Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 mars 2010 6 27 /03 /mars /2010 13:22

Au départ, une hérésie est souvent la défense véhémente et exclusive d'un point partiel - quoique parfois authentique - de la Révélation chrétienne, développant ce point au détriment de l'équilibre de la foi. Elle se distingue de l’hétérodoxie en ce sens qu’elle menace gravement l’équilibre de l’enseignement de la foi catholique, donc dépassant le simple éloignement douteux de cet enseignement (ces deux phrases ne sont pas de moi. Excusez-moi, mais je n’en ai pas encore retrouvé la source).

L'Église ne condamne pas pour le plaisir de condamner ! L'Église ne condamne jamais avec joie, car toute  condamnation est souffrance pour celui qui condamne ! L'Église, comme gardienne de la Foi, comme témoin, comme servante de la fidélité au Christ, se doit cependant de mettre en garde les fidèles contre certaines embûches qui risquent de le faire trébucher sur la route vers Dieu, qui risquent de faire que les chrétiens ne soient plus un [cf. Jn 17, 11]. La dénonciation d'une hérésie, plus qu'une condamnation, est surtout le signal d'un danger pour l'homme. C'est pourquoi il est nécessaire de connaître quelques unes des principales hérésies, afin d'éviter de trébucher dans la longue marche qui conduit vers la Splendeur et la Gloire du Père.

Ne sera pas abordé le gnosticisme, et ce du fait de sa spécificité.

 

L’adoptianisme - Hérésie condamnée par le Synode d'Antioche en 268, ses partisans proclamaient que Jésus-Christ ne fut qu'un homme adopté par Dieu. Jésus n’est donc pas Dieu par nature mais par adoption. Il n’est donc qu’un homme sur lequel la puissance divine est descendue lors de son baptême, ce qui lui a permis d’accomplir des miracles. Jésus ne connaît sa pleine divinité qu’après sa résurrection. Il s’agit d’une dérive judéo-chrétienne fondée sur une transposition ontologique et littérale du baptême de Jésus. On rappellera que la notion de judéo-christianisme est vaste et difficile à définir. Elle doit en fait s’entendre, d’une manière générale, dans un sens limité, s’appliquant aux chrétiens d’origine juive qui, dans les débuts du christianisme et pendant plusieurs siècles, ont constitué un groupe à part à l’intérieur de l’Église, conservant une identité spécifique et observant des rites juifs (P. Poupard dir., Dictionnaire des religions, PUF, Paris, 1984, page 874).

 

Les anoméens - Pour les anoméens, le Fils et le Saint-Esprit ne sont que des créatures du Père. Cette hérésie fut condamnée par le Concile de Rome en 382.

 

L’appolinarisme - Selon cette hérésie, le Verbe aurait tenu lieu d'âme à Jésus-Christ homme. Cette hérésie fut condamnée par les Conciles de Constantinople en 381 et de Rome en 382.

 

L’arianisme - Arius partait a priori d’une question de logique : comment Dieu pourrait-il être à la fois un et trine ? Et ce prêtre d’Alexandrie devait répondre que le Verbe, c’est-à-dire le Christ, n’était qu’une créature, n’ayant reçu le privilège d’être Fils de Dieu que par adoption. Donc, pour les disciples d'Arius, Jésus-Christ n'est pas vrai Dieu, mais seulement la plus haute des créatures ; de ce fait, le Fils n'est ni semblable, ni consubstantiel au Père ; il en est totalement différent. Comme la foi trinitaire n'avait pas encore reçu de formulation définitive à cette époque, la crise allait se propager dans tout l'Orient au point que l'empereur Constantin, qui était arien, devait décider d'intervenir en convoquant le concile de Nicée. Arius sera exilé et excommunié mais l'arianisme continuera de se répandre, même parmi les barbares évangélisés par l'évêque Goth et arien Wulfila (311-383). Cette conception radicalement différente des rapports entre le Père et le Fils se prêtant à une soumission du spirituel au pouvoir temporel, elle ne pouvait que séduire l’empereur, et d’ailleurs l’un des deux fils de Constantin, qui règnera sur l'Orient, sera lui aussi arien, bien que son père se soit fait baptiser dans la foi trinitaire à sa mort. Cette hérésie fut condamnée par les Conciles de Nicée en 325 et de Rome en 382. Lors de la dissolution de l'empire romain, l'arianisme manquera de peu de l'emporter sur le christianisme, le dernier roi arien, Récarède Ier, roi Wisigoth d'Espagne, étant le dernier à se convertir en 589.

 

Diodore de Tarse -  Selon Diodore, il y avait en fait deux Fils, l'un existant avant les siècles, et l'autre après l'assomption de la Vierge Marie. Cette hérésie fut condamnée par le Concile de Rome en 382.

