Partager l'article ! Regrets ou Des principes oubliés de (et par) Nicolas Sarkozy: « L’intendance suivra ! » Charles De Gaull ...
Volutes et poussières...
« L’intendance suivra ! »
Charles De Gaulle
Depuis Georges Pompidou, que j’aime pourtant beaucoup, il existe une confusion permanente entre l’économie et le politique, alors que De Gaulle les séparait nettement… On tient absolument à forcer les réalités afin de faire tenir ces deux fonctions dans une seule. Or, il y a une énorme différence entre les deux, ne serait-ce déjà lorsque l’on analyse la réalité de la notion originelle d’oïkos-nomos. Paradoxalement, malgré les apparences, Sarkozy a cherché pendant un temps significatif de son quinquennat à rompre cette dérive qui a atteint des dimensions insupportables depuis les septennats de François Mitterand. Sa conception, saine a priori, est que l’Etat n’est pas là pour réguler l’économie ; il n’existe que pour réguler la société, même si la définition de règles à portée économique fait partie de cette dernière fonction. Mieux, alors que cela est trop souvent oublié alors que c’est indispensable, Nicolas Sarkozy chercha à donner à l’économie des moyens non financiers, à apporter des solutions à ce manque. Mais il n’est pas facile de lutter contre près de quarante années de confusion(s).
Sarkozy est accusé par certains, qui veulent se faire passer pour des intellectuels, d’hybris, c’est-à-dire de démesure, de folie des grandeurs… On accuse souvent Nicolas Sarkozy d’être un autocrate guidé par les sondages. Or, a contrario, c’est justement un Président qui cherchait jusqu’à il y a peu à unir le pragmatisme, la réponse au quotidien, à l’analyse approfondie. C’est pour cela qu’il avait mis en place tant de commissions au lieu d’agir dès le départ, les propositions en découlant étant en fait confrontées à la réalité du terrain - trop des commissaires sont isolés du monde réel -, et aux programmes définis en amont par l’UMP (ne les oublions pas !). Ces commissions ne furent là que pour proposer des moyens, en rien une politique. De plus, ces commissions n’étaient pas nées ex nihilo, mais des idées développées par Nicolas Sarkozy dès avant sa campagne, en particulier dans son livre Témoignage. Le récent débat sur l’identité nationale est quant à lui une tentative de dépassement de ces commissions, de donner directement la parole au peuple. Mais, finalement, ce ne fut pas une totale réussite, faute de préparation en amont. La solution aurait dû être la suivante : une préparation par des groupes de travail – plus que par des commissions –, puis un débat de leurs conclusions devant le peuple pour en sortir les propositions. Sarkozy n’oubliait pas, contrairement à certains, que les conclusions d’une commission n’ont jamais été les décisions politiques, qu’un sondage n’est pas l’opinion ; mais il a bien changé…
« Un comité de sages est un paravent de barbons que l’on dressé pour cacher le viol d’une liberté par l’Etat. »
Tony Duvert
Nicolas Sarkozy est assez souvent critiqué, parfois avec raison. Mais on ne peut lui dénier deux choses. La première, celle de ne pas avoir dit avant ce qu’il allait faire et de le faire… Il l’avait écrit dans trois livres, en plus format poche ! Encore aurait-il fallu que même ses électeurs le lise ! La seconde de chercher à réfléchir avant d’agir, les divers groupes de travail mis en place le démontrant, même s’il y a eu parfois des dysfonctionnements ou des dérives. Toujours est-il qu’il y a eu volonté de réflexion et de discussion, ce que l’on a trop souvent oublié, même si la concertation n’a pas toujours été médiatiquement apparente, et même si des choix ont parfois été adoptés contre les avis des personnes rencontrées. Certes, il y a ce qu’a écrit Tony Duvert ce qui fut parfois bien vrai…, mais ne peut plus l’être aujourd’hui du fait de la puissance des media. Ceci ne peut ainsi pas qualifier, pour prendre un seul exemple marquant, le Grenelle de l’environnement ! Maintenant, il aurait aussi fallu associer à ces divers comités plus de militants de base, plus de gens de la rue et non tant de crapahuteurs de couloirs ministériels ! Et puis, appliquer, mettre en œuvre…
