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17 décembre 2009 4 17 /12 /décembre /2009 10:04

Karl Marx (1818/1883) est né en Allemagne, dans une famille allemande d’origine juive non pratiquante, et ce d’autant plus que son père s’était converti au Christianisme. Il a donc vécu principalement au sein d’un milieu quasiment athée, d’où la source partielle de l’analyse athéiste de la société qu’il va développer tout au long de sa vie. Néanmoins, sa vision ne sera pas seulement athée puisqu’il a côtoyé toute sa vie de nombreux juifs pratiquants, ainsi que des penseurs chrétiens ; c’est ce contact qui allait en parallèle à son athéisme lui permettre de développer le concept d’aliénation religieuse selon lequel se conformer à des dogmes n’ayant pas de rapports directs avec la vie est absurde…

Il part pour Berlin en 1836 afin d’y étudier la philosophie qui était alors la discipline dominante du XIX° siècle. Il s’attachera surtout à l’analyse de la philosophie rationaliste libérale de Jung qui faisait suite à la philosophie des Lumières. Marx est alors principalement un idéaliste, mais il évoluera très vite vers le rationalisme sous l’influence de la lecture de Descartes qui lui fit percevoir les rapports de cause à effet. Il faut d’ailleurs noter que son père adhérait déjà, comme bourgeois libéral, à ce courant d’explication de la vie par la raison.

Il rencontre enfin la philosophie hégélienne qui lui est quasi-contemporaine, philosophie qui est contraire à la philosophie rationaliste traditionnelle, la dialectique hégélienne reposant sur la croyance que chaque idée, du fait de son existence, engendre son contraire, la lutte entre ces deux pensées ne pouvant être surmontée que par l’apparition d’une solution de synthèse. La philosophie rationaliste est une explication ou une tentative d’explication de l’ordre, alors que la démarche dialectique est une philosophie de l’évolution. Cette perception de la philosophie qu’a Marx est capitale, puisqu’elle débouchera sur l’affirmation que le capitalisme n’est qu’un passage dans l’évolution des sociétés humaines.

Après avoir hésité plus d’une année, Marx se décide enfin à adhérer au système de pensée hégélien, et plus particulièrement au Mouvement des jeunes hégéliens. Très fortement séduit par cette idée, ce qui lui vaudra de nombreux déboires, il va chercher à suivre en permanence le leader de ce mouvement hégélien, le dénommé Bauer, et ce même à Bonne, ville très éloignée, surtout pour l’époque, de Berlin. C’est cet attachement à la doctrine hégélienne qui allait lui barrer l’accès à l’Université. Marx allait donc se lancer dans le journalisme, mais ce sera l’échec de son journal, le Reichzeitung, qui sera très vite saisi.

À la suite de ces expériences, Marx allait en 1844 tirer la conclusion qu’il y a échec des débouchés de la philosophie puisque la philosophie est incapable d’agir sur les choses. Il y a donc une aliénation philosophique. Le cheminement vers l’idée d’une aliénation fondamentale commence peu à peu à se dérouler…

Expulsé d’Allemagne, Marx arrive alors à Paris dans le courant de la même année 1844, et il y travaille comme pigiste dans divers journaux. Il croit alors au rôle de l’État qui est fixe et d’ordre quasi-divin chez Hegel, d’où une contradiction avec la théorie qu’il développera ultérieurement. Il perdra d’ailleurs cette illusion en 1845 en posant l’idée que l’État est un idéal qui passe par l’incarnation de ceux qui gouvernent ; ainsi, l’État ne serait plus qu’un gouvernement au profit d’intérêts particuliers.

C’est à la même époque qu’il rencontre Friedrich Engels, ce dernier étant un bourgeois prussien très aisé présentant une double personnalité. En effet, Engels est un businessman dirigeant de grosses entreprises le jour, mais aussi un homme qui visite et veut soulager les quartiers pauvres la nuit… Vivant à Manchester, l’une des premières villes touchées par la révolution industrielle du XIX° siècle, il se penche réellement sur les conditions de vie des miséreux, son approche de la société étant dès lors physique et non philosophique. C’est donc à Paris que ces deux hommes allaient se rencontrer, suite à la lecture par Marx d’un ouvrage de Engels publié en 1844 sur la condition des masses laborieuses en Angleterre. Il allait en naître un très solide amitié, ainsi qu’une collaboration étroite avec co-signature d’ouvrages, double lecture, etc… Engels aura en fait été le premier à faire toucher à Marx la réalité des choses, et, de cette influence, allait naître l’idée d’une dialectique matérialiste et non idéaliste, Marx perdant dès lors la vague croyance qu’il gardait en l’État.

