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15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 14:26

Augustin d’Hippone (354-430), l’Évêque berbère, aura été tout à la fois un philosophe, un mystique et un homme de gouvernement. Son rayonnement sur la pensée occidentale aura été et reste encore aujourd’hui immense. En effet, confronté aux invasions barbares et à la crise de la chute de l’Empire romain d’Occident, il devait jeter les prémisses du jus ad bellum et du jus in bello, ainsi que la première formulation complète de la théorie des deux Cités.

Dans les faits, saint Augustin aura été le premier des Pères à s'interroger sur ce que l'on appellerait aujourd'hui les grandes questions politiques et sociales, donc entre autres sur la question de la paix et de la guerre, et c'est pourquoi il est à la source de toute la doctrine et de toute la Tradition chrétienne en la matière. Il est la base de tous les enseignements sur le droit de paix et de guerre, non seulement des scolastiques, mais même de ceux qui furent influencés par saint Thomas d'Aquin.

Saint Augustin a développé une véritable anthropologie de la guerre, anthropologie accompagnée d'une vaste analyse historique. C'est de cette anthropologie que devait naître, en la confrontant avec le message des Béatitudes, sa théologie de la paix, et, par conséquent, sa doctrine de la guerre juste qui a pour fin non pas la justification de la guerre mais la recherche de la limitation de ses horreurs et de son existence même.

En ce sens, saint Augustin développe également une philosophie de l'histoire, car, les deux cités une fois conçues dans leur essence pure, la philosophie morale va s'épanouir en philosophie de l'histoire, discerner sous la multiplicité des peuples et des événements la persistance des deux cités depuis le début du monde et dégager la loi qui permet d'en présager le destin (Ét. Gilson, Introduction à l'étude de Saint Augustin, Vrin, Paris, 1987, 2ème éd., ch. IV, p. 227). Nous reviendrons ultérieurement sur ce point.

Par ailleurs contrairement à ceux de ses prédécesseurs qui condamnaient le métier des armes et la guerre sous tous ses aspects, saint Augustin est l'un des premiers qui, à la suite de l'école alexandrine, devait s'écarter de l'erreur millénariste, erreur consistant en la croyance d'une première résurrection des justes, et surtout plaçant cette première résurrection dans des temps très proches. Il est évident que se sentant détachés du monde et  comme devant vivre de leur vivant ce nouvel avènement, ces premiers chrétiens cherchaient par tous les moyens à échapper au monde terrestre pour se préparer au mieux à cet événement. N'oublions pas que Justin, Origène, Tertullien, Cyprien de Carthage, … furent tous à leur manière peu ou prou des millénaristes, ce qui peut permettre de comprendre leur rigorisme détaché du monde. Dès lors qu'il s'écarta de toute tendance millénariste, se refusant à fixer une date pour la fin des temps, le Christ lui-même  nous ayant dit que nul fors son Père n'en connaît l'instant, saint Augustin s'attacha donc à repositionner le chrétien dans le monde, et à l'aider à vivre chrétiennement en tenant compte des réalités de ce monde, son interprétation de la cité terrestre étant bien moins négative qu'on l'a dit pendant de nombreux siècles. Dès lors saint Augustin allait s'attacher à développer, à côté d'une très riche théologie spirituelle fondée sur la grâce, une véritable théologie que nous qualifierions aujourd'hui de théologie sociale.

Le cœur de cette théologie sociale peut se résumer en deux mots : la paix et l'amour du prochain, y compris de ses ennemis : (…) Nous aimons jusqu'à nos ennemis ; et qu'aurions nous à craindre d'eaux puisqu'ils ne peuvent nous enlever l'objet de notre amour  Ils nous inspirent plutôt une affectueuse compassion, car ils ont le malheur de nous haïr d'autant plus qu'ils sont plus éloignés du Dieu que nous aimons. S'ils reviennent à lui, ils sont invinciblement entraînés à l'aimer, comme la source du vrai bonheur, et à nous aimer nous-mêmes, comme étant destinés à partager avec eux la même félicité (…) Qui ne voit qu'il n'est pas un seul homme qu'on doive soulager et secourir, quand ce devoir  s'étend jusqu'aux ennemis mêmes,  selon cette parole du Seigneur : “ Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent ” ? (De la doctrine chrétienne, I, XXIX).