« Parfois, dans un orchestre, vous voyez un minable qui joue du triangle. A côté du batteur cerné par ses chaudrons, il a l’air de touiller une infusion. Vous vous dites que s’il allait pêcher la sardine à l’huile dans le bassin des Tuileries, ça serait du kif côté harmonie ?... Eh bien non ! Que le zig s’en aille avec son petit cintre pour vêtement de poupée et illico il manque quelque chose. On entend son silence, on voit son absence… »
San Antonio
Nicolas Sarkozy avait été élu pour faire des réformes, et il le fait ! On s’en étonne, on proteste contre, et pourtant il a bien obtenu une majorité significative, … même si elle n’est pas toujours confirmée par les divers sondages d’opinion, mais ces derniers ne font pas l’élection… Il y a beaucoup de manifestations, notamment suite à la volonté d’opposition systématique et jamais de proposition posée par Martine Aubry sitôt élue première secrétaire nationale du Parti socialiste ! Néanmoins, une manifestation ne fait pas l’opinion, du moins en démocratie ; elle n’est qu’un signe d’une opposition le plus souvent, rien d’autre. François Mitterand se méfiait d’ailleurs des manifestations de masse, y voyant un risque pour la démocratie. Cela peut cependant démontrer la réalité d’un malaise, et c’est pourquoi ces manifestations doivent conduire à une acceptation du dialogue, et non pas à l’entêtement…, mais cet entêtement est-il celui du gouvernement ? Et puis, ce malaise n’est-il pas plus né d’une peur face à la rupture du ron-ron, et plus encore de l’absence d’idées de la Gauche française ?
« Être gaulliste, c’est être un peu révolutionnaire ! »
Nicolas Sarkozy
Sarkozy fut le premier Président, du moins depuis De Gaulle, à dépasser les analyses marxiste et strucuraliste à la fois en ne concevant pas la circulation des milieux sociaux comme obligatoirement conflictuelle, ou encore en prenant en compte les classes moyennes non plus comme en conflit permanent avec le bas et avec le haut. Marx avait eu le mérite de reconnaître que le problème de l’ascension et du déclin des couches sociales était central dans l’approche et dans la vie d’une société. Mais, Marx était limité tant par sa propre métaphysique que par sa vision évolutionniste, alors que celle de Sarkozy est de progrès, ce qui peut induire des régressions sur certains points ! Pour Sarkozy, les couches en ascendance ne sont pas forcément bonnes et celles en déclin forcément mauvaises, dès lors que la société est ouverte ; il tient compte des combats des classes moyennes contre les couches dominantes, et non pas seulement de la France d’en bas ; il a pris conscience du fait que les couches sociales sont en constante circulation, avec un incessant déclin et une incessante montée. D’où sa difficulté à mettre en place un modèle plus complet, plus large et surtout plus différencié, d’où sa proclamation de possibles discriminations positives, tout en tenant compte des leçons du passage étasunien du melting pot au salad bowl, car le souci de Sarkozy est de maintenir l’harmonie et la cohésion sociale, au détriment des particularismes. Mais ceci, impliquant des habitudes autres, des perceptions autres des métiers (fondées sur l’intérêt social et sur l’interrelation et l’intersolidarité et non plus sur le seul statut, d’où la priorité donnée à terme au pouvoir d’achat), est très difficile ; il faut faire comprendre qu’un soudeur est, dans son rôle, aussi important qu’un énarque, lui aussi dans son rôle, chacun étant complémentaire et utile à l’autre. Plus que libéral, Sarkozy serait donc utilitariste, même si ces termes ne doivent pas s’interpréter aux sens que les économistes donnent à ces mots. D’une certaine manière, il va, dans un esprit gaulliste, jusqu’aux limites des concepts chiraquiens de gouvernance et de fracture sociale, mais en osant voir en face et sans chercher à faire plaisir à l’un ou l’autre, au risque de perdre in itinere des élections. Mais cinq années suffiront-elles, tant c’est difficile ? d’autant plus que Nicolas Sarkozy semble bien las de ne pas être vraiment soutenu…, d’autant plus qu’il semble avoir oublié ce qui précède…
