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27 mai 2010 4 27 /05 /mai /2010 09:43

En fait, on peut rejoindre Emmanuel Mounier... Mounier écrivant qu’il faut un minimum de justice distributive. Mais la justice distributive n’est que le soubassement de l’ordre humain, dont la générosité est la règle propre. Quand le sentiment égalitaire ne vise qu’à un ordre mathématique des distributions, il livre à l’avarice instinctive ce qu’il semble donner aux bons sentiments. Et l’opposition est ici totale avec Aristote et sa vision uniquement égalitariste, ou plus exactement égalisatrice de la justice. Car ceci est impossible sans porter atteinte à la liberté !

Mais gardons à l’esprit que l’égalité parfaite n’existe pas, est inhumaine. C’est d’ailleurs ce que nous rappelle un proverbe judiciaire Ngamay : Il n’y a pas deux personnes qui soient également belles. Il faut aussi bien se dire qu’une société juste n’est en aucun cas une société égalitaire. C’est une société qui assure la circulation des personnes entre les différentes fonctions et dignités, une société où chacun a un égal accès aux biens sociaux. Mais c’est aussi, et on l’oublie trop souvent, une société dans laquelle, comme l’affirmait déjà Aristote, chacun participe également aux maux l’accablant. Il s’agit d’une société où les doits et les devoirs, les avantages et les charges sont également partagés entre tous, avec un égal accès aux droits et aux devoirs. L’injustice consiste donc, au sein d’une société, dans le fait que certains, quels qu’ils soient, puissent s’exonérer des devoirs et des charges imposés aux autres…

Bref, il ne faut surtout qu’il y ait inégale répartition des biens et des maux sociaux ; c’est ce que l’on appelle la justice distributive. Cette justice distributive, pour être bien conçue et ne pas devenir injuste par répartition abusive ou aveugle des charges, doit elle-même se vouloir corrective, afin d’éviter tout écartement de l’égalité. Seule la justice corrective peut en fait corriger les abus en rétablissant l’égalité. On notera qu’Aristote est arrivé, par cette conception, à gommer ou plus exactement à surmonter le problème de la dualité entre le châtiment et l’indemnité…, mais il s’est aussi parfois trompé…, mais il ne faut pas faire d’anachronismes ! Pour son époque, c’était un immense progrès ! Il faut savoir dépasser Aristote ! Il s’agit pour l’homme du XXI° siècle de trouver une nouvelle philosophie, les pensées et les concepts actuels n’étant plus suffisants pour expliquer un monde qui ne se conçoit plus en quatre mais en dix ou onze dimensions.

Ce n’est cependant ni la mort de l’histoire, ni la mort de la philosophie. On est dans quelque chose d’autre : un véritable changement d’ère de pensée d’où l’homme ne sortira pas intact, soit en bien, soit en mal. Cela ne signifie pas que les concepts anciens soient dépassés, très loin de là, mais qu’ils doivent être repensés ou réactualisés, notamment en ce sens que certaines conceptions philosophiques trop vite rejetées sont peut-être bien plus modernes que l’on ne le croyait.

Le retour à l’ésotérisme et au religieux, les nouvelles approches de la nature ne serait-il pas une traduction de ce fait ? Mais uniquement en ce sens que l’homme se cherche, mais aussi que ces approches peuvent lui permettre de mieux comprendre sa place dans le monde. En fait, la seule explication des disfonctionnements actuels viendrait peut-être du fait que l’homme s’est découvert comme n’étant plus le centre le monde ? En accusant l’homme de pouvoir détruire la création, les écologistes – du moins certains écologistes politiques – ne relancent-ils pas le mythe de Prométhée, tout en replaçant eux-mêmes – sans le vouloir, mais de facto¬ – l’homme au centre du monde puisque l’homme deviendrait le catalyseur de l’évolution ? Bref, n’y a-t-il pas contradiction essentielle au sein même de leur pensée ? Bien au contraire, seul la prise en compte réelle du développement soutenable, de la solidarité entre les peuples, de la nature et de sa fragilité nous permettrons d’assurer la justice, en son sens le plus large, à l’avenir, au risque de réduire la justice institution à une simple police de l’ordre public ou, pire, de l’ordre moral ! Nous découvrons avec émotion que si l’Homme n’est plus (comme on pouvait le penser jadis) le centre immobile d’un Monde déjà tout fait – en revanche, il tend désormais à représenter, pour notre expérience, de la flèche d’un même Univers en voie, simultanément, de « complexification » matérielle et d’intériorisation psychique toujours accélérée. Ces mots posthumes de Pierre Teilhard de Chardin dans La Place de l’Homme dans la nature sont donc ici prophétiques…

Toute l’ancienne philosophie serait d’une certaine manière morte avec la seconde guerre mondiale, ce qui n’est pas forcément un mal, et une nouvelle doit naître, est dans les douleurs de l’enfantement, devant répondre aux interrogations d’un monde non plus anthropocentré, non plus à quatre dimension mais tout autre, intégrant désormais la nature, l’environnement comme la donnée première ! Le monde d’Hésiode, de Démocrite, d’Héraclite, de Socrate, de Platon, d’Aristote, de Thomas d’Aquin serait mort ! Celui de Descartes, de Pascal, de Leibniz, de Kant, de Nietzsche serait mort ! Or, ce n’est pas exactement cela. Ce qu’il y a, c’est que leurs idées ne sont donc plus totalement vraies car fondées sur du faux, ou des situations sociales autres ! C’est surtout le doute permanent insinué dans les esprits qui doit disparaître, non pas qu’il faille supprimer le questionnement – bien au contraire –, mais il faut aussi croire en ce que l’on dit et surtout ne plus chercher, par un quelconque jeu dialectique, seulement à détruire l’autre en se détruisant soi-même ! Mais cela ne veut pas dire non plus qu’il faille les jeter à la poubelle, très loin de là… Notons par contre, qu’à l’imitation des « grands » philosophes et à contrario de ces derniers années, la philosophie se doit désormais d’être à nouveau universelle, tant mathématique et physique que littéraire et juridique.

On a parlé brièvement de la place de l’homme dans le monde. Cela est décisif. Car désormais l’homme cherche non seulement à se connaître, mais aussi à comprendre sa place dans le monde qui l’entoure, sa place dans l’univers. L’homme dans le monde qui l’entoure… La finalité de l’homme… On nage ici en pleine philosophie, mais on est aussi proche de la géographie, de la psychologie, mais aussi proche de l’écologie, de cette science des êtres vivants dans le milieu qui les entoure. On est aussi proche de l’anthropologie, cette science qui permet à l’homme, par la connaissance de son comportement, d’en apprendre tant sur l’autre que sur lui-même… Et le droit se doit d’intégrer ces nouvelles dimensions !

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Published by Serge Bonnefoi - dans Droit
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