l’homme]. Les premiers (…) proclament les droits du citoyen de la Virginie ou du Massachussetts. La déclaration française, au contraire, se veut universelle (J. Godechot, Les Constitutions de la France depuis 1789, Garnier-Flammarion, Paris, 1970).

 

C’est le fruit de la tradition européenne – à la fois foi et raison –, de la philosophie théiste, l’œuvre des rédacteurs de théodicée qui, malgré tout, même matérialistes, ressentaient le besoin d’une transcendance vraie ! Les déclarants de 1948 se fondèrent et fondirent eux totalement dans une idéologie séculière rêvée, celle de l’idéal à atteindre. Ceci explique peut-être pourquoi l’ONU connaît tant de difficultés, l’homme idéalisé étant la seule mesure de l’homme réel… Nous reviendrons sur les deux dimensions posées ci-dessus…qui d’ailleurs à elles seules permettent de comprendre le rôle original que peut jouer la France au sein de l’ONU, si elle le veut bien, si elle veut bien ne pas se dissoudre, mais aussi les tiraillements qui ont toujours existé entre la France et cette organisation internationale qui se veut elle-même et par elle-même première !

 

Ceci oblige dans tous les cas, puisque nous sommes dans une métaphysique, républicaine certes, mais dans une métaphysique, à analyser la nation, fondatrice au sein de l’idée républicaine et du concept d’identité nationale au travers des idées d’acte, de puissance, d’être en lui-même, de substance, d’accident, d’essence et d’existence… En effet, la métaphysique reste fondée sur l’idée qu’au-delà du mouvement et de la quantité l’intelligence saisit en chaque res ce qui fait que chaque réalité a une existence indépendante de la matière et du mouvement, bref une substance, en chaque es une essence... Or, nation est à la fois res, juridiquement parlant, et es, idéologiquement – au sens non politique – parlant !

 

Dans tous les cas, il a donc été absurde de poser l’identité nationale comme norme juridique, dans une norme juridique comme l’ont fait les rédacteurs du Traité sur l’Union européenne, ou alors il fallait fonder l’Union sous les auspices de la … civilisation ou de la nation européenne, ce que voulait instinctivement Valéry Giscard d’Estaing avec sa référence au Christianisme et à l’humanisme grec dans la première mouture du projet de Constitution pour l’Union européenne, ce que soutenait Jean-Paul II ! A défaut, on est dans le simple vide de la technicité mécaniste…

 

Revenons un instant sur la nation comme es…, car la nation est un être de raison du fait qu’il ne lui appartient d’exister  que de par notre esprit seul…

 

Un être de raison est un être qui n’existe et ne peut exister en dehors de l’esprit de l’individu ou de la société où il se trouve comme objet ou comme concept objectif. Nous sommes avec la nation en présence d’un être de raison positif en ce sens qu’il fonde des relations, par exemple de prédicat, de la notion d’universel par rapport à ses « inférieurs » relatifs. L’être de raison est donc avant tout un être logique formant un mode particulier de connaissance de notre esprit, permettant de le dépasser. Nous sommes donc en présence d’une idée-être de nature spirituel mais liée à la stricte raison. Nouveau paradoxe de la nation…

 

Tous les êtres, existants ou possibles, ont ceci de commun d’être quelque chose à quoi il appartient d’exister d’une façon quelconque : id cui competit esses, id cujus actus est esse. Ce sont là les seules définitions que l’on puisse en fait donner de la notion d’être, puisqu’il s’agit de la notion la plus simple de toutes, et qui ne comprend ni genre, ni différence spécifique ; c’est aussi ce qui fait toute la difficulté de la définition de l’être. Or, la nation est un être de raison, tout en étant une idée… Se pose donc un nouveau problème, car, a contrario d’une idée, un être (… ce qu’est aussi la nation comme source, en faisant ainsi un être un soi, et comme sujet de droit, en faisant ainsi un être en un sujet, ici le droit), fut-il spirituel, fut-il imaginaire est essentiellement multiple. Et ce caractère multiple de la nation est une évidence ! Il y a de multiples façons d’être un être, ces façons étant caractérisées soit par l’absence de toute puissance passive (on parle alors d’acte pur), soit par le mélange plus ou moins complexe de puissance qui vient limiter le degré de cet acte essentiel qu’est l’existence. Mais la nation, si elle est être, peut-elle agir directement ? Ceci lui est impossible car, comme le dit d’ailleurs la Constitution, elle a besoin d’un medium pour agir, ce medium étant le peuple, qui pour lui permettre de s’exprimer lui est inséparable. Mais les textes constitutionnels posent alors problème puisque si la déclaration de 1789 énonce en son article 3 que le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation, la Constitution de 1958 nous apprend au premier paragraphe de son article 3 que La souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants et par la voie du référendum.

