Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 février 2011 4 24 /02 /février /2011 10:41

Certains diplomates français, réunis au sein du groupe Marly, se sont exprimés récemment dans le journal Le Monde. Quelques réflexions en vrac en guise de réponse…

  • On nous parle de compétences. Certes, il en faut, et son Excellence Bosco, grand diplomate italien peut ici servir de modèle à tous. Mais ce dernier savait aussi parler culture, avait de la prestance. Tous nos diplomates ont-ils de la prestance ? On peut légitimement se poser la question lorsque l’on se souvient de cet article de Match montrant voici quelques années nos diplomates se précipitant par les fenêtres dans le Quai d’Orsay pour fuir quelques gouttes de pluie….
  • Quelles sont les qualités d’un bon diplomate ? De l’entregent, de la prestance, de culture, une bonne connaissance de l’histoire et de la géographie, de l’esprit d’initiative, rien d’autre ! L’ENA ou le concours du Quai le garantissent-ils ? Pas vraiment ! Nos diplomates étaient parfois jugés volages, mais ils étaient respectés, ne serait-ce que par leur culture et leur prestance !
  • On nous parle de compétences. Certes… Mais l’un des meilleurs Ambassadeurs que connut la France au début du XX° siècle, Ambassadeur en Chine, ne fut-il pas recruté par … petite annonce du type : cherchons jeune homme cultivé, présentant bien et parlons chinois ?
  • Nos diplomates se veulent compétents. OK ! Mais pourquoi ne s’offusquent-ils pas lorsque l’un des leurs confond cessez-le-feu­ et couvre-feu, pour en rester à ce seul exemple ? Et je n’évoque même pas les erreurs en histoire et en géographie ! Ils nous parlent de retour de la France dans l’OTAN… Or, la France n’a jamais quitté l’OTAN, seulement pendant plusieurs décennies le commandement militaire intégré de l’Alliance, ce qui est tout à fait autre chose… De plus, ils semblent ignorer les contraintes de l’Union européenne, la PEDC, etc… se devant de correspondre aux principes de l’Alliance atlantique, ce qui fait que rester en dehors n’est plus opportun.
  • Nos diplomates parlent de diplomatie hors du Quay… Mais la diplomatie parallèle n’a-t-elle pas toujours existé ? Ne permet-elle pas aussi, par son ignorance par les diplomates présents en permanence dans un pays, de sauver la face ?
  • Nos diplomates n’oublient-ils pas aussi un grand principe : la solution se trouve le plus souvent dans la diplomatie préventive ? Ceci impose de la réactivité et de l’adaptation, y compris des directives centrales… N’oublient-ils pas la diplomatie préventive se doit de toujours prendre le pas. Certes, il est très difficile de « vendre » des conflits qui n’existent pas encore, ce qui fait que la diplomatie préventive est difficile à admettre car on ne peut souvent prouver que l’on avait raison que lorsque l’on a échoué. Mais elle a pourtant déjà porté ses fruits. Il est vrai que ceci est parfois un rôle obscur qui ne fait pas briller. Or, le diplomate est-il là pour se mousser lui-même ou pour faire briller la France ?
  • Nos diplomates ignorent-ils que la France est un pays sinistré en matière de droit comparé ? Font-ils des efforts pour y remédier ?
  • Le Quai d’Orsay n’est pas un sixième pouvoir ! Il est aux ordres du Gouvernement ! Et si un diplomate n’est pas d’accord avec la politique de la France, il doit, et je reprends ici la phrase d’un ancien ministre, démissionner ou fermer sa gueule ! Et puis, il faut distinguer les experts diplomatiques qui eux se doivent d’être ultra-pointus juridiquement (ce qu’ils ne sont plus toujours) des diplomates eux-mêmes !
  • Nos diplomates ont-ils compris que l’UE existait, ce qui fait que les relations avec les 26 et avec les pays ACP ne sont plus des « affaires étrangères » ?
  • La France est une grande puissance du fait de son siège permanent au Conseil de sécurité. Ceci lui impose non pas du fixisme, même si des grandes lignes doivent exister, mais bien au contraire de la réactivité.
  • Nos diplomates ignorent-ils qu’il n’y a jamais de certitudes dans les relations internationales ?
  • En fait, un bon diplomate doit surtout bien connaître les principes de négociations posés par Alain Plantey, ainsi que les principes de Talleyrand, et savoir les appliquer dans le cadre des directives données par le Gouvernement. Rien d’autre !
  • L'expert doit être compétent, ouvrir sa gueule, mais ne pas apparaître, alors que le diplomate doit faire croire qu'il est flexible. Or, aujourd'hui, les rôles sont inversés !
  • Et puis, aujourd'hui, les dirigeants des Etats, les ministres peuvent se rencontrer bien plus facilement qu'avant; ils peuvent se téléphoner, etc... Et aussi, l'information circule bien plus vite, ce qui impose plus de réactivité, ... et expose au risque de se tromper ! Enfin, on nous dit qu'il faut discuter avec les peuples et non avec les Etats ! N'importe quoi ? C'est le rêve des antidémocrates ou des anarchistes ! Les relations interétatiques ne peuvent être qu'interétatiques !

