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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 10:48

On peut lire en (Gn 1, 26) :

 

« Puis Dieu dit : Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu'il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre »

 

Mais qui est donc ce « notre » ?

 

Personne n'a aidé Dieu dans son œuvre de Création. Ce nous, qui n'est pas de majesté, est difficile à comprendre, car il peut induire une idée de polythéisme qui est une fausse interprétation (cf. le Midrach Raba qui va plus loin encore en disant que Dieu est conscient du risque :

 

« que celui qui veut faire l'erreur fasse l'erreur ! »).

 

Pour reprendre Saint Augustin (La Genèse au sens littéral, XIX, 29), Dieu a utilisé nous pour insinuer la pluralité des personnes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

 

De plus, ce verset est immédiatement suivi de Dieu créa l'homme et non pas de ils créèrent l'homme, et cela afin de bien démontrer l'unité divine. De plus, le ils aurait été faux, car l'homme n'est pas créé qu'à la seule image du Père, du Fils ou du Saint-Esprit, mais de Dieu un et trine lui-même.

 

Enfin, comme le dit Rabbi Munk (La voix de la Thora (tome 1, chapitre I, 26), Dieu a voulu proclamer une importante leçon morale : puisque l'homme est créé à l'image de Dieu, il doit prendre dans et par ce nous conscience que tous ses actes s'intègrent dans le dessein de Dieu et qu'il devra tenir compte et de Dieu, mais aussi des plus petits d'entre nous, de toute la Création.

 

Ce nous serait donc à la fois Dieu un et trine, mais aussi leçon à l'homme lui montrant qu'il ne vit pas seul.

 

Comme le conclut Saint Augustin :

 

« Si l'Écriture dit maintenant à l'image de Dieu, après avoir dit quelques lignes plus haut à notre image, c'est pour nous faire entendre que la pluralité des personnes dont il s'agit ne nous autorise ni à dire, ni à croire, ni à penser qu'il y ait plusieurs dieux. Mais nous devons comprendre que le Père et le Fils et le Saint-Esprit -Trinité à laquelle fait allusion l'expression à notre image- ne sont qu'un seul Dieu, comme le montre l'expression à l'image de Dieu. »

 

Enfin, pour faire référene à la tradition hébraïque, voici ce qu'écrit Rachi (XI° siècle) dans ses Commentaires sur la Thora au sujet de (Gn 1, 26) :

 

« Faisons l'homme. Bien qu'ils (les anges) ne L'aient pas aidé dans sa formation (de l'homme), et les hérétiques pourraient (de ce pluriel), attaquer (le monthéisme), l'Écriture n'a pas manqué d'enseigner le chemin de la terre (un trait de bonne conduite) et la vertu de la modestie : le supérieur doit consulter et prendre l'autorisation (conseil auprès) de son inférieur. Et si (la Torah) avait écrit : "Je ferai l'homme", nous n'aurions pas appris qu'il avait parlé avec Son Tribunal, mais (seulement) avec Lui-même. Et la réponse aux hérétiques est écrite à côté (dans le verset suivant) : "Et Il (D.ieu) créa l'homme", et il n'a pas écrit : "Et ils créèrent". »

 

Maintenant, est-ce que elohim ne serait pas un mot pluriel, signifiant les anges qui font le lien entre le divin non nommé et le monde créé et nommé ?

 

C'est bien elohim qui est utilisé pour désigner Dieu en (Gn 1, 26).Il n'est pas possible d'apporter une réponse absolue au terme elohim, même si il est utilisé 2596 fois dans la Bible. Il s'agit bien d'un pluriel, qui désigne le plus souvent Dieu et sa cour céleste, même si d'autres sens existent. La question est compliquée par le fait qu'il n'existe pas de majuscule en hébreu.

 

Au sens mystique, elohim désigne le visage de Dieu rectitude, créateur, juge, alors que YHVH désigne le visage de Dieu miséricorde, bonté. On retrouve ces utilisations dans le Psaume 51.

 

Elohim est surtout utilisé dans la tradition sacerdotale , avec la racine el qui désigne la divinité en général chez les sémites, racine qui pourra être modulée - notamment en al - et donnera par exemple Allah en arabe. Eloah, Dieu, est lui même tardif, apparaissant chez Job, alors que YHVH n'est apparu qu'avec la révélation à Moïse..

 

En fait elohim ne se traduit pas par anges, mais surtout au sens de Dieu (et sa cour céleste), mais aussi pour désigner les dieux païens, les êtres surnaturels (dont les anges), voire même certains hommes à la destinée exceptionnelle.

 

Dans la Genèse, on retrouve elohim :

 

« Au commencement Dieu créa… »

« bereshit bara elohim ».

 

On remarquera que si elohim est un pluriel, bara (créa) est un singulier, ce qui montre bien qu’elohim (et donc pas le nous isolé) est un pluriel de majesté. On remarquera dans cette phrase, tout comme lorsque elohim est utilisé par ailleurs, que le verbe et l'attribut dont elohim est le sujet sont toujours au singulier, ce qui marque bien l'unicité de Dieu. Comment ne pas faire ici un parallèle avec l'Évangile de Jean retraduite en hébreu :

 

« Et la parole était Dieu »

« Adavar haya et haelohim » !

 

Pour finir, rappelons qu’Allah vient de al-ilâh, el ayant évolué en al, puis en ilah. D'où la traduction par Dieu, mais aussi par la divinité par excellence. Le al est la racine correspondant à el et ilah la dérivée de el.

 

Enfi, quand on parle de Kabbal, on doit écrire Ka'ba, c'est-à-dire la bayt Allâh (maison de Dieu) ?

 

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Published by Serge Bonnefoi - dans Ancien Testament
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