 

On pourrait néanmoins, déjà dire que si l’Etat n’est pas consubstantiel à la nation, le peuple lui l’est ! Or, la consubstantialité est-elle possible entre deux actants, d’ailleurs posés à des degrés différents, mais chacun premier par les deux textes de base de nos institutions ? sans consubstantialité, les deux peuvent-ils être à la fois, comme posé dans les textes constitutionnels en vigueur, les deux cause première ? Nous y reviendrons… Notons cependant que les Législateurs de 1789 avaient résolu le problème en plaçant leur texte sous l’auspice de l’Etre Suprême qui était alors cause première, nation et peuple devenant alors deux causes secondes efficientes…De ce fait, la notion d’être, pas plus d’ailleurs que celle de non-être, qui se distingue ici de néant puisqu’acte en potentiel, n’est donc pas une notion simplement et pleinement univoque.

 

Notons que même si elle est indéfinissable a priori, la nation est ! Elle impose donc une ontologie et une théologie. Elle est d’une certaine manière la religion de la cité terrestre, plus encore le substitut de Dieu pour le royaume de ce monde ; mais, à ce titre, elle offre le danger des guerres de religion. Les guerres des nations sont plus meurtrières que les guerres anciennes, comme le furent les guerres de religion, car c’est une foi qui est en jeu ; on est passé de guerres de famille et patrimoniale (économes en hommes du fait de l’idée de sujet et de patrimonialité) à des guerres de religion opposant deux fois nationales (cf. Première guerre mondiale…). Plus que la technique, c’est la nation qui a déshumanisé la guerre. Là, la critique de la nation est totalement admissible !

 

Etant d’une certaine manière la religion de la cité terrestre, et c’est comme cela que la percevront les idéologues marxistes, les radicaux anticléricaux et les positivistes, dont Maurras (Il suffit de réfléchir sur sa théorie de l’historicisme… Mais sans aller aussi loin, force nous est faite de constater que l’enseignement de Charles Maurras et de son école est en fait une application stricte du positivisme d’Auguste Comte à la politique ; puisque l’on peut rien savoir sur l’au-delà, les religions ne sont que des moyens qu’on fera servir l’ordre social. Il y a ici une stricte transposition à la politique du positivisme comme doctrine qui par un habile et inconscient transfert porte au compte de la certitude scientifique l’ancienne incertitude des sceptiques sur la valeur de la raison. C’est cela et non son monarchisme qui fonda son excommunication et l’interdit, toujours valable d’ailleurs, de certains de ses écrits…)... Et c’est ainsi qu’à partir de 1880 environ, bref de la prise des pouvoirs par les tenants et penseurs du socialisme marxiste et/ou anarchiste, tout semble avoir été conçu par les laïcistes – la laïcité n’ayant rien à voir avec le laïcisme – pour que la République laïque socialiste se substitue à la Foi catholique, l’objet de la politique des Lumières, du marxisme et d’un certain radicalisme uniquement socialiste étant non pas de fonder la République mais de détruire le Catholicisme, d’où la nécessaire mise en place, le spirituel étant malgré tout indépassable, d’une sotériologie de la nation, bref d’une doctrine du salut par la rédemption, d’où la nécessité des guerres de nations, mais aussi de la théorie du bienfait des crises, ce qui est totalement négatif ; c’est Jacques Rueff exposant dans la première moitié du XXème siècle que l’on ne briserait les archaïsmes des technocraties et des droites et des gauches inertes qu'en insistant sur le bienfait des crises, voire même qu’en les créant, mais des crises jugulées et conduisant au consensus de la concertation et du dialogue… Toujours est-il que dans le cadre de cette sotériologie de substitution de la nation à la religion catholique on pourrait poser les parallèles suivants :

 

Dieu = Etre Suprême, Déesse Raison

Trinité = Nation, Peuple, Raison (ou Liberté ou Loi)

Vertus théologales = Liberté, Egalité, Fraternité

Foi = Théisme, Matérialisme

Pape = Président de la République

Infaillibilité pontificale = élection du Président au suffrage universel

Infaillibilité de l’Eglise = absence de contrôle constitutionnel des actes de l’exécutif

Concile = Congrès

Cardinaux = Ministres

Archevêques = Préfets

Evêques = Parlementaires

Prêtres = Instituteurs

Religieux = Grand Orient de France

Abraham = Vercingétorix à Alésia

Moïse = Clovis et son baptême (!!!)

