Partager l'article ! Les persécutions antichrétiennes au temps de Rome: L’histoire des persécutions se divise en trois grandes époques, chacune de ces époq ...
Volutes et poussières...
L’histoire des persécutions se divise en trois grandes époques, chacune de ces époques correspondant à une phase de la prise de conscience qu’a eu l’empire romain de l’impact et de la montée du Christianisme.
La première époque, celle des deux premiers siècles, n’est pas celle des persécutions structurées. Il s’agit bien plus de persécutions structurelles, de persécutions où les autorités romaines frappent presque au hasard. Ce sera par exemple la persécution de Néron en 64, avec les martyres de saint Pierre et de saint Paul. En fait, les persécutions sont surtout sporadiques, occasionnelles, déclenchées par des autorités locales non pas en fonction d’un plan d’ensemble mais pour répondre à ce que ces autorités jugent être un péril pour l’empire, ou encore dans le cadre de flambées locales de colère. On peut citer ici à titre d’exemples :
⑴ la persécution de Domitien en 95, avec notamment les martyres de Flavius Celemens et de Domitille ;
⑵ les persécutions de Trajan en 100 et en 107, avec notamment les martyres de Clément et d’Ignace ;
⑶ l’émeute populaire de Smyrne, en 156, à l’occasion de laquelle l’évêque Polycarpe mourra martyr ;
⑷ la persécution de Marc-Aurèle entre 177 et 180, avec les martyres de Pothin et de Blandine à Lyon, de Justin à Rome ou encore les martyres de Scili en Afrique du nord.
Ce n’est que dans un deuxième temps que l’empire prend réellement conscience du fait que le Christianisme cristallise une opposition au pouvoir impérial et pour la religion romaine, constituant de facto une menace pour sa pérennité. On aura dès lors une persécution intermittente, déclenchée ou suspendue au gré des empereurs. La grande différence avec la phase précédente est que désormais la persécution est décidée par édit et concerne l’intégralité de l’empire. Septime Sévère aura été le premier des empereurs à se lancer dans ce type de persécution, avec l’adoption de mesures générales contre les chrétiens. Il devait ainsi interdire en 202 aux chrétiens de faire du prosélytisme et de baptiser, donc de se développer, ce qui sera l’occasion de phases importantes de répression, en particulier à Lyon (martyre de saint Irénée), à Carthage (martyre de Perpétue et de Félicité) ou encore à Alexandrie (martyre des élèves du Didascalée, massacre des moines du désert, martyre de Potamienne et de Basilide). On peut constater une période d’accalmie d’une vingtaine d’années, de 230 à 250, principalement du fait de l’amnistie proclamée par Caracalla.
La troisième phase, qui sera en fait la plus violente, éclatera au III° siècle, la répression atteignant son paroxysme, s’abattant systématiquement et partout sur l’Église et sur les chrétiens. Ce sera d’abord en 250 la persécution de Dèce, persécution qui sera poursuivie par Valérien. Le moyen de cette persécution sera un recensement général impliquant un sacrifice obligatoire à l’empereur, ce à quoi les chrétiens ne pouvaient que s’opposer. Pendant une dizaine d’années, ce sont ainsi des flots de sang chrétien qui allaient couler partout dans l’empire, par exemple à Carthage (martyre de Cyprien), à Rome (martyre des Papes Fabien, Étienne I et Sixte II), à Smyrne (martyre de Pionus) ou encore en Arménie (martyre de Polyeucte). Après ces massacres, l’empire allait connaître une accalmie d’une quarantaine d’années, avant que Dioclétien, attisé par Galère, ne déclenche en 293 la plus longue et la plus violente des persécutions, puisque son successeur Maximin allait poursuivre la même politique ; ce seront les martyres d’Agnès, de Côme, de Damien, de Sébastien, de Maurice, des quarante de Sébaste, etc… Seule la conversion de Constantin en 312 allait mettre fin à ces persécutions. Pourtant, en Perse, une persécution violente allait à nouveau éclater à partir de 340, et ce pour un demi-siècle, persécution déclenchée contre les chrétiens par les mages du mazdéisme ; ce seront les martyres de Siméon, de Pusaï, de Tarbo, des cent vingt, de Jacques le notaire, etc…
On a donc eu deux grandes phases de persécutions organisées, l’une au milieu du III° siècle (250, avec une recrudescence en 257), l’autre, celle du grand choc frontal entre l’empire et l’Église, en 303 et 305 en Occident, jusqu’en 311 en Orient… On peut vraiment parler dans ce dernier cas, comme le fait Jean Guyon, de choc frontal parce que, cette fois, l’empire, au début du III° siècle, est obligé de faire face à la menace de l’invasion, comme au début du IV° siècle, et que l’empereur éprouve le besoin, par souci idéologique, de rassembler toutes ses populations autour de lui, donc d’obliger les gens à lui manifester leur fidélité, par conséquent les obliger à sacrifier, ce qui entraîne une rupture avec l’Église. Ces persécutions ont été sanglantes, c’est sûr, des chrétiens y sont morts ; il ne s’agit pas de nier le nombre des martyrs ; mais il ne s’agit pas non plus d’imaginer que l’Église a vécu pendant ces siècles sous la terreur de la persécution, le martyre étant considéré comme une gloire...
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