En 1846 Marx a ainsi fait le tour de ses idées préconçues : État, religion, philosophie, … Il décide qu’il faut absolument lier de façon étroite la pensée et l’action, la philosophie seule ne pouvant rien faire. En essayant de mettre cette idée à l’épreuve, il allait militer dans divers cercles communistes – qui préexistaient à sa personne et à sa pensée, ce que l’on oublie trop facilement car le communisme lui est antérieur - ; peu à peu, sa philosophie nouvelle allait se mettre au point. Il allait ainsi chercher à identifier l’évolution de l’histoire avec celle du mouvement communiste qui serait, selon lui, un mouvement historique qu’il faut épouser. La solution à la crise de la société ne se trouverait dès lors que dans la révolution prolétarienne. Cette conception allait l’opposer à d’autres penseurs, et ce d’autant plus qu’il choisit d’adhérer à la Ligue communiste. Néanmoins, Marx reste encore incapable de donner une définition du communisme autre qu’une assimilation à ce que nous appellerions aujourd’hui le gauchisme, et, là encore, c’est Engels qui lui fournira les clés de la définition du dit communisme.

En fait, Marx veut en permanence que la théorie et l’action aillent de concert, même s’il est obligé de constater que seuls des gens d’action veulent agir. Il va donc chercher à chaque fois à freiner la volonté d’agir violemment, développant une démarche scientifique de l’action, et ce d’autant plus qu’il perçoit la théorie libérale comme étant elle aussi une théorie scientifique d’action. de là la parution en 1847 de son œuvre majeure, Le premier livre du Capital dont le contenu réel reste incertain, avec de multiples versions entre cette date et la fin des années cinquante, versions parfois contradictoires, les manuscrits originaux restant aujourd’hui encore inaccessibles en leur intégralité ! Il est alors expulsé de France, vivant dans une semi-misère à Londres, avec le seul soutien de Engels. Il devient paradoxalement de plus en plus farouchement opposé à l’action révolutionnaire. C’est là qu’il allait mourir en 1883 sans jamais avoir réussi à faire appliquer une seule de ses idées…

Rappels généraux sur les autres sources – Contrairement à une opinion trop souvent répandue, les sources de la pensée de Karl Marx sont donc principalement des sources théoriques et non des sources événementielles. En effet, pour Marx, les événements ne sont pas à l’origine de la pensée ; ils n’en sont que des catalyseurs…

Il serait cependant erroné de nier l’influence de l’histoire et de l’actualité sur la pensée de Karl Marx puisque ce dernier a vécu à une époque charnière de l’histoire européenne, époque s’étant caractérisée par deux grands faits : ⒧ le développement du capitalisme moderne ; ⑵ l’expansion de la pensée positiviste, qu’elle soit formée ou non.

Mais il n’en reste pas moins indéniable que c’est surtout au travers de ses nombreuses lectures que Marx a construit de manière progressive sa pensée. Il est ainsi possible, par delà Engels, d’isoler tout particulièrement trois auteurs qui ont eu une influence décisive sur sa pensée : Hegel, Feuerbach et Ricardo. Mais, bien plus qu’une simple synthèse, la pensée de Karl Marx est une critique et un enrichissement de la pensée de ces divers auteurs qui tous, à des titres différents, auront une influence certaine sur son œuvre.

Marx et Hegel – Marx ne réfutera pas la théorie hégélienne, et ce même s’il la critique. Ainsi, il utilisera dans son œuvre et dans ses objectifs la même démarche : une pensée politique doit pouvoir tout résoudre une fois pour toute ! De même, Marx retiendra de l’œuvre de Hegel sa conception dynamique de l’histoire et la nature dialectique de la même histoire. L’influence de Hegel est donc incontestable à la vue de ces deux éléments.

Par contre, Marx critique l’idéalisme de la conception hégélienne et en particulier le rôle du philosophe dans la société. Ainsi, pour lui, le philosophe est un acteur mu par une praxis, alors que pour Hegel ce même philosophe est principalement un spectateur. Marx en conclue que l’histoire est faite par ceux qui la comprennent et non pas par ceux qui l’observent.

Il est donc possible d’affirmer que l’influence de Hegel sur Marx est réelle, principalement en ce qui concerne l’analyse des faits et leur définition. Par contre, s’il reprend la notion de dialectique, Marx lui donne un rôle d’explication de type général et non plus seulement de simple mode de raisonnement. Marx fait donc passer la dialectique du concept au mécanisme ; par là-même, et pour rester cohérent, Marx empruntera à Hegel la perception de l’histoire comme mécanisme moteur d e l’évolution des sociétés humaines.

