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17 décembre 2009 4 17 /12 /décembre /2009 10:05

Suite de Les sources de Karl Marx

 

L’analyse marxiste du pouvoir politique met en évidence l’existence d’une classe dirigeante. Ainsi, dans l’État bourgeois, le pouvoir serait détenu par une oligarchie. Néanmoins, on notera que la théorie marxiste est limitée aux seules sociétés capitalistes.

Karl Marx considère le pouvoir comme étant, sur le plan politique, l’expression du conflit, de la lutte des classes, le pouvoir appartenant à un groupe restreint d’individus. On trouve donc dans les théories marxistes de nombreux éléments de l’analyse oligarchique : ⑴ l’appareil d’État, c’est-à-dire le pouvoir exécutif, constitue une organisation bureaucratique et militaire recouvrant l’ensemble de la société. Cette machine étatique ne serait rien d’autre que l’organisation par laquelle la bourgeoisie maintiendrait sa domination et son exploitation sur les autres classes. Ainsi, bourgeoisie capitaliste serait ici synonyme d’oligarchie ; ⑵ l’apport de la sociologie marxiste apparaît incontestable lorsqu’elle vulgarise l’idée de classe dirigeante. Néanmoins, cet apport n’est justifiable que dans l’analyse de la seule époque où vivait Marx, c’est-à-dire le milieu et la fin du XIX° siècle. Donc, s’il y a dans l’analyse de Marx une véritable partie sociale, reste que celle-ci reste limitée.

On répétera que, pour les marxistes, la notion de classe dirigeante ne vaut que pour les capitalistes et leurs sociétés. Ils refusent ainsi de tirer toute conséquence logique e l’existence d’une classe dirigeante dans la mesure où ils refusent d’appliquer cette théorie et ce type d’analyse à tous les régimes politiques. Cette attitude, éventuellement compréhensible chez les premiers marxistes, aura été scandaleuse chez les théoriciens marxistes dès lors que les dérives staliniennes étaient connues et prouvées en Occident…

Dans tous les cas, la théorie de Marx s’explique parfaitement pour une raison sociale. En effet, Marx se livre à une analyse sociologique sur ce qu’il voit, c’est-à-dire sur les mécanismes étatiques et sociaux du capitalisme de son temps qui, il est vrai, était devenu déshumanisé et centré seulement sur le profit, rejetant toute morale chrétienne, ce que Marx oublie ! En tout cas, lorsque Marx parle de société socialiste, il ne parle pas d’une société qui lui est contemporaine ; il prolonge les lignes de l’évolution historique qui lui semble inévitable. On est donc là non plus dans une partie sociologique mais dans une partie prophétique de sa théorie, et Marx n’est plus sur le terrain de l’observation de la société, mais sur celui de l’utopie, celui de la seule spéculation psychologique.

Par ailleurs, la théorie de Marx s’explique aussi pour une raison idéologique. Karl Marx affirmait que la révolution communiste, a contrario de toutes les révolutions précédentes, n’a pas pour but l’appareil politique mais, bien plus, vise à la suppression de l’État ! Dans un système communiste, il n’y aurait donc plus d’État, plus de pouvoir politique, plus de domination de classe, et ce parce que, dans un régime socialiste, le phénomène de classe dirigeante disparaîtrait de lui-même avec le dépérissement de l’État. On aboutirait donc à une société homogène…

Marx a donc surtout mis en évidence un phénomène ponctuel d’oligarchie. Mais il n’a pas su analyser dans le temps, et, surtout, il a plus développé une prophétie qu’une réelle doctrine politique structurée !

Reste que Marx est surtout un théoricien socio-économique, la véritable théorie politique marxiste étant en fait l’œuvre de Engels, philosophe d’une autre tenue que Marx à mes yeux. On peut donc trouver dans Marx, et plus particulièrement dans Le Capital, une méthode d’analyse des concepts socio-économiques ; on y trouve aussi une philosophie de l’histoire, cette dernière étant conçue, malgré ses aspects de prophétie, comme une vérité historique. Et c’est pourquoi aujourd’hui les penseurs, y compris marxistes, préfèrent valoriser l’approche sociale et économique, car elle s’attache à l’homme et non pas à une vision prophétique.

Pour Marx, les hommes et les choses doivent être prises comme des choses de la nature, niant de plus toute philosophie transcendantale. Ainsi, le matérialisme ne consiste pas à dépecer les choses, mais à faire considérer l’homme comme une entité de nature dépourvue de toute liaison avec  l’esprit et de dépendance à la nature. La pensée n’est pas niée, mais elle est redéfinie ; ce n’est pas quelque chose de détaché de l’existence matérielle mais seulement un mode d’existence, de relation d’un être matériel avec un monde et avec les autres hommes. Par contre, l’idée d’une âme indépendante du corps est niée ! Il s’agit donc pour Marx de situer l’homme dans la nature, l’homme n’étant qu’un être vivant apte à produire ses moyens d’existence. Marx distingue ainsi l’homme de l’animal qui attend du milieu où il vit ses moyens d’existence, alors que l’homme est capable de faire produire plus et autrement à la nature. Par la culture et par l’élevage, l’homme se différencie de l’animal : il produit, il se confronte à la nature. Ainsi, si l’homme est un être dans la nature, il est aussi un être contre la nature, qui s’y oppose ; il est homo faber, il est un animal technicien. Et l’affrontement entre l’homme et la nature de produire quelque chose qui dépasse à la fois l’homme et la nature, ce qui aboutit au règne de la technologie. Pour résumer, selon Marx, l’homme est un être uniquement matériel qui s’oppose à d’autres êtres matériels et produit de la matière, rien d’autre !

La confrontation de l’homme et de la nature, c’est le travail. C’est ce travail qui révèle dès lors que la réalité humaine est une dimension sociale, alors que c’est par ce seul travail que l’homme a une humanité et une histoire, toute découverte technique en entraînant une autre.

On a donc vu que l’homo faber se distinguait de l’animal, ce dernier pouvant à la rigueur posséder des outils organiques. Car l’homme a plus : il a des outils extra-organiques qu’il peut facilement modifier.

 

A suivre sur L'idée d'aliénation économique

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Published by Serge Bonnefoi - dans Marxisme
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