Sarkozy s’inspirait visiblement de Norbert Elias qui demandait de distinguer les différentes positions de configuration sociale et l’habitus des hommes, tout en cherchant à les relier. Mais il n’avait pas une approche évolutionniste, en ce sens qu’une situation B ne dépend pas forcément d’une situation A, puisque ce sont des hommes qui sont en jeu. N’oublions pas que 65 millions d’habitants implique déjà plus de 2 milliards de milliards de possibilités de relations binaires simples entre les individus, et ce sans citer le chiffre incommensurable ici des relations possibles à relations multiples. Si l’on considère que l’intérêt général est la conjonction de la satisfaction maximale possible des intérêts individuels, on se rend compte que la politique n’est pas simple ! D’où l’impossibilité de réellement voir ce que vont répondre les français, hormis par sondages globalisants, et la nécessité de faire des choix qui ne sont pas forcément dépendant ou découlant de l’antérieur. Sarkozy abandonna donc l’idée d’évolutionnisme pour privilégier celle de civilisation, tout en jugeant qu’aucune situation n’est immuable. D’où un certain penchant, mais moindre que chez Chirac, pour la théorie du bienfait des crises de Jacques Rueff, même si la finalité de sa politique est justement d’éviter ces crises par des dispositifs nouveaux de concertation. Mais ne l’a-t-il pas oublié ?
Jusqu’à aujourd’hui, les gouvernements prétendaient en toute bonne foi résoudre rationnellement les problèmes sociaux, alors que ceci est impossible. Or, ils ne faisaient que compenser par habitude par un dogmatisme de doctrine – d’où en réaction l’ouverture, enterrée aujourd’hui, de Sarkozy –, des procédés routiniers – d’où le rejet jusqu’à il y a peu des diplômés sans expérience ou des énarques classiques – ou encore par des intérêts partisans à court terme les inévitables insuffisances de leurs savoirs et perceptions dans tout les phénomènes de dynamique et d’interdépendance sociale. Les mesures étaient en fait prises au hasard par rapport aux réalités à long terme, jouets d’événements successifs auxquels ils ne comprenaient rien par absence de bilan réel et mis à jour, mais aussi de conscience de la difficulté. La confiance n’était fondée que sur la croyance des administrés que les dirigeants prétendaient savoir ce qu’ils faisaient, ce qui justifiait aussi les multiples alternances. Or, Sarkozy préfère perdre dans les sondages pour privilégier une cohérence, rompre les oligarchies, etc… Mais il n’a pas été compris sur ce point, y compris par ses propres troupes qui ne pensent souvent qu’en termes d’intérêts individuels forcément inconciliables dans leurs tous !
Sarkozy n’est ni optimiste, ni pessimiste en la nature humaine. Il est sur ce point neutre, tranchant ainsi avec les traditions politiques philosophiques qui parlent soit de l’homme bon par nature corrompu par la société, soit mauvais par nature retenu par la société. C’est le sens de ses interventions dans les quartiers… Il perçoit la nature humaine avec autant d’éléments de bien que de mal, la société étant là pour guider vers le bien, et ce bien plus que pour contraindre. Cette originalité d’approche rend son action parfois difficile à comprendre. C’est à l’homme de se prendre en charge, et la société est là pour l’y aider, et non pas pour se substituer à l’homme. Par contre, il n’est pas libéral en ce sens que, s’il fonde son action sur cette liberté, il insiste également sur le fait que la société, qui ne se confond pas avec l’Etat, se doit d’assister et d’aider ceux qui n’arrivent pas ! D’où la réorientation des approches des questions sociales, non plus abordées en termes financiers, mais en termes humains. C’est aussi là le sens de toute sa démarche civilisationnelle. Des choix ont été faits par les français lors des élections, les moyens financiers sont limités, et pourtant il est possible de faire mieux avec moins d’argent, ce qui à terme créera de la croissance et permettra de relever le niveau global de développement.
