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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 08:08

George Orwell écrivait en 1946 qu’il faudrait reconnaître que le chaos politique contemporain est lié à la décadence du langage, et qu’on pourrait commencer à y remédier en s’y attaquant du côté des mots. (…) Le discours politique (…) est conçu de manière à faire apparaître les mensonges véridiques (…), et à conférer une apparence de solidité au vent lui-même… Ceci n’est pas faux… Mais ceci n’est plus totalement exact, même si…

 

Proposition : Confier à l’Académie des Sciences morales et politiques la rédaction d’un Dictionnaire des termes politiques. En effet, beaucoup de mots dont se sert le monde politique ne veulent plus rien dire… D’autres ont une approche variable selon les courants d’idées qui les portent…  Il serait peut-être utile, sans enfermer ces mots dans un carcan, de rédiger un lexique permettant à chacun de s’y retrouver, en revenant au sens des mots, … même si ce sens ne doit pas être le sens classique, ce dernier devant néanmoins être rappelé.

 

Par ailleurs, François Loncle a jugé utile de dénoncer les fautes de langage de Nicolas Sarkozy, parlant de son manque d’éducation et l’accusant de populisme… Si chercher à se faire comprendre, c’est du populisme, soyons donc populistes… Mais que le député socialiste n’oublie pas de relire L’harmonie des langues de Leibniz… qu’il se souvienne des fautes d’orthographe et de français de Montaigne ou encore de Madame de Sévigné… qu’il se souvienne du vocabulaire et de la syntaxe utilisés à la télévision, … ou par certains de ses amis politiques avant d’accuser le Président de la République… Et, s’il aime tant la pureté de la langue, trois questions… Primo, pourquoi s’est-il élevé contre le débat sur la nation jugé populiste, alors même que la langue est un élément de l’identité nationale ? Secundo, pourquoi ne parle t-il pas dans ce cas le vrai français, celui du Roman de Renard, celui d’Aucassin et Nicolette, etc… ? Tertio, n’a-t-il pas, comme des millions de Français, bien rit en regardant le début du film Les Visiteurs, lorsque l’on parlait en vrai français ? Il me fait penser à cet Amiral déclarant solenellement qu’il condamnait l’usage de tout mot d’origine étrangère en français ; comment l’appeler dès lors vue l’étymologie de son grade ?

 

Deux conseils de lectures à ceux qui jugent aussi facilement… : Fournier (N.), Grammaire du français classique, Belin 1998 ; Vocabulaire françois, Demonville, Paris, 1789.

 

Le français est une langue vivante justement parce qu’elle sait dépasser ses dictionnaires et grammaires, tout en les respectant lorsqu’il le faut ! Si nous en étions resté au français du premier Dictionnaire de l’Académie française, le français serait aujourd’hui une langue morte, la conséquence du figé de la langue voulu par Louis XIV ayant d’ailleurs eu pour conséquence la perte par le français de sa place première comme langue diplomatique ou encore comme langue philosophique… Donc, apprendre un français juste sur un plan syntaxique et lexical, oui…, tout en admettant son usage populaire… D’ailleurs, la syntaxe elle-même n’a-t-elle pas évolué, ne serait-ce que ce dernier siècle ? Villon peut très bien cohabiter avec Soprano, le Roman de la Rose avec le commissaire San-Antonio ! Une langue qui n’évolue pas est une langue morte à terme… Le latin a sombré lorsqu’on a voulu définitivement le figer dans le latin de Cicéron…, et figer la langue, c’est figer la culture…

 

Proposition : Elargir la liste des dictionnaires utilisés lors de l’émission Des Chiffres et des Lettres. Le Ministère de la culture et l’Académie française pourraient demander aux responsables de l’émission l’usage, aux côtés du Larousse et du Robert, des huitième et neuvième éditions du Dictionnaire de l’Académie française, ainsi que du Dictionnaire des argots publié par Larousse.

 

Proposition : Rédiger une Grammaire de l’Académie française, d’autant plus que cette mission était prévue par les textes fondateurs de la dite Académie.

 

Et tout ceci n’exempte pas de respecter l’orthographe en cours de validité, n’exempte pas l’usage d’une langue juste aux examens…

 

Proposition : Ne plus fermer les yeux sur l’orthographe et la syntaxe dans les écrits universitaires. Il faudrait relever systématiquement dans les copies universitaires, les mémoires et les thèses les fautes d’orthographe et les principales fautes de syntaxe, et en tenir compte dans la notation. On pourrait utilement lire sur le sujet : Guery (Fr.), « Un CAPES spécifique pour les non-écrivants ? », in : L’Enseignement philosophique, janvier/février 1995, pp. 36-39

 

Proposition : Ne plus attaquer les agrégations et CAPES de Lettres classiques… et, au contraire, les remettre en valeur. Sans aller jusqu’à rétablir l’enseignement obligatoire du latin et du grec dans le secondaire, on pourrait néanmoins demander l’introduction de cours d’étymologie, … ce que font d’ailleurs déjà spontanément certains professeurs de Lettres…

 

Il faudrait enfin repenser l'intégralité de notre vision de l'espace mondial, et déjà parce que les nations, au contraire de l’Etat, qui n’est pas permanent, sont une constante. Donc, a contrario de Burdeau qui voit l'État comme permanent et l'assimile à la personnalisation juridique de la Nation souveraine, il est possible de dissocier l'État de la nation, le concept mazzinien d'état-nation qui prévaut aujourd'hui, par nature fondée sur une confusion philosophique, étant à la source de tous les extrémismes de ce siècle, de tous les dysfonctionnements contemporains... Ou alors il faut aller au bout de sa logique en détruisant les patries et en imposant partout l'idée qu'une nation égale un État. Mais quid alors de l'Espagne, du Royaume-Uni, de l'Italie, voire même de la France et de l'Allemagne... ? En effet, aller aussi loin, ce serait justifier toutes les fractures, c'est nier le droit naturel, c'est nier l'homme, c'est favoriser l'émergence de pseudo-nations fondées non sur l'histoire ou sur le vouloir-vivre collectif, mais sur le seul intérêt immédiat, donc sur l'instabilité permanente. Il existe pourtant des réalités tant culturelles qu’historiques… Nous pensons à la Corse, à la Bretagne, au Pays basque, à la région de Nice, et ainsi de suite…, et c’est pourquoi, sans aller jusqu’à briser la France, il faut renforcer certaines identités régionales. Et, paradoxalement, ceci renforcerait la France, justement par à la fois le respect induit de l’individu, mais aussi par celui de l’histoire. Il faut en finir avec l’idée de l’Etat-nation comme unité, principe a qui nous devons, soit dit en passant, beaucoup de guerres, d’ailleurs ne prenant la nation que comme alibi justifiant l’interventionnisme, des guerres d’Italie aux deux guerres mondiales. Il faut donc respecter les nations pour assurer les cohésions internes, l’harmonie, mais dans le même temps abroger dans les esprits l’idée de l’Etat-nation, et ce même si, à une certaine époque, elle a permis beaucoup de progrès, et pas que des guerres.

 

Proposition : Favoriser les langues régionales dans l’enseignement. Il faudrait ainsi permettre, lorsque les parents le demandent, l’enseignement des langues régionales dans le cycle d’instruction primaire, cet enseignement devant venir en surplus du quota d’heures. Il faudrait de même autoriser des écoles primaires en langue régionale, à la condition que l’enseignement y soit bilingue avec le français.

 

 

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Published by Serge Bonnefoi - dans Politique
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