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25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 10:37

Les lois de la géopolitique

 

Pour se développer, un État doit conquérir une zone d'influence qui lui garantisse des matières premières ou des marchés commerciaux ;

Cet État doit avoir les moyens de sauvegarder cet acquis face à la convoitise des autres puissances, d'où la nécessité d'une politique de défense cohérente.

 

 

Les lois de l'expansion

 

La croissance spatiale d'un État va de pair avec le développement de sa culture.

L'étendue des États s'accroît parallèlement au renforcement de diverses autres manifestations de leur développement comme la puissance économique et commerciale ou l'idéologie.

Les États s'étendent en incorporant ou en assimilant les entités politiques de plus petite importance.

La frontière est un organisme vivant dont l'emplacement matérialise le dynamisme, la force et les changements territoriaux de l'État.

Une logique géographique prévaut dans tout processus d'expansion spatiale puisque l'État s'efforce d'absorber les régions importantes pour conforter la viabilité de son territoire - littoral, fleuves, plaines, richesses -.

L'État se trouve naturellement porté à s'étendre par la présence à sa périphérie d'une civilisation qu’il juge inférieure à la sienne.

La tendance générale à l'assimilation ou à l'absorption des nations les plus faibles invite à multiplier les appropriations de territoires dans un mouvement auto-alimenté.

 

 

Les lois de la biosphère

 

La loi de labilité et de renouvellement : aucun des éléments de la biosphère ne présente une stabilité temporelle définitive. Bien au contraire, chacun de ses éléments apparaît comme transitoire, voué en lui-même à une disparition plus ou moins précoce. Il y aurait donc précarité et labilité fondamentales de situation, cette labilité entretenant par son existence même le renouvellement constant de l’ensemble biosphérique.

La loi de l’extension : la biosphère se révèle capable de poursuivre sa croissance au long des temps.  Ainsi, même si il est voué à la mort, chacun des éléments de la biosphère porterait en lui-même de quoi survivre au-delà de la mort, la vie s’étendant de ce fait progressivement dans le temps.

La loi de l’expansion : l’univers biosphérique est progressivement envahissant aux dépens de l’inorganique.

La loi de complexification : les éléments de la biosphère se complexifient indéfiniment.

La loi de l’évolution :  la biosphère ne reste pas obstinément semblable à elle-même.

La loi des statuts mutiples : chacun des éléments de la biosphère participe, bien qu’unique en lui-même, à des constructions variées .

La loi de l’intercorrélarion : les unités structurales de la biosphère ne sont pas simplement juxtaposées, mais entrent constamment en rapport les unes avec les autres, l’une quelconque d’entre elles étant, de toute manière, nécessaire à l’ensemble.

 

Les lois de la diplomatie

 

Tous les agrandissements de territoire ne sont que des jeux cruels de la déraison politique.

Un traité de paix est un acte réglant l’intégralité et l’universalité des objets en contestation. Il doit faire succéder l’état de paix à l’état de guerre, mais aussi l’amitié à la haine. Il ne doit donc rien laisser sous silence, tout en évitant la survie de la haine, les à peu près, l’écrasement du vaincu et l’ivresse de la victoire.

Lorsque l’on se sent invincible, il faut éviter d’en abuser et en profiter pour savoir tendre la main à l’ennemi.

Le chef doit être clairvoyant et ferme.

Il faut chercher à être bien avec tout le monde, sans pour autant renoncer à son identité, et non pas seulement avec quelques puissances, même s’il est nécessaire de faire des alliances avec ceux qui veulent vraiment faire de la paix une priorité.

Il faut voir en avant et non pas vers l’arrière.

Il faut développer entre les États des rapports d’industrie et de commerce permettant de poursuivre l’expansion en commun et sur le même rythme.

Les vrais intérêts du commerce imposent une indépendance des États quant à leurs zones d’influence.

Il faut proclamer des frontières éternelles et renoncer à toute idée de conquête visant à modifier ces frontières.

Il faut chercher à concilier le libéralisme et l’évolution des peuples en tenant compte de principes communs définis en commun.

Il est de la nature d’un État libre de désirer que les autres peuples soient appelés à la jouissance d’un bien qui, une fois répandu, promet à l’Europe et au monde l’extinction d’une grande partie des querelle qui les ravagent. Cette jouissance ne doit cependant en aucun cas être imposée.

Vouloir porter à force ouverte la liberté chez les autres est le meilleur moyen de se faire haïr, de la faire haïr et d’en empêcher le triomphe.

C’est un sacrifice qui peut beaucoup pour la paix et un plus grand bien pour tous que de consentir à être l’éditeur responsable des œuvres d’autrui.

Si la parole a été donnée à l’homme pour déguiser sa pensée, le calcul personnel et l’appât du gain ne sont pas toujours dans le temps les meilleures solutions.

Il ne faut jamais avoir la prétention d’être le maître des autres.

La guerre réveille le patriotisme et favorise les neutres. Bref, elle fait perdre tous ses avantages à celui qui est puissant.

Les colonies ne sont qu’un problème secondaire, mais il faut rechercher à être présent sur tous les continents.

Il faut éviter l’illusion qui est celle d’être puissant dans les moyens journaliers d’exécution alors que l’on est subalterne d’un point de vue politique ou définiteur de la politique.

Certains ennemis économiques seraient en fait les meilleurs alliés en cas d’agression militaire, chacun ayant à y perdre. La connaissance d’une telle réalité permettrait de limiter les conflits et de retenir les vélléités de chacun.

Il faut rassurer sur le plan militaire en évitant certaines interventions non à propos, puis s’appuyer mutuellement avec d’autres États puissants pour éviter que les autres n’interviennent, puis enfin s’associer afin de garantir une inviolabilité et une paix accompagnée de neutralité chez ceux chez qui l’on n’est pas intervenu.

 

Les lois de la puissance

 

Sur le plan économique, il faut être assez riche pour pouvoir peser sur le cours des affaires du monde. C’est là que les Bourses, notamment par leur déterritorialisation et leur facteur multiplicateur artificiel de richesses sont à contrôler.

Sur le plan monétaire, il faut avoir une monnaie capable de servir d’instrument de réserve et de transaction internationale.

Sur le plan technologique, il faut maîtriser les progrès en matière de communications et d’énergie.

Sur le plan militaire, il faut certes de disposer de l’arme nucléaire, mais aussi être apte à projeter à longue distance une force expéditionnaire d’au moins une dizaine de divisions.

Sur le plan géographique, il faut avoir intérêt à agir hors de ses frontières pour protéger ses sources d’énergie, ses réserves d’eau potable, ses routes maritimes essentielles, ou enfin un allié vital ;

Sur le plan culturel, il faut être animé par une culture, qu’elle soit religieuse ou nationale, suffisamment universelle pour penser que son intérêt tend à se confondre avec celui des autres et pour séduire les autres avec ses œuvres d’art ;

Sur le plan diplomatique, il faut être assez fort et cohérent pour concevoir et mettre en œuvre une politique étrangère dominante à défaut d’être impériale. L’important n’est pas tant l’efficacité que la croyance qu’ont les autres en votre puissance diplomatique (et autre)… 

 

Les lois de la guerre juste

 

La guerre préventive pour protéger le faible du méchant peut être un devoir.

La guerre pour imposer la foi est interdite.

Il ne faut pas être l'agresseur.

La guerre ne peut être civile.

La décision de l'engager revient à la seule autorité publique.

Le droit doit être moralement certain.

La guerre doit être menée dans une intention droite.

Une éthique de et à la guerre doit exister.

Il faut rechercher avant tout la paix.

Il ne faut pas mener une guerre aventureuse.

 

Les lois de l’analogie

 

Dans des domaines apparentés, il faut plus s’intéresser aux relations existant entre leurs éléments constitutifs qu’aux éléments eux-mêmes.

Si deux relations corresponent, il faut que leurs arguments correspondent aussi.

Il faut accorder sa préférence aux systèmes de relations d’ordre supérieur et non pas aux propriétés isolées.

L’existence d’autres propriétés partagées n’ajoute rien à la pertinence d’une analogie.

Il est rarement pertinent de rapprocher plusieurs sources d’analogie pour une même cible.

L’absence de relation de cause à effet n’empêche pas que deux phénomènes soient analogues.

L’existence d’une relation de cause à effet n’implique pas qu’ils soient analogues.

 

 

 

 

 

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Published by Serge Bonnefoi - dans Géopolitique
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25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 10:34

 

L’Eglise catholique a toujours posé de nombreuses conditions à la guerre…

la guerre préventive pour protéger le faible du méchant peut être un devoir (Athénagore ; Ambroise de Milan ; Augustin) ;

la guerre pour imposer la foi est interdite (Ambroise de Milan ; Augustin ; Vitoria) ;

il ne faut pas être l'agresseur (Augustin) ;

la guerre ne peut être civile (Augustin) ;

la décision de l'engager revient à la seule autorité publique (Augustin ; Thomas d'Aquin ; Rufin) ;

le droit doit être moralement certain (Augustin) ;

la guerre doit être menée dans une intention droite (Augustin ; Thomas d'Aquin) ;

une éthique de et à la guerre doit exister (Augustin) ;

il faut rechercher avant tout la paix (Augustin) ;

il ne faut pas mener une guerre aventureuse (Augustin) ;

il doit y avoir avertissement préalable, bref une déclaration de guerre (Isidore de Séville) ;

la guerre juste ne doit avoir lieu que pour récupérer des biens ou pour repousser des ennemis (Isidore de Séville) ;

celui qui fait la guerre doit s’exécuter avec bonté et ne doit pas être frappé d’un empêchement canonique (Rufin) ;

l’adversaire doit le mériter (Rufin) ;

la guerre n’est pas toujours et nécessairement un péché. Tout dépend en fait des motifs et des conditions de la guerre (Gratien) ;

la guerre doit avoir une juste cause ; la guerre est ainsi juste dans trois cas : - repousser une agression ennemie ; - récupérer des biens spoliés ; - châtier des injustices (Gratien) ;

elle est obligatoire lorsque l’on est en mesure de la détourner d’autrui et on est coupable si on la laisse commettre dans ce cas (Gratien) ;

la finalité de la guerre est de redresser une injustice et non pas forcément de punir le coupable ou même de faire restituer de manière équitable un état de chose conforme au droit (Gratien) ;

le tyrannicide est possible comme remède au détournement du pouvoir vers un profit indépendant, aux dépens du bien commun (Thomas d'Aquin) ;

la guerre doit avoir une juste cause (Thomas d'Aquin) ;

même juste, la guerre ne doit être envisagée que comme une solution extrême (Vitoria) ;

le but de la guerre est de rétablir la justice et non pas d’aller jusqu’au bout de la raison du plus fort (Vitoria) ;

la paix victorieuse doit être emprise de modération chrétienne et du loyal souci de l’équité envers tous (Vitoria) ;

il y a culpabilité morale du prince qui détient un bien étranger (Banez) ;

il y a un caractère punitif dans la guerre menée par le légitime propriétaire revendiquant son droit par les armes (Banez) ;

si l’adversaire est coupable d’une injustice, le caractère du recours à la force est punitif (Molina) ;

si l’adversaire se trompe de bonne foi, le recours à la force doit être le moyen ultime, viser à recouvrer son droit ou son bien et ne doit pas avoir de caractère punitif visant à une sanction (Molina) :

