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13 janvier 2010 3 13 /01 /janvier /2010 08:20

Prolégomènes à la philosophie volontairement provocateur et outrancier… ou saynète marseillaise en forme de coup de gueule humoristique…

 

Quartier Saint-Loup, devant le Lycée Marcel Pagnol, à l’heure de la sortie des classes… Elle, la soixantaine bien tassée (mais alors là bien…), genre poisson-lune oublié sur un étal de la halle Delacroix… Lui, même âge, quelques décorations (non militaires naturellement, j’étais faible du cœur, faut comprendre, mais sinon… J’aurais montré à ces officiers j’m’en foutistes et coco comment on les gagne les guerres…), genre vieux beau avec canne… Le philosophe ? intemporel…

 

 « (Elle) - Mon bon monsieur…

 

(Lui) - Ma brave dame…

 

(Elle) - On est servi avec la philosophie, et il est sidérant que l’on donne aujourd’hui la priorité dans la pensée et dans l’enseignement à quelques personnages pour le moins bizarres : un pédophile (Socrate), une brute épaisse, et, de plus, homosexuelle (Platon), un clochard faux-monnayeur (Diogène), un débauché (Épicure), un traître (Dante), un courtisan en mal de titres de noblesse (Voltaire), un donneur de leçons abandonnant ses enfants (Rousseau), un nationaliste égoïste (Fichte), un qui aime pas les femmes et les juifs (Proudhon), un apologue[1] du suicide (Schopenhauer), un malade mental (Nietzsche), un raciste (Darwin), un ancien nazi critiquant le nazisme car pas assez national-socialiste (Heidegger)…

 

(Lui) - Joli palmarès !

 

(Elle) - Quel inventaire à la Prévert !

 

(Lui)  - Et l’on s’étonne ensuite que les jeunes soient paumés ?

 

(Elle) - Qu’ils ne croient plus en rien ? qu’ils n’aient plus de vrais valeurs ?

 

(Lui)  - Mais c’est cela qu’on leur enseigne en priorité !

 

(Elle) - À qui la faute ?

 

(Lui)  - Aux jeunes !

 

(Elle) - Je ne crois pas, quoique…, mais enfin les pôvres…

 

(Lui) - C’est les professeurs qui enseignent ça qui sont responsables !

 

(Elle) - Ils pervertissent nos chères têtes blondes…, enfin, celles qui restent !

 

(Lui) - C’est le gouvernement qui est responsable !

 

(Elle) - Où vont nos impôts ?

 

(Lui) - Ces fonctionnaires bons à rien, ils vivent à nos crochets…

 

(Elle) - C’est Bruxelles le responsable de tout ça, de la crise, de ces dégénérés, du j’menfoutisme, de cette gabegie…   

 

(Lui) - Ça, de mon temps…

 

(Elle) - Prenons Nietzsche, avec ses haines des hommes, des femmes, des démocrates, des socialistes, des anarchistes, des royalistes, des juifs, des chrétiens, de la vie, de Dieu, des faibles, des handicapés physiques, des chômeurs, des esclaves, des prêtres, de la presse, des libéraux, des humanistes, des humanitaristes, de la charité, de la populace, du troupeau des agneaux bêlants, …

 

(Lui) - On se demande bien qui ou quoi il n’a pas haï à un moment ou à un autre de sa vie, … Wagner y compris…

 

(Elle) - Avec son idéal du sur-homme, avec son admiration sans limites du chef tout puissant et omniscient qui pense pour vous, de la force, de l’ordre, du corps, de la race, de l’anti-christianisme, … !

 

(Lui) - Nietzsche, c’est pourtant l’actuel chouchou des professeurs de philosophie et des épreuves du baccalauréat !

 

(Elle) - Et on s’étonne ensuite que le Front National fasse des cartons électoraux, que des cimetières juifs et chrétiens soient profanés, que des synagogues, des temples, des églises et des mosquées soient incendiées, que des enfants tuent leurs parents sans savoir pourquoi, que l’on tire sur des religieux de toutes confessions, que beaucoup de jeunes se détournent des urnes, que les sectes pullulent…

 

(Lui) - Croire en Nietzsche, c’est vouloir que le 54 n’aboutisse pas à La Timone  mais à la Faculté des Lettres d’Aix-en-Provence, alors que Nietzsche a bel et bien fait le trajet inverse, le trajet conduisant de l’Université de Bâle aux établissements de soins mentaux !

