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12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 17:09

Le point de départ de la question des rapports entre l’Eglise et la Révolution aura été la volonté de l’Assemblée constituante de réformer l’organisation du clergé et l’organisation du culte, afin de les rationaliser ; dans le cadre de ce projet, le gallicanisme religieux était conservé. Mais la Montagne allait prendre le contrepied de la Constituante, cherchant à détruire le Catholicisme en France, à la fois au nom de l’athéisme (du théisme pour certains de ses membres) et en celui du culte de l’Etre suprême qui devait être intégré dans la cité (autre preuve de l’influence du théisme), une certaine religiosité devant être maintenue afin d’assurer l’ordre social global de la société. La pensée des Montagnards est en effet qu’il faille maintenir un système de culte, de croyances, soumettant l’homme à une idée de bien et de mal, à la raison, permettant ainsi de cimenter, de fonder à la fois le système institutionnel et le système juridique.

 

Il est vrai que la situation du clergé dans l’ancien système ne pouvait qu’obliger la Constituante à intervenir. En premier lieu parce que le Catholicisme, sans être forcément une loi fondamentale du royaume, restait le fondement de la royauté, avec la France fille ainée de l’Eglise, le sacre du roi à Reims, le pouvoir attribué au roi de guérir les écrouelles.  Mais aussi parce que le clergé était le premier ordre privilégié de France. Bénéficiant d’un système fiscal très allégé, et, mieux, percevant des impôts, il avait ses propres tribunaux, alors que les évêques avaient un pouvoir de juridiction. De même, un tiers de la fortune foncière française était entre les mains du clergé, attribué sous la forme de bénéfices aux titulaires des évêchés, des chapitres, des abbayes ou encore des cures de paroisse. Par ailleurs, si l’Eglise pouvait hériter, elle ne pouvait pas remettre en circulation ces biens hérités par la vente, ce qui à la fois bloquait le système économique et renforçait sa puissance. Enfin, nombreux étaient ceux qui contestaient, même au sein de l’Eglise, la quasi-confiscation des évêchés par les grands du royaume, certains sièges étant même attribués dès leur naissance à des cadets… Il faut en effet se souvenir que, selon les termes du Concordat de Bologne entre le Pape Léon X et François Ier, le roi de France assignait les bénéfices et en nommait les titulaires, selon le principe Le roi donne, le Pape pourvoie ; or, ceci avait évolué en un système non plus au service de la foi, de la société, mais en un moyen de politique intérieure, permettant de favoriser telle ou telle famille dont on voulait s’attirer les grâces… Il fallait donc réformer…

 

Se posait néanmoins un problème. La nouvelle philosophie des Droits de l’Homme instituait la liberté du culte, et, de ce fait, la Constituante ne pouvait pas intervenir dans les questions religieuses. Mais, les cultes étant tous reconnus, ayant tous le droit d’exister, une seule religion ne pouvait plus être privilégiée, ni même rester religion d’Etat. Logiquement, ceci aurait dû conduire à la séparation de l’Eglise et de l’Etat ; or, cette conception n’émergera qu’à la fin du XIXème siècle… Mélangeant donc une tradition héritée de l’ancien régime et une volonté de changement, de remise à niveau, la Constituante allait s’enferrer dans des réformes toutes plus difficiles les unes que les autres, voire même contradictoires. Sur le plan financier, la question fut réglée simplement ; les biens du clergé étaient confisqués, puis vendus. Mais la Constituante resta enfermée dans les principes du gallicanisme, une tradition bien française, reste toujours poussée par ce gallicanisme vieux de plus de quatre siècles.