il faut chercher un règlement des litiges internationaux par conciliation ou arbitrage afin d’éviter toute cause d’incertitude ou d’erreur (Molina) ;

la juste guerre ne peut avoir qu’un caractère punitif (Suarez) ;

il ne faut pas avoir à douter de la culpabilité morale du fautif (Suarez) ;

il doit y avoir détention évidente d’un bien d’autrui (Suarez) ;

l’erreur de bonne foi ne doit pas empêcher de lancer la juste guerre si elle n’est pas admise ou réparée (Suarez) ;

il existe une communauté morale et juridique de tous les peuples de la terre qui sont liés entre eux par un même ensemble de droits et de devoirs universels et humains. Il y a donc nécessité de coutumes et de conventions admises par tous, sous l’égide de la raison et de la morale. Il doit donc y avoir émergence d’un Jus inter gentes (Suarez) ;

la guerre ne devant être considérée de manière réelle que comme un recours ultime, qui ne peut avoir lui qu'avec le consentement de toute la nation (Érasme) ;

il faut chercher à supprimer les causes de la guerre dès qu'elles apparaissent et éviter toute complaisance permettant de fermer les yeux sur certains devoirs (Érasme) ;

il faut avoir le souci de concilier le sens du meilleur et le sens du possible (Taparelli) ;

il faut avant tout rechercher un règlement pacifique des conflits (Taparelli) ;

l’évolution de l’univers induit la mise en place d’un système de communauté organique entre les puissance visant à la pacification commune (Taparelli) ;

cette évolution impose des collaborations, sans que ceci supprime la légitime souveraineté de chaque État dans le domaine de sa juste compétence distinctive (Taparelli) ;

le droit de la guerre ne peut être relié qu’à l’organisation des nations (Taparelli) ;

la guerre ne peut donc être qu’une opération de police internationale visant au rétablissement de la paix (Taparelli) ;

les enceintes internationales doivent être le cœur de la recherche de la paix et du règlement pacifique des conflits (Paul VI) ;

l'une des missions particulières du Pape est de veiller patiemment et constamment à la sauvegarde et à l'affermissement de la paix (Paul VI) ;

il ne faut pas laisser des peuples en état d'infériorité par rapport à d'autres (Paul VI) ;

les États ne doivent pas se faire la guerre mais au contraire conjuguer leurs efforts pour faire la paix (Paul VI) ;

la guerre est un fléau épouvantable (Paul VI) ;

pour aimer la paix, il faut aimer le droit et l'honnêteté (Paul VI) ;

les dirigeants politiques ont la responsabilité de faire cesser les hostilités et de faire déposer les armes (Paul VI) ;

chacun doit veiller dans sa propre famille à ce que la paix soit assurer, et ce en priorité (Paul VI) ;

la paix doit être basée sur la justice, la liberté, le respect des droits de l'homme et celui des communautés. À défaut, son fondement est précaire et instable (Paul VI) ;

il vaut mieux régler un conflit avec quelque inconvénient ou désavantage que de se lancer dans la guerre (Paul VI) ;

les États doivent négocier et conférer entre eux en toute sincérité (Paul VI) ;

le devoir du chrétien et de l'Église est avant tout de rechercher la paix, en particulier par l'intercession de la Vierge Marie (Paul VI) ;

sans démantèlement des armes de destruction massive, nulle paix durable n'est possible (Paul VI) ;

le Pape est le porteur de l'Évangile de paix (Paul VI);

le service du bien commun de l'humanité n'est possible que par le respect du droit, de la vraie liberté, de la dignité de la personne humaine et par l'abolition de la guerre (Paul VI) ;

l'ONU doit jouer un rôle majeur dans le maintien de la paix, la prévention de la guerre et le règlement des conflits (Paul VI) ;

l'ONU n'est peut-être pas parfaite, mais sa destruction serait un épouvantable désastre (Paul VI) ;

la guerre est une folie criminelle fondée sur le déchaînement criminel des puissants (Paul VI) ;

la paix est un bienfait que la communauté humaine n'appréciera jamais à son juste prix (Paul VI) ;

la cité spirituelle de l'Église est fondée sur une paix qui descend des cieux (Paul VI) ;

la cité spirituelle de l'ONU est fondée sur une paix émanant de la terre (Paul VI) ;

la rencontre de ces deux cités est merveilleuse, car elle permet à la justice et à la paix de s'étreindre (Paul VI) ;

l'Église et l'ONU ne sont pas en compétition mais poursuivent au contraire des objectifs communs (Paul VI) ;

le Pape donne une ratification morale et solennelle à l'ONU (Paul VI) ;

les jeunes générations ont droit à une humanité meilleure (Paul VI) ;

les fondements de la paix sont la justice, la dignité de vivre, la liberté, le bien-être et le progrès (Paul VI) ;

la pluralité des États ne s'oppose pas à une coexistence pacifique féconde et simple (Paul VI) ;

les rapports entre les peuples doivent être régis par la raison, la justice, le droit et la négociation, et non par la force, la peur et la tromperie (Paul VI) ;

par le pont qu'elle établit entre les peuples, l'ONU est un reflet dans l'ordre temporel de ce que veut être l'Église catholique dans l'ordre spirituel (Paul VI) ;

les États doivent fonder leurs relations sur la confiance mutuelle (Paul VI) ;

chaque État doit être égal dans les relations internationales (Paul VI) ;

il faut être humble, car c'est de l'orgueil que naissent les guerres, les tensions, le colonialisme et l'égoïsme (Paul VI) ;

jamais plus la guerre ! (Paul VI) ;

c'est la seule paix qui doit guider le destin des peuples et de toute l'humanité (Paul VI) ;

la paix ne se construit pas seulement au moyen de la politique et de l'équilibre des forces et des intérêts (Paul VI) ;

l'histoire du monde a été jusqu'alors fondée sur une mentalité particulariste et belliqueuse (Paul VI) ;

les armes offensives doivent disparaître car, avant même de causer des victimes, elles alimentent de mauvais sentiments, faussent la psychologie des peuples, brisent la solidarité et coûtent de l'argent de manière démesurée (Paul VI) ;

tant que l'homme restera faible, les armes défensives restent nécessaires (Paul VI) ;

les armes de destruction massive doivent être éliminées (Paul VI) ;

tant qu'il y aura des armes de destruction massive, le cauchemar de la guerre restera toujours imminent (Paul VI) ;

une simple partie des fonds consacrés aux armements suffirait pour résoudre bien des problèmes de développement (Paul VI) ;

les États doivent être capables de travailler les uns avec les autres, sur une base fraternelle (Paul VI) ;

il faut, malgré la faiblesse humaine, faire appel à la sagesse de l'homme (Paul VI) ;

la vie de l'homme est sacrée et personne ne peut oser y attenter (Paul VI) ;

sans pain, il ne sera pas possible de supprimer les guerres (Paul VI) ;

les énergies de la terre et les progrès de la science doivent servir à forger non plus des instruments de mort mais des instruments de vie pour la nouvelle ère de l'humanité (Paul VI) ;

la lutte contre l'analphabétisme et pour le bien être sanitaire sont des éléments fondateurs de la paix (Paul VI) ;

tous les hommes ont une origine, une histoire et un destin communs (Paul VI) ;

le péril ne vient pas du progrès ou de la science, mais de l'homme lui-même qui dispose d'instruments toujours plus puissants, aptes aussi bien à la ruine qu'aux plus hautes conquêtes du bien (Paul VI) ;

la civilisation doit donc se fonder, certes de manière terrestre, mais sur des principes spirituels (Paul VI) ;

la volonté de l'ONU est d'abolir la guerre, de résoudre dans l'honneur et la dignité tous les conflits armés et de porter remède aux besoins et aux maux qui entravent un progrès séculier harmonieux (Paul VI) ;

il s'agit là d'un devoir majeur au service de l'humanité (Paul VI) ;

la cause de la paix dans le monde est un élément majeur de la mission du Pape (Paul VI) ;

l'Église a une fonction de médiatrice entre Dieu et les hommes (Paul VI) ;

l'Église et le Pape ont de graves devoirs : devoir de fidélité au message de la paix, devoir de solidarité et devoir d'exemple (Paul VI) ;

l'Église a l'obligation de servir la cause de la paix (Paul VI) ;

l'Église n'a pas pour rôle d'entrer dans le domaine politique ou économique qui doivent fonder la paix temporelle, mais elle doit aider à construire cette paix séculière en lui apportant un appui moral, mais aussi concret et tangible (Paul VI) ;

le monde a soif de justice (Paul VI) ;

les disparités entre les classes et les nations sont des menaces pour la paix (Paul VI) ;

l'Église a un devoir de ministère de la réconciliation (Paul VI) ;

il faut cesser la course aux armements (Paul VI) ;

les nations doivent nourrir des pensées de paix et non pas d'affliction et de guerre (Paul VI) ;

une partie des sommes consacrées aux armements devrait être consacrée au développement humain (Paul VI) ;

l'ONU doit travailler inlassablement au désarmement et à la limitation de la course aux armements, ainsi qu'au développement humain (Paul VI) ;

la coopération internationale et le dialogue entre les peuples est le meilleur instrument de pacification (Paul VI) ;

la communauté des nations est une base fondamentale de la paix et de la coopération internationale (Paul VI) ;

la paix est la norme de la vie en humanité (Coste) ;

la guerre est irrationnelle (Coste) ;

la guerre est un mal profond (Coste) ;

la justice est la dimension fondamentale de la paix (Coste) ;

la guerre est en soi irrationnelle et le principe éthique du règlement  pacifique  des conflits  est  la  seule voie digne de l'homme (Jean-Paul II) ;

la guerre est péché, mais elle n'est pas fatalité (Jean-Paul II) ;

la vérité est fondement de la paix si tout homme prend conscience avec honnêteté  que,  en plus  de ses  droits,  il a aussi  des devoirs  envers autrui  (Jean-Paul II) ;

la justice est source de l'édification de la paix si chacun respecte concrètement les droits d'autrui et s'efforce d'accomplir pleinement ses devoirs envers les autres (Jean-Paul II) ;

l'amour est ferment de paix si les personnes considèrent les besoins des autres comme les leurs propres et partagent avec les autres ce qu'elles possèdent, à commencer par les valeurs de l'esprit (Jean-Paul II) ;

la liberté est nourriture de la paix si dans le choix des moyens pris pour y parvenir, les individus suivent la raison et assument avec courage la responsabilité de leurs actes (Jean-Paul II) ;

la guerre est toujours une défaite pour l'humanité (Jean-Paul II) ;

la légitime défense collective est admise (Ambroise de Milan ; Jean-Paul II) ;

la légitime défense contre le méchant est admise (Ambroise de Milan ; Augustin ; Jean-Paul II).

 

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Published by Serge Bonnefoi - dans Catholicisme
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13 novembre 2013 3 13 /11 /novembre /2013 11:02

Nous nous trouvons aujourd’hui, dans la politique française, à un point de conjonction entre l’ordre moral de Mac Mahon après 1871 et le discours de Blum à Tours en 1920, ce qui est d’une certaine manière sur-réaliste !