Certes, j’admets volontiers que la volonté d’agir vite à parfois entraîné une survitesse et l’oubli de définition d’une ligne de conduite claire, l’oubli d’une indispensable réflexion philosophique en amont. Or, la durée d’un mandat est là aussi pour permettre de mieux réfléchir avant d’agir ! Mais on ne prend plus vraiment le temps, sous la pression des media bien plus que de l’opinion ! Tout comme il y a en athlétisme la course du 100 mètres et le 50 kilomètres marche inscrits aux JO, il est des politiques qui nécessitent de la vitesse et de la réactivité, alors que d’autres doivent laisser du temps au temps… Si un marathonien ou un marcheur veut courir comme un sprinter, il n’ira pas loin, tout comme un sprinter dosant son effort comme un fondeur échouera inexorablement et se verra traiter de limace, ce dont nul ne penserait qualifier le marathonien ! Tout est donc, en politique comme partout, question d’harmonie, d’équilibre, de dosage, de choix, bref, de jugements… Mais notons aussi que l’on demande tout à un homme seul, qu’on demande à Nicolas Sarkozy d’être à la fois Bolt et Gebresselassié, tout en étant conjointement Galfione et Riner, Zidane et Lamy-Chappuis, Loeb et Bernard !
« Eh ! Qui ne se trompe pas ! »
Mirabeau le jeune
La grande erreur de Sarkozy aura peut-être été de ne pas admettre le vieil adage de Mirabeau le jeune… Mais je vais paraphraser Mirabeau en disant : Eh ! Eh ! Mais voici un adage que nul ne veut admettre pour l’Etat, le croyant infaillible, immuable, rigide… Or, s’il doit tendre vers la perfection, il ne peut l’être, car humain, restant soumis à l’adage, et c’est pourquoi il est si encadré par le droit… Prenons un exemple, là encore lié à la réforme actuelle, combien avaient pensé que la justice était immuable, parfaite lors de l’affaire Dreyfus ? or, elle s’était trompée ! La grandeur n’est pas de ne pas se tromper, mais d’admettre que l’on puisse se tromper, d’admettre de revenir sur l’erreur. C’est peut-être la seule chose qui aura manqué encore à Nicolas Sarkozy…, mais ses ennemis n’en tireraient-ils pas avantage, car cela leur permettrait de cacher le grand vide de leur pensée ?
« Si vous avez la réforme juste, si vous avez la réforme simple, si vous avez la réforme franche, alors je vous le dis : vous aurez la réforme populaire, vous aurez la réforme efficace. »
Jacques Chirac
On le voit bien, tout était lié et logique chez Sarkozy : réforme de la justice, réforme de l’Etat, réforme des collectivités territoriales, débat sur l’identité nationale, discours sur la laïcité, Grenelle de l’environnement, etc... Et en totale continuité avec les idées de fracture sociale et de bonne gouvernance de Jacques Chirac. Mais effectivement, on rompait avec les scories du mitterandisme, avec les avatars des identitaires ultranationalistes, avec les mythologies du gauchisme, avec l’angélisme du centrisme ! Sarkozy travaillait finalement avec une approche structuriste, et non pas structuraliste, prenant simultanément sous son regard l’ensemble des éléments constitutifs d’une politique, mettant en relief des ensembles significatifs en tant qu’ensemble et non plus comme somme d’éléments séparés et déstructurés. Tout est lié chez lui ! Rien n’est là par hasard ! Or beaucoup de ses amis continuent à débattre par parties sans voir le tout ! C’est là sa faiblesse !
