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12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 10:13

Je me souviens d’un texte de la fin du XIX° siècle évoquant le développement de l’électricité. L’auteur y écrivait que le premier effet de cette découverte serait de faire griller les gens dans les rues à cause de la chaleur et des rayons dégagés !!!

Il ne faut pourtant pas désespérer du progrès… Il faut aussi en voir le positif : des échanges plus faciles, une meilleure information, moins de morts, moins de famines, une meilleure santé… Il faut toujours bien faire une analyse comparative et non pas seulement historico-critique lorsque l’on évoque le progrès… Certes, le progrès a aussi ses défauts… On paye par exemple aujourd’hui avec le changement climatique la pollution de la seconde moitié du XIX° siècle, et cette inconséquence du passé nous oblige pour le futur, mais ce n’est pas pour autant qu’il faille voir le progrès uniquement de manière négative…L’atome n’est pas que Tchernobyl, l’avion que les bombardiers de Dresde ou de Coventry, le train les déraillements, la génétique le clonage, … Tout n’est pas parfait en ce monde, mais il faut croire au progrès. Le tout est qu’il s’inscrive dans un respect réel de la Création et non pas contre la Création, d’où la nécessité de respecter certaines valeurs, de respecter la nature. L’homme a pour mission de poursuivre la Création, mais pas n’importe comment : avec conscience et responsabilité…

Le Catholicisme souffre d’une image née d’une grande fracture. En effet, la grande fracture de la Foi, le grand détournement du Christianisme qui justifie les critiques portées au Catholicisme reste en fait la Renaissance. Il est à déplorer qu’avec la Renaissance ce soit toute une vision du monde ouverte à l’homme et à la nature qui ait disparu pour laisser la place au maniérisme, à un matérialisme déguisé sous les voiles de la dévotion alibi et du paraître, ainsi qu’à une ouverture sur le monde non plus axée sur la connaissance mais sur la technique et l’exploitation de ce même monde, une ouverture non plus sur l’infini mais sur la primauté de l’instant.

En ce sens, les dérives agressives contre la nature sont plus le fait de ce nouvel âge que fut la Renaissance que celui du Christianisme – même si des Papes le soutinrent –, et ce d’autant plus que, par son retour à l’antique, cette période, bien que chrétienne en apparence, devait reprendre de nombreux concepts et images tirés du paganisme et non plus du Christianisme originel. Avec la Renaissance, la nature est certes une source de bien, de biens, mais elle devient aussi la seule source de la richesse, non pas la nature pure, en elle-même, mais la nature en tant que propriété, en tant qu’outil que l’on modèle et domestique selon la seule volonté humaine. Il suffit pour s’en convaincre d’étudier l’histoire des jardins qui est celle d’une dérive enfermant progressivement la nature dans un carcan seulement humain trouvant son apogée avec le jardin à la française où la nature est esclave de l’homme et non plus à la fois maîtresse d’elle-même et auxiliaire indispensable de l’homme dans et selon le dessein de Dieu. En aparté, notons que les énergies renouvelables, telles que l’hydraulique ou l’éolien, ne sont que la traduction contemporaine d’industries médiévales telles que les moulins..

C’est cette même dérive philosophique qui permet de comprendre les exactions menées par certains fils de l’Europe et de l’Eglise catholique dans les contrées nouvellement ouvertes à la découverte, notamment en Amérique du Sud, même si certaines pratiques religieuses, tels les sacrifices humains étaient et restent condamnables au premier chef aux yeux de l’Eglise, mais aussi au regard de la simple raison humaine. Notons en passant que beaucoup de religieux se sont opposés à ces exactions… C’est cette même dérive qui allait en réaction enfermer l’homme dans le carcan d’une pensée figée, d’une pensée unique, d’une pensée conduisant non plus au progrès mais à un quasi-intégrisme refusant la science, condamnant certes Galilée, mais bien d’autres avec lui… Dans ce cadre, Dieu n’était plus un objet de respect, de culte et d’adoration, mais réduit à un outil politique permettant de tout justifier, y compris le contraire de la parole divine, de justifier des tueries au nom de la Foi, des destructions de civilisations au nom de la même Foi désormais réduite à un rôle d’outil de domination et on plus lien de l’homme à Dieu !