 

Nous nous trouvons en plein dans ce que constatait Dworkin dans ses débats avec Habermas : le renvoi au juge de la responsabilité de dire ce qui est juste ! Ce n’est pas un mal, mais est-ce un bien que cette désormais nécessité de recourir au juge ? N’est-ce pas le signe d’une décadence, non pas de la morale, mais de la pensée ?

 

On en arrive à un point où l’intellectuel, le vrai, ne pourra plus rien dire, en pleine application, par conscience même de son devoir, de la finale de 1984 d’Orwell !

 

Gauche/Droite, cela ne veut plus rien dire ! Nous sommes désormais dans la confrontation entre deux religions civiles (au sens étasunien actuel), l’une idéalisant les Droits de l’homme, l’autre idéalisant la Nation, alors qu’il devrait y avoir conjonction de ces deux notions qui, prises en leur essence même, sont complémentaires et non pas opposées, ce qu’elles sont dans leur approche hors de la pensée française traditionnelle !

 

Je crois sincèrement que Sarkozy avait tenté les deux premières années de son quinquennat de contourner cette difficulté, que c’était le sens premier de son débat sur l’identité nationale, de sa politique d’ouverture ! Néanmoins, il a échoué, tant du fait de la Gauche que du fait de ses propres amis, que, finalement, de lui-même qui a renoncé, sans que l’on sache trop pourquoi…

 

Pour finir, je condamne totalement les actuelles attaques contre Christiane Taubira, dont je désapprouve pourtant la politique, attaques scandaleuses et n’ayant rien à voir avec l’humour politique, ni l’injure traditionnelle, ni la langue de la rue ! Il y a un monde entre Rochefort et Léon Daudet !

 

Mais, à Droite, à avoir laissé s’effondrer la pensée, à refuser toute pensée non économique (ce que ne voulait pas le Sarkozy des deux premières années), à ne pas avoir répondu à certaines déformations de l’histoire, on en est là ! A avoir refusé de s’associer à l’hommage que rendait le président Bartolone à madame Taubira, pourtant décrite comme un singe, l’UMP est tombée dans le piège et a laissé toute la place aux extrémismes ! Quoi que l’on pense de la politique de madame Taubira, il fallait ce jour précis se lever et l’applaudir à tout rompre, sincèrement, et ce pour montrer son soutien non pas à ses actes politiques mais à la démocratie vraie, au respect de la personne humaine !

 

Ma réponse est donc clairement : Non ! Il ne fallait pas laisser insulter Madame Taubira ! Par ces petits renoncements, l'UMP perd peu à peu une partie de son crédit et laisse paradoxalement gonfler le FN,n ce qui ne fait que le jeu du PS qui, minoritaire dans l'opinion, pourrait ainsi paradoxalement gagner des villes !

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Published by Serge Bonnefoi - dans Politique
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4 novembre 2013 1 04 /11 /novembre /2013 16:20

A propos de la taxe sur les véhicules de transport de marchandises (et non pas l’écotaxe comme dit à tort), ce que les media ont « oublié » de dire…

Je rappelle d’abord qu'une loi, pour « vivre » nécessite des décrets d'application, dont des décrets uniquement techniques, la date de mise en oeuvre étant fixée par arrêté et non par décret !

C’est la loi n° 2008-1425 du 27 décembre 2008 de finances pour 2009 qui a fixé en son article 153 le principe de la taxe, celle du 29 décembre 2012 n’ayant que précisé quelques points de cette loi.

http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexteArticle.do;jsessionid=FF2FA0159E9E0AA067E3F369837DD3C4.tpdjo11v_1?idArticle=JORFARTI000019996446&cidTexte=JORFTEXT000019995721&dateTexte=29990101&categorieLien=id

Le décret du 4 mai 2012 (D n° 2012-470), qui ne crée pas la taxe mais fixe les modalités de majoration du prix du transport liée à l'instauration de la taxe alsacienne et de la taxe nationale sur les véhicules de transport de marchandises ! Le Conseil d'Etat a été lent à rendre son avis, ce qui a fait qu'il a été signé en mai 2012, la Présidence de la République ne s'arrêtant pas de fonctionner du fait de l'élection..., d'autant plus pour un décret uniquement technique !

http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000025804707&fastPos=2&fastReqId=639880482&categorieLien=id&oldAction=rechTexte

Il ne faut pas oublier qu'en France, du fait des « circuits » administratifs, une politique publique ne peut être mise en oeuvre que dans un délai de deux à trois années, sa mise en application réelle demandant en général encore une année ! De plus, ces délais sont également imposés par les impératifs d'appel d'offres (l'urgence étant ici impossible), d'études préalables (ici surtout de localisation des points de contrôle), d'installation , etc... Et cela sous tous les gouvernements ! D'où d'ailleurs l'aberration du quinquennat !

Un autre décret cité comme permettant (j'écris bien permettant - avec d'autres - et non pas mettant) la mise en oeuvre est le décret n° 2013-618 du 11 juillet 2013, mais il ne s'agit pas là du texte décisif, mais là encore d'un décret technique... Vous noterez d'ailleurs que ce décret ne fait pas référence à celui du 4 mai 2012 qui n'est que secondaire en l'espèce, puisque technique...

http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000027697244&fastPos=1&fastReqId=1857873865&categorieLien=id&oldAction=rechTexte

La politique politicienne n'a rien eu à voir avec le processus décisionnel ! Par contre, l'imprévoyance de certaines entreprises, les arrières pensées extrémistes, Oui ! 

D'autant plus que tant la loi de 2008 que le décret de 2013 précisent que l'entrée en vigueur aura lieu (je cite) « à une date fixée par arrêté conjoint des ministres chargés des transports et du budget. » Cet arrêté clé a été signé le 2 octobre 2013... et il ne se réfère ni au décret de 2012, ni au décret de 2013, ce qui est normal puisqu'il ne s'agit que de deux textes techniques parmi d'autres, mais bien à la loi du 27 décembre 2008 ! Une loi dont tout le monde sait qu'elle serait mise en oeuvre dans les cinq ans, ... depuis un peu moins de cinq ans ! Nous sommes en fait dans les délais prévus et annoncés lors des débats parlementaires de 2008... Alors ???

http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000028035862&fastPos=3&fastReqId=1273564839&categorieLien=id&oldAction=rechTexte

Dans tous les cas, il ne faut pas se tromper de texte ! Tant la Droite que la Gauche se trompent en invoquant l'un ou l'autre décret, puisque c'est l'arrêté qui est le déclencheur, qui met en oeuvre ! Tant la Gauche que la Droite sont pour autant dans cette mesure qui était en fait dans l'air depuis au moins 1993 !

Je rappelle aussi que certaines des dispositions de l'article de la loi de 2008 découlent de directives communautaires dont la non transposition dans les délais (ou pas de transposition du tout) entraîne des pénalités pour la France, comme ce fut le cas avec la directive nitrates, la directive qualité des eaux, la directive épuration des eaux, etc...

Au fait, tant le gouvernement Fillon que le gouvernement Ayrault avaient mis en place des dispositifs de concertation, et que des rencontres de concertation ont eu lieu avant l'adoption de chaque texte... Donc, qui manipule qui ?

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Published by Serge Bonnefoi - dans Politique
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18 octobre 2013 5 18 /10 /octobre /2013 17:53

« Quand je lis les réactions, disons de "rosière effarouchée", de certains de nos élus de Gauche comme de Droite, je me réjouis de plus en plus que nous ayons un système international et diplomatique qui, malgré ses imperfections, bloque toute réaction de type "Dépêche d'Ems" ! Sinon, ce serait la guerre chaque jour ! Néanmoins, les prétoires ne sont pas le lieu de la politique ! Les introduire dans la politique, comme arbitres de la politique est d'ailleurs une menace à la séparation des pouvoirs, ... ce que les Juges ne veulent pas ! Systématiquement saisir les Tribunaux au lieu de relancer le débat d'idées, au lieu de développer ses idées, c'est faire le jeu de certains, dont le FN qui n'attendent que l'absence de tout débat d'idées pour gagner ! Car le vote qui leurs est donné n'est pas un vote d'adhésion le plus souvent, mais un vote de réaction à l'absence d'idée, justement parce que ces partis donnent l'impression d'être fermes sur des idées, c'est un vote de réaction à l'impression que, comme le disait Simone Veil, la politique manque de "couilles" ! Réagissez, Ô politiques ! Ne donnez pas l'impression de n'être que les ministres du Ruy Blas ! »

 

« Il semble que le vocabulaire français s’appauvrisse puisque nos politiques ne paraissent connaître comme injures que les mots « con », « salop » et « merde » ! Et pourtant, que de beaux et pittoresques mots ou expressions oubliés : « cul pourri », « bougre », « niguedouille », « noué », « face moche », « Hercule de foire », « vipère lubrique », etc… etc… etc…Mais que répondre ? Si l’on vous dit :

« Merde » ? « J’espère que vous ne mâchez pas vos mots ! »

« Vache » ? « Venant d’un bœuf, je ne risque rien ! »

« Conne » ? « Moi, je le suis de nature. Vous, vous l’êtes de figure ! »

« Poule » ? « Venant d’un serin, il n’y a pas offense ! »

« Salope » ? « Désolé, mais je suis propre, au propre comme au figuré ! Je ne suis qu'une simple proprope !»

« Dégueulasse » ? « C’est en effet là votre moindre défaut ! »

« Putain » ? « Vous visitez donc la rue Maubuée ? »

« Cocu » ? « Toutes mes condoléances ! »

« Abruti » ? « Venant d’un expert, c’est un compliment ! »

« Connard » ? « Monsieur, vous connaissez donc si bien les traditions rouennaises ? Toutes mes félicitations pour votre culture ! »

« Enculé » ? « Seriez-vous donc à ce point acculé ? »

« Trou du cul » ? « Oui, cher frère ? »

« Fumier » ? « Je me jetterai à vos pieds si vous étiez moins fané ! »

« Pédé » ? « Ouf, je me sens moins seul ! »

etc.. etc.. etc…

Et si l'on connait la chanson du Duc de Chevreuse et surtout son air, on peut presque toujours riposter en chantonnant son « "Ferme ta gueule" vous répond l'écho ! » Maintenant, on peut systématiquement répondre, sur un ton léger et enjoué, voire en tendant la main ou en ouvrant ses bras : « Enchanté ! Moi c'est (et donner son prénom) ! » »

 

Voici ce que j’écrivais il y a quelques jours…

 

Or voici que certains me disent de ces textes qu'ils seraient grossiers, voire orduriers… Alors, allons y !

 

Pour ce qui est du premier texte, je ne changerai pas la formule, le mot en cause ("couilles" dans les faits) ayant été prononcée par une femme politique pour laquelle j'ai la plus haute estime et pour laquelle j'ai le plus grand respect, en l'occurence Simone Veil. De plus, si j'ai bonne mémoire, ce mot trivial et non pas grossier soit dit en passant, figure par exemple au Dictionnaire de la langue française de Paul Robert... Je ne vois donc pas en quoi mon texte ferait "usage abusif de mots grossiers"...

