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20 décembre 2009 7 20 /12 /décembre /2009 19:29

Aristote (Histoire des animaux) : « Ils pénètrent dans le Pont-Euxin en gardant la côte à leur droite et ils en sortent en tenant leur gauche. »

 

Haute Antiquité

 

Diverses traces disséminées laissent entendre l’existence d’une pêche au thon rouge le long de la côte pendant toute la période du néolithique, soit de 10.000 à 2.000 avant notre ère. Les modes de capture déduites de ces traces par les chercheurs étaient les suivants :

-       usage de pirogues monoxyles avec filets de fibres végétales et lignes relativement proches des palangres modernes. Etaient concernées des espèces surtout benthiques, plus rares étant celles de haute mer. Les traces de capture de thon rouge sont faibles, mais ceci est interprété comme dû à la différence entre le poids du thon et les moyens utilisés ;

-       usage d’un engin proche de la senne de plage, bref d’un long filé calé à quelques encablures formant une grande poche dont les deux extrémités reliées à des cordages sont progressivement halés depuis une plage. Des poids de filets ont été notamment retrouvés comme traces archéologiques attestant de cette méthode.

 

Néanmoins, les premières traces absolues prouvées de la capture de thon rouge dans la rade de Marseille datent du néolithique ancien, soit d’environ 5.700 avant notre ère. Ces traces se retrouvent dans la grotte du cap Ragnon, près de l’Estaque, avec la mise à jour de vertèbres et d’arêtes (source : Jean Courtin, CNRS).

 

Pour ce qui est des VI° et V° siècles avant notre ère, les fouilles de la place Villeneuve-Bargemon, réalisées en 2001, on montré la présence de très nombreuses espèces de haute-mer, dont des thons, et ce dès le début du VI° siècle

 

La période courant du III° au I° siècle avant notre ère voit l’apparition d’un nombre important de petites pêcheries dont l’activité est tournée au principal vers le thon rouge, ainsi que, mais de manière complémentaire, vers le poisson bleu.

 

La basse Antiquité

 

Pour ce qui est du III° siècle, des restes significatifs de thons ont été trouvés à l’intérieur du bassin lors de la fouille du secteur de la Bourse. Ce bassin ayant té comblé à la fin du III° siècle, ces restent attestent bien d’une exploitation à cette époque (source : G. Bertucchi, A. Kiener, F. Fabre, 1975).

 

De même, pour ce qui est des III° et IV° siècles, un lot très volumineux de restes de thons rouges (Thunnus thynnus) a été repéré lors des fouilles de la place Jules-Verne. La prédominance de ces restes parmi ceux de très nombreuses autres espèces met en évidence la forte activité d’une pêche en pleine mer, pêche particulièrement orientée vers la capture d’espèces migratrices (source : M. Sternberg, 1998).

 

On trouve en fait systématiquement la trace de thon rouge dans les niveaux archéologiques du III° siècle, ce qui implique l’existence d’une économie du thon, ainsi que l’utilisation de techniques de captures très structurées et collectives. Les archéologues en déduisent une pêche au filet, sans pour autant être capables de faire la distinction entre madrague, seinche, courantile et thonnaire, la tendance la plus récente étant une préférence pour la seinche et la courantile, cette dernière étant … un filet dérivant à mailles étroites...

 

Deux auteurs anciens viennent, en plus de l’archéologie et de l’archéoichtyologie, confirmer cette réalité :

-       dans son Nature des animaux (XIII, 16), Elien, célèbre sophiste de la fin du II° et du début du III° siècle, confirme que le thon est pêché à Marseille et sur les côtes méditerranéennes : « Je sais que les Celtes, les Massaliotes et tous les habitants de la Ligurie pêchent les thons à l’aide de crochets ou d’hameçons ; il faut que ceux-ci soient en fer, grands et forts. » Il va même plus loin, à la même référence, en parlant d’immenses filets et autres engins de pêche, ainsi que d’entrepôts d’engins de grande pêche ;

-       Oppien fait pour sa part mention d’une technique de pêche assez insolite, les pêcheurs marseillais construisant des barques rapides, aux formes élancées et munies d’un éperon acéré permettant de s’élancer à la force des rames dans les bancs de thons et d’en transpercer certains spécimens. Il fait aussi allusion à des captures habituelles de thons à l’embouchure du Rhône (Halieutiques, III, 625-648).

 

Pour en revenir aux traces archéologiques elles-mêmes, les stigmates observés sur les restes de thons présentent systématiquement des traces de découpe (dégagement de l’arête principale, tranchage de la tête et de la queue), ce qui met bien en évidence qu’il s’agit de déchets rejetés après découpe, impliquant donc une préparation, qu’il s’agisse de salaison ou de débitage de la chair en tranches et en morceaux, ces deux techniques étant de plus confirmées par l’étude de certaines amphores, en particulier de très spécifiques amphores à saumure.

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Published by Serge Bonnefoi - dans Histoire
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commentaires

Serge Bonnefoi 01/05/2012 15:58


Il y a aussi d'intéressantes pages d'Hésiode ou encore de Pline à ce sujet.