 

Le docétisme - Le docétisme est à classer parmi les hérésies trinitaires, au même titre par exemple que l’arianisme ou encore que le monophysisme. Selon ses tenants, particulièrement virulents aux II° et III° siècles, Jésus-Christ avait seulement fait semblant d'être un homme. Le Fils ne s’était donc pas incarné puisqu’il n’avait qu’une apparence humaine. Cette hérésie fut condamnée dès l'origine, en particulier dans la première Épître de Jean.

 

Le donatisme anabaptiste - Pour cette secte, une priorité absolue devait être donnée aux principes, aucune sensibilité aux aspects pastoraux et humains ne devant être admise. Cette hérésie fut condamnée par les Conciles d'Arles en 314 et de Carthage en 411.

 

Le hussitisme - Selon Jan Hus, l'Église universelle était composée de l'ensemble des seuls prédestinés vivant dans le passé, le présent et le futur. De plus, il affirmait qu'il existait hors de Dieu des êtres éternels et incréés. Cette hérésie fut condamnée à l'occasion du Concile de Constance en 1414-1418.

 

Le manichéisme - Selon les manichéens, il existe deux principes absolus et égaux : l'un bon, l'autre mauvais, en opposition permanente, cette opposition étant irréductible. Fortement influencée par le bouddhisme, cette hérésie avait donc une vision dualiste de la Divinité. Par ailleurs, à l'heure du jugement dernier, il y aurait triomphe final du mal, le monde et les hommes étant prédestinés au mal. Le manichéisme est en fait une transition entre le gnosticisme et le christianisme, ainsi qu’une passerelle vers le bouddhisme. Cette hérésie a été condamnée par les Pères de l'Église, et en particulier par saint Augustin. Elle connaîtra une résurgence avec l’hérésie cathare ; en effet, pour les tenants du catharisme, il existe deux puissances égales : le Bien - d'où procèdent la lumière et l'esprit - et le mal - d'où proviennent le monde, la matière et les ténèbres -. Ces deux puissances s'affrontant en permanence, il faut donc, pour échapper au mal, se libérer du monde et en particulier du corps. Seule en principe l'élite des parfaits peut être sauvée. Cette nouvelle forme de l’hérésie entraîna l'excommunication de Raymond VI en 1208.

 

Marcel d’Ancyre - Selon cet hérétique, condamnée au Concile de Rome en 382, le Fils n'est qu'une extension ou une contraction séparée du Père. De ce fait le Fils n'a pas de substance et aura donc une fin.

 

Le marcionisme - Membre de la communauté chrétienne de Rome, Marcion en fut exclu en 144. Il devait fonder une église séparée, dôtée de sa propre hiérarchie, avec ses fidèles et ses martyrs. En effet, sa doctrine était fondée sur une conception dualiste inspirée du gnosticisme, ce qui fait qu’il opposait l’esprit à la matière et le Dieu du Nouveau Testament à celui de l’Ancien Testament. Ainsi, le Dieu du Nouveau Testament, bon, ne peut pas être créateur, puisque le monde est mauvais, et ce d’autant plus que c’est ce Dieu bon qui aurait pris l’apparence d’humanité de Jésus. De plus, selon Marcion, seul saint Paul aurait compris Jésus en opposant la Foi à la Loi,c e qui est faux ! De ce fait, Marcion proclamait l'homme devait se détacher de l'emprise de la chair, foncièrement mauvaise, et de ce fait refuser de perpétuer le monde du Créateur ; dans ce cadre, le mariage est à condamner, car il serait à la base même du mal.

Apparaît Marcion, né dans le Pont, fils d’un évêque et retranché de la communion de l’Église pour avoir déshonoré une vierge. Celui-ci prenant occasion de cette parole : « Tout arbre bon produit de bons fruits ; tout arbre mauvais produit de mauvais fruits, » travailla de toutes ses forces à propager l’hérésie de Cerdon et à accréditer la doctrine qu’avait imaginée son devancier (Pseudo-Tertullien, Contre tous les hérétiques, VI).

 

Le modalisme - Courant cherchant à fonder de manière absolue l’unicité de Dieu, le modalisme conçoit que Dieu se manifeste de trois manières différentes. Dieu est donc un et unique, et la Trinité n’est que l’expression de ses trois modes d’action, chacun étant lié à une fonction. Dieu comme Père est la source de toute chose, comme Fils sauveur et comme Esprit auteur de la sainteté, sainteté répandue sur les croyants par les sacrements. Il n’y a donc qu’une seule personne divine qui joue trois rôles. Son fondateur a été Noetos de Smyrne, donc le successeur fut Sabellius.