 

Pour ce qui est de l'autre texte, là encore, les mots jugés "orduriers" et "grossiers" (quelle définition en donner d'ailleurs, car des mots tels que "mouche", "mouchoir", "futé" et bien d'autres peuvent avoir cette qualification à lire le Sandry/Carrère, le Esnault ou encore le Dictionnaire des injures d’Edouard ?) sont tous tirés de débats de nos deux chambres parlementaires plus ou moins récents (je renvoie aux ouvrages de Bouchet et de Fuligni, ou encore aux comptes-rendus des débats eux-mêmes)... De plus, ils ne s'adressaient pas à une personne en particulier (donc rien à voir avec les invectives actuelles)... Ils servaient justement à lutter contre certaines formes de l'injure en politique, à démontrer que l'on peut répondre à l'insulte sans saisir les tribunaux, sans créer des polémiques stériles, simplement en faisant appel à l'esprit, au sel de la langue française, à l'esprit français (lisez par exemple Autant en emportent les mots de Pedrazzini et Gries)... Il est vrai que l'humour de dérision usé dans mon texte tend à disparaître, tout comme beaucoup des trente-sept formes d'humour évoquées par Philippe Bouvard dans sa conférence sur le thème de la création humoristique devant l'Académie des Sciences Morales et Politiques de juin 1987... Comment lutter contre ces dérives injurieuses et leur proposer des réponses sans les évoquer précisément ?

 

C'est le droit le plus strict de tout homme libre de ne pas aimer ces textes, mais permettez-moi de déplorer ici l'interprétation faite de mes textes par certains... Il en est ici comme de la loi donc il faut appliquer la lettre, ... mais en tenant compte de son esprit... User de mots français figurant dans nos meilleurs dictionnaires devient donc dangereux... Que nous sommes devenus frileux ! Et, je me répète, combien de Parlementaires actuels auraient tenu leurs nerfs dans les débats de la III° République ? On préfère désormais les prétoires à la réponse fine... Désolé, ce n'est pas ma vision tant de la politique que de la France... Sans son sel, sans son esprit, la langue française n'a plus de sens... Mais il est vrai que nous tombons parfois dans ces dérives frileuses ou enfermant les mots que dénonçait il y a plusieur siècles Leibniz dans son Harmonie des langues... Doit-on désormais dire prout et non plus le très historique merde ?

 

Certains se plaignent aujourd’hui, à l’occasion du trentième anniversaire de la mort de Raymond Aron, qu’il n’y ait plus d’intellectuels à Droite ! Faut-il vraiment s’en étonner ?

 

La politique actuelle, ce sont les "guerres astérixiennes" d’Astérix et les Goths, beaucoup de dirigeants politiques actuels me faisant penser aux "chefs" de ces guerres…, alors que beaucoup de militants me font penser à l’accusmala du Scrameustache !

 

Maintenant, je proposerai bien un nouveau commentaire sur les dérives actuelles, mais attention, il est à censurer, car…

 

« Bonjour ! Vous allez bien ? Moi, ça va ! Il fait beau aujourd’hui… Je viens de traverser la basse-cour… Les poules vont bien sur leur tas de fumier… Bon, je vais fumer une bonne pipe en écoutant un disque de Maurice Chevalier… Tiens, toi qui est futé… Trouve moi un mouchoir… Le chaudron sent bon ! C’est du mouton… Je vais me servir un noir bien sucré… »

 

Ce texte devrait être expurgé des mots figurant dans les dictionnaires des injures et triviaux… Il devrait donc être :

 

« Bonjour ! Vous allez bien ? Moi, ça va ! Il fait beau aujourd’hui… Je viens de traverser la (censuré)… Les (censuré) vont bien sur leur (censuré) de (censuré)… Bon, je vais fumer une bonne (censuré) en écoutant un disque de Maurice Chevalier… Tiens, toi qui est (censuré)… Trouve moi un (censuré)… Le (censuré) sent bon ! C’est du (censuré)… Je vais me servir un (censuré) bien sucré…  »

 

Donc :

 

« Bonjour ! Vous allez bien ? Moi, ça va ! Il fait beau aujourd’hui… Je viens de traverser la … Les vont bien sur leur de … Bon, je vais fumer une bonne en écoutant un disque de Maurice Chevalier… Tiens, toi qui est … Trouve moi un … Le sent bon ! C’est du … Je vais me servir un bien sucré… »

 

Maintenant, enlevons ce qui est insidieux :

 

« Bonjour », … parce que cela peut-être une provocation, en sachant qu’il ne le sera pas pour l’une des personnes présente !

« Vous allez bien ? », … même remarque !

« Moi, ça va », … preuve d’égoisme, de plus à caractère potentiellement moqueur !

« Beau », …provocation niant le changement climatique !

« Bien », …car expression à caractère religieux remettant en cause la laïcité !

« Fumer », … incitation à l’usage de drogues et de stupéfiants et refus de la loi Evin !

« Maurice Chevalier », … chanteur sexiste appelant à la prostitution !

« Bon », …car expression à caractère religieux remettant en cause la laïcité !

« Me », … égoisme !

« Sucré », … car apologie du détournement de fonds !

 

Bon, je vais donc dire :

 

« Il fait aujourd’hui… Je viens de traverser la … Les vont sur leur de … Je vais une bonne en écoutant un disque de … Tiens, toi qui est … Trouve moi un … Le sent ! C’est du … Je vais servir un… »

 

Mais à relire, il reste « fait », allusion scatologique, « bonne », promotion du pouvoir des patrons sur leur personnel,  « sent », accusation possible envers l’odeur corporel de l’écoutant , « je » et « moi », refus égoiste de l’autre, « servir », apologie de l’esclavagisme !

 

On dois donc dire :

 

« Il  aujourd’hui… viens de traverser la … Les vont sur leur de … vais une en écoutant un disque de … Tiens, toi qui est … Trouve un … Le ! C’est du … Vais un… »

 

Et en cherchant bien…

 

Anastasia, tu n’étais qu’une comique !

 

 

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Pour approfondir, y compris sur les plans techniques et historiques :

Edouard (R.), Dictionnaire des injures, Tchou, 1967.

 

Juste en passant… Je viens de vérifier…

 

Les mots « Couilles », « con », « merde », « rosière », « effarouché », « pourri », « bougre », « noué », « face », « moche », « hercule », « foire », « vipère », « lubrique », « vache », « conne », « poule », « dégueulasse », « putain », « cocu », « abruti », « enculé », « trou », « cul », « futé », « fumier », « gueule » figurent tous au Dictionnaire de l’Académie Française en sa IX° édition ! Ces mots font donc intégralement et très officiellement partie de la langue française

 

« Salope » n’y existe que dans le cadre du mot « marie-salope », « salope » y désignant cependant bien ce qui est très sale…

 

« Trou du cul », « niguedouille », « salaud » figurent au Dictionnaire de la langue française de Robert (éd. 1957)…

 

« Conard » figure au Larousse universel…

 

Seul « pédé » ne figure pas, sauf sous la forme littérale de « pédéraste »…

 

Faut-il boycotter l’Académie Française, le Larousse et le Robert ?

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Published by Serge Bonnefoi - dans Politique
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16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 09:00

Il semble que le vocabulaire français s’appauvrisse puisque nos politiques ne paraissent connaître comme injures que les mots « con », « salop » et « merde » ! Et pourtant, que de beaux et pittoresques mots ou expressions oubliés : « cul pourri », « bougre », « niguedouille », « noué », « face moche », « Hercule de foire », « vipère lubrique », etc… etc… etc…

Et que répondre ? Si l’on vous dit :
« Merde » ? « J’espère que vous ne mâchez pas vos mots ! »
« Vache » ? « Venant d’un bœuf, je ne risque rien ! »
« Conne » ? « Moi, je le suis de nature. Vous, vous l’êtes de figure ! »
« Poule » ? « Venant d’un serin, il n’y a pas offense ! »
« Salope » ? « Désolé, mais je suis propre, au propre comme au figuré ! Je ne suis qu'une simple proprope !»
« Dégueulasse » ? « C’est en effet là votre moindre défaut ! »
« Putain » ? « Vous visitez donc la rue Maubuée ? »
« Cocu » ? « Toutes mes condoléances ! »
« Abruti » ? « Venant d’un expert, c’est un compliment ! »
« Connard » ? « Monsieur, vous connaissez donc si bien les traditions rouennaises ? Toutes mes félicitations pour votre culture ! »
« Enculé » ? « Seriez-vous donc à ce point acculé ? »
« Trou du cul » ? « Oui, cher frère ? »
« Fumier » ? « Je me jetterai à vos pieds si vous étiez moins fané ! »
« Pédé » ? « Ouf, je me sens moins seul ! »
etc.. etc.. etc…
Et si l'on connait la chanson du Duc de Chevreuse et surtout son air, on peut presque toujours riposter en chantonnant son « "Ferme ta gueule" vous répond l'écho ! »
Maintenant, on peut systématiquement répondre, sur un ton léger et enjoué, voire en tendant la main ou en ouvrant ses bras : « Enchanté ! Moi c'est (et donner son prénom) ! »

Pour approfondir, y compris sur les plans techniques et historiques : 
Edouard (R.), Dictionnaire des injures, Tchou, 1967.

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Published by Serge Bonnefoi - dans Varia
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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 06:22

Revenons maintenant de manière très rapide sur le caractère même de l’idée de nation,  puisqu’il faut bien se poser comme étant le fait qu’une idée se ramène toujours, selon la philosophie thomiste (nous pourrions aussi analyser au travers du filtre de la théorie des entités et des fictions de Jeremy Bentham), à trois approches :

une approche selon l’objet ;

une approche selon le rapport du sujet des idées à leur objet ;

une approche selon l’origine.

Or, sans même avoir réellement besoin d’approfondir, force est de constater que rien n’est simple avec l’idée de nation, quelle qu’en soit la définition retenue, fors certaines définitions par nature raciste comme la définition nazie assimilant la nation au seul sang.