Dans sa vision générale de la politique, grande nouveauté en France, Sarkozy envisagait la possibilité d’existence de la morale de l’autre, voire même tout simplement l’existence de l’autre comme partenaire, du moins dès lors qu’il confronte le libéralisme pur au socialisme pur ! Il avait choisi une voie médiane… Mais ce n’était pas celle d’un centrisme mou, conciliant avec l’un et l’autre ! Il s’agissait bien au contraire pour lui de s’engager, même s’il se trompe parfois, mais au moins il osait, le premier depuis bien longtemps - et donc il dérangait -, et c’est là le premier pas vers la justice sociale ! Il serait même possible de dire que, d’une certaine manière, en et par cela, Nicolas Sarkozy fut, sinon social-démocrate, du moins social-libéral, et uniquement en ce sens…
Mais le problème c’est déjà que ses propres amis ne s’en sont pas rendus compte et continuent à penser uniquement en termes de droite - ce que ne faisait pas De Gaulle -, à penser selon des schémas dépassés, inadaptés, alors que les socialistes français restent de leur côté enfermés dans des dogmes économiques marxistes. Et, mieux, Sarkozy lui-même en a-t-il conscience, a-t-il conscience de son évolution ? Il en avait pourtant peut-être déjà l’intuition lorsque, jeune, il disait qu’être gaulliste c’était être révolutionnaire… Mais son De Gaulle d’alors n’était pas le De Gaulle phagocyté par Pompidou, mais au contraire le De Gaulle de Londres, le De Gaulle s’élevant face à l’adversité !
Vision globale, dépassement des vieux schémas… Et on s’étonne des crises entre Sarkozy et certains des parlementaires de sa majorité aux approches éculées, avec certains de ses conseillers dépassés, mais aussi de son entente avec des personnalités telles que Michel Rocard ou encore Jack Lang ? D’où aussi les réflexes de durcissement, par peur, par absence d’idées, du PS et de certains syndicats – mais pas forcément de la CGT, même si elle conserve de vieux réflexes, alors que Bernard Thibault y est parfois contesté pour son acceptation du dialogue avec l’Elysée, et que certaines de ses fédérations, et non des moindres, sont très ouvertes à un dialogue réel– ! Sarkozy, c’est vraiment une majorité nouvelle !
C’est cela qui fit dire à certains que Sarkozy s’était converti au socialisme, mais pas au socialisme marxiste, mais au socialisme républicain dans sa tradition française de liberté, d’égalité et de fraternité… Son socialisme était celui d’une politique de l’homme, d’où les références à Edgar Morin, à Jean Jaurès, à Léon Blum ! Sa politique de l’homme, c’était aussi un peu celle d’Etienne Borne… Mais, m ses fidèles ne l’ont pas compris d’où les tiraillements au sein de sa majorité, … alors même que certains de ses opposants au sein de cette même majorité, d’où là encore des tiraillements et des clivages nouveaux ! Quel président aura autant cherché à résister à Bruxelles ? Quel président aura aussi peu hésité à user du déficit budgétaire, d’où la surprise devant ses réactions actuelles et sa soumission aux diktats bruxellois et de Francfort ? Quel président aura autant utilisé l’argent public, même fictif, au service de la relance de l’entreprise et du soutien aux plus démunis ? Quel président aura autant osé face aux grands patrons voyous et inconscients des réalités de l’homme ? Aucun ! Et c’est ceci qui explique le paradoxe de son succès, mais aussi des défaites locales, du fait même du déphasage entre sa pensée, qui prenait en compte la globalisation et les nouveaux modes de communication, et celle de certains de ses amis ! Qui a osé la fin de la Francafrique/France à fric pour lui substituer l’échange équilibré de l’Union pour la Méditerranée ? Mais tout ceci semble oublié, balayé d’un revers de la main…
Peu de ses amis, même parmi les plus proches, se sont rendus compte qu’il était en fait le plus grand ennemi possible du capitalisme sauvage, et ce justement parce qu’il use contre ce capitalisme des armes de ce dernier ! Le seul regret que l’on pouvait avoir, c’est qu’il continuait à trop insister sur les idées d’ordre, de braves gens, … Là, il restait un progrès à faire, même si sans ordre civil il ne peut y avoir de société viable… Mais il a depuis peu choisi la voie inverse… Beaucoup reste ici à faire, mais c’est aussi nécessaire pour rétablir ce qui a été détruit depuis trente ans… Et surtout, n’oublie t-il pas que l’on ne fait pas le bonheur de l’homme contre l’homme ? Mais est-il encore temps de prendre ici le temps avec les retards accumulés depuis 1976 ? Mais c’est aussi de la grandeur de l’homme politique vrai que de savoir aller contre le courant, de tenir ses promesses, y compris face à ses propres amis… De Gaulle aurait-il été grand s’il avait écouté la majorité française de 1940 ? Non ! Il serait resté dans l’histoire comme un général félon ! Mieux, Mitterand aurait-il pu maintenir la France s’il était resté soumis à la seule économie marxiste proposée par Pierre Mauroy ? Non ! D’où les critiques actuelles contre Mitterand de ses anciens féaux ; d’où les attaques actuelles contre Sarkozy ! Sarkozy fut peut-être le premier à réconcilier l’économie et le social en France, mais ce sera dur, même si, considéré comme de droite, il a pu faire des réformes sociales que Mitterand, dit de gauche, n’avait pu faire, car s’exposant à la surenchère de ses propres amis… Sarkozy a face à lui certains de ses amis, mais, en face, que de la critique sans propositions, cette critique qui est toujours plus facile que l’action ! Il est vrai que celui qui ne fait rien ne s’expose pas, que l’immobile est facile… Ce ne fut pas le choix de Nicolas Sarkozy, … y compris lorsqu’il voulut que l’on définisse clairement ce qu’est la nation, bref le fondement même de notre démocratie ! Mais aujourd’hui, quelles visions de ces questions ?