 

Selon ce gallicanisme, il y avait une indépendance totale du pouvoir temporel du roi par rapport à la Papauté ; c’était le gallicanisme royal. Il est évident que la Constituante tenait à maintenir ce principe… Par ailleurs, il y avait aussi un gallicanisme ecclésiastique selon lequel l’Eglise de France était autonome par rapport aux autres Eglises, y compris par rapport à Rome. Ceci n’était pas nouveau puis la Sanction royale de Bourges de 1437 lui attribuait le droit d’élection des pairs de l’Eglise. Enfin, ce gallicanisme posait le principe de la supériorité du conseil royal sur le Pape, même si ceci ne fut pas considéré comme schismatique, alors même par exemple que ce conseil mit près d’un siècle à valider les décrets et les canons du Concile de Trente. Toute cette tradition gallicane avait imprégné les gens de droit, ceux là même qui allaient devenir membres de la Constituante, et, rien n’apparaissait plus logique, dans le respect de cette tradition je le rappelle héritée des rois, que l’application d’une politique interventionniste…

 

La première phase de la réforme fut donc la sécularisation des biens du clergé. Elle allait se faire en deux temps. Il y eut d’abord la nuit du 4 août 1789 lors de laquelle tous les privilèges, donc ceux de l’Eglise, furent abolis, alors que la dime était supprimée, son produit (un dixième des récoltes) étant affecté aux frais du culte et au service des pauvres.

 

La seconde phase fut la loi du 2 novembre 1789 décidant la mise à la disposition de la Nation de la totalité des biens ecclésiastiques, ces biens étant mis en vente (les biens nationaux), l’Etat s’engageant en contrepartie à verser un salaire à tous les membres du clergé, ce qui était d’ailleurs déjà le cas, mais non général, sous l’ancien régime. La justification de cette mise à disposition était quadruple : une avance sur les salaires, idée de Mirabeau ; le principe selon lequel ces bien n’avaient jamais été au clergé lui-même, mais aux pauvres et au culte en lui-même ; le principe selon lequel l’Eglise ne possédait pas ces biens par elle-même, mais uniquement par autorisation royale, ce qui faisait que la Constituante, dotée de la nouvelle souveraineté juridique, pouvait retirer cette autorisation ; le fait que ces biens étaient soustraits au commerce naturel…

 

Dans le même mouvement, l’Eglise est posée comme une nouvelle branche de l’administration civile, les prêtres étant assimilés à des fonctionnaires de l’Etat, cette évolution se fondant à la fois sur le fait qu’ils sont désormais tous salariés par l’Etat, et sur celui qu’ils avaient jusqu’alors le monopole de l’état-civil. La première conséquence de cette nouvelle situation sera la suppression des ordres et des vœux monastiques, puis la Constitution civile du clergé du 6 février 1790 et la loi du 20 août 1790. Selon ce nouveau dispositif, il n’y a plus de juridiction du Pape sur l’Eglise, ce qui allait plus loin que dans le système gallican classique. Par ailleurs, il est institué auprès de chaque métropolitain, bref de l’ancien archevêque, et de chaque évêque un conseil synodal en charge d’intervenir dans toutes les décisions du diocèse, les chapitres, les sinécures et les collèges étant supprimés. Il y a de même remaniement des circonscriptions ecclésiastiques, ces dernières datant pour la plupart de l’époque romaine et ne correspondant plus aux réalités de la population du XVIIIème siècle ; alors qu’il y avait alors 130 diocèses, dont certains se chevauchant ou chevauchant sur des territoires étrangers, il y a désormais application du principe d’un seul diocèse par département. De même, désormais, le cadre de la paroisse est le canton, soit environ 6.000 habitants. On notera que, même si la plupart des membres du clergé siégeant à la Constituante allait protester, cette nouvelle organisation de l’Eglise catholique en France allait entraîner peu de réactions, y compris à Rome.