Salomon = Saint (!!!) Louis sous son chêne

David = Napoléon Bonaparte

Très Sainte Vierge Marie = Déesse Raison, puis Sainte (!!!) Jeanne d’Arc

Saints = Duguesclin, Saint (!!!) Vincent de Paul, Barat, Marceau, Lannes, Pasteur, Hugo, etc…

L’Inquisition = Procureurs et procédure pénale (celle-ci étant d’ailleurs … inquisitoire)

Ancien Testament = Taine, Michelet

Nouveau Testament = Aulard

Décalogue = Déclaration de 1789

Baptême = Certificat d’études, le baptême républicain n’ayant pas connu de réel succès

Confirmation = Admission au conseil de révision

Mariage religieux = Mariage civil

Eucharistie = Banquets républicains

Pénitence = Dégradation civile ou militaire

Ordre = Célibat des institutrices + Légion d’Honneur

Sacrement des malades = Assurance maladie

Pratique de la charité = Sécurité sociale

Vision de l’espérance = Les lendemains qui chantent

Exercice de la foi = Morale laïque

Pouvoir des clés = Divorce

Code de droit canonique = Constitution + Codes civil et pénal

Exégèse réservée aux théologiens = refus du mandat impératif

Calendrier grégorien = Calendrier révolutionnaire

Catéchisme = Manuel d’instruction civique, Catéchisme positiviste

Dimanche = décadi

Guerre juste = guerre révolutionnaire, guerre du droit

 

La nation, comme l’Eglise, a besoin de saints ; c’est le paradoxe de Jeanne d’Arc ! La nation a besoin de miracles ; c’est la mise en exergue des événements finalement anodins que furent la prise de la Bastille ou encore Valmy… La nation est posée ici comme une mystique républicaine, république étant prise ici au sens pur primitif d’aristocratie, de monarchie tempérée, de politie ou de démocratie, s’opposant à l’absolutisme, et, dès lors que l’absolutisme impose l’idée de nation, celle-ci se résume à la personne du chef qui l’incarne ou du Coran dans sa vision unitariste… Pour s’imposer, la nation, au sens non pur, a eu besoin de développer ses prophètes, de développer en parallèle une histoire factuelle et une mystique ; ce fut le rôle des Michelet, Taine, etc… La nation a besoin d’un ensemble de règles l’organisant, comme l’Eglise a eu besoin de développer un droit canonique ; ce seront la Constitution, le Code civil et le Code pénal, dont les rubriques sont d’ailleurs très parallèles à celles du droit canonique catholique !

 