Par ailleurs, on reproche très facilement à Nicolas Sarkozy ses emprunts à l’histoire, ses citations… Or, la politique française est morte en tant que confrontation d’idées, est devenue le très nietzschéen éternel retour du même, le simple jeu d’une alternance de façade le 29 juin 1986. Ce fut lorsque, à la convention nationale du PS du Pré Saint-Germain, tout le monde a applaudi Lionel Jospin et sa nécessité de fonder les valeurs du socialisme dans la réalité, faute de quoi elles risqueraient de se réduire à une idéologie, à une vision abstraite et déformée du monde. De fonder à fondre, il n’y a qu’une lettre, … et, par delà le latin classique, une même racine indo-européenne.
Et de fondre à se dissoudre, il n’y a qu’une réalité physique ! En oubliant les idées, l’idéologie, qui est à la fois idée, mais aussi ancrage dans une histoire, donc des références claires et précises, une culture vécue et vivante, on en arrive au néant de la cyber-politique, de la politique kleenex… De Gaulle, Mitterand avaient une culture, mais aussi une idéologie, qu’elle que soit la manière dont on la qualifie ; une certaine idée de la France, etc… Sinon, on fait du clientélisme d’immédiateté, en aucun cas une fidélité : un pas en avant, deux pas en arrière dès qu’il y a le moindre de bruissement des courbes de sondage… Mais il n’y a aussi plus de ligne, plus de perspective ; plus rien que de l’immédiat, donc aucune vision d’avenir ! Sans références, il n’y a pas encyclopédisme, certes, mais outre le fait que l’encyclopédisme a et est l’une des grandeurs de notre civilisation et de la pensée des Lumières, l’absence de références dans le temps et dans la profondeur n’est que le révélateur d’une certaine mort de la culture, de toute culture. Et ceci ne concerne pas que l’écrit ; ne dit-on pas, en Afrique, que lorsqu’un Vieux meurt, c’est une encyclopédie qui disparait ? Aujourd’hui, n’a-t-on pas plus que pléthore de livres se ressemblant ? ne peut-on pas parfois échanger un livre de Chevènement et un de De Villiers, une chronique de Royal et une de Bayrou ? C’est à cela que Nicolas Sarkozy, parfois maladroitement peut être, cherchait à remédier !