Enfin, Marx n’a fait que réactualiser au regard de l’expérience de la révolution industrielle du XIX° siècle le thème hégélien du conflit maître/esclave qu’il place dans une situation dialectique de limitations réciproques. Marx fait ainsi de ce thème un lieu philosophique où l’esclave dépend du maître, mais en développant l’idée que le maître dépend lui aussi de l’esclave, et que, par là-même encore le maître s’abaisse en humiliant l’esclave.

Feuerbach (1804/1872) – Il est tout d’abord remarquable de noter que, contrairement à Hegel, Feuerbach est un matérialiste qui revendique son matérialisme. De même, il faut noter qu’une fraction importante de l’œuvre de Feuerbach est basée sur la critique de Hegel et de la religion, en particulier au travers de l’une des ses œuvres maîtresse Des Wesen des Christentums­  - L’essence du Christianisme – qui date de 1841/1843…

Feuerbach va surtout renverser la théorie idéaliste de Hegel et affirmer que l’histoire se fait par et pour l’homme concret et non p)lus du simple fait de la raison. Mais, comme Hegel, Feuerbach est un essentialiste puisque pour Hegel l’essence de la société est la raison alors que cette essence est pour Feuerbach constituée par l’homme. Du fait de cette double influence, il est déjà possible d’affirmer que Marx est lui aussi un essentialiste, l’essence de la société étant alors le matérialisme historique. Mais, alors que l’essentialisme de Hegel et de Feuerbach est un essentialisme empirique, Marx va considérer que l’histoire est un déroulement logique qui est fonction de la lutte des classes, reprenant ainsi certains éléments développés par Feuerbach dans le matérialisme qu’il  développe pour critiquer Hegel.

De même, Marx va retenir de Das Wesen des Christentums son introduction à la notion d’aliénation religieuse. Mais, alors que pour Feuerbach l’homme se projette en dehors de lui pour créer un Dieu image parfaite de l’homme parfait résolvant toutes les contradictions, Marx va surtout insister sur le concept d’aliénation en l’élargissant à tout ce qui n’a pas prise sur le concept.

Ricardo (1772/1823) et les classiques anglais – Des deux influences précédentes, et de la lecture de l’œuvre même de Marx, il est possible de conclure que Marx n’est pas un économiste mais un philosophe de l’économie et de la politique. Dans les faits, Marx a toujours tenté de relier sa philosophie à une analyse économique, et c’est ainsi qu’il a été fortement influencé par l’École classique qui s’est développée à la suite d’Adam Smith, l’auteur de La richesse des nations

L’un des principaux successeurs de Smith aura été l’anglais Ricardo qui a développé dans son Des principes de l’économie politique et de l’impôt de 1817 une vision très pessimiste de l’histoire, avec en particulier la volonté de mettre en évidence la division de la communauté humaine en trois classes distinctes : ⒜ les propriétaires fonciers ; ⒝ les possesseurs des fonds ou des capitaux nécessaires pour la culture de la terre ; ⒞ les travailleurs qui cultivent la terre ; chacune de ces trois classes ayant une part différente et non proportionnelle du produit total de la terre. Marx reprendra en partie cette division en la modernisant au regard du développement industriel que n’envisageait pas Ricardo…

De même, Marx reprend à Ricardo et aux classiques anglais la théorie de la concurrence pure et parfaite qui n’est en fait qu’un système idéal et non une réalité, théorie qu’il critique en mettant en évidence le fait que ce système court de lui-même à sa perte de par la non intervention de l’État. Donc, Marx retient surtout de la pensée de Ricardo sa théorie de la rente et de la valeur du travail, théorie qui va être à l’origine de sa propre théorie de l’aliénation à l’économie. Marx va ainsi développer, ou plus exactement théoriser le premier l’idée que la plus-value après travail humain est différente du profit classique après mise en œuvre des moyens de production.

 

Essai de conclusion – En conclusion, il est indéniable que Karl Marx a été influencé par de nombreux auteurs, dont Hegel, Feuerbach et Ricardo ne sont que les représentants les plus connus. Il aurait ainsi été possible de citer entre autres influences Lassalle, Sismondi ou encore Rodbertus, voire même Platon, mais il a surtout été important ici de mettre en évidence le fait que Marx, plus qu’un novateur, a surtout été une sorte de synthèse de pensées diffuses et parfois contradictoires, et par là-même se trouve à la source de nouveaux penseurs…

 

A suivre : Marx et la théorie de la classe dirigeante

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Published by Serge Bonnefoi - dans Marxisme
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