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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 10:45

Pour commencer, quelques chiffres… Le mot "guerre" se retrouve deux cent quarante-sept fois dans la Bible : deux cent trente-six fois dans l'Ancien Testament, et onze fois seulement dans le Nouveau Testament. Ceci est très significatif, car Dieu n'est plus aussi Yahvé Sabaoth, mais totalement Dieu Amour ! Le mot "épée" - ou "glaive" - est lui aussi très présent dans la Bible avec quatre cent soixante-dix-sept occurrences : quatre cent quarante et une fois dans l'Ancien Testament, mais aussi trente-six fois dans le Nouveau, ce qui est finalement assez important.

Le peuple d'Israël eut à conquérir sa place parmi des populations combattives, et l'histoire de son établissement et des vicissitudes qui en signalèrent la durée est une longue suite de guerres : Par la foi, ils ont conquis des royaumes, déployé leur vaillance à la guerre, mis en déroute les armées ennemies (He 11, 32-34). Mais nous sommes aujourd'hui dans le temps de la Bonne Nouvelle, de l'Évangile, et désormais le dessein de Dieu est autre, s'offrant à tous les hommes par son Fils, Vrai Dieu et vrai homme mort sur la Croix !

Vers le début de notre ère, il ne manquait pas de Juifs qui envisageaient le triomphe du Messie sous l'aspect d'une bataille acharnée d'où l'envoyé de Dieu sortirait vainqueur. À l'opposé absolu, le Christ laissait à ceux qui s'attachaient à lui cette maxime décisive : Heureux ceux qui font œuvre de paix : ils seront appelés fils de Dieu (Mt 5, 9).

Le combat du chrétien n'est pas un combat militaire ! Le combat du chrétien est avant tout un combat pour la Foi, un combat d'Amour, un combat avant tout intérieur, pour son prochain et non contre l'autre ! Armez-vous de force dans le Seigneur, de sa force toute-puissante. Revêtez l'armure de Dieu pour être en état de tenir face aux manœuvres du diable. Ce n'est pas à l'homme que nous sommes affrontés, mais aux Autorités, aux Pouvoirs, aux Dominateurs de ce monde de ténèbres, aux esprits du mal qui sont dans les cieux (Ep 6, 10-12).

La guerre du chrétien est avant tout une guerre de paix, une guerre contre le mal, une guerre contre le diable ! Et le chrétien se doit de tout mettre en œuvre afin de gagner cette guerre, avec un seul souci en tête : l'annonce de l'Évangile de la paix (Ep 6, 15), car le Christ a tué la haine. Il est venu annoncer la paix à vous qui étiez loin, et la paix à ceux qui étaient proches (Ep 2, 16b-17). La guerre du Christ est une guerre d'Amour, une guerre exempte de toute haine, une guerre de paix dont la seule finalité est le salut de l'homme et la réconciliation avec le prochain,  dans l'esprit du commandement  d'Amour que nous a  donné Jésus-Christ : Aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. À ceci tous vous reconnaîtront  pour mes disciples :  à l'amour que vous aurez les uns pour les autres (Jn 13, 34b-35).

La théologie chrétienne de la guerre est donc avant tout une théologie de la paix, une théologie de l'Amour, car la victoire du Christ a été sur le monde, les chrétiens ayant en Jésus-Christ la paix (Jn 16, 33).

La doctrine morale de l'Église est avant tout une doctrine de paix et de réconciliation, la paix n'étant pas seulement l'absence de guerre, ne se bornant pas à assurer l'équilibre des forces adverses (CEC, 2304). Elle cherche à proposer à l'humanité l'idée d'une fraternité surnaturelle entre les hommes, par delà les races et les nations : Il n'y a ni Juif, ni Grec, il n'y a ni esclave ni homme libre,  il n'y a ni homme ni femme ; car tous vous  ne faites qu'un dans le Christ Jésus (Ga 3, 28).

La doctrine chrétienne est avant tout une doctrine de la charité, donc de la fraternité, du pardon et de l'amour : Maintenant donc demeurent foi, espérance, charité, ces trois choses, mais la plus grande d’entre elles, c’est la charité (1Co 13, 13)...

Il n'y a certes pas à proprement parler de droit chrétien de la paix et de la guerre puisque la paix est seule légitime aux yeux de Dieu. Il serait cependant faux d'affirmer que le christianisme ne cherche pas à encadrer la guerre, car le dessein du Christ s'inscrit dans l'humanité. Cette idée de l'absence de toute perspective de la guerre chez les chrétiens n'est que celle de certaines sectes mystiques ou gnostiques, avec par exemple la conception de Léon Tolstoï. Et c'est un piège dans lequel sont tombés certains chrétiens que celui de l'affirmation de l'absence de toute  perspective de la guerre dans les Évangiles, affirmation d'ailleurs souvent utilisée contre elle par des ennemis de l'Église, en particulier certains théoriciens du marxisme ou agnostiques qui y trouvaient, par une lecture littérale et non spirituelle, une preuve de la contradiction de l'Église.

L'existence de moyens de défense, et leur usage, est en fait une nécessité humaine posée par la raison tant que l'ordre divin ne sera pas instauré sur la terre, donc à l'occasion du retour sur terre du Christ. Bref, la société civile et ses institutions sont, jusqu'à ce temps, fin d'un temps et non fin du ou des temps, des besoins raisonnables en vue du bien commun.

La leçon du Nouveau Testament est en fait que toute guerre n'est pas interdite, et implicitement et explicitement que le métier des armes n'est pas interdit. Par contre, il apparaît déjà que l'usage des armes ne peut être envisagé que par l'autorité publique, et uniquement pour le bien commun, bref selon les impératifs de l'ordre naturel et divin.

Dans tous les cas, la grande difficulté pour les premiers chrétiens, difficulté qui explique partiellement le silence plus ou moins complet des Pères à ce sujet, tient en la quasi-absence de commandements ou de paroles directement liées à la guerre ou au métier des armes, mais ceci n'était pas le propos du Christ Jésus, son royaume n'étant pas de ce monde. Le problème embarrassant de la question militaire n'ayant pas été exposé par le Christ ou par ses disciples, force était faite à chacun de se forger une opinion en conscience, par compréhension intime de la parole divine. Et aujourd'hui encore le débat n'est pas clos, même si l'accent est enfin mis en priorité sur le message d'Amour et de paix transmis par le Fils de Dieu à l'occasion de Son Incarnation.

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Published by Serge Bonnefoi - dans Théologie
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