Autre point, la mise en avant de l’aspect people du Président par les media me semble bien plus être le fruit d’une volonté d’opposition à son action que celui de sa volonté. Par le seul accent mis sur cet aspect secondaire, l’effet est double : - ne pas parler de l’action politique ; - faire perdre au Président une partie de son électorat. C’est la presse qui en fait un exhibitionniste pour se justifier, alors que c’est l’inverse ! D’ailleurs, on parle de culte de l’apparence pour Sarkozy, mais a-t-on oublié Coty et sa soupe, De Gaulle et ses conférences de presse, Giscard et ses œufs aux truffes, ses dîners chez les français, son accordéon, ou encore, le pire, Mitterand avec Latché, ses silences, son âne, etc… ? C’est une forme de courage politique que d’assumer des choix, surtout lorsque la philosophie de ces choix était connue avant l’élection. Pour une fois qu’un homme politique assume ce qu’il avait promis… Mis à part Mitterand de 1981 à 1983, ils ont été bien rares… On savait où on allait, les français le savaient avant l’élection ! Pourquoi tomber des nues aujourd’hui ? Tout était écrit dans des ouvrages de la main de Sarkozy ! Que l’on ne soit pas d’accord avec tout, c’est la grandeur de la démocratie que de le permettre ! Que l’on refuse le dialogue ou que l’on feigne de ne pas avoir su, c’est plus grave ! Je vais me répéter ! On peut dès lors mieux comprendre les positionnements actifs et critiques à la fois de personnalités telles que Jack Lang, Claude Allègre ou autres Bernard Kouchner ! Néanmoins, la principale chose que l’on puisse reprocher à ces commission et groupes de travail, hors il est vrai le Grenelle de l’environnement, ce n’est pas de ne pas tenir compte des contraintes économiques, réelles, humaines ; c’est de ne pas avoir toujours cherché à définir clairement et à exposer les mots, les enjeux d’où beaucoup d’incompréhension. Néanmoins, et pour en arriver à la réforme, il y a un gros problème ! Dans les actuels débats, on semble vouloir réduire leurs thématiques à de simples procédures, à de simples propos de comptoir. Or la réforme, c’est plus que cela. Pour avoir une bonne réforme, il faut d’abord exposer une théorie, une vision avant d’en définir les institutions, les procédures, les propositions qui ne sont que les conséquences de l’idée que l’on se fait de ce que doit être la problématique posée. Mais beaucoup sont étonnés, car cela change de la pratique politique de ces dernières années…
Pour finir, n'oublions pas que Nicolas Sarkozy cherchait à enfin mettre en place une démocratie aux dimensions de notre pays, une démocratie de transaction sociale, bref une démocratie représentative mais ouvrant à tous le débat et la participation politique. C'est dans ce cadre que s'inscrivait débat sur l’identité nationale. Ce débat était aussi une psychanalyse de la France, paradoxalement pour lui permettre de se débarrasser des influences destructrices de Freud, mais aussi de Marx et de Nietzsche, dont les seuls effets ont été de détruire toutes les valeurs et de faire perdre aux français tous les repères qui faisaient que l'homme était libre et responsable, alors qu'il a aujourd'hui peur et ne cherche souvent qu'à perpétuellement se réinventer contre l'autre ! L'a-t-on compris ?
Les sarkozystes ont-ils compris Sarkozy ? Ne l’ont-ils finalement pas lassé par absence d’effort intellectuel de leur part et, conduits par un certain fatalisme subi, laissé aller à renoncer à tous ces principes ? Tout ce qui précède est aujourd’hui oublié au service de la seule économie, dans une vision du court terme, donc contraire à tout ce qui faisait l’originalité de Nicolas Sarkozy… Or, ce sont justement ces principes qu’il soutenait pourtant qui nous permettront de sortir de l’ornière, pas leur abandon ! La crise financière n’explique pas tout, très loin de là ! Mais elle est par contre un excellent alibi !
Mais il est vrai aussi que tout a été fait pour saborder les efforts de Nicolas Sarkozy, par exemple lorsqu’il cherchait à définir l’identité nationale pour mieux préserver la France face à la Commission européenne… Il ne cherchait peut-être qu’à sauver ce qui pouvait encore l’être… Alors, puisque les abandons ont été faits tant dans les Traités qu’en France, pourquoi se plaindre ??? On peut comprendre la lassitude du Président de la République… De Gaulle disait : Ce pays est mou ; que devrait dire Sarkozy ? On peut comprendre son impatience de dolce vita pour son après-présidence… On peut comprendre qu’il préfère les bras de Carla aux caprices d’une Marianne qui le cocufie par jalousie, égoïsme, pessimisme, … voire simplement par esprit de contradiction, presque par sport national !
Sarkozy, reviens à tes idées premières !
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