 

**********

 

Les difficultés de l’approche selon l’objet

 

Première difficulté : raison v. métaphysique

 

Une idée peut être psychologique, physique ou métaphysique. S’il est évident que la nation n’est en rien physique, tout comme il est évident qu’elle est métaphysique, puisque posée comme fondement du système constitutionnel, elle est aussi psychologique en ce sens qu’on la pose comme émanation directe de la raison…

 

N’oublions pas que pour comprendre l’Europe, il faut comprendre ses sources ; et seuls l’humanisme grec et la Foi chrétienne le permettent…De très nombreux éléments de ce qui deviendra la culture européenne trouvent leur origine dans les mondes grecs et latin, même si cette simple approche méconnaît l'apport fondamental d'autres cultures comme la culture celtique et celle des peuples du nord. Le christianisme et sa foi, s'ajoutant à l'humanisme païen, présente un double héritage de l'Antiquité : la culture de la raison qui doit, pour l'humaniste, assurer la perfection de l'homme, la culture de la foi qui doit assurer la perfection du chrétien. Ces deux héritages de l'Antiquité ont prédominé, plus que tout, toute l'histoire et la civilisation européenne, l'Occident n'ayant depuis jamais cessé d'être déchiré entre la raison et la foi, entre le concret et le subjectif. On peut donc parler d'une véritable métaphysique de la culture européenne, la portée des sciences et de la conscience découlant de l'humanisme païen, l'intelligence ordonnatrice et l'inconscient découlant de l'héritage chrétien. L'accord entre la foi et la raison a été parfois réalisé, aussi bien chez les individus que dans les sociétés. En fait, christianisme et humanisme n'ont jamais cessé d'exercer l'un sur l'autre une influence profonde. Ainsi, qu'ils s'opposent ou qu'ils s'accordent, le christianisme et l'humanisme sont les deux éléments constants de la culture européenne, ce qui laisse déjà présager du pourquoi de la double nature et de la double source de l’idée de nation…

 

Deuxième difficulté : substance v. rapport

 

De même, l’abstraction et l’analyse nous font distinguer l’être, la manière d’être et les rapports, d’où les idées de substance, de qualité et de rapport. Si l’idée de qualité ne semble pas s’imposer immédiatement à l’esprit quant à la nation, elle est déjà une idée de substance et une idée de rapport puisque posée constitutionnellement comme source de la Constitution et de tout pouvoir, et comme cause de ces mêmes concepts…

 

 

 

Troisième difficulté : nécessité v. contingence

 

On distingue par ailleurs des idées nécessaires, celles dont l’objet ne peut pas ne pas être, et des idées contingentes, bref des idées dont l’objet peut être ou ne pas être. Or, posée comme cause première de notre système politique, la nation en est idée nécessaire. Mais, l’idée de nation est néanmoins contingente en ce sens que le pouvoir peut très bien exister en dehors de l’idée de nation, ce qui en fait une idée contingente…

 

Quatrième difficulté : simplicité v. composition

 

De même, une idée peut être simple ou composée. La nation est posée par la Constitution comme une idée simple, ne pouvant comme cause première se décomposer en plusieurs éléments. Or, elle est aussi une idée composée puisque pouvant se décomposer en plusieurs éléments, ne serait-ce que celui de l’Etat-nation. Et tout ceci est complexifié par l’introduction de la notion d’identité qui est a priori une idée simple non décomposable. Comment peut-on donc, si l’on en revient à la question de l’identité nationale, associer deux causes premières comme étant un tout, deux idées simples comme dépendantes l’une de l’autre ?

 

Cinquième difficulté : singularité v. collectivité

 

Ensuite, une idée peut être singulière, concernant un individu, ou collective, ayant pour objet plusieurs individus considérés comme réunis en une même totalité. La nation étant posée comme cause première par la Constitution, elle est concerne chaque individu, qui la ressent chacun à sa manière, et surtout l’individu « peuple », lui aussi posé comme cause première par la Constitution. Là encore le problème de deux causes premières dont aucune n’émane de l’autre, ce qui est absurde ! Mais c’est aussi une idée collective par sa nature même…

 

Par ailleurs, en posant l’idée de Nation, la France s’est voulue Rome, alors que la nation, inséparable d’une culture ou d’un sentiment, ne peut être que plurielle dans ses approches, d’où une sorte de théologie de la réforme (noter en passant que Luther a été le premier à associer nation à religion, mais dans le sens allemand, hors de celui des Lumières (cf. son manifeste de 1720 à la noblesse chrétienne de la nation allemande sur l’amendement de l’Etat chrétien)) applicable à la Révolution, et la difficulté des premiers temps avec l’Eglise catholique, d’autant plus que la Déclaration de 1789 se voulait universelle et non pas seulement nationale...

 

Sixième difficulté : concrétion v. abstraction

 

Une idée peut être concrète ou abstraite… La Constitution pose la nation comme objet et donc comme idée concrète, comme un être quasi-substantiel avec tous ses modes. Pourtant cette idée est aussi abstraite puisqu’indéfinissable a priori, puisque subjective. Nouveau paradoxe, sans même entrer dans la distinction entre idée abstraite générale et idée abstraite individuelle…

 

Septième difficulté : sensibilité v. intellect

 

On distingue encore les idées sensibles, celles qui tombent sous le sens, des idées intellectuelles et des idées morales. La Constitution pose la nation comme objet sensible puisque ne la définissant pas. Pourtant, c’est aussi une idée intellectuelle, aussi difficile à définir que l’identité, que la vérité, que la liberté, et cetera. Et c’est aussi une idée frôlant l’idée morale puisqu’induisant, surtout confrontée à l’idée d’identité, des qualités moralement bonnes ou mauvaises…

 

Huitième difficulté : réalité v. chimère

 

Enfin, pour en rester au seul objet, la nation est posée comme réelle par la Constitution, tout comme par exemple par le Préambule de 1946. Or, elle est aussi chimérique en ce sens qu’elle n’existe pas concrètement, qu’elle n’est qu’une construction de l’esprit, et ce même si elle peut être ressentie comme métaphysiquement réelle…

 

L’erreur de base qui perturbe toute réflexion est peut-être celle de l’Etat-nation, car il n’y a pas – à de très rares exceptions près – « une nation Þ un Etat », mais « un Etat Þ une nation », l’Etat suscitant inévitablement la nation et non le contraire (souvenons-nous ici en passant du Dénationalisons l’Etat du François Mitterrand du temps du Programme commun de gouvernement…)… Il suffit d’analyser les exemples italiens ou allemands. En ce sens, la nation est artificielle ! Elle est une invention de la raison telle que définie par les Lumières, une invention servant à rationaliser.

 

Notons en passant que Voltaire critique très vertement dans son Dictionnaire philosophique (article Etats, gouvernements) l’Abbé de Bourzeis lorsque ce dernier pose le fait que la raison doit être la règle d’un Etat, ce qui est ici intéressant car Voltaire n’évoque la nation que d’une manière a priori neutre, la confondant tantôt avec l’Etat, tantôt avec la patrie… Heureusement que l’on nous surine que Voltaire est un admirateur de la raison ! Il est vrai qu’il a tant dit tout et son contraire… Il est vrai qu’il est peut-être erroné de faire de Voltaire un philosophe des Lumières, alors qu’il est bien plus un philosophe du despotisme absolu, même s’il cache cette idée d’absolutisme sous l’adjectif éclairé. Ou alors, si Voltaire est un philosophe des Lumières, cela nous forcerait à résumer les dites Lumières au seul progrès économique et au seul refus de tout obscurantisme religieux, voire même de toute religion révélée ; or, les Lumières sont bien plus que cela ! Peut-on considérer comme éclairé et éclairant un auteur ayant osé écrire les phrases suivantes : - Je crois que nous ne nous entendons pas sur l’article « Peuple » que vous croyez digne d’être instruit. J’entends par peuple la populace qui n’a que ses bras pour vivre. Je doute que cet ordre de citoyens ait jamais le temps ni la capacité de s’instruire. Il me paraît essentiel qu’il y ait des gueux ignorants. (Lettre à Damilaville, 1er avril 1766) ; - Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose. Il faut mentir comme le diable, non pas timidement, non pas pour un temps, mais hardiment et toujours. (Lettre à Thiriot, 21 octobre 1736) ; - Vous ne trouverez en eux [les Juifs] qu’un peuple ignorant et barbare, qui joint depuis longtemps la plus sordide avarice à la plus détestable superstition, et à la plus invincible haine pour les peuples qui les tolèrent et qui les enrichissent. (Dictionnaire philosophique, tome V) ; - Cette petite nation juive ose étaler une haine irréconciliable contre toutes les nations : toujours superstitieuse, toujours avide de bien d’autrui, toujours barbare, rampante dans le malheur et insolente dans la prospérité. (Essai sur les mœurs et l’esprit des nations, paragraphe 42) ; - Des Nègres et des Négresses, transportés dans les pays les plus froids, y produisent toujours des animaux de leur espèce. (…) La nature a subordonné à ce principe ces différents degrés et ces caractères des nations, qu’on voit si rarement se changer. C’est par là que les Nègres sont les esclaves des autres hommes. (Essai sur les mœurs et l’esprit des nations) ; - Les Blancs sont supérieurs à ces Nègres, comme les Nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres. (Traité de Métaphysique) ; Il y a une canaille à laquelle on sacrifie tout et cette canaille est le peuple. (Lettre au Marquis de Condorcet), etc… ? Le mépris du peuple, des noirs, des Juifs et des Musulmans (cf. sa pièce Mahomet), l’apologie du mensonge, du despotisme et de l’absolutisme, le rejet de la démocratie et de l’égalité ne sont pas pour moi parmi les caractéristiques d’un homme éclairé, et encore moins d’un homme pouvant faire profession de lumières ; or ce sont là les idées de Voltaire !

 

Mais, paradoxalement, elle se heurte très vite à la raison car elle est tant spirituelle qu’indéfinissable matériellement.  C’est pourquoi, alors qu’elle est née contre la religion chrétienne, sous l’impulsion de la Gauche, en vue d’établir une cité terrestre se substituant à la cité de Dieu, elle ne peut être que contestée par cette même Gauche devenue marxiste. L’autre paradoxe est que la droite catholique puisse l’admettre, sauf si elle sombre pour sa part dans la pensée de Maurras qui ne voit dans la religion qu’un ordre social, en aucun cas une foi. Dès lors, la nation ne peut être que liée à l’ordre chez la droite libérale (au sens pur) – par nature athée ou agnostique – et maurrassienne.

 

**********

 

Ici, il nous sera nécessaire de chercher à approfondir le concept de nation au travers de l’approche ontologique de Jeremy Bentham qui distingue les entités réelles, les entités fictives, les entités fabuleuses, les fictions logiques et les non entités, même si des passerelles existent entre les entités fictives et les fictions logiques, les fictions logiques étant la texture des entités fictives (cf. Bentham (Jeremy), De l’ontologie et autres textes sur les fictions, Le Seuil, Paris, 1997, coll. Points Essais n° 353, Ph. Schofield éd., trad. et comm. J.-P. Cléro et Ch. Laval ).

 

**********

 

Huit difficultés… Et encore ne sommes nous ici que dans le cadre de l’idée vue selon son objet… L’absurdité est déjà apparente : c’est celle de vouloir poser la nation comme transcendance de la Constitution et de la souveraineté, par exemple au premier alinéa de l’article 3 de la Constitution de 1958 ; c’est celle de vouloir la juridiciser, de l’introduire comme norme ou comme élément définiteur dans le droit (par exemple aux article L. 113-10 ou encore L. 132-76 du Code pénal, la nation dépassant d’ailleurs dans ce dernier cas la nation « française ». Cela est encore le cas dans notre corpus constitutionnel ou encore dans le Traité sur l’Union européenne !) ! Il est vrai, notons le en passant, que les auteurs de la Déclaration du 26 août 1789 bénéficièrent de l’aide de l’idée … d’Être Suprême, ce qui facilitait bien des choses… (…) En conséquence, l’Assemblée nationale reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’Etre Suprême, les droits suivants de l’Homme et du Citoyen (…) (fin du préambule de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789). D’une certaine manière, l’homme ayant besoin de croire, la nation a été originellement, du moins dans son sens politique, le substitut offert par l’Etre suprême à la religion. Mais reste que l’on peut s’interroger sur le fait de savoir si quelque chose peut être à la fois idée et objet, surtout en droit et en science politique, bref en toute science de l’homme…

 

A noter en passant tout autant que, contrairement à une idée reçue, la Constitution des Etats-Unis du 17 septembre 1787 n’est fondée ni sur Dieu, ni sur un Etre suprême, ni sur une quelconque transcendance ! D’où la prépondérance et le symbolisme du dollar, ainsi que la profusion des sectes ?