Néanmoins, il est fort possible de faire exister le concept de nation avec un autre schéma idéologique, voire même avec un schéma idéologiquement neutre. En effet, il ne faut pas oublié que nous avons changé de paradigme en 1789. Mais il faut alors se dépouiller des oripeaux du marxisme et du matérialisme pur, admettre une certaine transcendance… Reste ici que la culture est inséparable de la nation comme le démontre le passage au XIXème d’une culture chrétienne ou des Lumières à une culture nationale. Nation et culture sont inséparables, ce qui fait que nation et civilisation sont elles aussi inséparables, la civilisation étant l’ensemble des connaissances, des croyances, des institutions, des mœurs, des arts et des techniques d'une société (Dictionnaire de l’Académie Française, 9ème édition) ; civilisation ne doit en aucun cas être pris au sens que lui donnent Freud et Marcuse, c'est-à-dire comme synonyme totalement interchangeable de culture (notons que lors de l’inauguration de la nouvelle galerie des arts islamiques du Musée du Louvre le 17 septembre 2012, le Président François Hollande a lié les mots culture et civilisation, hiérarchisant même les diverses civilisations islamiques, trouvant les anciennes supérieures à certaines contemporaines ! Il est vrai qu’il avait aussi parlé d’élan national, de patrie, dans son intervention sur TF1, le 9 du même mois… A-t-il oublié ses propos d’avant élection ?) ; mais ce caractère d’inséparabilité ne fait-il pas qu’il y a, en résonnance au romantisme, perspective d’un nouveau choc à venir entre les termes de nation et de civilisation ? ... La définition donnée par l’Académie Française, si elle est éventuellement valable en psychanalyse, est inexacte en science politique  – celle-ci considérant la culture comme une composante de la civilisation –, et même en anthropologie – cette dernière considérant la civilisation comme sous-concept de celui de culture –... Il est vrai que ce sens pourtant premier du mot n’est ni marxiste, ni marxien, ni anthropologique, ni évolutionniste, ni gauchiste, ni raciste ou ni voltairien... A ce propos, Lorsque Claude Guéant invoqua le 7 février 2012 la civilisation à l’Assemblée, totalement d'accord avec lui..., sauf que « civilisation » n’est pas synonyme de « régime politique », étant à la fois plus et à la fois moins… De plus, il s'étonne de la réaction ? Il n'avait qu'à pas baisser culotte avec l'UMP sur le débat relatif à l'identité nationale, alors même que l'article 4 § 2 du TUE imposait qu'on la définisse (mais on ne l'a pas dit)…D'ailleurs, en posant la civilisation européenne (laquelle au fait ?) comme des ténèbres, comme négative, certains à gauche, comme Madame Taubira, ne créent-ils pas eux-mêmes une hiérarchie des civilisations (hiérarchie que posait d'ailleurs Marx lui-même avec son idée d'évolution historique et sa théorie de la succession des modes de production) ? Il y a donc contradiction interne se surajoutant à une culture (fait certes général dans le monde politique à de rares exceptions près) assez faible sur le plan conceptuel... Les propos tenus en réponse par un parlementaire ont été outranciers, voire clairement insultants (« invasion », « ténèbres », comparaison avec le « nazisme », allusion aux « sociétés européennes comme uniquement négatives », etc...)... Avait-il oublié la propre doctrine du Parti Socialiste ? Aurait-il condamné François Hollande hiérarchisant les civlisation islamiques ? Mieux, comme Hitler parlait de civilisation nazie, met-il cette dernière à égalité avec la nôtre ? Je m’y refuse… Ultime question... Puisque la civilisation européenne et occidentale est mauvaise, pourquoi ce Parlementaire a-t-il ressenti la nécessité de passer un Doctorat à la Sorbonne, phare de la culture et de la civilisation "occidentale" ? Notons en passant que selon Jean-Claude Carrière, défendant Charlie Hebdo et ses outrageantes caricatures, il y a supériorité des civilisations reconnaissant les valeurs universelles et des droits de l’homme, et ce sur France Info le 19 septembre 2012.

 

Pourtant, comme l’écrivait Aristote, l’homme est par nature un animal politique ; si bien que celui qui vit hors cité, naturellement bien sûr et non par le hasard des circonstances, est soit un être dégradé, soit un être surhumain (Aristote, Politique, I, 2, 9).  Pourtant, comme l’écrivait Bakounine, l’homme ne crée pas la société, il y naît… En fait, les adulateurs de la nation de la IIIème République avaient oublié que les deux cités peuvent coexister comme le démontra Saint Augustin, … trop souvent mal lu…

 

En effet, selon saint Augustin, comme il y a deux amours, il y a deux cités, l'amour engendrant spontanément une société dont il est le lien, et tous les groupements humains se réduisent à ces deux cités, qui peuvent donc être plurielles, cités dont les caractères sont opposés :

« Ainsi, il existe deux amours ; l'un saint, l'autre impur ; l'un de charité, l'autre d'égoïsme ; l'un concours à l'utilité commune, en vue de la société céleste, l'autre fait plier l'intérêt général sous sa puissance particulière, en vue d'exercer une orgueilleuse tyrannie ; l'un est calme et paisible, l'autre bruyant et séditieux. Le premier préfère la vérité à une fausse louange ;  le second aime la louange,  quelle qu'elle soit ; le premier, plein de sympathie, désire à son prochain ce qu'il souhaite pour lui-même ; le second, plein de jalousie, ne veut que se soumettre son prochain ; enfin, l'un gouverne le prochain pour le prochain, l'autre, pour soi. Ces deux amours ont d'abord paru chez les anges, l'un chez les bons, l'autre chez les mauvais : de là deux cités fondées parmi les hommes, sous le gouvernement merveilleux et ineffable de la Providence qui ordonne et régit la création universelle, la cité des injustes et celle des méchants. Elles se mêlent ici bas à travers les siècles, jusqu'au dernier jugement qui les séparera sans retour. Alors l'une sera réunie aux bons anges et trouvera dans son Roi l'éternelle vie, l'autre sera réunie aux mauvais anges et précipitée avec son roi dans le feu éternel. Telles sont les deux cités. » (Saint Augustin d’Hippone, De la Genèse au sens littéral, XI, 15, 20)

