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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 10:46

Le Concile d’Elvire - Réuni en Espagne au début du IVème siècle, aux environs de l’an 300, le Concile d'Elvire est le premier des Conciles locaux connu par ses canons. Sur ce concile, on peut lire l'article " Elvire (Concile d') " de G. Bareille, in : Dictionnaire de Théologie Catholique, Paris, 1911, vol. 4, c. 2378-2397

Alors qu'il condamne clairement les jeux du cirque, notamment aux canons 2 et 62, et les jeux de hasard, ainsi que ceux qui les pratiquent, il est assez surprenant que le Concile d'Elvire ne se soit pas prononcé sur la question du métier des armes, et plus largement sur la guerre, d'autant plus que la motivation du refus des métiers du cirque est notamment le fait de risquer de devoir donner la mort, chose qui est pourtant d’une évidente réalité dans le métier de soldat, l’idée contemporaine de “zero killed” n’étant qu’une chimère.

Ce Concile est assez perturbant, car ses canons semblent pour le moins manquer de charité, faisant montre d'un certain rigorisme apparemment très éloigné de la sollicitude du Christ. En effet, ce Concile pose une sorte de “Code pénal” applicable aux chrétiens et semble plus intéressé par un long exposé de peines et de châtiments que marqué par un sentiment quelconque de pardon.

Le canon 62 impose par exemple aux cochers de cirque, ou encore aux mimes, de renoncer à leur métier, avec interdiction d'y revenir, pour accéder au catéchuménat, principalement en raison des risques d'idolâtrie et d'obscénité de ces métiers, mais il ne fait finalement que reprendre des dispositions déjà posées antérieurement, par exemple dans la Tradition Apostolique d’Hippolyte de Rome ou encore chez Tatien. Par contre, il est surprenant, à la lecture de ce qui précède, que les canons relatifs au catéchuménat ne disent rien sur le métier des armes.

Le fidèle doit de même s'interdire toute pratique ou tout acte pouvant soit entraîner idolâtrie, soit avoir des conséquences nuisibles à autrui. Mais, là encore, si le canon 6 évoque la mort par maléfice, le canon 62 précité impose l'abstention d'assister aux jeux du cirque ou aux représentations théâtrales et le canon 79 pose l'interdiction de jouer aux dés, tout cela pour éviter la cruauté, la vision de l'homicide ou l'idolâtrie. D'autres canons confirment cette obsession de l'idolâtrie, tel le canon 59 interdisant de monter au Capitole sous prétexte de sacrifice. Le crime le plus grave est donc bien, non pas le meurtre, mais l'idolâtrie.

Le silence sur les armes est donc surprenant, même si les empereurs se montraient déjà assez coulants quant au respect des obligations sacrificielles dans les cérémonies militaires ou civiles, ceci expliquant peut-être cela.

Le Concile d’Arles - Le premier canon conciliaire s'exprimant clairement sur le métier de soldat semble être le célèbre canon 3 du Concile d'Arles de 314, canon dont la traduction partage d'ailleurs toujours les exégètes : De his qui arma proiciunt in pace, placuit abstineri eos a communione  (Pour ceux qui mettent bas les armes en temps de paix, il a été décidé de les tenir hors de la communion).

Ce concile gaulois va donc bien plus loin que le Concile d'Elvire, puisque non seulement il s'exprime sur le métier des armes, mais que de plus condamne canoniquement la désertion en temps de paix. Mais la difficulté est de savoir ce que signifie in pace, deux interprétations étant possibles.

S'il est pris comme synonyme de paix avec l'État romain, celui-ci n'étant plus persécuteur, il y a condamnation de tout soldat déserteur, d'autant plus que depuis Auguste le soldat n'était plus conscrit mais seulement professionnel, donc selon un acte de volonté propre. Ceci est possible puisque cela ne faisait que depuis un an que l'Édit de Milan reconnaissant de manière légale le christianisme dans l'empire avait été adopté par Constantin et Licinius et que l'édit de tolérance de Maximin Daïa était promulgué.

S'il doit s'interpréter au sens strict, il concernerait uniquement ce que nous qualifierions aujourd'hui d'objection de conscience ou de désertion en temps de paix. Mais dans ce cas, rien n'est dit sur la désertion en temps de guerre, et deux solutions sont possibles. En effet, le Concile ayant été convoqué par l'empereur, on peut supposer qu'aucune objection n'est posée au métier des armes, bien au contraire, et la lecture du canon 3 est alors un renforcement du lien des chrétiens à l'empire ; ou alors cela signifierait que le Concile admettait la présence de chrétiens dans les armées, tout en continuant à leur interdire de tuer à la guerre, ce qui semble absurde.

On peut estimer que la première des interprétations est la plus proche de la réalité, l'idée de Pax romana étant une réalité fondamentale de l'époque.

Le premier Concile de Nicée - À noter le fait que le premier concile de Nicée, qui se tint en 325, ne fut œcuménique que du fait que quelques légats de l’Évêque de Rome y furent représentés, et en aucun cas les Évêques de la partie occidentale de l’Empire. Au contraire du Pape, l’empereur y joua par contre un très grand rôle.

Le canon XII du Concile de Nicée I se prononce sur le métier des armes, mais non sur sa réalité. Il se prononce uniquement sur le cas de ceux qui ont quitté les rangs de l'armée pour retourner dans le monde. Ceux qui, appelés par la grâce, ont manifesté un premier élan et déposé le ceinturon, mais ensuite sont retournés comme des chiens à leurs propres vomissements, au point que certains sont allés jusqu'à donner de l'argent et par des présents ont réussi à être rappelés au service militaire, ceux-là se prosterneront dix ans, après la durée de trois ans passée par les auditeurs.  

Il est donc interdit de retourner à l'état militaire lorsque celui-ci a été abandonné, mais rien n'est dit sur deux cas : ceux qui, portant les armes, demandent à devenir chrétiens, et le deviennent, et celui des chrétiens qui, sans jamais avoir été militaires, le deviennent.

Par contre les mots utilisés par les Pères conciliaires quant à l'état militaire sont en apparence très durs : (…) comme des chiens à leurs propres vomissures. Ils reprennent l'image de Jérémie sur Moab de [Jr 48, 26], et plus encore de [Pr 26, 11] sur le sot : Tel le chien qui retourne à ce qu'il a vomi, tel le sot qui réitère sa folie ! Ce sont d'ailleurs les mêmes mots que Pierre utilisa contre les faux docteurs (2P 2, 22)…

Ceci pourrait laisser supposer que les Pères conciliaires étaient opposés de manière générale à l'état militaire. Mais on objectera, outre le fait que ce premier Concile œcuménique fut réuni à l'initiative de l'empereur Constantin, empereur qui ne fut pas particulièrement condamné pour son action militaire - bien au contraire -, celui que l'état militaire était assez mal considéré dans l'opinion publique. De plus, il ne faut pas oublier le contexte ; en effet, ce canon fut adopté pour condamner les apostats pendant la persécution de Licinius. On ne peut donc en tirer de conclusions définitives, si ce n’est que l’état militaire était réprouvé en tant que signe ou que risque d’apostasie (cf. Pierre Bellarmin, IIa Controversia generalis, De membris Ecclesiae militantis, l. II).

À noter que le concile de Chalcédoine de 451 - donc situé hors de l’époque concernée par la présente étude - se contenta d'énoncer en son canon VII que les clercs et les moines ne doivent plus aller à l'armée, ce qui laisse supposer qu’au moins certains d’entre eux le faisaient.

 

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Published by Serge Bonnefoi - dans Histoire
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