 

Dans le même temps, la loi posait le principe du recrutement des responsables ecclésiaux par élection, et ce afin de permettre une assimilation plus facile du clergé, ou plus exactement sa meilleure acceptation par les fidèles, tout en revenant aux plus anciennes traditions de l’Eglise (ou peut penser aux exemples de saint Ambroise de Milan ou encore de saint Augustin). Par contre, l’investiture reste ecclésiastique, le curé devant l’être par son métropolitain ou par son évêque, l’évêque par le métropolitain. De plus, le métropolitain peut refuser l’élection d’un évêque, mais il doit alors s’en justifier par écrit, et ce afin que l’évêque élu mais non nommé puisse éventuellement attaquer cette décision par la voie d’un appel comme abus, ce qui n’était finalement que la reprise d’une vieille procédure gallicane déjà existante sous l’ancien régime, et ce devant le tribunal de district qui pourrait soit accéder au refus du métropolitain, soit passer outre à la décision de ce dernier. La même procédure était prévue pour les curés. Le hic, c’est qu’une fonction religieuse était désormais contrôlée par une institution laïque, ce qui allait entraîner la colère de Rome. Pourtant, sous l’ancien régime, les Parlements n’hésitaient pas à intervenir sur saisine dans les élections épiscopales ou les nominations curiales, sans que Rome n’ait jamais songé à remettre en cause cette procédure, désormais strictement organisée et non plus soumise à des règles variables selon les lieux. Enfin, un serment obligatoire de soutien à la Constitution était demandé aux membres du clergé ; là encore, rien de nouveau, puisque beaucoup de prêtres, ainsi que les évêques, devaient sous l’ancien régime prêter serment de fidélité … au roi, ce que l’on tend trop souvent à oublier…

 

L’erreur de la Constituante aura été d’avoir poussé le gallicanisme à son extrême, en refusant tout dialogue avec Rome, allant ainsi jusqu’au schisme avec la condamnation romaine de 1791 qui fit qu’une grande partie du clergé français, devenu soudain ultramontain contre son attitude classique de l’ancien régime, allait refuser de prêter serment de fidélité à la Constitution. Mais le schisme allait aussi être interne au clergé français, entre un clergé jureur et un clergé réfractaire. IL était aussi interne à la population avec une majorité suivant les prêtres réfractaires, une minorité non négligeable derrière les prêtres jureurs. D’où les scrupules du roi, sa fuite à Varenne… Bref, la méthode plus que le fond fut fort inopportune, sans compter les royalistes purs et durs qui ne firent qu’attiser les braises…

 

On ne pouvait donc qu’aboutir à une réaction violente contre les réfractaires, contre le Catholicisme, contre Rome, cette dernière refusant toute remise en cause du principe monarchique. Ce qui était en jeu, c’étaient les principes mêmes des droits de l’Homme…

Les Montagnards allaient profiter de la situation. Leur but était de changer la religion elle-même, pas tant le fond de la Foi qui les indiffère souvent (même si certains d’entre eux veulent l’anéantir comme contraire selon eux aux principes des Lumières), mais sa forme en tant que soutien de l’ancien régime et porteuse selon eux d’une idée d’ordre contraire à l’ordre républicain.

 

Il y allait ainsi avoir, dans un premier temps, essai de mise en place du culte de la Déesse Raison, même les enragés tels qu’Hébert ou Vadier, athées militants, l’acceptant du bout des lèvres. Nombreux seront donc ceux qui suivront Robespierre qui, en disciple de Rousseau, était partisan d’une religion de la cité. Robespierre voulait ainsi retrouver les principes de la cité antique, avec une intégration du culte dans la vie de la cité comme garantie de l’ordre moral et social. Il veut reprendre l’idée d’une confusion des fêtes de la cité et des dieux, d’une symbiose entre les prêtres et les administrateurs, bref de l’absence totale de séparation du spirituel et du temporel, le premier étant au service du second. Et, pour bien marquer le coup, il instaura une nouvelle religion, dite culte de l’Etre suprême, Notre-Dame de Paris étant par exemple transformée en temple de la Déesse Raison (la Fête de la raison est ainsi célébrée à Notre-Dame de Paris le 10 novembre 1793), ce qui devait obligatoirement conduire à des destructions, dont celle de la galerie des rois, tant à Reims qu’à Paris. Robespierre était le grand-prêtre de cette religion profane, avec un culte mélangeant les aspects religieux et civiques. Il est bien évident que cette pseudo-religion allait s’effondrer à la chute de Robespierre et son exécution le 28 juillet 1794.