Le monarchianisme - Courant archaïque de la théologie trinitaire s’enracinant dans la conviction que Dieu est le seul principe de l’être, principe dont est issu tout ce qui existe, y compris le Fils et l’Esprit.

 

Le monoénergisme - Pour ses sectateurs, le Christ a eu deux vies et deux activités absolument distinctes : l'une divine et l'autre humaine. Cette hérésie a été condamnée aux Conciles de Constantinople en 381 et du Latran en 649.

 

Le monophysisme - Les tenants de cette hérésie, condamnée lors du Concile de Chalcédoine en 451, proclamait qu'il n'y a qu'une seule nature en Jésus-Christ, son humanité ayant été absorbée par sa divinité.

 

Le monothélisme - Selon cette hérésie, le Christ n'a eu ni vie ni activité humaine. Cette hérésie a été condamnée lors des Conciles de Constantinople en 381 et du Latran en 649.

 

Le montanisme - À la fois erreur et hérésie, le montanisme professait que les visions et les révélations eschatologiques, en particulier des femmes, sont les seuls moteurs de la vie chrétienne. Les temps du Paraclet auraient commencé avec la venue de Montan, et la Jérusalem nouvelle est déjà inaugurée pour un règne de mille ans. Il faut donc vivre dans la continence absolue pour préserver le prophétisme et préserver ce règne. Enfin, le martyre doit être recherché, étant la manifestation absolue de la soif de Dieu. Le montanisme, considéré à son départ comme une erreur, a été considéré par la suite comme hérétique, notamment par le Synode d'Iconium  vers 220, par le Pape Innocent Ier en 404 (lettre Etsi tibi, c. 8, § 11), ou encore par le Pape Grégoire 1er vers 601 (lettre Quia caritati nihil).

 

Le nestorianisme - Pour les nestoriens, il y a deux personnes distinctes dans le Christ, l'une divine, l'autre humaine. Cette hérésie, qui persiste au Moyen-Orient, a été condamnée aux Conciles d'Éphèse en 431 et de Chalcédoine en 451. Ce n’est plus qu’une erreur depuis une déclaration de Jean-Paul II en 1994.

 

Le patripassianisme - Ce n’est pas Jésus mais le Père qui a été crucifié.

 

Le pélagianisme - Pour les pélagiens, toute trace du péché originel a été effacée par le Christ, et de ce fait la grâce divine et la Rédemption ne sont pas indispensable. De même, le baptême des petits enfants est inutile de ce fait. Cette hérésie a été dénoncée lors du Concile de Carthage en 412 et a abouti à la condamnation de Pélage et de Célestius en 417.

 

Photin et Hébion - Selon ces hérétiques, Jésus est né seulement de Marie, sans intervention ni de Dieu, ni d'un homme. Cette hérésie a été condamnée à l'occasion du Concile de Rome en 382.

 

Le sabellianisme - Forme développée du modalisme, le sabellianisme conçoit que le Père est le même que le Fils. En fait, Dieu exerce divers métiers et change de nom à chaque fois qu’il en change. Lorsqu’il est créateur, il est Père ; lorsqu’il est sauveur, il est Fils ; lorsqu’il est sanctificateur, il est Esprit. Fondée par Sabellius, cette hérésie a été continuée par Marcel d’Ancyre. Cette hérésie a été condamnée au Concile de Rome en 382.

 

Le valdisme - Pour les vaudois, la seule autorité est l'Évangile, l'Ancien Testament et les Épître n'ayant aucune autorité. La seule voie pour être sauvé est la pénitence absolue et permanente. Enfin, les Évêques sont inutiles. Cette hérésie a été condamnée lors du Concile de Vérone en 1184.

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Serge Bonnefoi - dans Théologie
commenter cet article

commentaires

Serge Bonnefoi 03/04/2010 09:35



Merci de votre commentaire. N'hésitez pas à en faire d'autres si vous le jugez utile. Il me semblait en effet nécessaire de signaler l'attitude de
Jean-Paul II vis-à-vis du nestorianisme. Maintenant, pourquoi ne nous expliqueriez-vous pas en quoi, selon vous, la perception occidentale du
nestorianisme serait erronée ? Cela pourrait être intéressant justement de l'expliquer. Merci d'avance.


Sinon, la faute a été corrigée.



ACG 03/04/2010 00:47



Hormis le défaut au paragraphe arianisme où manque le t de "n'était" ; rien à redire. Les informations m'ont paru honnètes et utiles, tant sur cette page que sur plusieurs autres. Au paragraphe
nestorianisme, je crois la perception occidentale incorrecte, et vous ètes le premier à préciser l'attitude réparatrice de Jean-Paul-II. C'est très important de le dire.


Alors bonne continuation.