Développée à l'aune des Béatitudes, cette théologie allait chercher à aider l'homme chrétien à vivre dans la cité terrestre, cette cité où se trouvent regroupés tous les hommes unis par leur amour - et leur soumission - commun aux choses temporelles ; mais cet amour s'accompagne d'une nature d'amour insérée dans le propre de chaque homme, nul n'en étant dispensé, ce qui fait que la société humaine n'est que ce que les hommes en font (De Civ. Dei IV, 3). La cité terrestre pourrait donc à terme devenir elle-même Cité céleste… Et le seul souci de saint Augustin est, dans la perspective de la grâce divine et de la vie à venir, de ré-humaniser le Christianisme en le refondant dans ce monde, d'autant plus que ceux qui se trouvaient jusqu'alors hors de ce monde devenaient ce monde du fait de la progression rapide du Christianisme. Saint Augustin est donc en quelque sorte une réaction aux excès de ceux qui recherchaient un absolu admirable mais inaccessible car non humain ; il s'attacha à observer d'un œil attentif les affaires humaines et la nature des choses (De Civ. Dei XIX, 12) en les confrontant avec le dessein de Dieu. Il réconciliait ainsi ce monde et Dieu !

Il est en fait impossible de comprendre saint Augustin sans dire quelques mots sur la théorie augustinienne des deux cités. Les deux cités de saint Augustin succèdent aux et affinent les deux patries d'Origène, patries que l’on retrouvait déjà chez Hermas.

Comme il y a deux amours, il y a deux cités, l'amour engendrant spontanément une société dont il est le lien, et tous les groupements humains se réduisent à ces deux cités, qui peuvent donc être plurielles, cités dont les caractères sont opposés : Ainsi, il existe deux amours ; l'un saint, l'autre impur ; l'un de charité, l'autre d'égoïsme ; l'un concours à l'utilité commune, en vue de la société céleste, l'autre fait plier l'intérêt général sous sa puissance particulière, en vue d'exercer une orgueilleuse tyrannie ; l'un est calme et paisible, l'autre bruyant et séditieux. Le premier préfère la vérité à une fausse louange ; le second aime la louange, quelle qu'elle soit ; le premier, plein de sympathie, désire à son prochain ce qu'il souhaite pour lui-même ; le second, plein de jalousie, ne veut que se soumettre son prochain ; enfin, l'un gouverne le prochain pour le prochain, l'autre, pour soi. Ces deux amours ont d'abord paru chez les anges, l'un chez les bons, l'autre chez les mauvais : de là deux cités fondées parmi les hommes, sous le gouvernement merveilleux et ineffable de la Providence qui ordonne et régit la création universelle, la cité des injustes et celle des méchants. Elles se mêlent ici bas à travers les siècles, jusqu'au dernier jugement qui les séparera sans retour. Alors l'une sera réunie aux bons anges et trouvera dans son Roi l'éternelle vie, l'autre sera réunie aux mauvais anges et précipitée avec son roi dans le feu éternel. Telles sont les deux cités (De la Genèse au sens littéral, XI, 15, 20).

Quelques remarques importantes à la lecture de cet extrait. En premier lieu, la Cité de Dieu peut se retrouver dans ce monde. Elle est donc, hormis celle des anges, elle aussi terrestre jusqu'à heure du dernier jugement. On devrait donc parler, pour ce qui est de ce monde, de la Cité de Dieu face à la cité des hommes. Ensuite, la Cité de Dieu ne s'oppose en rien à la démocratie et à la république, étant finalement indifférente à sa forme de gouvernement, tant que l'intérêt général et l'amour du prochain priment. Seules les formes dévoyées de gouvernement, telles que présentées par Aristote, s'y opposent : tyrannies, oligarchies, anarchies, … La Cité de Dieu n'est en fait conçue monarchie qu'après le dernier jugement, sous la seule royauté de Dieu, et de nul autre. Sa vision n'est donc en rien – contrairement à ce qu’affirment certains - apologie de la monarchie sur terre ! Enfin, et plus difficile à concevoir, ce n'est pas Satan qui règnera aux enfers, même s'il est le roi des mauvais anges et des méchants. Il souffrira lui-même du feu éternel. Donc, contrairement à une iconographie répandue, Satan lui même rôtira en Enfer.