 

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Les difficultés de l’approche selon le rapport du sujet des idées à leur objet

 

Considérons maintenant les idées selon le rapport de leur sujet à leur objet. Plus clairement, réfléchissons selon la manière dont l’individu, sa conscience, sujet des idées, se met en rapport avec les objets par ses idées. Là encore, on peut percevoir plusieurs distinctions et paradoxes.

 

Neuvième difficulté : clarté v. obscurité

 

Une idée peut être claire lorsqu’elle fait bien comprendre son objet, mais elle est obscure lorsqu’elle ne se fait comprendre qu’imparfaitement, qu’avec difficulté ou pas comprendre du tout. Il est ici possible d’affirmer, et ce sans aucun doute possible, que l’idée de nation est une idée obscure. Pas de paradoxe, tant l’objet de l’idée que l’idée elle-même étant difficilement définissable, voire même indéfinissable…

 

Une idée peut aussi être claire ou confuse. La nation devrait être une idée claire puisque, selon la lettre de la Constitution et sa place dans la dite Constitution, elle devrait nettement se distinguer de son objet, bref de la souveraineté. Or, rien n’est plus confus puisque la nation se laisse très facilement confondre, y compris chez les spécialistes, avec d’autres idées telles que la patrie, que l’Etat, que communauté, que civilisation, qu’ethnie, que race, etc. ; et même que … peuple… La nation est une idée confuse, alors qu’elle devrait être claire pour tous, de par ces confusions… Et ceci impose d’ailleurs de définir les mots supposés synonymes…

 

Dixième difficulté : confusion v. incomplétude

 

Maintenant, s’agit-il d’une idée confuse ou d’une idée seulement incomplète, car, le plus souvent, lorsqu’il y a obscurité dans l’esprit sur un sujet cela est dû à une insuffisance d’idées, ou alors à un manque de connaissances, de lumières sur le sujet. Certes, l’idée de nation est incomplète parce que l’on ne représente pas totalement son objet, mais ici, la confusion ne nait pas de la seule incomplétude ; elle nait du concept lui-même ! …

 Suite :  Réfléchir sur la nation ? Comment s'y prendre ! (2/2)

 

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Published by Serge Bonnefoi
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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 06:09

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Les difficultés de l’approche selon l’origine de l’idée

 

Onzième difficulté : sensation v. raison

 

Reste la question de l’origine, de la manière dont nous vient ou nous est venue l’idée de nation… Et, là encore difficulté ! En effet, l’origine d’une idée peut être expérimentale (de l’externe), psychologique (de l’interne), bref liée à l’idée de sensation, l’intuition pouvant être considérée comme une sensation ; mais elle peut aussi être d’origine rationnelle, produit non plus de la sensation mais de la raison. Or, la nation est tout cela à la fois : le fruit d’une expérience sociale commune, le fruit d’une intuition de communauté, mais aussi le fruit de la raison elle-même, ce qui fut le cas dans l’esprit de la plupart des Constituants…

 

La nation est un phénomène tant psychologique que moral, mais surtout un phénomène social, supposant donc une nature ayant une certaine fixité, indifférente à l’action qu’elle subit, ce qui est distincte de l’identité. Or, un phénomène social est modifié en permanence par la conscience même que l’on en prend, ce qui permet de lui proposer d’autres fins. Cela le distingue d’une technique politique qui consiste à utiliser, pour une fin clairement définie, des déterminismes naturels ; on pensera ici à la pensée de Dominique Parodi.

 

Douzième difficulté : vérité v. erreur

 

Maintenant, on considère, du moins en Occident, qu’une idée est soit juste, soit fausse, ce qui a été au cœur du débat politique sur ce sujet quant à la nation. Mais comment se fait-il que l’idée maîtresse d’une Constitution puisse tantôt être jugée vraie, tantôt jugée fausse, parfois même par les mêmes personnes, non pas forcément simultanément dans le temps, mais dans l’espace ? Tout est ici affaire de jugement. Néanmoins, un concept aussi fort que celui de nation ne devrait pas être jugé faux par des républicains, tout comme des anti-démocrates ne devraient pas forcément le juger comme vraie ! Paradoxe ! Si l’idée de nation est à la fois juste ou fausse selon l’instant ou le lieu, c’est donc qu’elle est mal définie ou indéfinissable, car un jugement ne peut pas être double sur le même objet ! De plus, si une idée est jugée de cette manière, elle ne peut en aucun cas être cause première, alors même qu’elle est centrale dans notre histoire constitutionnelle ! Enorme difficulté !!!

 

Treizième difficulté : un, deux, trois, quatre….

 

Ne faudrait-il donc pas raisonner autrement la nation, selon une autre logique, par exemple en s’inspirant d’autres cultures, non forcément contradictoire ? Par exemple, la logique japonaise n’admet pas deux possibilités de jugement, mais quatre : certes le « oui » et le « non », mais aussi le « oui-et-non » et le « ni-oui-ni-non » (cf. Marc Luyckx, Les religions face à la science et la technologie, Commission des Communautés européennes, Bruxelles, novembre 1991, page 181). On notera que, dans son Ethique à Nicomaque, Aristote dit clairement que le juste est quelque chose de proportionnel (…) et que la proportion discrète est formée de quatre termes (…) le juste se [composant] également de quatre termes au moins, (…)(Aristote, Ethique à Nicomaque, V, III, 8-9) ; notons aussi que, dans son Ethique à Eudème, il insiste sur la médiété et sur les intermédiaires qu’elle porte (Aristote, Ethique à Eudème, II, 3). Il n’y a donc aucune incompatibilité avec la pensée européenne classique !

 

Dès lorsque l’on modifierait les possibilités de jugement logique, certaines difficultés s’estomperaient, …même si d’autres émergeraient… Ou encore admettre que la nation, idée métaphysique par nature, tout en n’échappant pas aux obstacles et aux difficultés de la métaphysique et de la théodicée, peut être pluriel tant verticalement qu’horizontalement en un même espace, ce qui condamne d’une manière ou d’une autre la conception fixiste de l’Etat-nation ? Ou encore penser la nation non plus dans les approches monistes, duales ou ternaires traditionnelles aux sociétés indo-européennes et méditerranéennes pour la penser dans la vision quaternaire proposée par les civilisations noires africaines, par l’hindouisme tardif ou encore par … le Catholicisme marial ! … Treizième difficulté, d’autant plus que chacune de ces quatre approches cosmologiques du monde a sa propre approche de la nation, le problème définiteur se posant en fait dès que la vision dépasse le binaire car on n’est plus dans le duel mais en présence d’une altérité qui complexifie les rapports qui, dès lors, ne sont plus simplistes !

 

On pourrait réfléchir à partir de la vision quaternaire, qui permettrait d’intégrer le « soi », l’ « autre », le « tierce » et … le monde lui-même ! Et nous n’avons pas forcément à inventer ! L’organisation des sociétés et des pouvoirs africains n’est pas trinitaire mais quaternaire (cf., y compris pour  les trois éléments suivants, Dika-Awa nya Bonambela, « La sacralité du pouvoir et le droit africain de la succession », in : Sacralité, pouvoir et droit en Afrique, Éd. du CNRS, 1979, et notamment de la page 39 à la page 45) :

il y a ainsi quatre fondements du pouvoir : l’homme, l’ancêtre, la divinité et enfin Dieu en tant que tel ;

chaque point cardinal est associé à une saison ou à un moment de la journée, les règles organisant l’espace de la cité reflétant celles de l’organisation sociale, mais aussi et surtout la cosmologie. En effet, la cité est organisée sur un plan quaternaire, y compris en Égypte pharaonique ;

tout comme il y a quatre formes d’énergie substance de tout pouvoir politique : la capitalisation des biens, la capitalisation des parentés, la capitalisation de prestige et la capitalisation des connaissances.

 

Donc, alors que la conception de la société en Europe et en Asie occidentale et centrale est avant tout géo-cosmique, elle est avant tout cosmo-biologique en Afrique. En Afrique noire, le pouvoir et le droit partent de l’ethnie pour aboutir au cosmos en passant par l’organisation sociale, alors qu’en Europe et dans le monde indo-européen, le pouvoir et le droit partent du cosmos, de la terre et de l’individu pour aboutir, là encore par l’organisation sociale, à la société ; et, dans la pensée des Lumières qui nous baigne et qui inspire notre vision politique, la nation est substitut au cosmos... Et pas de rupture néanmoins dans la pensée quaternaire puisqu’un point commun existe cependant : la nécessité d’une organisation sociale, ce qui explique pourquoi il y a conjonction entre les modes de royauté et les modes de sacralisation entre ces deux cultures…

 

Un autre point de conjonction est que, chez les noirs africains le trait d’union entre la divinité et l’humanité est symbolisé par trois pierres, trois autels, comme si la vision trinitaire restait la pierre de base de toute l’humanité dès que l’on veut institutionnaliser une autorité ou potentialiser une institution… On peut penser ici au Masoso, c’est-à-dire aux trois pierres reliant les divinités aux humains que l’on retrouve dans le foyer de chaque Père-maître et seigneur du lignage Djolof au Sénégal. À noter aussi une très fréquente division binaire entre le dos et le ventre…, ainsi qu’une vision unitaire dans l’approche solidaire de la famille, du groupe, de la tribu ou de l’ethnie…

 

Déconstruire ?

 

Il serait aussi intéressant de faire application à la nation des processus de déconstruction posés par Derrida, qui propose par ce procédé d’en revenir aux briques originelles, permettent de revenir à une structure initiale de pensée de cette idée, et ce quel que soit le penseur politique analysé. Le socle pourrait être, malgré les paradoxes, solide… Et si, en fait, ce n’était pas le schème fondateur qui variait, l’idée de nation qui variait dans ses imprécisions, mais seulement les schèmes interprétatifs ? Or, rien de cela n’a été fait !

 

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Et encore, je n’aborde pas encore ici la question de la définition de l’identité, mais, là encore, une bonne dizaine de difficultés surgirait, ne serait-ce qu’en confrontant l’approche de l’Aristote de Métaphysique ∆ de celle de ne serait-ce que du Lévi-Strauss de Race et civilisation ou du séminaire L’identité tenu au Collège de France en 1974/1975, en passant par l’identité en physique quantique !

 

Et encore je n’aborde pas encore ici la question des similitudes et des synonymies éventuelles entre les mots nation, Etat, ethnie, citoyenneté, cité, patrie, civilisation, communauté, société, peuple, race, famille, etc… Comme l’écrivait Blanqui à Maillard le 6 juin 1852, Gare les mots sans définition, c’est l’instrument favori des intrigants (Mss. Blanqui, NAF 9590, liasse VII, chemise 3, sous-chemise 5°, feuillet 379 sq., cité in : Louis Auguste Blanqui, Ecrits sur la Révolution, Œuvres complètes 1, Galilée, Pris, 1977, prés. A. Münster, page 355) ; or beaucoup de ces mots, si ce n’est tous, sont imprécis, en rien clairs et nets.

 

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Il fallait donc mener une démarche en cinq étapes :

Approcher ;

Déconstruire

Structurer ;

Décloisonner ;

Définir.

Sans cela, toute tentative de réflexion sur l’idée de nation et le concept d’identité nationale était inévitablement vouée à l’échec !

 

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Reste enfin une question indépassable : qui doit être le définiteur de la nation, de la morale et des valeurs qui en découlent ???

