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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 16:06

La vie de l’Eglise de Clément V à la rupture provoquée par Luther, bref de 1305 à 1517, aura été bien paradoxale : la décadence morale allait coexister avec une plus grande foi, la ruine religieuse allait coexister avec une plus grande richesse spirituelle, il y eut coexistence de la ruine mais aussi de la richesse matérielle... Voilà comment il serait possible de résumer l’évolution de l’Eglise à cette époque… Bien paradoxal !

 

Faisons le bilan :

- L’Eglise a perdu de son influence politique, sociale, morale et religieuse. Les princes s’enferment dans un égoïsme national et restent sourds aux appels du Pape contre l’expansion turque…

- Beaucoup de Papes se sentent plus princes que guides de la Chrétienté, préférant parfois la luxure à la morale chrétienne…

- Les institutions secondaires déclinent. Par exemple, la chevalerie devient humaine et non plus religieuse, héréditaire et non plus de mérite, nationale et non plus au service de la Chrétienté…

- Les anciens ordres religieux perdent souvent de leur ferveur (même si en réaction de grands saints allaient en surgir), alors que les nouveaux, hormis celui des Minimes, ont peu d’éclat…

- Les hôpitaux perdent souvent tout sens de la charité…

- La danse commence, surtout chez les grands, à remplacer la culture chrétienne…

- Le théâtre prend des allures de plus en plus libres, grivoises…

- Les désordres de la chair deviennent communs chez les grands, même chez les Papes ou les cardinaux…

- Le respect de la propriété tend à s’effriter, tant par la rapacité des grands que par l’anarchisme de certains, tels les rustauds de Meaux…

- L’esclavage réapparaît vers la fin du XIV° siècle…

Un véritable réquisitoire…

 

Et pourtant, par réaction, les âmes religieuses allaient lutter contre cette recrudescence du mal, et, par conséquence, l’esprit chrétien allait se renforcer chez beaucoup. Faisons là encore le bilan :

- Les Universités (qui feront de moins en moins d'hérésies) et les Ecoles se développent (bien avant Jules Ferry) et s’inspirent de l’idée chrétienne…

- L’imprimerie développe le gout de la lecture, et, s’il y eut des mauvais livres, il y eut diffusion de la Bible latine, développement des livres de piété : l'[i]Opus tripartitum[/i], le [i]Guide des âmes[/i], l’[i]Imitation de Jésus-Christ[/i], le [i]Miroir des Chrétiens[/i], …

- La prédication revient à l’honneur, notamment sous l’impulsion des Franciscains et des Dominicains. Ce seront les figures de Saint Jean de Capistran, de saint Bernardin de Sienne, de Robert de Lecce, de Gerson, de Tauler, etc… C’est saint Vincent Ferrier évangélisant l’Espagne, la France, l’Italie, l’Angleterre, l’Ecosse, l’Irlande, Lausanne, et ce pendant quarante ans, prêchant au moins 3 heures de sermons par jour…

- C’est l’apparition de moyens d’instruction chrétienne, avec les premiers catéchismes en images, la [i]Bible des pauvres[/i], etc… C’est le développement de l’éducation chrétienne par le drame, la sculpture, la peinture, la miniature, …

- C’est, malgré l’émergence d’une noblesse tendant à devenir héréditaire et jalouse, une certaine fusion des « classes sociales » autour de et grâce à l’esprit chrétien qui reste vivace. C’est la vie en commun des patrons et des ouvriers… Ce sont les corporations. En France même, les Prêtres d’origine noble et les petits se trouvent partout mêlés, se sentant sur le même pied d’égalité, celui de chrétien, et ce à l’Eglise, dans les confréries, et même à la taverne (qui peut, selon ce que l'on veut, être autant lieu de débauches que lieu de rencontres)… Ce sont ces Prêtres portant une grande attention à ce que leurs fidèles sachent lire...

- Ce sont de nouvelles formes de vie chrétienne : les béguines, etc...

- Ce sont certains hôpitaux, certaines religieuses, se sacrifiant encore plus au service de leurs sœurs et de leurs frères face à la décadence d’autres…

- C’est le temps de bien grands saints, 20 Franciscains et 12 Dominicains du XV° siècle étant ainsi faits bienheureux. Mais ils sont peu connus, car c’étaient des saints humbles, cachés au milieu des autres chrétiens sur lesquels ils rayonnaient… Ce furent donc saint Vincent Ferrier (mort en 1419), saint Jean de Capistran (mort en 1456), saint Bernardin de Sienne (mort en 1444), mais ce furent aussi saint Jacques de la Marche, saint Antonin, le bienheureux Bernardin de Feltre, saint François de Paule, sainte Colette…

Un véritable florilège…

 

Alors cessons de ne voir que le mal, même si nous ne devons pas le cacher, car cette réaction de peur a finalement donné bien des armes aux ennemis de l’Eglise ! Mais regardons aussi, regardons surtout le bien ! L'Eglise ne sera plus jamais la même après cette époque, non pas tant du fait du protestantisme, mais parce qu'elle va redevenir l'Eglise de tous, l'Eglise des humbles, non plus l'Eglise des princes... Sans l'élan né à et de cette période, le fils d'un humble facteur aurait-il pu devenir Pape ? J'en doute... Sans la démesure de cette période, y compris dans ses erreurs, serions-nous aujourd'hui plus d'un milliard de catholiques dans le monde entier et non pas uniquement dans les quelques nations de l'époque : Italie, Allemagne, Angleterre, Suisse, Espagne et France ? Je ne le crois pas...

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Published by Serge Bonnefoi - dans Histoire
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