Un premier tableau permettant de distinguer les deux cités est d'ores et déjà possible à établir dès cet instant:


 

Cité de Dieu

Cité des hommes

Amour saint - Charité - Utilité commune, en vue de la cité céleste - Calme - Paix intérieure - Vérité - Amour du prochain - Gouvernement du prochain pour le prochain - Réunion à terme des anges bons et des justes

Amour impur - Égoïsme - L'intérêt général plie devant la puissance particulière - Tyrannie orgueilleuse - Bruit - sédition - Fausse louange - Jalousie - Gouvernement des autres pour soi - Réunion à terme des anges mauvais et des méchants

 


Il ne faut par ailleurs pas oublier que, par delà et avec la cité, saint Augustin distingue trois grands de degrés de la société civile : Après la cité, l'univers, troisième degré de la société civile ; car le premier, c'est la maison. Or, à mesure que le cercle s'agrandit, les périls s'accumulent (De Civ. Dei, XIX, 7). Et tous les caractères des deux cités peuvent se rapporter aux deux autres degrés de la société civile. Cette distinction est importante, car elle permettra à saint Augustin, tout d'abord de bien faire la distinction entre les guerres sociales, les guerres civiles et les guerres classiques, mais aussi de mieux faire comprendre les subtilités des relations inter-humaines.  Puisque chaque cité tire son origine de l'amour, la société n'est que la traduction des individus qui la composent  : Chaque homme, considéré individuellement, est l'élément composant d'un État, si grand qu'il soit, tout comme chaque lettre est l'élément composant d'un discours (De Civ. Dei, IV, 3).

La vision augustinienne des deux Cités n'est pas sans influence sur son approche de la paix et de la guerre. Pour saint Augustin, dont la conception de la Cité aura une influence fondamentale sur tout le monde médiéval, soit un millénaire, la Cité est l'union de créatures autour d'un Amour commun ; une réflexion devrait ainsi être menée sur le parallélisme avec le concept de nation. Néanmoins, à l'origine, Dieu n'aurait pas voulu une Cité, celle-ci étant la conséquence du péché, mais une société !

Saint Augustin aurait ainsi eu une vision pour le moins pessimiste du monde terrestre, vision qui imprègne encore fortement le Christianisme ; il semble ainsi être resté partiellement influencé par le manichéisme, ou du moins par la dualité Bien/mal, mais ceci n'est qu'apparent, car devant être jugé à l'aune des Béatitudes. Il développera donc une théologie de  la paix, celle-ci restant, spirituellement, marquée par le conflit entre le Bien et le mal…, bref par l'éternelle déchirure de l'homme depuis sa chute ! La béatitude, c'est-à-dire la félicité parfaite dont bénéficient les justes, est la démonstration et l'exercice absolu de l'amour. L'exercice parfait de la béatitude s'atteint par la mise en œuvre parfaite des Béatitudes, Béatitudes qui ne sont que la déclinaison pratique des deux commandements d'amour posés par Jésus Christ : aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de tout son esprit ; aimer son prochain comme soi-même, y compris son ennemi.  Ainsi, le juste aime en Dieu tous les hommes, y compris ses ennemis. Il ne craint pas ces derniers puisqu'ils ne peuvent pas lui enlever son bien intérieur qui est l'amour lui-même et qui est désormais sa nature absolue. Bien plus, non seulement le juste aime ses ennemis, mais en plus il les plaint car il sait que s'ils se tournaient vers Dieu ils connaîtraient comme lui la béatitude, embrassant ce Bien qui seul confère cette béatitude : le juste a de la compassion pour ses ennemis, forme suprême de l'amour (De Civ. Dei, XIII, 14 ; XIII, 22 ; XIII, 27 ; XIV, 1).

Néanmoins, si saint Augustin semble assez pessimiste envers le monde terrestre, il semble être plus optimiste en l'homme qu'on le pense généralement, ayant confiance en l'homme et en sa nature, ce qui laisse une place certaine à l'espérance de la paix : De même qu'il y a quelque vie sans douleur, et qu'il ne peut y avoir de douleur sans quelque vie ; ainsi il y a quelque paix sans guerre, mais il ne peut y avoir de guerre sans quelque paix, puisque la guerre suppose toujours quelque nature qui l'entretienne, et qu'une nature ne saurait subsister sans quelque sorte de paix. Ainsi, il existe une Nature souveraine où il ne se trouve point de mal et où il ne peut même s'en trouver ; mais il ne saurait exister de nature où ne se trouve aucun bien (De Civ. Dei, XIX, 13).  D’ailleurs, la phrase suivante a-t-elle pu être écrite par un pessimiste en l’homme ? Une fois pour toutes, on t’impose un précepte facile : Aime, et fais ce que tu voudras (Septième traité sur l’Épître de saint Jean aux Parthes, 8)… Rabelais n’ai pas allé chercher bien loin la devise de son Abaye…