 

Pendant ce temps là, les persécutions se développaient. Ce seront les réfractaires de 1792, les guillotines de 1793… Ce fut l’instauration d’agents assermentés chargés de la chasse aux réfractaires, celle des certificats de civisme, les phénomènes dits de déprestianisation ou encore de déprêtrisation (bonjour le vocabulaire)… Ce fut la grande persécution de 1793, lancée en fait par les massacres des 2 et 3 septembre 1792, notamment des Carmes, de l'Abbaye et de Saint-Firmin. Ce fut, le 10 mars 1793, l’établissement du tribunal révolutionnaire, l’adoption de la Loi des suspects le 17 septembre de la même année, ou encore, le 20 novembre, le décret stipulant que seuls les ecclésiastiques mariés pourront échapper à la déportation, d’où la déprêtrisation de la plupart des membres du clergé constitutionnel. Et même les déprêtrisés ne furent pas à l’abri, puisque, à titre d’exemple, Monseigneur Jean-Baptiste Gobel, évêque jureur de Paris depuis le 27 mars 1791 et précédemment évêque in partibus de Lydda, chef de file des hébertistes, qui avait abdiqué et s’était déprêtrisé le 7 novembre 1793, allait être exécuté le 12 avril 1794… Il est vrai qu’il fut guillotiné en tant qu’hébertiste athée, en tant qu’ennemi de toute religion, et non en tant que chrétien. Ironie de l’histoire que de voir tomber sa tête aux côtés de celles d’Hébert, de Chaumette ou encore du baron Cloots… Le but de Robespierre était de remplacer le Christianisme par une religion nouvelle, pas l’athéisme…

 

Autres actes symboliquement anti-chrétiens, bien plus que civils : l’adoption du calendrier républicain le 6 octobre 1793, ou encore la loi du 20 septembre 1792 le mariage civil et du divorce. Dans ce dernier cas, le but n’était pas tant de donner une liberté mais de détruire les dernières traces du Christianisme, comme le démontrent d’ailleurs les débats de l’époque !

 

La chute de Robespierre sera suivie d’un certain retour à la tolérance du Christianisme, même si de nouveaux cultes étaient mis en place, tel le culte décadaire ou encore la théophilanthropie… Et, à cette période, le paradoxe fut que la séparation de l’Eglise et de l’Etat aura été souhaitée par tous, même par les Catholiques qui voulaient arrêter les persécutions et ne se reconnaissaient pas dans le régime de 1793… Et cette séparation était d’ailleurs bien réelle puisque, dès l’An II, les pensions et les traitements des Prêtres n’étaient plus payés, ce qui allait d’ailleurs entraîner des réclamations après la chute de Robespierre, le comité des finances chargeant Cambon de faire un bilan de cette situation. Il y avait donc séparation économique de fait, et non de droit, car, primo, la loi prévoyant ces versements n’était pas abrogée, et car, secundo, la laïcité de l’Etat n’était pas prévue officiellement ! Néanmoins, la séparation de l’Eglise et de l’Etat avait bien été décidée le 18 septembre 1794.

 

On aura un retour progressif vers le gallicanisme, ce dernier connaissant son sommet avec le Concordat imposé au Cardinal Consalvi par Napoléon premier le 15 juillet 1801.

 

Pourtant, les persécutions furent bien longues à s’arrêter. Par exemple, à Marseille, il y eut encore le 29 février 1798 exécution de cinq prêtres refusant de prêter un serment de haine à la royauté, dont le Père Donnadieu

 

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Published by Serge Bonnefoi - dans Histoire
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