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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 15:40

Il peut sembler surprenant d’évoquer Zoroastre – Zarathustra – dans le cadre d’un cours relatif aux idées politiques européennes. Mais, si l’on veut bien se souvenir que Zoroastre fonda un système, certes religieux, mais aussi moral, cette dernière dimension justifie à elle seule l’impératif d’évoquer cet auteur dans ce cadre. De plus, l’attention que lui porta Nietzsche justifie à elle seule cette assertion.

Contrairement à une idée reçue encore trop souvent répandue, le philosophe persan Zoroastre n’est pas né vingt-cinq siècles avant Jésus-Christ, mais vers le VIème-Vème avant Jésus-Christ. S’appuyant – comme Confucius d’ailleurs, voire même Hésiode – sur des traditions antiques pour donner une forme aux livres sacrés, son but est donc avant tout religieux, visant l’au-delà, l’ensemble de sa doctrine étant plus moral que métaphysique. Son œuvre majeure, qui fonde – ou plus exactement refonde – le mazdéisme, aura ainsi été le Zend-Avesta, mélange de code religieux et de recueil de textes sacrés persans tirés des Nackas.

La doctrine de Zoroastre peut se résumer en cinq points clés :

⑴ il existe un dieu bon, Ormuzd, lumineux, très saint et très parfait. Le mazdéisme est ici une réaction au panthéisme hindou ;

OrmuzdAhura Mazda – est le créateur des mondes existants, ainsi que des deux premiers humains : Meschia, le premier homme, et Meschiane, la première femme ;

⑶ séduits par Ahriman, ces deux premiers humains allaient manger des fruits que celui-ci leur offrait, et, dès lors, des cent prérogatives qu’ils avaient, ils n’en gardèrent qu’une. Ce serait l’origine du mal, selon Zoroastre ;

⑷ le mal moral, ainsi que tous les maux de ce monde, dériveraient de ce principe mauvais qui apparaît dès lors comme indépendant en face du dieu créateur : la doctrine de Zoroastre est donc par essence dualiste, c’est-à-dire fondée sur la conception un dieu bon, un dieu méchant. Nous reviendrons sur ce point ;

⑸ au départ, la morale de Zoroastre est assez forte, recommandant la vérité et la pureté des pensées, des paroles et des œuvres. Néanmoins elle dégénère assez vite en un simple culte du feu et une pratique superstitieuses de la magie, Zoroastre n’ayant, semble t-il, jamais osé ou pu rompre totalement avec ces pratiques anciennes.

J’ai dit que le zoroastrisme était une doctrine dualiste, mais fondée au départ sur un dieu unique, non créateur du mal, celui-ci n’étant pas déifié. Elle allait cependant évoluer en un dualisme à deux dieux, vraisemblablement sous une influence chaldaïque, le temps éternel, Zervane-Akerene, étant présenté comme substrat commun à Ormuzd et à Ahriman. C’est ce que l’on retient aujourd’hui du zoroastrisme, alors que les conceptions panthéistes et polythéistes sont totalement étrangères au système initial de Zoroastre selon lequel Ahriman n’était en rien l’égal absolu d’Ormuzd, devant de plus être vaincu par ce dernier à la fin des temps. Il y a donc eu glissement progressif, par mauvaise compréhension du dualisme moral, d’un monothéiste vers un bithéisme soumis au destin… Au départ monothéisme pur, le zoroastrisme s’est transformé en dualisme absolu, par difficulté à résoudre la question de l’origine du mal, difficulté se retrouvant bien plus tard dans la gnose et le manichéisme. Néanmoins, le zoroastrisme aura été, à son époque, le plus remarquable effort d’évolution de l’homme vers la morale et vers le spiritualisme pour la zone indo-iranienne.

 

 

 

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commentaires

Serge Bonnefoi 17/03/2010 09:25


En complément :



La doctrine de Zoroastre est un réel effort vers le spiritualisme. Il y a chez Zoroastre une très grande pureté de pensée, tendant vers le
monothéisme pur. Sa limite est que, s’il tend vers un monothéisme pur, il n’arrive pas à résoudre la question de l’origine du mal, tombant ainsi dans la doctrine néfaste du dualisme.


La doctrine zoroastrienne du Salut est fondée sur la délivrance de la mort, alors que celle du Christ est fondée sur la libération du péché.
Alors que dans le premier cas la mort est subie, dans la Passion elle n’est pas, étant un sacrifice volontaire.


Zoroastre a transigé, bien qu’il les ait toujours condamnées, avec les cultes du feu et la magie, alors que le Christ s’y est toujours refusé.
Zoroastre n’a pas osé s’opposer.


Même si le panthéisme est tardif dans le courant zoroastrien, il est, alors même que Zoroastre tendait, selon la plupart de ceux qui en
parlèrent dans l’antiquité, vers un monothéisme pur. Néanmoins, ce monothéisme pur fut-il celui de Ahoura-Mazda, ou celui du temps éternel ? Voir mon texte sur le temps sur ce dernier
point.


La divinité suprême est toujours placée comme bonne et parfait créateur. Mais il y a un principe indépendant, mauvais et
destructeur.


Si Ahoura-Mazda, il y a néanmoins Ahriman, le mal, qui est, sinon divinisé, pour le moins posé comme égal au Dieu bon. Il est dans tous les
cas toujours posé comme principe mauvais indépendant de Dieu, en face de lui.


A noter que si la divinité suprême est le temps éternel, lorsqu’elle crée le bien et le mal comme deux entités indépendantes, elle sacrifie
avant pendant mille ans car ne pouvant avoir de fils. A qui sacrifie-t-elle si elle est l’être par lui-même ?



On comprend que les gnostiques aient fait un rapprochement avec le Christ, mais ce rapprochement ne peut être fait par les
Chrétiens !