Quelques remarques importantes s’imposent suite à la lecture de cet extrait. En premier lieu, la Cité de Dieu peut se retrouver dans ce monde. Elle est donc, hormis celle des anges, elle aussi terrestre jusqu'à heure du dernier jugement. On devrait donc parler, pour ce qui est de ce monde, de la Cité de Dieu face à la cité des hommes. Ensuite, la Cité de Dieu ne s'oppose en rien à la démocratie et à la république, étant finalement indifférente à sa forme de gouvernement, tant que l'intérêt général et l'amour du prochain priment. Seules les formes dévoyées de gouvernement, telles que présentées par Aristote, s'y opposent : tyrannies, oligarchies, anarchies, … La Cité de Dieu n'est en fait conçue monarchie qu'après le dernier jugement, sous la seule royauté de Dieu, et de nul autre. Sa vision n'est donc en rien – contrairement à ce qu’affirment certains - apologie de la monarchie sur terre ! Enfin, et plus difficile à concevoir, ce n'est pas Satan qui règnera aux enfers, même s'il est le roi des mauvais anges et des méchants. Il souffrira lui-même du feu éternel. Donc, contrairement à une iconographie répandue, Satan lui même rôtira en Enfer. Mais nous reviendrons sur les deux cités, notamment lorsque nous analyserons la nation au travers des trois grands degrés de la société civile posés par Saint Augustin :

« Après la cité, l'univers, troisième degré de la société civile ; car le premier, c'est la maison. Or, à mesure que le cercle s'agrandit, les périls s'accumulent. » (Saint Augustin d’Hippone, De Civ. Dei, XIX, 7)


Et si la preuve de la nation ne pouvait être qu’ontologique, qu’au travers du si elle n’était pas ? La question en débat n’aurait-elle dû dès lors être : La France peut-elle exister sans identité nationale ? ou encore :  La crise de la nation est-elle le parallèle en démocratie de la crise actuelle de la foi religieuse ? Car on ne peut échapper à une évidence… Si l’on efface de l’esprit des gens la religion, la nation, ou tout autre principe transcendant, que ce soit la loi ou la raison, il n’y a plus de métaphysique, plus de philosophie première. On a seulement une sociologie et une action, dans le cadre du matérialisme, y compris pour l’art. Le véritable enjeu du refus de la nation, serait-il la suppression de la dernière transcendance collective, du dernier obstacle au matérialisme et à la finance ? Le triomphe de l’individualisme et du libéralisme matérialistes ?

 

Nous avons parlé dans la question possible posée ci-dessus de démocratie. En effet, la nation, sauf à être fondée sur le seul sang ou sur la race ce qui n’est pas l’approche française, n’est qu’un mythe en absolutisme, césarisme ou totalitarisme ; ce qui prime dans ces formes de gouvernement c’est la personne du chef, l’Etat, le peuple, le système économique, en aucun cas la nation ! Paradoxalement, la nation n’est pas soluble dans la non-démocratie, cette dernière préférant parler de peuple, de patrie, en aucun cas de nation… Ein Volk, ein Reich, ein Führer (Un peuple, un empire, un guide…) dans l’Allemagne nazie, Travail, Famille, Patrie pour l’Etat français, etc… Par contre, l’adjectif national est paradoxalement utilisé par toutes les formes de régime, comme synonyme de fait d’étatique, mais comme ce dernier mot fait peur… Néanmoins, on ne parle jamais autant du peuple, on ne le met jamais autant en avant dans les discours que dans les dictatures, de Jules César à la Corée du Nord, de Hitler à Mussolini, de l’Union soviétique aux démocraties populaires, de Pol-Poth à Castro… D’ailleurs, Robespierre passa de la lutte contre la peine de mort à la tyrannie en passant de la nation au … peuple…

 

Nous reviendrons sur toutes ces questions...

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Published by Serge Bonnefoi - dans Varia
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