Saint Augustin fait sienne la proposition de saint Paul selon laquelle l'homme est à la fois un être animal et un être spirituel : S'il y a un corps animal, il y a aussi un corps spirituel. C'est ainsi qu'il est écrit : le premier homme Adam fut un être animal doué de vie, le dernier Adam est un être spirituel donnant la vie. Mais ce qui est premier, c'est l'être animal, ce n'est pas l'être spirituel ; il vient ensuite. Le premier homme tiré de la terre est terrestre. Le second homme, lui, vient du ciel. Tel a été l'homme terrestre, tels sont aussi les terrestres et tel est l'homme céleste, tels seront les célestes. Et de même que nous avons été à l'image de l'homme terrestre, nous serons aussi à l'image de l'homme céleste (cf. 1Co 15, 44b-49). Il dépasse ici l'approche aristotélicienne, qu’il ne connaît pas, selon laquelle l'homme n'est pas seulement un être de besoins, mais aussi un animal politique par nature (Aristote, Politique, I, 2, 9).

Et cette division préside à sa conception des deux cités, distinguant les passions charnelles et temporelles des aspirations spirituelles. C'est l'image du vieil homme, de l'homme terrestre. Mais même cet homme éloigné des aspirations spirituelles est conduit par un certain amour, l'amour commun des hommes vivant la vie du vieil homme pour les choses temporelles constituant la cité terrestre : (…) Telle est la vie de l'homme quand il ne vit que pour le corps et se laisse enchaîner par les passions charnelles. Voilà ce qu'on appelle le vieil homme, l'homme extérieur et terrestre, quand même il goûterait sa part de bonheur en ce monde, dans une société bien réglée sous l'autorité des rois ou des princes, des lois, ou même de toutes ces formes de gouvernement. Autrement, en effet, un peuple ne saurait être convenablement constitué, pour ne poursuivre même que les biens d'ici-bas ; lui aussi doit avoir encore son genre de beauté. Cette vie du vieil homme, extérieure et charnelle, soit qu'elle garde une sorte de modération qui lui est propre, soit qu'elle ne puisse se contenir dans les limites d'une justice inspirée par la crainte, c'est la vie de beaucoup d'hommes du berceau à la tombe (De la vraie religion, XXVI, 48-49).

Par opposition, les hommes unis entre eux par le lien de l'amour divin forment la Cité de Dieu (cf. De Civ. Dei, XIV, 28 ; XV, 1 ; XII, 27, 2 ; XIV, 1) : Voyez aussi les noms de ces deux cités, Babylone et Jérusalem. Babylone signifie confusion, et Jérusalem, vision de la paix. Fixez votre attention sur la cité de confusion, pour comprendre la cité de la paix ; supportez l'une et soupirez après l'autre. À quoi pouvons-nous distinguer ces deux cités ? Pouvons-nous les séparer l'une de l'autre ? Elles sont mélangées, et mélangées dès l'origine même du genre humain ; elles doivent arriver ainsi jusqu'à la fin des siècles. Jérusalem a commencé par Abel, Babylone par Caïn. (…) Comment alors pouvons-nous les montrer, aujourd'hui qu'elles sont mélangées ? Dieu saura les discerner (…). Avec la lumière de Dieu, nous pouvons donner des marques pour distinguer les pieux fidèles, même dès aujourd'hui, et les citoyens de Jérusalem  des citoyens de Babylone.  Ces deux cités subsistent  par deux amours : Jérusalem par l'amour de Dieu, Babylone par l'amour du monde. Que chacun  interroge son cœur,  et  il  saura  de  quelle  ville  il est citoyen ; (…) (Discours sur le Psaume LXIV, 2).

L'amour est donc dans tous les cas l'élément constitutif de la cité, ce qui fait qu'il est toujours possible de voir de la beauté et du bien dans toute cité, quelle qu'elle soit (cf. De Civ. Dei, XIX, 12, 2 ; Lettre CXXXVIII, II, 10). L'amour est le lien constitutif de la cité, donc de la société, et il suffit de savoir ce qu'un peuple aime pour savoir ce qu'il est : Le peuple est une réunion d'êtres raisonnables qui s'unissent afin de jouir paisiblement ensemble de ce qu'ils aiment. Pour savoir ce qu'est chaque peuple, il faut examine ce qu'il aime. Toutefois, quelque chose qu'il aime, du moment qu'il y a réunion, non de bêtes, mais de créatures raisonnables, unies par la communauté des mêmes intérêts, on peut fort bien la nommer un peuple, lequel sera d'autant meilleur que les intérêts qui le lient seront plus nobles  et  d'autant plus mauvais qu'ils le seront moins (De Civ. Dei , XIX, 24).


