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20 décembre 2009 7 20 /12 /décembre /2009 19:32

Né à Wiclif, près d’York, en 1324, Jean Wiclef (Johannes Wiclif, John Wiclif) était prêtre séculier. C’est en 1366 qu’il allait prendre position pour le Parlement anglais contre le Pape Urbain V. La question de cette opposition tenait en le refus de payer le tribut dû au Saint-Siège depuis Jean sans Terre. Il allait, dans sa prise de position en faveur du Parlement, aller plus loin en exhortant à dépouiller les ecclésiastiques de leurs fonctions publiques et de leurs biens. Il sera alors sommé par l’évêque de Londres, Courtnay, de s’expliquer en février 1377 pour diverses erreurs relatives au pouvoir ecclésiastique. Mais, devant son refus de discuter, dix-neuf de ses propositions tirées de ses cours à Oxford, ainsi que de son De civili dominio, allaient être envoyées au Pape pour jugement. Ce dernier, Grégoire XI, allait condamner ces dix-neuf propositions dans sa lettre Super periculosis aux évêques de Cantorbéry et de Londres du 22 mai 1377 (cf. Denzinger, 37° éd., 1121-1139). Persistant dans l’hérésie, se justifiant auprès du Pape dans ses Declarationes (ou Protestatio), il allait surtout réfuter dans cet ouvrage l’autorité du Pape et des évêques, déclarant de plus que la seule autorité était la Bible, et elle seule, la tradition, le Pape et les évêques ne servant donc à rien. Puis, en 1381, il allait nier le dogme de la transsubstantiation. Ses prêches provoquant des troubles, il est alors banni et se retire pour écrire son Trilogus achevé en 1383. Il est mort en 1384.

Toutes ces erreurs allaient être condamnées le 4 mai 1415 par un décret de la huitième session du concile de Constance, cette condamnation étant confirmée par le Pape Martin V le 22 avril 1418 dans la bulle Inter cuncas (cf. Denzinger, 37° éd., 1151-1195). Outre la négation de la transsubstantiation, Wiclef affirmait aussi que si le Pape est indigne, c’est que Dieu obéit au diable (sic !), ce qui, même si c’était (peut-être, car à lire d’autres propositions…) de l’ironie, était particulièrement osé, … pour le moins… Il affirmait de même que tout advient par nécessité absolue, en aucun cas, par exemple, par libre-arbitre… ou encore que saint Augustin, saint Benoît et saint Bernard étaient certainement damnés ! Et que penser de son affirmation selon laquelle l’Eglise romaine est la synagogue de Satan ? On comprend la réaction de l’Eglise à de telles affirmations… Cette condamnation confirmait de facto la condamnation de vingt-quatre propositions de Wiclif tirées du Trilogus par le concile de Londres de 1382, de dix-huit autres propositions du même livre par le concile de Londres de 1396, et enfin l’interdiction générale de ses écrits, notamment du Dialogus et du Trilogus, par un concile romain de 1412, concile réuni spécifiquement et ayant lu et analysé avec attention ces ouvrages pendant près d’une année.

Sa doctrine, se voulant fondée sur la seule Bible, était en fait un mélange de panthéisme et de platonicisme, faisant de la prédestination une sorte de fatalisme niant in fine tout libre-arbitre de l’homme ; de ce fait, le baptême n’a aucune utilité, la transsubstantiation est absurde, la confession inutile, les indulgences tout autant, alors que les vœux n’ont aucun sens…

Il aura des disciples directs jusqu’au XV° siècle, les Wiclefites (ou wyclifites) ou  encore les Pollards.

 

 

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Published by Serge Bonnefoi - dans Personnages
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