Rappel des principes de Talleyrand :

-          Tous les agrandissements de territoire ne sont que des jeux cruels de la déraison politique.

 

-          Un traité de paix est un acte réglant l’intégralité et l’universalité des objets en contestation. Il doit faire succéder l’état de paix à l’état de guerre, mais aussi l’amitié à la haine. Il ne doit donc rien laisser sous silence, tout en évitant la survie de la haine, les à peu près, l’écrasement du vaicncu et l’ivresse de la victoire.

 

-          Lorsque l’on se sent invincible, il faut éviter d’en abuser et en profiter pour savoir tendre la main à l’ennemi.

 

-          Le chef doit être clairvoyant et ferme.

 

-          Il faut chercher à être bien avec tout le monde, sans pour autant renoncer à son identité, et non pas seulement avec quelques puissances, même s’il est nécessaire de faire des alliances avec ceux qui veulent vraiment faire de la paix une priorité.

 

-          Il faut voir en avant et non pas vers l’arrière.

 

-          Il faut développer entre les États des rapports d’industrie et de commerce permettant de poursuivre l’expansion en commun et sur le même rythme.

 

-          Les vrais intérêts du commerce imposent une indépendance des États quant à leurs colonies, ce qui peut imposer un certain partage du monde en zones d’influence : la Méditerranée à la France, l’Océan au Royaume-Uni et l’Europe centrale à l’Autriche.

 

-          Il faut proclamer des frontières éternelles et renoncer à toute idée de conquête visant à modifier ces frontières.

 

-          Il faut chercher à concilier le libéralisme et l’évolution des peuples en tenant compte de principes communs définis en commun.

 

-          Il est de la nature d’un État libre de désirer que les autres peuples soient appelés à la jouissance d’un bien qui, une fois répandu, promet à l’Europe et au monde l’extinction d’une grande partie des querelle qui les ravagent. Cette jouissance ne doit cependant en aucun cas être imposée.

 

-          Vouloir porter à force ouverte la liberté chez les autres est le meilleur moyen de se faire haïr, de la faire haïr et d’en empêcher le triomphe.

 

-          C’est un sacrifice qui peut beaucoup pour la paix et un plus grand bien pour tous que de consentir à être l’éditeur responsable des œuvres d’autrui.

 

-          Si la parole a été donnée à l’homme pour déguiser sa pensée, le calcul personnel et l’appât du gain ne sont pas toujours dans le temps les meilleures solutions.

 

-          Il ne faut jamais avoir la prétention d’être le maître des autres.

 

-          La guerre réveille le patriotisme et favorise les neutres. Bref, elle fait perdre tous ses avantages à celui qui est puissant.

 

-          Les colonies ne sont qu’un problème secondaire.

 

-          Il faut éviter l’illusion qui est celle d’être puissant dans les moyens journaliers d’exécution alors que l’on est subalterne d’un point de vue politique ou définiteur de la politique.

 

-          Certains ennemis économiques seraient en fait les meilleurs alliés en cas d’agression militaire, chacun ayant à y perdre. La connaissance d’une telle réalité permettrait de limiter les conflits et de retenir les vélléités de chacun.

 

-          Il faut rassurer sur le plan militaire en évitant certaines interventions non à propos, puis s’appuyer mutuellement avec d’autres États puissants pour éviter que les autres n’interviennent, puis enfin s’associer afin de granatir une invioloabilité et une paix accompagnée de neutralité chez ceux chez qui l’on n’est pas intervenu.

Partager cet article

Repost 0
Published by Serge Bonnefoi - dans Politique
commenter cet article

commentaires