 

 

La Cité de Dieu

La Cité terrestre

Principe

Amour saint et mœurs saintes

Amour impur et mœurs impures

Nature spirituelle

Cité spirituelle et du Bien

Cité matérielle et du mal

Finalité

- Dieu seul

- Le bonheur éternel

- En vue de la société céleste

- La terre

- L'amour propre

- Pour l'orgueil et la domination

But

- Le bien de tous

- Prendre le bien de tous

- Soumettre chacun à son propre pouvoir

Ville mystique

Jérusalem, vision de Dieu

Babylone, la confusion

Personnages clés

- Abel, qui triomphe bien que tué par Caïn

- Les hommes justes et fidèles

- Satan, déchu du Ciel

- Caïn sur la terre

- Les anges tombés et les hommes déchus

Positionnement par rapport à la paix

Une vision de paix :

- paix intérieure

- rareté de la paix extérieure du fait de la guerre continuelle avec la Cité terrestre qui ne s'achèvera qu'à la fin des temps (vision de l'Apocalypse)

Absence de paix :

- jamais de paix intérieure

- rareté de la paix extérieure

Fondement

Appel des créatures raisonnables à la Grâce et à la Gloire

- Construction sur les trois concupiscences (orgueil, luxe, industrialisme)

- Idée de chute originelle

Nature interne

Tranquille, pacifique et unie

Turbulente, séditieuse  et séparatrice

Rapport à Dieu

Soumission à Dieu

Jalousie de Dieu

Rapport à la vérité

- Amour de la vérité

- Rejet des louanges des discoureurs

Avidité de toutes les louanges, d'où qu'elles viennent

Relation au prochain

Chacun souhaite à son prochain le même bien qu'à soi-même

Chacun souhaite se soumettre son prochain

Nature du gouvernement

Gouvernement des hommes pour le bien du prochain

Gouvernement des hommes pour son propre avantage

Origine

- Œuvre de Dieu

- Œuvre de l'Amour de Dieu

- Œuvre des hommes

- Amour de soi

- Née du péché et du détachement de la société céleste

Attitude individuelle

Jusqu'au mépris de soi

Jusqu'au mépris de Dieu

Nature de la liberté

Vraie liberté

Fausse liberté

Le citoyen

Des citoyens naissant de la Grâce qui délivre la nature du péché

Des citoyens enfantés par la nature viciée par le péché

 

C’est ce qu’Étienne Gilson résuma en écrivant qu’un peuple est l'ensemble des individus vivant dans une cité, l'association d'une multitude d'être raisonnables associés par la volonté et la possession communes de ce qu'ils aiment (Ét. Gilson, op. cit., ch. IV, p. 227). Ce qu'aime une société, c'est la fin commune pour l'obtention de laquelle tous es membres se sont associés. Aujourd'hui, on dirait donc qu'une cité se réduit ou plutôt se confond à une nation. La fin commune de toute cité est la paix. Même celui qui cherche la guerre extérieure est conduit par l'amour de sa propre cité et par la volonté d'assurer au sein de cette cité une paix, quelle qu'elle soit. Les guerres entre nations ne contredisent donc pas cette idée.  N'oublions pas que pour saint Augustin, si la Cité de Dieu connaît la paix intérieure, elle ne connaît que rarement la paix extérieure, et ce du fait de la guerre continuelle avec la Cité terrestre qui ne s'achèvera qu'à la fin des temps… : une vision de l'Apocalypse… Et c'est d'ailleurs pour cela que saint Augustin insistera toujours sur l'affirmation que la guerre que l'on mène en soi-même contre le mal et contre le péché est la plus rude de toutes !

Une dernière remarque : La Cité de Dieu est le dernier ouvrage de la littérature chrétienne ancienne à s’adresser à des païens, s’adressant à ceux accusant le christianisme d’être à l’origine de la chute de l’empire romain. Cet ouvrage sera immédiatement suivi par un ouvrage équivalent, bien que moins connu, le Sur le gouvernement divin de Salvien de Marseille, qui, partant de la même idée que saint Augustin, présentait, quelques années après, la Cité divine aux chrétiens…

 

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