Et il aura fallu attendre une époque récente, à peine plus que séculaire, pour que la Papauté remette l’Eglise sur les rails de sa vraie fonction de glorification du message de Dieu par Son Fils Jésus-Christ et sous l’égide de l’Esprit Saint, Jean-Paul II et Benoît XVI étant peut-être les Papes de l’achèvement, non pas du Catholicisme, mais du redressement de l’Eglise en sa vocation de servante du Seigneur et de gardienne de la Foi, d’achèvement de sa construction au service de Dieu, pour la plus grande gloire de Dieu, donc à la dimension de l’homme qu’elle assiste. Avec ces deux Papes s’achève un cycle, celui initié par Pie IX (dont le Syllabus, dès lors nécessaire, ne peut se comprendre qu’avec cette approche) et Léon XIII (avec notamment Rerum novarum), puis repris par les Nouveaux Papes, de Pie XII (qui fit tant pour l’admission de la science par l’Eglise) à Paul VI, la dernière marche ayant été franchie avec le sourire trop éphémère mais si symbolique de Jean-Paul Ier. En ce sens, Jean-Paul II aura été le dernier Pape d’une ère d’Eglise politique et le premier d’une nouvelle ère, celle d’une Eglise guide moral, et non pas contrainte morale, d’une Eglise servante et non plus despote, d’une Eglise joie et ouverture et non plus habitude et repli. Depuis la mort de Jean-Paul II, qui a d’ailleurs cherché en permanence à redresser le sens réel de Vatican II, l’Eglise n’est plus la même, car désormais lave des oripeaux et des souillures d’une histoire parfois difficile à comprendre (d’où le sens des repentances pontificales), car ressourcée au Christ et au modèle des premiers temps du Christianisme, ressourcement lancé par Pie IX, ce qu’il ne faut pas oublier ! Désormais l’Eglise peut certes jouer un rôle politique, non pas politique au sens institutionnel, mais politique au sens éthique et moral du terme. Il n’y a là ni millénarisme, ni New Age, mais retour aux sources de la volonté de Dieu et du message du Christ, fermeture – mais non oubli comme l’avait réaffirmé Jean-Paul II – d’une page douloureuse de l’histoire de l’Eglise. Et c’est aussi cela qui permet de comprendre pourquoi Benoît XVI a voulu renouer le dialogue avec ceux que l’on qualifie un peu vite de traditionnalistes

L’erreur serait aussi d’arguer de l’idée de progrès pour renoncer à la nature et pour justifier n’importe quelle action humaine. Le progrès doit toujours s’analyser au regard de l’éthique ! Tant que ces différences ne seront pas surmontées – ce que tente de faire la Convention de Rio du 5 juin 1992 sur la biodiversité, ce qu’à tenté de faire le Sommet de Copenhague de 2009 –, tant que le dogme (pris ici en un sens non religieux) – y compris celui de certains écologistes –  aura la primauté sur le réel, il sera très difficile de faire évoluer dans un sens plus contraignant mais aussi plus juste l’actuelle réglementation internationale de l’environnement. Il serait cependant très injuste de dire que rien n’a été fait, que les dispositifs actuels sont insuffisants, la coopération internationale dans le domaine de l’environnement, malgré ses difficultés et ses lacunes, pouvant servir de modèle à la plupart des autres formes de coopération internationale.

Il ne faut enfin pas oublier que toute proclamation d’une société sans déchets, sans risques, sans nuisances ne relève que de la démagogie et de la méconnaissance élémentaire de la nature elle-même. Le monde n’est pas bon et idyllique par nature ; la nature n’est pas un Eden que l’homme chercherait à détruire : elle est cruelle en tous ses éléments qu’ils soient biologiques, climatiques ou géologiques. L’homme n’est pas là pour la dominer au sens de possession, et il la subit comme tout être vivant… Il peut chercher à la domestiquer, mais il doit aussi la respecter, en tenir compte, car il ne la maîtrisera jamais (et c’est heureux). La nature est d’une essence autre dont l’homme n’est qu’un élément. L’activité humaine peut détruire la nature et menacer la propre survie de l’espèce humaine, mais la nature elle-même génère des actions qui la conduisent elle-même à sa transformation. L’homme doit surtout veiller à ne pas modifier de manière trop sensible cette autorégulation de la nature, c’est-à-dire qu’il doit être respectueux de l’environnement, les interactions entre l’homme, ses activités, la nature, l’environnement et la santé étant réelles. C’est là le sens de la volonté d’assurer le développement soutenable, c’est-à-dire de mettre en place de nouvelles façons de penser les actes de production et de consommation, en aucun as de remettre en cause le progrès. Progrès et nature ne sont pas a priori antinomiques et exclusifs l’un de l’autre ; progrès et nature sont complémentaires ! La nature elle-même progresse, a progressé et progressera sans l’intervention de l’homme. Donc, renoncer au progrès et au bien-être au motif d’un pseudo-état de nature intemporel et figé n’est qu’une aberration, qu’une dérive d’idée sans aucune conscience des réalités, non seulement de l’homme et de la société, mais aussi de la nature elle-même. Pervertir le rôle de l’homme dans la nature est donc contre-nature, contre Dieu lui-même qui a confié la Terre à l’homme. Réfléchir sur les rapports de l’activité humaine à l’environnement est par contre nature, donc relevant du divin. Le rôle d’une politique globale et raisonnée de l’environnement est donc d’assurer l’harmonie entre le progrès humain et la nature, en aucun cas de les opposer, l’homme étant, de par la volonté de Dieu, un élément de la nature … dont il dépend … ce que l’on ne doit jamais oublier…

Ne soyons donc pas des grenouilles à l’œil sélectif ne retenant que les aspects négatifs ou risqués du progrès. Soyons simplement des hommes conscients de leurs responsabilités et de leur mission terrestre, même si cela est impose en permanence de s’opposer aux contradictions de la nature humaine, qui est tout sauf rationnelle, et de surmonter les difficultés scientifiques, technologiques, sociales, idéologiques se présentant, tout en distinguant les pollutions réelles des pollutions imaginaires, voire mythologiques !

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Published by Serge Bonnefoi - dans Environnement
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