 

**********

 

Il y a en fait deux manières, non exclusives, d’appréhender le monde, ces deux manières faisant partiellement l’homme : l’usage et le sacré, l’homme étant à la fois celui qui use et celui qui respecte (et nous ne sommes pas racistes en évoquant cela puisque Malek Bennabi nous disait en 1957 dans son Vocation de l’Islam : « Une civilisation trouve son équilibre entre le spirituel et le quantitatif, entre la finalité et la causalité. » Comment dès lors, à moins de refuser le dialogue et de vouloir imposer sa pensée à l’autre, un musulman peut-il refuser une réflexion sur l’identité nationale, sur la nation ?) ! Mais le problème de l’humain est encore plus vaste, puisque ce problème est celui du questionnement de l’homme sur lui-même, et ceci est exclusif de l’idéologie puisque l’idéologie serait justement de dire que l’homme n’est que… On peut certes dire que l’homme n’est que raisonnable ; il est possible de construire bien des hypothèses sur l’affirmation de l’homme raisonnable ; on peut dire que l’homme n’est qu’homo faber, que prométhéen ; on peut bâtir des idéologies plus ou moins séduisantes mais toujours séductrices, tentatrices… Mais l’homme est aussi, ce que l’on oublie parfois consciemment, l’être du sacré, même s’il n’est pas que l’être du sacré. En effet, à partir du sacré oubliant la matière, on ne peut tomber que dans des dégradations, dans des succédanés du sacré en refusant de voir le monde où l’on vit, en refusant de voir ce qu’il y a de critique dans la vocation prométhéenne de l’homme ! Et, dès lors on retombe dans l’idéologie (c’est afin d’éviter cela que le Chrétien distingue bien les deux mondes, les deux royaumes, tout en maintenant une passerelle entre eux !) ! L’idéologie n’est en fait qu’une substitution/compensation à et d’un manque ! Et c’est là que se situe la question de la nation, passerelle ou plus exactement conjonction entre deux visions a priori opposées, mais pourtant complémentaires dès lors que le divin est exclu du champ politique !

 

**********

 

En ultime conclusion apparemment décalée… La solution ne réside pas dans la sortie des Europes ; cette sortie serait même une grave erreur, ne serait-ce que parce qu’elle serait trop tardive ! Il est tout à fait possible de sortir de la logique posée par François-Xavier Ortoli en septembre 1974, logique prétendant que l’Europe ne se fera pas ; ni sous une forme, si sous une autre, sauf en démolissant la puissance des Etats, et ce sans briser les Europes… Et la nation peut y trouver toute sa place !

 

Et l’exclusion de l’autre n’est pas non plus une réponse à la question de l’identité nationale ! Outre le fait que cette attitude ne serait en rien chrétienne (pensons ne serait-ce qu’au point LIII, 1 de la Règle de Saint Benoît : « Tous les hôtes survenant au monastère doivent être reçus comme le Christ, car lui-même dira un jour : « J’étais sans toit et vous m’avez reçu. » »…, qui ne signifie cependant pas que ces hôtes doivent pouvoir tout faire sous le toit du monastère, la règle, tout en respectant leur identité s’imposant à eux comme aux moines, mais avec une forme plus douce…), et ce même si la partie en face ne joue pas toujours le jeu, gardons à l’esprit, comme nous y appelait Claude Lévi-Strauss que les différences culturelles entre nationaux et migrants [créent] un nouvel espace politique, notamment par les revendications de formes culturelles de patrimoine et d’identité  ( Claude Lévi-Strauss, première page de son introduction au Rapport mondial de la culture Diversité culturelle, pluralisme et conflits, UNESCO, Paris, 2000) ; de formes culturelles, pas de substitution à la culture nationale existante ! C’était là encore un enjeu du débat qui fut bien oublié…

 

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Pour finir, ce que j’appelle le paradoxe du Légionnaire. Le légionnaire, quelle que soit son origine, sa langue, son ethnie, sa communauté ou sa race, tout en ayant la Légion pour patrie, reste très souvent attaché à son pays d’origine dont il est parfois toujours le national, tout en servant, bien qu’étranger, la France, le plus souvent sans avoir ni la culture, ni la nationalité, ni la citoyenneté de cet Etat, ce service en faisant pourtant par son choix un membre à part entière de la Nation française ! Mais tous ces mots ont-ils été définis ?

 

Et puis, faut-il condamner le Fier d’être Marseillais ! des tribunes du Vélodrome ?

 

Et si, tout simplement, nous lisions la nation non pas en termes de vouloir-vivre collectif, mais en termes de vouloir-aimer collectif ? Une fois pour toutes, on t’impose un précepte facile : Aime, et fais ce que tu voudras nous apprend Saint Augustin (Saint Augustin d’Hippone, Septième traité sur l’Épître de saint Jean aux Parthes, 8). Et si c’était cela la nation ?

 

« Aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. À ceci tous vous reconnaîtront  pour mes disciples : à l'amour que vous aurez les uns pour les autres. » (Jn 13, 34b-35)

 

Mais… Et si c’était cela qui gênait tant les penseurs du marxisme ? … tout comme l’on efface aujourd’hui l’idée principielle de fraternité au profit de celle, réductrice mais néanmoins fondamentale, de solidarité, la fraternité étant jugée par certains comme trop proxime avec le concept chrétien de charité.

 

 

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9 septembre 2013 1 09 /09 /septembre /2013 06:42

« (…) Les théologiens (…) ont formulé un certain nombre d'enseignements pour aider les individus à discerner quel était leur devoir dans une situation donnée ; ces règles de comportement ont été progressivement synthétisées dans ce qui est devenu la théologie de la guerre juste ; celle-ci devint une grille de lecture de plus en plus précise de situations de violence. Elle permit à la conscience de juger de sa responsabilité face à une situation en analysant ses diverses composantes, et de la juger en  se référant  aux valeurs supérieures que propose l'Église. » (extrait d'une conférence prononcée par le Père J. Joblis au Centre Saint-Louis-des-Français à Rome en avril 1999, in : La Documentation Catholique, n° 2206, 20 juin 1999).

 

Ont pris la succession de ces théologiens, ont relancé cette théologie ces Papes modernes et ces nouveaux Papes qui redonnèrent priorité à la paix : Pie IX, Benoît XV, Pie XI, Pie XII, Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul II, imperturbables, parfois incompris, souvent insultés comme Benoît XV, le « Pape boche » des français et le « Pape français » des allemands pendant la première guerre mondiale, Pie XII, le « Vicaire insensible et complice des nazis » des communistes, Jean XXIII, le « Pape communiste » et Paul VI, le « Pape qui abandonne tout » des conservateurs, alors que leur seul souci fut la paix, la paix avant tout !

 

Souvenons nous aussi de l’exclamation sidérante dans une bouche catholique du prédicateur de l’église de la Madeleine dans un sermon du 1er août 1917 en réponse aux appels à la paix lancés par Benoît XV : « Très saint Père, nous ne pouvons retenir pour l’instant vos appels à la paix. » Au cœur du premier conflit mondial, du haut de la chaire, un homme d’Église déclarait que la paix n’était pas l’urgence mais, sous entendu, la poursuite de la guerre et la victoire. Il serait cependant naïf de considérer ce refus comme purement et simplement anti-chrétien ; la réalité de la guerre et de la paix est beaucoup plus complexe et c’est justement cette complexité que prend en compte l’expression paradoxale de guerre juste.

 

Faisant la synthèse de cette tradition et de ce mouvement toujours vivant, Monseigneur René Coste a bien mis en évidence dans son Théologie de la paix (Paris, Cerf, 1997, pp. 185-196) les quatre critères éthiques ayant justifié le basculement actuel  de la guerre juste  à la juste défense, cette volonté de tendre, dans une théologie de la paix renouvelée, vers l'effacement de la guerre, … fut-elle juste… :

- la paix est la norme de la vie en humanité ;

- la guerre est irrationnelle ;

- la guerre est un mal profond ;

- la justice est la dimension fondamentale de la paix.

Ces propos sont à bien situer dans le cadre d'ensemble de son chapitre VI relatif à la paix au cœur de l'éthique. On peut se référer également à l'ouvrage Les dimensions sociales de la foi (Paris, Cerf, 2000) du même auteur, et en particulier à ses pages 361 à 368 qui doivent elles aussi se resituer dans la perspective de l'ensemble du chapitre VIII relatif à la paix.

 

La guerre est irrationnelle ! Comme le disait Jean-Paul II à l'occasion de la Journée mondiale de la Paix le 1er janvier 1982, « la guerre est le moyen le plus barbare et les plus insuffisant de résoudre les conflits », insistant encore sur cette irrationalité dans son message du 1er janvier 1984 par ces mots : « La guerre est en soi irrationnelle et le principe éthique du règlement  pacifique  des conflits  est  la  seule voie digne de l'homme. »

 

La guerre est un mal profond : elle est contraire à la volonté de Dieu. On retrouve ici Saint Augustin, et Jean-Paul II qualifie ainsi la guerre de « structure de péché. »

 

La guerre est donc péché, mais elle n'est pas fatalité ! Et c'est en ce sens que la riche théologie catholique du péché devient théologie d'espérance, car qui dit péché dit aussi liberté et responsabilité pour lui échapper ! D'ailleurs, la jonction théologie du péché et théologie de l'espérance, c'est aussi chez saint Augustin…. Souvenons-nous que pour Saint Augustin, la guerre est « une plaie », une « vraie misère. » Pour lui, celui qui « n’est pas touché du malheur de la guerre est d’autant plus malheureux qu’il a perdu tout sens humain. » On n’est pas très loin de la conception de Pindare, tout comme l’influence d’Aristote est partiellement visible. En fait, comme le dit saint Augustin dans La Cité de Dieu, les guerres sont les grands jeux des démons, les hommes leurs fournissant alors « de beaux spectacles et de riches festins » (De Civ. Dei, 3, 18).

 

Et il n'y a pas fatalité de la guerre, comme il n'y a pas de fatalité du péché ! En ce sens, la vision de l'Église se rapproche de la vision onusienne, vision qui est elle-même fille d'une réflexion impulsée par le Père Taparelli d'Azeglio, le seule guerre admise ici étant le principe de légitime défense, tel que posé, défini et tempéré à l'article 51 de la Charte des Nations unies. La juste défense est donc avant tout collective, dans la solidarité des peuples et des nations, et visant à supprimer la guerre ! C'est parce que l'homme est marqué par le péché de la préférence de soi, qui est au fondement de tous les péchés, qu'il tombe dans le piège de la guerre qui n'est autre que la tentation d'obtenir par la force d'autrui ce que l'on aimerait qu'il nous donne, ou prendre par la force à autrui ce qu'on lui envie ou dont on a envie. La guerre procède donc d'une volonté malsaine de détruire ce qui est autre car cet autre n'est pas conforme à nos objectifs, ne se soumet pas à notre volonté ; mais se pose aussi la question, qui est au cœur du débat sur la guerre juste et plus encore de celui sur la juste défense, ce s'opposer à cet autre qui serait nuisible, voire mortellement dangereux. Et c'est là que l'idée de justice s'impose dans le débat…

 

Saint Augustin rappelait qu’un acte bon ne peut se faire par des moyens mauvais, être méchant contre le méchant rendant soi-même méchant : « Tu le condamnes et tu fais comme lui ? Tu veux par le mal triompher du mal ? Triompher de la méchanceté par la méchanceté ? Il y aura alors deux méchancetés qu'il faudra vaincre l'une et l'autre » (Sermon CCCII )…

 

Enfin, la justice est la dimension essentielle de la paix, car l'objectif du chrétien n'est donc pas la destruction mais la construction puisque celui-ci, fondé sur la justice, doit être positif et axé vers l'espérance.