 

(Elle) - Porter Nietzsche aux nues, c’est nier la démocratie !

 

(Lui) - C’est nier l’amour de l’autre !

 

(Elle) - C’est nier l’homme !

 

(Lui) - Et pourtant, il a de bonnes idées, ma brave dame, avec son chef qui pense pour moi… et son ordre !

 

(Elle) - Embêtant çà !

 

(Lui) - Car moi, je ne vote pas pour Jean-Marie, évidemment, mais enfin… Il a de bonnes idées…

 

(Elle) - Eh oui, mon bon monsieur, moi qui aime tout le monde ! Non mais… vous avez vu ce voyou sur son cyclo ? ? ?

 

(Lui) - Il veut tromper son monde en s’arrêtant au feu rouge… Mais moi, on ne me la fait pas…

 

(Elle) - Il est où mon sac ?

 

(Lui) - De mon temps…

 

(Elle) - Faire du sport ou de la musique pour pacifier les jeunes qui, comme tout le monde le sait, sont des voyous, des assassins en puissance, des bons à rien, etc…

 

(Lui) - Sgrogneuhgneuh, alors que de mon temps, ma bonne dame !…

 

(Elle) - Bien… Bien… C’est ben vrai ça !

 

(Lui) - Le football est une histoire de passes et de frappes… 

 

(Elle) - Le cyclisme se fonde sur des pédales…

 

(Lui) - Le rugby n’est qu’affaire de conquêtes,  de passes et de pénétrations…

 

(Elle) - Et ainsi de suite…

 

(Lui) - Pour la musique, c’est pareil ! On fait du rap…

 

(Elle) - Du viol des filles !

 

(Lui) - Quelle morale !

 

(Elle) - Mais que fait la Police ?

 

(Lui) - Où passent nos impôts ?

 

(Elle) - Que des voyous avec les idées qu’on leur met dans la tête au lieu de vouloir gagner des sous…

 

(Lui) - Et encore, sont trop payés ces fainéants !

 

(Elle) - Ah, ça, si j’avais pas mes lingots à la banque…

 

(Lui) - De mon temps, au Régiment, puis à la guerre, puis à la mine le héros ! 

 

(Elle) - Ah ! Que ne donne t-on plus de cours de morale !

 

(Lui) - Aime le patron de ton père car il te permet de manger ! 

 

(Elle) - Bonne réputation vaut mieux que ceinture dorée !

 

(Lui) - L’argent n’est rien !

 

(Elle) - Quel traître que ce Topaze…

 

(Lui) - Vivement une bonne guerre !

 

(Eux) - Oui, de mon temps…

 

(Le philosophe) - Et s’il fallait en philosophie comme ailleurs d’ailleurs, savoir dépasser les apparences, les attitudes, les mots, et n’en rechercher que ce que Rabelais appelait dans son Gargantua la substantifique moëlle… Sinon, on peut faire dire n’importe quoi aux mots…  Voilà ! C’est tout ! Je viens de poser tout le problème de l’étude de la philosophie… Vocabulaire… Perception… Mythologies… Conformisme… Les tyrannies naîtraient-elles de mauvaises digestions intellectuelles, de snobisme philosophiques, d’indigestions de mots ? Et puis, si l’anormalité était l’aune du philosophe, … et non seulement du snobisme de la philosophie ?

 

(Elle) - Oui, comme le dit Gonzague à la télévision… 

 

(Lui) - Tout comme Bernard-Henry…

 

(Le philosophe) - Et si chercher à comprendre était tout simplement l’important ? Mais pour comprendre, il nous faut des outils… En offrir quelques-uns, c’est le but de l’enseignement, … quitte à être parfois volontairement iconoclasto-provocateur, n’est-ce pas messieurs Socrate et Nietzsche ? Et puis, excusez-moi, mon bon monsieur, ma brave dame, mais je préfère Aristote à Bécassine ! »

 

Serge BONNEFOI

 



[1] La confusion entre apologiste et apologue est ici volontaire, car cette erreur est parfois entendue chez de pseudo-philosophes. Tout le monde devrait pourtant savoir qu’un apologue est un court récit cherchant à dégager une vérité morale  et qu’un apologiste est une personne cherchant à justifier quelqu’un ou quelque chose!

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Published by Serge Bonnefoi - dans Varia
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commentaires

Nathalie 27/05/2014 15:00


Excellent