 

Ces critères éthiques correspondent aux conditions de la paix posées par le bienheureux Jean XXIII. Et, dans son message pour la Journée mondiale de la paix du 1er janvier 2003 (Message pour la célébration de la Journée mondiale de la Paix (Pacem in Terris, un engagement permanent), 1er janvier 2003, point 3), Jean-Paul II a ainsi rappelé les quatre conditions de la paix telles que posées par Jean XXIII :

- la vérité, car elle est le « fondement de la paix si tout homme prend conscience avec honnêteté  que,  en plus  de ses  droits,  il a aussi  des devoirs  envers autrui » ;

- la justice, car elle est source de l'édification de la paix « si chacun respecte concrètement les droits d'autrui et s'efforce d'accomplir pleinement ses devoirs envers les autres » ;

- l'amour, car il est « ferment de paix si les personnes considèrent les besoins des autres comme les leurs propres et partagent avec les autres ce  qu'elles possèdent,  à commencer  par les valeurs  de l'esprit » ;

- la liberté, car elle est nourriture de la paix si « dans le choix des moyens pris pour y parvenir, les individus suivent la raison et assument avec courage la responsabilité de leurs actes ».

 

Jean XXIII posait donc bien les conditions de la paix dans le tréfonds même de la conscience humaine, faisant appel à l'esprit de chaque homme, lui rendant ainsi son individualité et son unicité en tant que personne libre mais aussi responsable.

 

Par delà ce qui précède, on notera que Jean Paul II insiste à de nombreuses reprises dans ses messages à l’occasion des Journées mondiales de la Paix, sur la nécessité de l’éducation comme source de la dite Paix, rejoignant ainsi Clément d’Alexandrie qui écrivait que c’est l’éducation, non la nature, qui le plus souvent rend vertueux (Stromates, I , 6).

 

Rien de nouveau finalement, car ces critères sont traditionnels depuis saint Augustin, si ce n'est qu'il sont enfin mis en perspective. Ce qui est nouveau, c'est la vision nouvelle ouverte par Jean XXIII, puis Jean-Paul II, dans la suite de l'influence de Taparelli d'Azeglio depuis Pie IX. La vision est inversée, sans rupture cependant, par évolution positive, car la théologie de la paix ne cherche plus seulement à encadrer la guerre, à la limiter, à la rendre plus juste et plus humaine ; elle est désormais critique radicale de la guerre, et  cela conduit  à réinterpréter  la doctrine  de la guerre  juste qui n'est plus guerre mais résistance collective contre l'agression, ce qui est tout autre chose ! Néanmoins, l’élaboration de cette doctrine a parfois donné lieu à certains excès, par exemple lors de la Guerre d’Algérie, certains y voyant une justification du terrorisme aveugle… Et il est bien évident que cette idée même de résistance doit être encadrée éthiquement afin de ne pas ouvrir une boîte de Pandore permettant de tout justifier.

 

Cette théologie de la juste défense n'est pas recul mais progrès, insistant sur le refus des motivations idéologiques ou d'intérêts, sur le principe de la solidarité internationale, etc…, la guerre ne devant en aucun cas être jugée comme nécessaire. Elle n'est qu'un ultima ratio, jamais une carte blanche comme l'écrivait Karl Barth. Elle ne peut donc s'inscrire que dans une logique de détresse, comme le disait Paul Ricoeur, et l'on rejoint ici à nouveau saint Augustin. Et c'est pour cela que l'on parle désormais plus de juste paix que de guerre juste et que se substitue à cette dernière l'idée de juste défense qui devient son héritière, ce qui interdit toute glorification de la guerre et admet la volonté de proclamer, comme le demande le Père Christian Mellon, que seule une perspective strictement défensive est désormais admissible, la justice ne se trouvant que dans la paix !

 

En fait, avec Jean-Paul II, une boucle est fermée, et l'on en revient à la vision pacifique des premiers Pères, et en particulier de saint Augustin, en finissant avec plus de dix siècles de dérives qui ont nuit à l'Église… La paix est à nouveau au cœur de la théologie ! Et tant Benoît XVI que François ont confirmé et confirme cette démarche de retour à une théologie de la paix !

 

Pour finir, rappelons que dans la foulée de Jean XXIII et de Paul VI, Jean-Paul II a fait des institutions internationales la clé de toute solution aux problèmes de paix ou de guerre. Le Pape Paul VI avait ainsi insisté dans tout son message sur cet impératif de rechercher avant tout la paix. Il suffit pour s’en convaincre de relire son Encyclique oubliée « Au nom du Seigneur, Nous crions : "Arrêtez !" » du 15 septembre 1966. Et il a posé des bornes indépassables par le chrétiens : « Les États ne doivent pas se faire la guerre mais au contraire conjuguer leurs efforts pour faire la paix ; La guerre est un fléau épouvantable ; Il vaut mieux régler un conflit avec quelque inconvénient ou désavantage que de se lancer dans la guerre ; Le devoir du chrétien et de l'Église est avant tout de rechercher la paix, en particulier par l'intercession de la Vierge Marie. » 

 

Bien que proches de nous, combien ces paroles sont oubliées ! De même, depuis l’encyclique Pacem in terris de Jean XXIII, les chrétiens devraient clamer « Si tu veux la paix, prépare la paix » parce que la paix ne se résume pas à l’absence de guerre, parce que le développement est le nouveau nom de la paix. Et tant que tous les États et que tous les hommes ne se seront pas engagés sur le chemin du développement juste pour l’ensemble de l’humanité, il y aura toujours difficulté à parler de guerres justes. Que le développement soit le nouveau nom de la paix, les chrétiens ne le découvrent pas dans une lecture politique ou idéologique, mais dans l’intimité de celui qui, « Prince de la paix », a donné sa paix et ouvre le temps messianique de la « Paix sur notre terre humaine. »

 

Conséquence : toute tentative de la part d’un État quelconque visant à instrumentaliser l’ONU ou à bloquer son fonctionnement est désormais considérée par l’Église comme une véritable atteinte à la paix, même si cette violation potentielle ou réelle du droit international n’est pas en elle-même une cause de guerre…

 

« La guerre est toujours une défaite pour l’humanité. » (Jean-Paul II, pape, en 2003 ; François, pape, en 2013)…

 

 

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8 août 2013 4 08 /08 /août /2013 05:11

L’arrêt du 26 juin 2013 de la Chambre criminelle de la Cour de Cassation (aff. 12-88265) n’est pas anodin ! En posant que les règles de droit afférentes à l'interruption de la prescription de la peine sont en relation avec la détermination de la peine applicable au crime et qu'en tant que telles elles sont du ressort de la loi, il rappelle finalement l’énoncé de l’article 34 de la Constitution qui dispose que la loi fixe les règles concernant : (…) la procédure pénale. Par ailleurs, la compétence exclusive du législateur en la matière avait déjà été rappelée par le Conseil constitutionnel dans des décisions de 1975, 1993, 1998, 2000, etc… L’article D. 48-5 du Code de procédure pénale doit donc être écarté car contraire à la Constitution, ce que dit la Cour de Cassation, confirmant ainsi la décision de la Chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Lyon du 26 juin 2013. Il n’y a donc pas matière à s’insurger devant cet arrêt !

 

Reste qu’il pose de graves problèmes… En effet, en suivant cette logique et cette jurisprudence, ce sont en fait tous les articles des parties Décrets simples, Décrets en Conseil d’Etat et Arrêtés du Code de procédure pénale qui sont remis en cause, car ils auraient dû être adoptés par le législateur, et ce d’autant plus que le Conseil constitutionnel avait dit pour droit en la matière que le législateur avait méconnu sa compétence en déléguant au pouvoir réglementaire le soin de fixer par arrêté, etc… etc… etc… (Déc. 93-923 DC, 5 août 1993). Et là, pas de question politique : tous les partis sont concernés, toutes les majorités ayant utilisé la voie réglementaire en matière de procédure pénale ! C’est la conséquence de la personnalisation du pouvoir née de l’élection au suffrage universel du Président de la République qui a permis à tous les Présidents de sortir de leur domaine réel de compétence, en se posant dans l’esprit de la population comme le « maître » de la politique et du gouvernement, ce qu’il n’est pas dans la lettre et dans l’esprit de la Constitution ! Le véritable décideur est le Parlement, pas le Président… J’ai d’ailleurs toujours bondi lorsque j’entends un Président dire « J’ai décidé que » dans une matière législative, et j’ai toujours dit que les programmes présidentiels des candidats, quels qu’ils soient, sont inapplicables en tant que tels, car ce sont des programmes de législatives ! Va t-on enfin en revenir au sens profond même de la Constitution qui donne le pouvoir législatif au Parlement, le gouvernement et le Président n’étant qu’un pouvoir exécutif, rien d’autre ? Va t-on enfin en finir avec cette dérive monarchisant la République, pour en revenir au Parlement ?

 

Par cet arrêt, la Cour de Cassation a été courageuse… Mais a-t-elle mesuré la portée de sa décision, car désormais, tous les décrets ou arrêtés intervenant dans le domaine de l’article 34, donc du législateur, sont potentiellement constestables ? Quel dommage que la très heureuse initiative d’ouvrir la question prioritaire de constitutionnalité (QPC) aux dispositions législatives, n’ait pas aussi ouvert la QPC aux dispositions réglementaires à caractère non personnel… Néanmoins, ne va t-on pas voir émerger des QPC contre ces dispositions réglementaires, mais de manière négative, par contestation de la non application de l’exclusivité posée par l’article 34 ?

 

Un véritable champ de mines a été ouvert… Et il va falloir régler cela très vite, au risque de nous retrouver devant un vide juridique colossale, en demandant au législateur de revoter en bloc ces dispositions pour les inclure dans le champ de la loi et non plus du réglementaire ! Une révision de la Constitution ne serait pas suffisante, notamment du fait de la non-rétroactivité de la loi ! Et, attention, ce n’est pas que le champ de la procédure pénale qui est touché. C’est par exemple aussi le domaine du droit fiscal, lui aussi réservé au seul Parlement, alors même que, à titre d’exemple, le Livre des procédures fiscales a lui aussi des parties Décrets en Conseil d’Etat et Arrêtés, donc … règlementaires…

 

Je me répète, tant la droite que la gauche ont leur responsabilité en la matière, et même le FN, quoi qu’il prétende !

 

A trop rechercher le confort, à trop personnaliser le pouvoir, à trop vouloir dégager sa responsabilité sur l’exécutif, à trop brider les pouvoirs du Parlement, on en est là… Et c’est grave… Un chantier immense est désormais ouvert, un chantier de construction dans un champ de mines… La France est la nation la plus en pointe en matière de déminage militaire… Qu’elle nous montre qu’elle l’est aussi en matière de déminage juridique… Il en va de l’avenir de la République et de la Démocratie !

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